« Verre à moitié plein » la philosophie pour le meilleur et (un peu) pour le pire – Partie 1 de ma critique de « L’esprit de l’athéisme », d’André Comte-Sponville

[Critique du livre L’esprit de l’athéisme d’André Comte-Sponville, par Guillaume Bignon. Les numéros de page font référence à l’édition Albin Michel (2008), format livre de poche]

André Comte-Sponville est un philosophe français et athée, qui dans son livre L’esprit de l’athéisme, nous explique pourquoi il l’est… Pourquoi il est athée, bien sûr; pas philosophe ou français. Être français ne requiert pas (forcément) de justification, et être philosophe, ça peut arriver à tout le monde, ce n’est pas toujours grave, et ça se soigne (parfois). Mais plus sérieusement, le titre de « philosophe » requiert tout de même une petite discussion d’entrée de jeu, parce qu’il y a deux choses très différentes que l’on appelle communément « philosophie » et qui méritent d’être distinguées : une que je déteste de tout mon cœur, et une autre absolument nécessaire, et pratiquée—consciemment ou pas—par toute personne qui réfléchit un tant soit peu, vous et moi inclus.

Dans le sens noble du terme, un « philosophe » est un érudit rigoureux qui maîtrise les lois de la logique, sait reconnaître les sophismes dans des arguments invalides, clarifie ses termes proprement pour éviter les équivocations, s’exprime de manière admirablement claire dans le but de dissiper toute confusion, et étudie avec toute cette rigueur les grandes questions intéressantes de ce monde : qu’est-ce que la vérité ? peut-on la connaître ? comment marche la science ? d’où viennent les hommes ? y a-t-il un sens à la vie ? sommes-nous déterminés ? avons-nous un libre arbitre ? Dieu existe-t-il ? y a-t-il une « bonne » façon de vivre notre vie ? le bien et le mal existent-ils ? si oui, qu’est-ce qui est mal, et qu’est-ce qui est bien ? etc.

Quand une de ces grandes questions fondamentales se pose, il est essentiel de faire attention à la façon dont on raisonne, pour maximiser nos chances de trouver la bonne réponse. Pour cela, le philosophe (dans ce beau sens du terme, parfois appelé plus spécialement philosophe « analytique »), est précisément le professionnel à qui vous voulez parler : c’est son métier de clarifier les termes de la question, peser les arguments, montrer du doigt les erreurs de logique que certains commettent, et ultimement aider à la prise de décision éduquée. Hourra.

Malheureusement, il y a aussi le « philosophe » dans le sens maléfique du terme. En France particulièrement, on utilise souvent le mot « philosophe » pour simplement parler d’un « intellectuel publique », ou quelqu’un qui écrit des livres sur des sujets un peu complexes, et cela, qu’il soit rigoureux dans son analyse ou pas. Le résultat est qu’on se retrouve à étudier leurs écrits obscurs, discutant de manière bien floue sur des sujets qui visiblement dépassent leur auteur, et pour peu qu’ils utilisent des mots un peu compliqués, se retrouvent quand même admirés par des critiques littéraires et certains professeurs de philosophie. Cette « philosophie », non-analytique, est parfois appelée « continentale », car elle est souvent pratiquée par les Européens, particulièrement des Allemands et des Français dans l’histoire de la philosophie, alors que la philosophie analytique est plus souvent pratiquée par les Anglo-saxons. Cette différence entre la philosophie merveilleuse et la philosophie maléfique, entre la philosophie et le philosophage, est ce qui explique paradoxalement que je n’aie pas eu la moyenne au bac de philosophie (non-analytique) au lycée, mais que je sois maintenant doctorant et conférencier en philosophie (analytique !) à mes heures perdues—de métier, je suis ingénieur et travaille dans l’informatique financière à New York. C’est tout simplement qu’au lycée, mes cours de « philosophie » consistaient à lire et divaguer sur les écrits de certains grands penseurs de l’histoire, sans jamais se poser la question de savoir si ce qu’ils disent est clair, cohérent, ou vrai ! A l’opposé, j’ai découvert plus tard que la philosophie au sens noble, était simplement une boîte à outils que j’utilisais déjà en tant que scientifique dans mes études et ma carrière : le respect des lois de la logique, l’analyse rationnelle et l’évaluation des hypothèses, la réfutation d’arguments invalides, etc.

Revenons-en alors à André Comte-Sponville et la question fondamentale de l’existence de Dieu : à quel genre de philosophe a-t-on affaire ? Quelle philosophie pratique-t-il dans L’esprit de l’athéisme ? Analyse rigoureuse, ou phrases poétiques incompréhensibles ? Ma réponse est « un peu des deux ». Certaines parties sont au mieux incompréhensibles et au pire explicitement incohérentes, mais d’autres parties sont merveilleusement claires dans leur analyse, posent les bonnes questions, et évaluent les arguments les plus importants sur le sujet. Alors au final, je dis « bravo » ! Comptez-moi parmi les partisans du verre à moitié plein. La structure du livre est admirablement claire et simple : il se divise en trois parties, répondant à trois questions : 1-Peut-on se passer de religion ? 2-Dieu existe-t-il ? et 3-Quelle spiritualité pour un athée ?

Dans la première section, il discute principalement du rapport entre la religion, le sens de la vie, et la moralité, ce qui, j’y reviendrai, touche quand même à l’existence de Dieu. Dans la deuxième partie, sur la question « Dieu existe-t-il ? », qui est de loin la question la plus importante dans ce débat, André Comte-Sponville met en œuvre la philosophie analytique comme je l’aime. Il annonce la couleur en clarifiant ses termes d’entrée de jeu, y compris le mot « Dieu », car il affirme (p.78) « une définition nominale est nécessaire, pour les croyants comme pour les athées (il faut bien que les uns et les autres sachent de quoi ils parlent et ce qui les oppose, à quoi ils croient ou ne croient pas ». Amen ! C’est la philosophie analytique au meilleur de sa forme : on se met d’accord sur les définitions, et ensuite on argumente rigoureusement pour déterminer la vérité sur une question importante. Comte-Sponville a ensuite le mérite de citer et de répondre aux arguments les plus importants en faveur de l’existence de Dieu, et de nous offrir ses arguments à lui contre l’existence de Dieu. Je dis « Bravo » encore une fois : il nous donne tout ce qu’il faut pour évaluer sa position sur la question, et donc ma critique de son livre va se faire un plaisir d’évaluer la force de ces arguments. Alors évidemment, en tant que philosophe chrétien, je ne surprends personne si j’annonce que j’ai trouvé ses arguments athées invalides (parfois de manière flagrante), mais ils me permettront de vous expliquer pourquoi en détail, et je montrerai au cas par cas les endroits où ils ont raté un virage. J’expliquerai par ailleurs pourquoi ses critiques des arguments en faveur de l’existence de Dieu échouent et laissent ainsi la porte grande ouverte à ces arguments qui établissent l’existence de Dieu. Nous sommes donc partis pour un bon débat !

Enfin, la dernière section sur sa vision d’une « spiritualité » athée, où il défend que « la spiritualité est une chose trop importante pour qu’on l’abandonne aux fondamentalistes » (p.10), est celle qui part le plus dans le côté obscur de la philosophie : les termes sont vagues, les thèses sont difficilement compréhensibles et encore moins évaluables, et la rhétorique poétique prend l’ascendant sur la clarté et la rigueur intellectuelle. J’en dirai un peu plus sur la fin de ma critique, mais ne nous attardons pas sur ce problème pour l’instant, car je veux dès lors annoncer de manière enthousiaste que j’ai vraiment aimé son livre, et que je conseille vivement sa lecture à tous ceux qui s’intéressent à l’athéisme à la française.

Non seulement André Comte-Sponville a le mérite de discuter des arguments les plus importants, mais en plus il est respectueux des chrétiens ! Il écrit (p. 20) « reconnaissons qu’il y a davantage de saints chez les croyants que chez les athées ; cela ne prouve rien quant à l’existence de Dieu, mais interdit de mépriser la religion ». Quel respect rafraichissant ! Alors oui, il compare quand même sa dé-conversion à un enfant qui devient adulte (p.15-16), mais c’est de bonne guerre, et dans l’ensemble il est bien chaleureux avec ses opposants idéologiques. Il dit avoir horreur « de l’obscurantisme, du fanatisme, de la superstition » (p.10), et le penseur chrétien se doit de dire Amen.

J’espère donc que ma réfutation de ses thèses athées fera preuve du même respect, et j’ai hâte de vous dire en détail pourquoi, croyant en Dieu, je ne suis pas d’accord avec ce philosophe que j’apprécie donc maintenant beaucoup.

Affaire à suivre…

>>> Partie 2

Qu’est-ce que l’évangile? – Partie 2 (L’évangile est-il tolérant en condamnant?)

Dans l’avant-propos du commentaire « The death of death in the death of Christ » écrit par John Owen, J.I. Packer souligne l’urgence de retrouver l’évangile:

« Sans nous en rendre compte, nous avons, au cours du dernier siècle, troqué l’évangile pour un substitut qui lui ressemble à plusieurs égards, mais qui dans son entité, constitue une notion tout à fait différente. De là tous nos troubles, car le substitut ne peut arriver au même résultat que l’évangile authentique qui a si puissamment fait ses preuves dans le passé.»[1]              

L’observation de Packer est plus que pertinente. Si l’évangile est le fondement de la vie chrétienne et qu’il doit diriger l’église, le ministère, la sainteté, l’évangélisation, l’édification, la discipline et la vie en générale, alors c’est un véritable problème de changer cet évangile. Ce « nouvel évangile »[2] pour reprendre l’expression de Packer, échoue à la transformation du chrétien. Quel est donc le problème? Selon Packer :

« Il n’amène pas les hommes à être centré sur Dieu dans leurs pensées et n’inspire pas la crainte de Dieu à leurs cœurs, car ce n’est pas son but premier. En d’autres termes, la différence entre l’ancien évangile et le nouveau est que ce dernier s’intéresse exclusivement à « aider » l’homme – lui apporter la paix, le réconfort, le bonheur, la satisfaction – et se soucie trop peu de glorifier Dieu. »[3]

Cela met la table pour regarder le contenu de l’évangile dans la lettre de Paul aux Galates. Pourquoi? Parce qu’à la première lecture cette lettre, nous constatons qu’il y a un problème sérieux concernant l’évangile. Rapidement dans la lettre le sujet y est apporté avec un langage unique que Paul n’utilise nulle part ailleurs dans ces écrits. En effet, il y a une damnation attachée à ce sujet (1.9).

A.        Le problème des Galates concernant l’évangile

C’est une épître qui contient un avertissement que nous ne trouvons nulle part ailleurs :

« Mais si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (1.8)

Selon ce verset si nous n’avons pas le bon évangile, nous sommes damnés. Le problème n’est pas seulement que les Galates se sont trompés doctrinalement, mais bien qu’ils se sont détournés de celui qui les « […] a appelés » (1.6) pour passer à un autre évangile. C’est donc un évangile différent de celui prêché par Paul et approuvé des apôtres et par conséquent, ce n’est donc pas l’évangile (1.7)[4].

Le fait que Paul parle d’un « autre » évangile (1.6, 7) ou d’un « évangile différent » (1.8, 9), suggère qu’il y a un contenu à l’évangile. Un contenu tellement important que si nous le manquons nous ne sommes pas seulement dans l’erreur, mais on se détourne de Dieu lui-même. À première vue ce ne semble pas être une bonne nouvelle.

B. L’évangile dans Galates

Quel est donc le contenu de l’évangile, dans le contexte de l’épître aux Galates? Paul souligne un contenu minimum et irréductible commun aux autres écrits du Nouveau Testament[5]. Le langage utilisé par Paul dans son introduction, ainsi que le fait que Paul souligne qu’ils se sont détournés vers un « autre » évangile (1.6), laisse entendre que les versets qui précèdent 1.6 sont déterminants en ce qui concerne le contenu irréductible de l’évangile, car il y fait référence dans le reste de la lettre. La formulation du contenu diverge selon l’auteur, mais nous sommes capables de tracer un contenu minimum. Par exemple, F.F. Bruce souligne deux points[6] :

  1. Que Jésus-Christ s’est donné lui-même pour nos péchés (1.4a)
  2. Et que l’objectif de ce sacrifice était de nous délivrer du présent siècle mauvais (1.4b)

D’un autre côté, D.A. Carson dans un cours sur Galates[7] souligne la compréhension que Paul a de l’évangile en trois points[8] :

  1. Sa mort
  2. Sa résurrection
  3. Un certain point de vue eschatologique qui accomplit quelque chose à la fin par Jésus-Christ

Nous revenons encore à notre résumé[9] de l’évangile: « L’évangile est la bonne nouvelle de tout ce que  Dieu a fait pour nous, par son Fils unique à la croix et la résurrection. »[10] On peut ajouter beaucoup de détail[11], mais jamais moins que cela. Le contenu de l’évangile et le sérieux avertissement adressé par Paul nous font dire que « la croix est la seule voie de salut; aucune autre partie des Écritures ne le dit plus explicitement que l’épître aux Galates. »[12] C’est une déclaration d’exclusivité!

C. L’évangile est-il tolérant en condamnant?

Les religions ne se valent-elles tous pas? Par définition l’évangile en condamnant, n’est-elle pas intolérant? Il vaut la peine de rectifier quelques informations :

1)      Tout système de pensée est implicitement ou explicitement exclusif. Tout système de pensée religieux ou philosophique[13] va se réclamer d’une certaine forme d’exclusivisme.

2)      La tolérance présuppose d’abord qu’il y a au moins quelque chose de négatif (ou de faux) dans la pensée de l’autre. En dénonçant la fausseté d’une pensée (religieuse ou philosophique) nous pourrions croire que c’est intolérant, surtout pour celui qui le reçoit, mais elle peut aussi être la marque du plus grand amour qui soit! D’ailleurs, beaucoup de chrétiens par amour son mort pour annoncer l’évangile, car ils croyaient que le monde courrait à la perdition.

3)      Beaucoup réclament la tolérance par ignorance, par refus de croire, par rejet d’évidences ou par doute. Cela dispense donc de remettre en question ma propre philosophie. Il y a longtemps qu’Henri Poincaré nous disait :

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. »

Il faut l’avouer, souvent ceux qui rejettent le christianisme ont raison de nous accuser. Le problème que nous rencontrons souvent de la part des chrétiens, c’est le manque d’amour. D’ailleurs, je pourrais vous raconter plusieurs moments ou moi-même j’en ai manqué. Cependant, le manque d’amour dans la communication n’est pas gage de fausseté. D’ailleurs, Paul, malgré son affirmation percutante, fait preuve d’un grand amour pastoral afin d’éviter la dérive des chrétiens de Galatie. C’est la raison pour laquelle il faut toujours lier vérité et amour.

L’évangile met en lumière nos péchés (souvent considérer condamnant), mais c’est à la fois un message de grâce disponible pour tous ceux qui croient. L’évangile est sérieux et rempli d’amour. Gardons l’équilibre dans la proclamation de la vérité et l’amour exprimé :

« […] mais en disant la vérité avec amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. » (Éphésiens 4.15)


[1] John Owen, La vie par sa mort, Édition SEMBEQ, 2010, p.10.

[2] Ibid., p.10

[3] Ibid., p.10

[4] Le problème ne se limite pas au contenu doctrinal seulement. Car nous agissons en fonction de ce que nous croyons. C’est pour cela que Paul ajoute que la vie chrétienne doit être vécue selon la vérité de l’évangile (2.14).

[5] Malgré que nous devions faire souvent la distinction entre la bonne nouvelle elle-même et sa proclamation, il n’en demeure pas moins que Paul souligne un contenu minimum irréductible, un contenu commun à son utilisation.

[6] F.F. Bruce, The epistle to the Galatians, NIGTC, Eerdmans, 1982, p.33.

[7] D.A. Carson, cours Sembeq : Épître aux Galates (2014).

[8] Dans le contexte de Galates. Voir aussi de façon plus détaillé e1 Corinthiens 15.1-8.

[9] Qu’est-ce que l’évangile, partie 1 : https://www.associationaxiome.com/quest-ce-que-levangile-partie-1/

[10] Ibid.

[11] Entre autres l’espérance que nous avons dans les promesses futures, comme ici dans Galates.

[12] D.A. Carson et Douglas Moo, Introduction au Nouveau Testament, Excelsis, Charols, 2005, p.439.

[13] Même en science. Si nous disons que tout ce que l’on peut connaître provient de la science, je rejette à la fois les systèmes qui y font moins référence ou pas du tout, à tort ou à raison.

Général Tom Lawson: Des propos troublants!

Et si les athées allaient au bout de leur raisonnement!Tom Lawson

Je prends le risque d’écrire cette petite réflexion, qui m’attirera certainement des commentaires, mais c’est quand même magnifique. Cette semaine, le général Tom Lawson a déclaré que les hommes étaient en quelque sorte programmés biologiquement pour avoir des pulsions les poussant à l’inconduite sexuelle. Il s’en est suivi d’une nuée de critiques à son égard, ce qui l’a poussé à faire des excuses.

Nous avons caractérisé sa pensée de plusieurs commentaires :

–          Aberrant, et abruti… on se croirait à l’âge des cavernes…

–          Pensée de l’âge médiévale…

–          Les bonobos ne font pas cela

–          Etc.

C’est intéressant de voir que nous associons la pensée de “programmation biologique” à quelque chose d’archaïque. Je ne peux m’empêcher de souligner deux choses :

1)      Nous louons souvent la pensée de Freud (athée) et de la psychanalyse. Mais ce qu’il disait il y a près de 100 ans, c’est que l’humain est régi par des pulsions inconscientes. Et nous applaudissons cette pensée, encore dans nos universités. Selon lui, l’homme est un animal, pourquoi agirait-il autrement? À moins, qu’il soit différent, mais il ne faut certainement pas dire : à l’image de Dieu… Ça, c’est religieux.

2)      Mon deuxième commentaire est encore plus intéressant. Voici ce que Richard Dawkins dit :

« Si l’univers n’était que des électrons, le problème du mal ou de la souffrance n’existerait pas. Au contraire, si l’univers n’était que des électrons et des « gênes égoïstes […] Un tel univers ne serait ni mal ni bon en intention. Il ne démontrerait aucune intention de quelques sortes que ce soit. Dans un univers de forces physiques aveugles et de la réplication génétique, quelques personnes vont être blessé, d’autres vont être chanceux et on ne s’attendrait pas y voir de sens, ni de justice. L’univers que nous observons a précisément les propriétés dont nous nous attendrions de lui s’il n’y a pas, au fond, de design, de but, pas de bien ni de mal, rien que l’indifférence aveugle et sans pitié. Comme le poète malheureux A.E Housman l’a exprimé : la nature sans cœur, sans raison ne saura rien (de tes troubles) et ne s’en soucierait jamais. L’ADN n’en sait rien et ne s’en soucie pas. L’ADN est, c’est tout. Et nous dansons à sa musique.  »

Ceci est le monde selon Dawkins : une indifférence aveugle, impitoyable, sans but, aucun mal, dansant au son de notre ADN (programmé biologiquement). Et Dawkins fait appel à la science et mentionne que la science n’est pas là pour déterminer ce qui est bien ou mal. Pourtant ce n’est pas au moyen âge, c’est le porte parole des athées.

Malheureusement, lorsqu’il s’agit d’applaudir un philosophe quand elle rejette Dieu, il n’y pas problème. Mais lorsque la même pensée est véhiculée dans un contexte de valeur morale touchant directement nos femmes et le jugement moral des humains, on lève les barricades et immédiatement dénonce le caractère arriéré de cette pensée. Mais voici la triste réalité que les chrétiens nous disent depuis plus de deux millénaires : nous agissons en fonction de ce que nous croyons, pas seulement du fruit des gènes!

Il vaut la peine de souligner le jugement moral qui est posé sur de tel propos. Les chrétiens apportes l’argument moral depuis de nombreuses décennies:

1)      Si Dieu existe, les valeurs  morales objectives existent

2)      Les valeurs morales objectives existent

3)      Donc Dieu existe

Je ferais simplement ce commentaire, sans débattre la validité de l’argument (qui est logique) : Tous ceux qui s’abjectes contre les propos du générale Lawson, vous démontrez par ce comportement que vous vivez en fonction de ces valeurs morales objectives, en vous permettant de les juger. Mais, si les athées allaient au bout de leur raisonnement, je leur pose la question : pourquoi êtes-vous si étonné de voir de tel comportement? C’est justement ce qu’on s’attendrait dans un monde sans Dieu, tel que décrit par vos penseurs.

Mais vous faite bien de dénoncé de tel propos qui sont inacceptables! Reste à reconnaître l’image de Dieu en nous. C’est pour cela que l’on s’indigne de l’offense faite à nos femmes et qu’on s’indigne beaucoup moins quand il s’agit d’une marmotte écraser sur la rue, ou encore de la disparition de nos bélugas. Vous avez beaucoup plus de valeur, car vous êtes plus que des animaux, même si nous partageons le même environnement!

 

« Déplorer des ‘chrétiens’ et apprécier Michel Onfray » : une conclusion optimiste – Partie 12 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

<<< Partie 11

Nous voici arrivés à la dernière partie de ma critique, et il me reste pourtant de larges quantités de notes sur le matériel historique discuté par Michel Onfray concernant les chrétiens dans l’histoire. Tâchons ainsi d’être bref, car j’aimerais conclure ci-dessous sur une note plus personnelle. Onfray dédie une large portion de son livre à expliquer tout le mal qu’ont fait les croyants dans l’histoire de la planète. vadorL’apôtre Paul est contre l’éducation, bête, et lui même non éduqué (p.183-184), Jean Chrysostome justifie la violence physique (p.196-197), Augustin en prend pour son grade également, accusé de justifier « le pire dans l’église » (p.244), Constantin est superstitieux, infanticide et uxoricide (p.187-192), Adolf Hitler est un « disciple de St Jean » (p.216), le Vatican collabore avec les Nazis (p.237) ; Onfray blâme les chrétiens pour Hiroshima (p.247), l’esclavagisme moderne (p.247), le colonialisme (p.250), et passe en revue : « l’inquisition, la torture, la question ; les Croisades, les massacres, les pillages, les viols, les pendaisons, les exterminations ; la traite des Noirs, l’humiliation, l’exploitation, le servage, le commerce des hommes, des femmes, des enfants ; les génocides … » etc. etc. (p.235) Vous voyez le genre. Plutôt que d’écrire une dizaine de pages supplémentaires en traitant chaque accusation individuellement, je souhaite simplement faire quelques remarques générales importantes, pour répondre au cœur de l’argument unique qu’Onfray applique à différents individus au fil des siècles. Il s’agit en fait d’un argument déductif qui dit cela :

1 – Si des chrétiens font du mal, cela reflète négativement sur le christianisme

2 – Ces gens sont chrétiens,

3 – Ces gens ont fait du mal,

4 – Conclusion : cela reflète négativement sur le christianisme

L’argument est logiquement valide : si les prémisses 1, 2 et 3 sont vraies, alors la conclusion 4 s’ensuit. La réponse du chrétien va alors avoir plusieurs composantes disponibles:

Rejeter 2, rejeter 3, ou accepter 4 et le déplorer.

augustinePour Adolf Hitler, par exemple, il est clair qu’il n’est pas chrétien si le mot est défini un tant soit peu bibliquement. Pour d’autres tels qu’Augustin, il n’est pas net qu’ils soient coupables des maux qu’Onfray leur prête, et étant donné qu’il ne nous donne pas de référence en bas de page, il est difficile de vérifier. Et enfin, pour d’autres chrétiens qui ont effectivement agi de triste manière, le chrétien moderne se doit d’admettre que l’histoire de l’église n’est pas toute rose, et que même ses héros du passé sont des pécheurs ayant besoin du pardon de Jésus. Rien de cela ne discrédite la Bible, l’existence de Dieu, ou la divinité de Jésus, et je peux me joindre à Michel Onfray dans un bon nombre de ses critiques historiques.

Ceci étant dit, il me faut tout de même ajouter que son analyse est entièrement polarisée et ‘quelque peu’ diabolisante. Si les péchés des chrétiens reflètent négativement sur le christianisme, leurs bonnes œuvres devraient être prises en compte au même titre, mais ce n’est pas Michel Onfray qui vous parlera de la fondation chrétienne des hôpitaux, des universités, et de leur participation massive à l’aide humanitaire. Le traité d’athéologie vous parle des vilains chrétiens de l’histoire, mais où sont les Martin Luther King, les Dietrich Bonhoeffer et les William Wilberforce ? L’argument fonctionne dans les deux sens.

Par ailleurs, la prémisse 3 de l’argument ci-dessus présuppose que des chrétiens ont fait du mal. Du vrai mal. Or, un peu plus tôt dans cette critique, lorsque nous discutions de l’argument moral pour l’existence de Dieu, nous remarquions que si Dieu n’existe pas, alors il n’existe pas de valeurs morales objectives. Il s’ensuit donc que si des chrétiens on fait du mal, objectivement, alors il existe au moins certaines valeurs morales objectives par lesquelles Onfray juge les chrétiens, et donc Dieu existe. L’argument n’est donc pas disponible pour un athée cohérent.

Enfin, il reste une accusation proférée par Onfray avec laquelle le vrai chrétien ne peut qu’être d’accord : il dénonce la pratique de forcer la conversion : « obligation pour les païens de se faire instruire dans la religion chrétienne, puis d’obtenir le baptême sous peine d’exile ou de confiscation de leurs biens ; interdiction de revenir au paganisme pour les convertis à la religion d’amour ; » (p.198-199)

MEDION DIGITAL CAMERAMa réponse est sans équivoque : « Oui ! », toutes ces choses sont mauvaises et, j’ajoute, entièrement incompatibles avec le christianisme biblique. On ne peut pas faire un chrétien par coercition. Un chrétien est un pécheur qui se repent sincèrement de son péché, et place sa foi sincère en Jésus, pour recevoir son pardon gratuitement, par la foi et non pas par les bonnes œuvres. Il s’ensuit que par définition, le choix de devenir chrétien doit être complètement libre, sinon ce n’est pas une foi qui sauve. Le chrétien partage avec joie les raisons pour lesquelles il est chrétien, il explique en termes clairs l’enjeu de la question (la vie éternelle !), et il encourage le non-croyant à recevoir ce pardon gratuit (quelle bonne nouvelle !), mais en aucun cas ne doit il forcer qui que ce soit. J’espère que cette critique du traité d’athéologie aura été comprise dans cet esprit : une offre d’arguments rationnels pour encourager le lecteur, et une invitation au lecteur à réfléchir librement à ces choses : si le christianisme est vrai, l’enjeu est énorme.

A bon entendeur.

onfrayEnfin, permettez-moi de conclure sur une note positive. Après 12 parties d’une critique passées à dire du mal des arguments invalides de Michel Onfray, j’aimerais finir par dire du bien de l’homme, que j’apprécie en fait beaucoup. Il est souvent bien sympathique, il s’exprime de manière captivante, il aime la langue française et l’emploie joliment, et l’histoire de sa vie est tout simplement fascinante. En bref, je dois confesser être un fan (est-ce si terrible d’apprécier grandement quelqu’un avec qui l’on est fondamentalement en désaccord ?)

Je me permets d’ajouter que la plupart de ses adversaires qui le critiquent, même sur le sujet de l’athéisme, offrent des arguments que je trouve affligeants, et Onfray les démolit habituellement dans ses interviews avec brio, en offrant souvent les réponses exactes que j’aurais offertes moi même si j’étais un athée. Le monsieur a de la répartie ! J’espère donc que les arguments que j’ai offerts dans cette critique aient été d’un autre calibre, et sans avoir la prétention de penser que Michel Onfray les lira, je me prête à croire qu’ils auraient un meilleur effet.

Mais est-ce naïf de penser qu’un athée célèbre, publié sur le sujet, puisse changer d’avis sur la question ? À cela, je répond que ce ne serait pas la première fois. Le plus célèbre philosophe athée du siècle dernier, Antony Flew, sous le poids des arguments (particulièrement l’accord fin des constantes de l’univers, mentionné dans cette critique), a fini par changer d’avis, et annoncer sa croyance en un créateur de l’univers. Un de mes bons amis philosophes chrétiens, David Wood, est un ancien athée psychopathe, condamné pour tentative de meurtre barbare, qui a découvert le Jésus de l’évangile en prison, et s’engage maintenant en débats académiques sur la vérité du christianisme. Et enfin, je suis moi-même ancien athée, devenu chrétien et philosophe académique par un concours de circonstances improbables, et une réflexion sur les documents du Nouveau Testament. Alors si Dieu peut rattraper l’apôtre Paul, ou Antony Flew, ou David Wood, ou moi même, pourquoi pas Michel Onfray ?

…Et pourquoi pas vous, cher lecteur ?

Amicalement,

Guillaume Bignon, Mai 2015.

« Moins catholique et plus chrétien que le Pape » : sophisme épouvantail, catholicisme, et l’évangile – Partie 6 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

<<< Partie 5

Jusqu’ici, cette critique s’est focalisée sur les arguments concernant l’existence de Dieu en général, sans inclure de thèse particulièrement controversée sur la nature de ce Dieu. Cela permit d’établir qu’aucun argument de Michel Onfray ne supportait l’athéisme avec succès, et que plusieurs d’entre eux offraient même les prémisses d’arguments convaincants en faveur de l’existence de Dieu.

Nous en arrivons maintenant à la critique plus spécifique offerte par Michel Onfray, à l’encontre des trois monothéismes :  le judaïsme, l’islam et le christianisme.

epouvantailEn tant que chrétien moi même, je n’ai aucun intérêt à défendre le judaïsme et l’islam dans les domaines où ils contredisent ce que je crois être la vérité chrétienne, mais même pour ce qui est du christianisme, il est maintenant important de prendre un moment pour préciser de quoi il s’agit, car les critiques de Michel Onfray concernant le christianisme ne peuvent avoir de succès que si elles ont bel et bien le christianisme pour cible. Et en l’occurrence, Onfray critique un bon nombre de choses qui n’ont rien à voir avec le christianisme biblique. Cette manœuvre logique, intentionnelle ou pas, s’appelle « le sophisme épouvantail », et consiste à présenter la position d’un adversaire de manière erronée et facilement réfutable, pour ensuite clamer la victoire lorsque cette distorsion est reconnue comme étant une position absurde. Un exemple de sophisme épouvantail des plus flagrants a même été sélectionné pour la quatrième de couverture. Appréciez l’amalgame de l’extrait en question, et sa liste de croyances complètement absurdes attribuées aux « trois monothéismes » (rien que cela), alors qu’aucun chrétien digne du nom ne maintiendrait ces absurdités :

Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l’intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d’un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions.

N’importe quoi. Si Onfray pense que le christianisme affirme ces choses, alors je suis ravi de le rejoindre dans la rejection de ces absurdités, et de lui apprendre avec joie que rien de cela n’est requis pour un chrétien fidèle à la bible.

Même dans ses moments les plus attentifs, Onfray ne réfute souvent qu’un épouvantail en lieu et place du christianisme, mais je souhaite lui donner le bénéfice du doute, car je soupçonne fortement que la manœuvre n’est pas volontaire, et est plutôt basée sur une présupposition erronée (bien que compréhensible pour un Français). C’est la fausse idée, explicitement présupposée par Onfray, que « christianisme » veut dire « catholicisme ». Il fait alors face au problème suivant : en réfutant les croyances et pratiques spécifiquement catholiques, il laisse le protestantisme virtuellement intouché, et faillit donc directement dans sa réfutation du « christianisme » en général.

popeEn pages 227 il décrit le pape comme « le premier des chrétiens », et utilise en page 246 les prises de positions du pape Jean-Paul II pour décrire « le christianisme officiel ». C’est incorrect. Pour un protestant, Jésus et le texte biblique font autorité en tant que parole de Dieu, mais l’évêque de Rome n’est pas infaillible. Si Michel Onfray trouve que le pape est ignoble, qu’il garde à l’esprit que Martin Luther le décrivait de son temps comme étant l’antéchrist. La rhétorique incendiaire du « traité d’athéologie » devient timide par comparaison !

Mais même sans pousser la rhétorique au niveau de Luther, lorsqu’Onfray critique les structures d’autorité parfois trouvées dans l’histoire de l’église Romaine, les protestants se trouvent être d’accord. Il écrit : « les prêtres des trois religions refusent qu’on pense et réfléchisse par soi-même. Ils préfèrent donner l’autorisation – l’imprimatur… » (p.118) ou encore, « pendant des siècles le clergé interdit la lecture directe des textes. Il juge leur questionnement historique, humain, trop humain » (p.204). Voila précisément la cause initiale de la réforme protestante : la démocratisation de la bible. « ad fontes ! » s’exclamèrent les réformateurs : « aux sources !». L’enfreint des interdits de lire et traduire la bible est la raison pour laquelle les protestants se sont mis à … « protester ». Protester les enseignements et pratiques catholiques qu’ils trouvèrent contredire la bible. Luther en Allemagne, Tyndale en Angleterre, la bible est traduite dans la langue commune, pour ne pas laisser le message de l’évangile dans les mains exclusives du clergé, et pour proclamer la bonne nouvelle à ceux qui en ont besoin, à savoir : tout le monde. Voilà un effet merveilleux de la réforme.

Cela dit, même dans le camp catholique, l’ère des interdits de lire la bible est finie depuis longtemps, de telle sorte que quand Michel Onfray affirme « nous vivons toujours peu ou prou sous ce règne », il distord même le catholicisme. La Bible est aujourd’hui scrutée de manière critique et attentive sous tous les angles par les académiques catholiques et protestants.

Mais continuant l’amalgame entre christianisme et catholicisme, Michel Onfray dit que « l’Eglise » croit à la transsubstantiation, et que c’est un problème à la lumière du matérialisme (p.126). Je reviendrai plus tard sur sa discussion du matérialisme, mais pour le moment, il me faut encore répondre que non, « l’église » n’enseigne pas la transsubstantiation. Onfray annonce même que « L’église des premières heures croit à ce miracle ». Non. C’est un développement tardif, romain, et non biblique. Il conclut que « le destin du christianisme se joue dans cette pitoyable comédie de bonneteau ontologique. » Mais ce n’est donc pas le christianisme qu’il vise, et bel et bien une partie du catholicisme.

En bref, pour permettre un débat fructueux, je me dois maintenant de clarifier ce qui est essentiel pour le chrétien plus biblique mais moins catholique que le pape. Quel est le cœur de l’évangile ?

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Évangile (euangelion) en Grec, veut dire « bonne nouvelle ». Quelle est cette bonne nouvelle ? Pour le chrétien, la bonne nouvelle commence par une mauvaise nouvelle. La mauvaise nouvelle est que tous les hommes ont péché. Nous avons tous enfreint la loi morale de Dieu, et savons que nous sommes coupables, même par nos propres standards personnels : nous avons menti, volé, trompé, tué, convoité, du plus grand au plus petit, nous sommes tous coupables. « il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul » (Rom. 3:12). Dès lors, nous sommes tous sujets à la juste colère divine, et sans excuse (Rom. 1:18-21). Jésus enseigne qu’après la mort, les hommes doivent rendre compte de leur vie à leur créateur, et il y aura « pleurs et grincements de dents ». La question se pose alors tout naturellement : comment l’homme pécheur peut il être réconcilié avec un Dieu parfaitement juste ? La réponse biblique? « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.» (Jean 3:16). Par amour pour nous, Dieu est entré dans sa création en la personne de Jésus de Nazareth, a vécu la vie parfaite que nous aurions du vivre, et malgré son innocence parfaite, est mort sur la croix, et est ressuscité le troisième jour. Il est mort à notre place, pour payer le prix de notre péché, et échanger sa droiture contre notre culpabilité « Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu ». (2 Cor. 5:21) Ainsi, il nous rachète par sa grâce, nous qui ne pouvions pas nous sauver nous même. Et comment reçoit-on ce cadeau gratuit ? Par la foi seule en Jésus et non pas par des bonnes œuvres, ou des rituels religieux. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Eph. 2 :8-9). Et voilà le cœur de la « bonne nouvelle » : la vie éternelle et le pardon des péchés sont gratuits, et obtenus par celui qui se repend de ses péchés, et place sa foi en Jésus seul. « Celui qui croit au fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » (Jean 3:36).

Voilà en bref le cœur du christianisme. Si Michel Onfray souhaite, tel qu’il l’annonce, réfuter « le christianisme », telle est la cible appropriée, tout du moins bibliquement, même si l’église catholique se trouvait enseigner le contraire.

Sur un plan plus personnel, je me permets d’ajouter un mot de défense de Michel Onfray, car ce message incroyable, que la vie éternelle est un cadeau gratuit qui s’obtient instantanément par la foi seule en Jésus et pas par les bonnes œuvres ou les gri-gris religieux, je ne l’avais moi même jamais entendu malgré des années à fréquenter l’église catholique depuis mon plus jeune âge. Ce n’est que plus tard, en tant qu’athée, que par un concours de circonstances improbable, je finis par me repencher sur la question de Dieu, et découvris que c’était le cœur du nouveau testament : Jésus est mort pour sauver des pécheurs, justifiés par la foi en lui, et non pas par leurs bonnes œuvres.

Alors évidemment, si une personne se repent sincèrement de son péché et place ainsi sa foi en Jésus seul, il s’ensuit que son cœur changé va l’emmener à produire de bonnes œuvres, et qu’au contraire, une personne qui ne fait que « dire » qu’il a la foi en Jésus, et ne montre aucun signe de vie changée est bien probablement une personne qui n’a pas réellement reçu l’évangile (Jac. 2:14-18). En ce sens, Onfray a raison de critiquer l’hypocrisie des personnes religieuses : « Mais on se marie encore beaucoup à l’église – pour faire plaisir aux familles et belles-familles, prétendent les hypocrites. » (p.79). Il est donc entièrement incohérent de se dire « croyant, mais non pratiquant ». Mais il en reste que ces bonnes œuvres ne sont pas la base de notre acceptation par Dieu ; elles sont le témoin de notre gratitude pour la grâce de Dieu que nous ne méritions pas, mais avons reçu gratuitement, lorsque nous avons placé notre foi en Jésus.

« Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus Christ notre Seigneur. » (Romains 6:23).

>>> Partie 7

« La vérité (ou pas) dans le collimateur » : sophisme génétique, dysfonction cérébrale, et naturalisme auto-réfutant – Partie 5 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

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<<< Partie 4

Une autre ligne d’argumentation offerte par Michel Onfray dans les premières pages de son livre « traité d’athéologie » consiste à critiquer la source des croyances théistes, c’est à dire le mécanisme à travers lequel les croyances en Dieu sont formées dans la tête du croyant. Si le monothéiste croit en l’existence de Dieu, affirme Onfray, ce n’est pas parce qu’il a cherché (et trouvé) la vérité ; au contraire, les croyances en Dieu proviennent de différentes sources, qui n’ont rien à voir avec la vérité : un désir d’oasis par des hommes assoiffés, un désir de repos par des hommes fatigués, ou un besoin d’espoir par des hommes craignant la mort. Il décrit sa thèse de la soif et de la fatigue en page 17: « Je songe aux terres d’Israël et de Judée-Samarie, à Jérusalem et Bethléem, à Nazareth et au lac de Tibériade, autant de lieux où le soleil brûle les têtes, assèche les corps, assoiffe les âmes, et génère des désirs d’oasis, des envies de paradis où l’eau coule, fraîche, limpide, abondante, où l’air est doux, parfumé, caressant, où la nourriture et les boissons abondent. Les arrières-mondes me paraissent soudain des contre-mondes inventés par des hommes fatigués, épuisés, desséchés par leurs trajets réitérés dans les dunes ou sur les pistes caillouteuses chauffées à blanc. Le monothéisme sort du sable. »

Le même genre de considérations apparaît en page 27 lorsqu’il dit des croyants : « je désespère qu’ils préfèrent les fictions apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes. Plutôt la foi qui apaise que la raison qui soucie—même au prix d’un perpétuel infantilisme mental. »

La thèse se précise : les croyances en Dieu, qui proviennent d’un désir autre que de croire la vérité (en l’occurrence un besoin d’apaisement), témoignent d’une défaillance intellectuelle. Un « infantilisme » mental. Autrement dit, l’intellect humain, qui a pour fonction normale de détecter et croire la vérité, se trouve malfonctionner chez le théiste, et génère des croyances qui visent non pas la vérité, mais le confort. Deux dernières citations d’Onfray suffiront pour illustrer  l’idée. Il annonce en page 28 : « La crédulité des hommes dépasse ce qu’on imagine. Leur désir de ne pas voir l’évidence, leur envie d’un spectacle plus réjouissant, même s’il relève de la plus absolue des fictions, leur volonté d’aveuglement ne connaît pas de limites. »

Le langage d’un « aveuglement » témoigne bien d’une « dysfonction » mentale, générant des idées motivées par la peur plus que par la vérité. « Avoir à mourir ne concerne que les mortels : le croyant, lui, naïf et niais, sait qu’il est immortel, qu’il survivra à l’hécatombe planétaire ». Le motif est donc clair : peur, dysfonction mentale, formation d’une croyance qui apaise plutôt qu’une qui correspond à la réalité.

 

En réponse à cette thèse, je propose trois contrarguments, démontrant premièrement qu’elle est impertinente, deuxièmement qu’elle est démontrablement fausse, et troisièmement, qu’elle offre même les prémisses pour un argument qui réfute le naturalisme athée.

Tout d’abord, donc, la charge d’impertinence. Il n’est pas bien clair quelle conclusion ferme Michel Onfray tire de ses affirmations ci-dessus, mais s’il les emploie comme un argument contre la croyance en Dieu, alors il s’agit d’un raisonnement fallacieux appelé le « sophisme génétique ». Cette erreur de raisonnement consiste à critiquer la source d’une croyance (au lieu de sa vérité) pour la rejeter. Le problème est que même si une croyance trouvait son origine dans une source tout à fait douteuse, il se pourrait très bien qu’elle soit quand même juste ! Si une horloge cassée a ses aiguilles bloquées sur trois heures moins le quart, et si, ignorant son défaut, je la consulte à trois heures moins le quart, ma croyance résultante qu’il est trois heures moins le quart provient alors d’une source entièrement douteuse, mais il en reste qu’elle est quand même vraie. De manière similaire, même si l’on concédait que la croyance monothéiste « sort du sable », causée par la fatigue, la soif et la peur, il ne s’ensuivrait pas un instant que cette croyance est fausse. Au grand maximum, il s’ensuivrait qu’elle n’est pas sue de manière fiable.

oasis-300x200Mais en fait, et c’est ma deuxième affirmation, l’explication de Michel Onfray sur la genèse des croyances monothéistes est tout bonnement fausse. D’abord, elle trébuche sur la géographie. Les terres d’Israël, Jérusalem, Bethléem, Nazareth et la Galilée ne sont pas des endroits qui génèrent des envies d’oasis ; ce sont des oasis. Les textes sur la Méditerranée ancienne décrivent l’endroit comme étant particulièrement fertile. Par ailleurs, il est incroyablement imprudent de grouper tous les théistes dans un même panier, annonçant qu’ils sont tous fatigués, assoiffés ou apeurés. Peut-être certains d’entre eux ont au contraire de bonnes raisons supportant leur monothéisme. Je n’ai moi même pas très soif, merci, et quand le soleil de New York me chauffe la tête, je remercie Dieu pour mon climatiseur. Dans tous les cas, j’ai déjà mentionné (et parfois développé) dans cette critique un nombre certain d’arguments pour l’existence de Dieu, basés sur la vérité de prémisses défendues, et non pas sur ma peur de la mort ou la difficulté de ma vie. Ceux-ci servent de réfutation à la thèse présente, qui n’est donc pas qu’impertinente, mais belle et bien fausse.

Enfin, je conclue cette section une fois de plus en montrant que dans le voisinage de l’argument invalide de Michel Onfray, se trouve en fait un argument valide contre son naturalisme athée, un argument qui a été développé par Alvin Plantinga, et appelé « l’argument évolutionnaire contre le naturalisme ». Selon cette ligne de pensée, il est admis que Michel Onfray a raison de se focaliser sur la « fonction » des facultés cognitives qui entrent en jeu dans notre développement du savoir. Lorsque notre intellect génère des croyances motivées par la peur plutôt que par la vérité, il nous fait défaut ; il ne fonctionne pas proprement. Pour qu’une croyance véritable soit un cas de savoir, il faut qu’elle soit générée par nos facultés cognitives fonctionnant proprement, visant la vérité.

Le problème pour Michel Onfray, est que si son athéisme est vrai, et si la seule chose qui existe est la nature, alors la fonction de nos facultés cognitives n’est pas de détecter la vérité, et elles ne sont alors pas fiables.

plantinga_0Je m’explique. Si Dieu existe, alors l’homme, créé par Dieu, attribue logiquement le fonctionnement de ses facultés cognitives au dessein de son créateur : Dieu créa l’homme a son image, avec un intellect conçu pour viser la vérité et former des croyances vraies, obtenant du savoir sur le monde. Si Dieu n’existe pas, en revanche, quelle est la fonction de nos facultés cognitives ? Qui les a conçues et dans quel but? Réponse : l’évolution, pour nous rendre aptes à la survie. Selon la théorie Darwiniste, le cerveau humain et ses facultés cognitives extrêmement complexes sont le fruit non pas d’un dessein intelligent, mais d’un long processus naturel, de mutations aléatoires, filtrées par la sélection naturelle retenant les mutations utiles à la survie, et éliminant les mutations mal-adaptives. C’est la théorie standard de l’évolution. Le problème apparaît alors : si la fonction de nos facultés cognitives est d’assurer la survie de l’individu, alors il n’y a pas de raison de penser qu’elles soient fiables pour produire du savoir véritable. Lorsqu’elles fonctionnent proprement, nos facultés cognitives visent notre survie, mais ne visent pas particulièrement la vérité. Ce n’est pas qu’elles visent le mensonge non plus ; c’est juste que la vérité leur est indifférente. Une croyance peut être vraie ou fausse, ce qui compte c’est que l’individu qui la croit ait un bénéfice en terme de survie. Dès lors, nous avons une raison de douter de leur capacité à produire des croyances vraies, dans la mesure où ce n’est pas leur fonction.

Une réponse typique de l’athée consiste à rétorquer qu’il va de soi que si nos facultés cognitives sont fiables pour obtenir la vérité, alors elles fournissent par là même un avantage en terme de survie. Le problème, c’est que ce fait n’a aucun impact sur la question qui nous intéresse. Pour faire confiance à nos facultés cognitives, il aurait fallu non pas que « si elles sont fiables alors elles aident à la survie » ; mais au contraire que « si elles aident à la survie, alors elle sont fiables » ; et cette dernière implication n’est absolument pas vraie ; il n’y a aucune raison de penser que si nos facultés cognitives sont adaptées à la survie, alors elles sont fiables pour produire des croyances vraies.

sabliereIl s’ensuit donc qu’un athée naturaliste qui croit à l’évolution, dispose d’une raison de douter de la fiabilité de ses facultés cognitives pour détecter la vérité. Mais évidemment, s’il tient une raison de douter de cela, alors c’est une raison de douter de toutes les croyances produites par ces facultés cognitives, naturalisme athée et évolution inclus. La croyance jointe en l’évolution et le naturalisme athée est donc littéralement auto-réfutante, et ne peut pas être adoptée rationnellement.

On voit donc ici une fois de plus que l’argument offert par Michel Onfray non-seulement échoue dans son attaque du théisme, mais présente même un challenge intellectuel supplémentaire pour sa propre position athée.

>>> Partie 6

« Tout est-il permis ? » : l’objectivité de la moralité et l’existence de Dieu – Partie 4 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray.

<<< Partie 3

La partie précédente de cette critique concluait que le problème du mal était un échec pour réfuter l’existence de Dieu. Mais la situation est en fait pire que cela pour l’athéisme de Michel Onfray : si l’existence objective du mal ne réfute en effet pas l’existence de Dieu, bien au contraire, elle la démontre ! Cet argument se défend brièvement ainsi :

Gun-Backfire-300x240Si Dieu n’existe pas, alors la moralité humaine n’est pas objective, mais subjective. Cette affirmation conditionnelle est acceptée à la fois par des théistes et des athées. Mais en fait, il existe au moins certaines valeurs morales objectives (tel qu’il est présupposé dans l’argument athée offert précédemment par Michel Onfray : le mal existe objectivement), et donc il s’ensuit logiquement que Dieu existe. L’argument est logiquement valide, c’est-à-dire que sa conclusion s’ensuit logiquement de ses deux prémisses. Défendons ainsi la vérité de ces deux prémisses.

La première affirme que si Dieu n’existe pas, alors il n’existe pas de valeur morale objective. Traditionnellement, la vision du monde chrétienne a ancré la moralité sur la volonté et les commandements divins : « tu ne mentiras pas, tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, tu ne commettras pas de meurtre, aime ton prochain comme toi même, etc. » Étant donné que Dieu, par définition, est le créateur et designer de l’univers ainsi que la source ultime de toute bonté, il est aisé de comprendre qu’il fasse autorité en terme de moralité pour sa création: ayant créé les hommes, il déclare tout naturellement son dessein au sujet de ce que les hommes devraient faire ; il garantit ainsi l’objectivité de leurs obligations morales.

friedrich-nietzsche-1Mais si au contraire Dieu n’existe pas, alors la seule source restante pour la moralité humaine est l’individu où la société, et est donc subjective. Ce qu’un individu trouve bon, son voisin le trouve mal, et il en va de même pour les sociétés, dans le présent comme dans l’histoire. Quand la population nazie affirme qu’il n’est pas mal et qu’il est même moralement bon de tuer les juifs et les tziganes, une autre nation peut se plaindre qu’elle ne partage pas le même jugement de valeur dans ses règles de moralité à elle, mais sans Dieu siégeant au dessus des cultures et des individus, elle ne peut pas dire que sa moralité est « correcte », et celle des nazis incorrecte. sartre-300x229Elle ne peut pas dire que sa moralité est « meilleure », mais seulement qu’elle est « différente ». Le bien et le mal deviennent alors des notions subjectives, et c’est ce que communique Dostoïevski dans sa phrase célèbre que Michel Onfray cite en page 75 : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis ». Michel Onfray déplore la connexion, mais cette vérité conditionnelle n’est pas l’apanage des théistes : elle est proclamée en long et en large dans les écrits de Nietzche et de Sartre pour ne citer que deux géants athées. Ces derniers affirment que si Dieu n’existe pas, la moralité est subjective ; et bien sûr, ces deux là encaissent le coup et présupposant l’athéisme, se voient affirmer le nihilisme qui s’ensuit : la moralité n’est pas objective, il n’y a pas réellement de bien et de mal, uniquement des différences d’opinion humaines, sans observateur transcendant privilégié pour les départager.

st_barthelemy-300x180Le problème, c’est que cette conclusion est constamment contredite par notre expérience morale : le mal que l’on rencontre dans cette vie n’est pas une illusion. L’holocauste est réellement mal, et il serait resté mal même si les nazis avaient gagné la guerre et tué tous ceux qui s’y opposaient. Torturer ou violer un bébé n’est pas juste une affaire de préférences personnelles, c’est une abomination morale, et l’opinion du psychopathe qui n’est pas d’accord n’est pas juste « différente », elle est fausse. Aimer et protéger ce bébé est objectivement bon. Le bien et le mal existent vraiment, et cette thèse plutôt évidente, Michel Onfray l’affirme tout au long de son livre lorsqu’il dénonce (bien souvent à juste titre) tout le mal qui a été fait au nom de Dieu. Il ajuste le slogan de Dostoïevski pour déclarer « Parce que Dieu existe, alors tout est permis », et condamne « les croisades, l’inquisition, les guerres de religion, la Saint Barthelemy, les bûchers… » (p.73) les prêtres pédophiles et la couverture de leurs agissements (p.75). Michel Onfray est un moralisateur insatiable, et il a bien raison ! Je ne peux que le rejoindre et dire « amen ». Ces atrocités qu’il liste sont moralement abominables. Objectivement. Ce qui par l’argument ci-dessus, implique logiquement que Dieu existe.

La réponse de Michel Onfray à cet argument consiste à attaquer plutôt une de ses fréquentes distorsions. Il écrit (p.75) : « Qu’on cesse donc d’associer le mal sur la planète et l’athéisme ! L’existence de Dieu, me semble-t-il, a bien plus généré de conflits et de guerres dans l’histoire que de paix, de sérénité, d’amour du prochain, de pardon des péchés ou de tolérance. »

Mais c’est une incompréhension de la thèse présente. L’argument moral n’affirme pas un instant que croire en Dieu soit nécessaire pour vivre moralement. A vrai dire, la bible déclare que Dieu a écrit sa loi morale dans le cœur des non-croyants (Romains 2). Il est tout à fait possible (si ce n’est probable !) que Michel Onfray soit plus généreux et plus altruiste et plus sympathique et plus aimant que moi ou que la plupart des chrétiens qu’il a rencontrés. J’aimerais beaucoup que ceux qui professent le nom de Jésus vivent admirablement en accord avec ses enseignements, mais je ne me fais pas d’illusion sur la question : un grand nombre de personnes qui professent Jésus reflètent terriblement mal son caractère. Ceci étant admis, l’argument moral ne dit rien au sujet de la croyance en Dieu, mais affirme que l’existence de Dieu est nécessaire pour ancrer l’objectivité de la moralité. C’est donc une fausse piste lorsqu’Onfray regrette  en page 73 que: « La vieille idée persiste de l’athée immoral, amoral, sans foi ni loi éthique. » et argumente ensuite que si la moralité était du côté de la religion, alors « on aurait vu non pas les athées … mais les rabbins, les prêtres, les papes, les évêques, les pasteurs, les imams, et avec eux leurs fidèles, tous leurs fidèles—et ça fait du monde… —pratiquer le bien, exceller dans la vertu, montrer l’exemple et prouver aux pervers sans Dieu que la moralité se trouve de leur côté. » (p.74-75) C’est faux. Cet état d’affaire aurait été souhaitable, mais il n’y a aucune raison de penser qu’il s’ensuit de la seule existence de Dieu. Michel Onfray confond là encore épistémologie et ontologie. La croyance en Dieu n’est absolument pas nécessaire pour reconnaître et affirmer que l’amour de son prochain est moralement bon, mais son existence est nécessaire pour maintenir l’objectivité de cette vérité.

modus-tollensEn conclusion, l’argument ci-dessus établit que si Dieu n’existait pas, il n’existerait pas de valeur morale objective, mais qu’en fait au moins certaines valeurs morales objectives existent, ce qui implique logiquement que Dieu existe, de telle sorte que le mal, loin de prouver que Dieu n’existe pas, prouve même précisément son contraire.

Nous poursuivrons cette critique la prochaine fois avec une évaluation des thèses de Michel Onfray sur ce qui cause les hommes à croire en Dieu, des thèses qui, là encore, se trouvent être non seulement impertinentes, mais aussi l’occasion même d’un argument valide supplémentaire contre l’athéisme.

>>> Partie 5

Le problème du mal : « contorsions métaphysiques » pour le chrétien ? – Partie 3 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

<<< Partie 2

Même si l’argument athée traditionnel du « problème du mal » n’est pas plus développé par Michel Onfray que dans sa citation de deux phrases (ci-dessous), étant donné que c’est le seul argument athée offert dans tout le livre, il est bon d’offrir ici une réponse par nature trop brève, mais un peu plus longue que deux phrases. Pour mémoire, Onfray écrivait : « Les théistes ont fort à faire en termes de contorsions métaphysiques pour justifier le mal sur la planète tout en affirmant l’existence d’un Dieu à qui rien n’échappe ! Les déistes paraissent moins aveugles, les athées semblent plus lucides. »

serpent-300x247Avant d’offrir mes réponses à cet argument, je me dois de noter que la littérature philosophique chrétienne à ce sujet est incroyablement abondante : arguments et contre-arguments se trouvent à foison. Michel Onfray ne fait pas qu’éviter tout ce matériel, il prétend et affirme qu’il n’existe pas ! Il nous dit en page 87 :

« La construction de leur religion, la connaissance des débats et des controverses, les invitations à réfléchir, analyser, critiquer, les confrontations d’informations contradictoires, les débats polémiques brillent par leur absence dans la communauté où triomphent plutôt le psittacisme et le recyclage des fables à l’aide d’une mécanique bien huilée qui répète mais n’innove pas, qui sollicite la mémoire et non l’intelligence. »

—Non.

Nulle ne peut lire le travail d’Alvin Plantinga, Peter van Inwagen ou William Lane Craig ou des dizaines (des centaines ?) de leurs semblables, ou assister à une conférence de l’Evangelical Philosophical Society, ou de la Society of Christian Philosophers, et proférer ces accusations : leur travail est rigoureux, volumineux, n’est vraisemblablement pas unique, et leur raison d’être est précisément de produire en masse ce qu’Onfray nous dit ne pas exister : des arguments, confrontations d’idées, invitations à réfléchir, et réfutations des contrarguments.

Cela dit, Michel Onfray n’est pas entièrement ignorant de tels écrits, car il mentionne en page 88 la tradition scholastique des « Jésuites ». L’ordre des Jésuites ayant été fondé pour réfuter la réforme protestante, le calviniste que je suis n’est pas particulièrement enthousiaste à l’idée de les défendre, mais que leur reproche Michel Onfray ? « rhétorique, sophistries théologiques, et pinaillages scholastiques. »

Il faut choisir : que font les chrétiens ? Ils ignorent grossièrement les arguments, ou ils pinaillent et finassent ad-nauseam ? Clairement ils ne peuvent pas faire les deux.

Essayons donc d’éviter ces deux crevasses, et tentons d’offrir une critique efficace, intelligente et valide du problème du mal pressé par Onfray.

Le problème du mal est un argument qui affirme qu’il est logiquement incohérent de penser que Dieu est à la fois omnipotent et parfaitement bon, alors qu’il y a tant de mal sur la terre. Il est affirmé que Dieu, s’il était parfaitement bon, voudrait nécessairement éliminer tout le mal ; et que s’il était omnipotent, il pourrait le faire. Mais de toute évidence il ne l’a pas fait, d’où le problème. Pour réfuter l’argument, il faut donc qu’un chrétien rejette au moins une de ses deux prémisses : soit l’omnipotence de Dieu ne requiert pas qu’il puisse obtenir absolument tout ce qu’il veut, soit sa bonté ne requiert pas qu’il cherche à éliminer absolument tout le mal. Sans grande surprise, les théologiens et philosophes chrétiens ont, dans la littérature abondante à ce sujet, offert et développé exactement ces deux réponses. La première est basée sur le libre arbitre humain, affirmant que si le libre arbitre est tel que Dieu ne puisse pas décréter unilatéralement l’issue des choix humains sans entraver leur responsabilité morale, alors il est impossible même pour un Dieu omnipotent de décréter que les hommes fassent librement ce qu’il souhaite. C’est la fameuse « défense du libre-arbitre ». Je suis moi même sceptique en vertu de ma vue particulière calviniste du libre-arbitre, mais dans la mesure où l’argument de Michel Onfray s’attaque au christianisme en général, le chrétien non-calviniste est en droit de demander pourquoi le libre-arbitre humain ne pourrait pas expliquer une grande quantité du mal sur la terre. Michel Onfray ne nous le dit pas.

La seconde réponse est selon moi dévastatrice. Elle affirme tout simplement que Dieu, même s’il est omnipotent et absolument bon, pourrait très bien avoir de bonnes raisons pour permettre le mal dans le monde. La cohérence de ce concept est démontrée à chaque fois que l’on souffre chez le dentiste ou que l’on laisse nos enfants faire des bêtises dans l’espoir qu’ils tirent les dures leçons de la vie : du bien peut sortir du mal. Et bien entendu, pour le chrétien, l’événement central de sa foi, la crucifixion de Jésus est exactement cela : un événement rempli de mal vicieux (le meurtre de Jésus), permis (et même prédestiné, selon la Bible en Actes 2 et 4) pour accomplir un objectif juste et bon : le salut des pécheurs. Je reviendrai sur cet enseignement chrétien central plus tard dans cette critique.

jesus-cross-300x200Alors évidemment, il ne nous est pas toujours donné de savoir quelles bonnes raisons Dieu a pour permettre le mal qui se produit—on le sait même rarement—mais soyons clair : de notre ignorance humaine de ces raisons suffisantes, il ne s’ensuit pas un instant que de telles raisons n’existent pas, et encore moins qu’il soit impossible qu’elles existent (ce que l’argument requiert).

En conclusion, ces deux réfutations des prémisses de l’argument du mal sont suffisantes pour l’invalider, et ne me semblent pas être les « contorsions métaphysiques » mentionnées par Michel Onfray, mais bel et bien une réfutation logique en bonne et due forme.

Je note aussi en passant que vis-à-vis de cette question, l’athée n’est pas « plus lucide » que le déiste, contrairement à l’affirmation finale de Michel Onfray. En effet, le déiste affirme un dieu qui ne s’engage pas dans la vie des humains, et donc le problème du mal ne le touche pas du tout, ce qui veut dire que l’athéisme ne s’ensuivrait pas, même si le problème du mal était un argument valable ; il nous resterait encore à décider entre déisme et athéisme.

En résumé, le problème du mal repose sur deux prémisses rejetables par les chrétiens, et n’établit pas même l’athéisme.

Mais ce n’est pas tout, non-seulement le problème du mal ne réfute pas le théisme, mais il est en fait un problème pour l’athéisme. En effet, l’existence objective du mal ne réfute pas l’existence de Dieu, elle la démontre !

Plus d’explications sur cet argument moral pour l’existence de Dieu dans la prochaine partie.

>>> Partie 4

Avis de recherche sur les arguments théistes et athées – Partie 2 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

<<< Partie 1

On en arrive donc, dans cette critique du « traité d’athéologie », à l’évaluation des arguments qui pèsent sur la question de l’existence de Dieu. Quelles bonnes raisons y a-t-il de penser que Dieu n’existe pas, et quelles bonnes raisons y a-t-il de penser que Dieu existe ? Ces deux questions distinctes sont importantes, car la question « Dieu existe-t-il ? » se répond par « oui » ou par « non », sans juste milieu possible. Le fardeau de la preuve est donc partagé par les théistes et les athées, ces derniers nous devant des arguments négatifs, et ces premiers des arguments positifs.

adam-300x136Dans un traité d’athéologie ayant l’ambition d’offrir un plaidoyer convainquant en faveur de l’athéisme, on s’attendrait ainsi à trouver les éléments suivants : 1-une revue des arguments théistes et leur réfutation montrant qu’il n’y a pas de bonne raison de croire en Dieu, 2-un ou des arguments supportant l’athéisme, et 3-des réponses aux réfutations de ces arguments, par les théistes dans la littérature.

Malheureusement, malgré ses 300 pages, le « traité d’athéologie » ne contient pratiquement aucun de ces trois éléments. Il critique vigoureusement la fiabilité de la Bible, la cohérence de son contenu, les capacités intellectuelles des croyants, le vice et les atrocités accomplies par les croyants au fil des âges, l’existence du Jésus historique, le caractère et les capacités intellectuelles de Paul de Tarse, Constantin, Jérôme, les papes catholiques, le prétendu « christianisme » d’Adolf Hitler, les enseignements perçus comme chrétiens au sujet de la science, de la moralité, de la sexualité, des femmes, de l’esclavage, de la nourriture, de la vie après la mort, etc., mais aucune de ces choses ne pèse sur la question de l’athéisme. Même si absolument toutes ces accusations se trouvaient être vraies—chose que bien entendu je m’apprête à contester dans la suite de cette critique—, il ne s’ensuivrait pas un instant que l’athéisme est vrai. Alors évidemment, ce plaidoyer offert par Michel Onfray requiert une réponse ; après tout, je ne suis pas juste un « théiste », mais bel et bien un « théiste chrétien », et j’ai donc à cœur de défendre la cohérence de mes croyances au delà de l’existence de Dieu. Mais il est ici important de réaliser que si ce livre souhaite offrir ce que sa quatrième de couverture nous annonce, « un athéisme argumenté », c’est un échec presque total.

–Presque.

Il y a néanmoins deux passages qui s’approchent très brièvement des 3 éléments que j’ai demandés ci-dessus, et même une remarque initiale on ne peut plus vraie, et particulièrement encourageante. Cette dernière apparaît lorsque Michel Onfray discute du type d’arguments et des disciplines qui entrent en jeu dans l’évaluation d’une vision du monde : il liste pages 34-35 la psychologie, la métaphysique, l’archéologie, la paléographie, l’histoire, le comparatisme, la mythologie, l’herméneutique, la linguistique, les langues, l’esthétique, et la remarque très encourageante vient alors : « Puis la philosophie, évidemment, car elle paraît la mieux indiquée pour présider aux agencements de toutes ces disciplines. »

—Amen !

Il est rafraichissant d’entendre un athée qui réalise que la philosophie (au meilleur sens du terme : avec sa logique rigoureuse, ses outils pour examiner la cohérence des idées, et détecter les sophismes), est l’outil fondamental qui doit bel et bien « présider » à l’agencement des arguments de toutes les disciplines. Sur ce point, je me trouve de manière enthousiaste dans le camp de Michel Onfray.

Hélas, tandis que la philosophie est reconnue comme discipline maîtresse, aucun des arguments des philosophes théistes n’est évalué et réfuté. Le demi-siècle dernier a vu une réelle renaissance de philosophie analytique chrétienne, et une littérature incroyablement volumineuse a explosé avec des discussions très sérieuses des arguments en faveur de l’existence de Dieu: l’argument de la contingence, l’argument cosmologique de Kalaam, l’argument moral, l’argument ontologique, l’argument téléologique basé sur l’accord fin des constantes de l’univers, l’argument transcendantal basé sur l’existence des lois de la logique, autant d’arguments rationnels qui, si l’athée les trouve peu convaincants, méritent au grand minimum une brève réfutation.

St-Thomas-Aquinas-213x300D’un certain côté, on pourrait pardonner à Michel Onfray d’être ignorant de la littérature moderne majoritairement  anglo-saxonne, expliquant le manque d’interaction avec le travail des champions philosophes chrétiens américains et anglais tels qu’Alvin Plantinga, William Lane Craig, Richard Swinburne, Peter van Inwagen, Robert Adams ou tant d’autres (quoiqu’on pourrait se demander s’il est bien responsable de proclamer l’irrationalité d’une croyance lorsqu’on est ignorant des meilleurs arguments en sa faveur du seul fait qu’ils soient écrits dans la langue de Shakespeare au lieu de celle de Molière), mais Michel Onfray témoigne quand même d’une certaine familiarité avec les arguments classiques. En page 53, il fait une allusion directe aux célèbres « cinq voies » de Thomas d’Aquin et aux arguments classiques qu’il qualifie de « constructions extravagantes bricolées avec des causes incausées, des premiers moteurs immobiles, des idées innées, des harmonies préétablies et autres preuves cosmologiques, ontologiques, ou physico-théologiques… »

Les noms d’arguments importants sont listés explicitement ; quel dommage qu’ils ne soient alors pas réfutés, ou même expliqués ! S’ils ne sont que des « bricolages » extravagants, il aurait été facile de détruire ces bricolages philosophiques ; Michel Onfray ne le fait pas.

Enfin, du côté des arguments en faveur de l’athéisme, c’est le silence presque complet. Le plus près que Michel Onfray s’approche d’un argument athée est en bas de la page 75, où deux phrases nous sont servies comme un geste timide vers l’argument du mal : « Les théistes ont fort à faire en termes de contorsions métaphysiques pour justifier le mal sur la planète tout en affirmant l’existence d’un Dieu à qui rien n’échappe ! Les déistes paraissent moins aveugles, les athées semblent plus lucides. »

Il s’agit de l’argument athée classique du « problème du mal ». Michel Onfray ne le défend pas vraiment, et bien entendu n’interagit pas avec la littérature sur la question ; on aurait aimé une réfutation des « contorsions métaphysiques » offertes par Plantinga, van Inwagen et compagnie, mais au moins il s’agit d’une tentative d’argument athée, alors je dirai quelques mots de plus à son sujet dans la prochaine partie de ma critique, qui traitera des remarques de Michel Onfray sur la moralité (et particulièrement l’immoralité) et sa relation avec le théisme.

>>> Partie 3

Le croyant est-il bête et méchant? – Partie 1 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray.

Je suis un chrétien bête et méchant, mais Dieu existe quand même.

traitedatheologie-185x300Au cours des quelques articles de blogue à venir, je vais m’engager dans une critique du livre « un traité d’athéologie » par le philosophe athée Michel Onfray, ayant pour but principal d’évaluer la substance et la validité de ses arguments. (Les numéros de page font référence à la version livre de poche, éditions Grasset & Fasquelle, parue en 2005).

Je commence ici par une brève discussion des accusations disséminées abondamment au travers de l’œuvre, proclamant la bêtise et le vice (parfois les deux) de la population croyante monothéiste. Dans un bref moment d’innocence rempli d’optimisme sincère, je me suis réjoui de lire en page 27 : « Je ne méprise pas les croyants, je ne les trouve ni ridicules ni pitoyables ». Mais à la lecture du reste du livre, j’en vins à me demander ce que Michel Onfray écrirait au sujet de personnes qu’il méprise et trouve ridicules et pitoyables, car des croyants en général ou des chrétiens en particuliers, il nous dit qu’ils sont « naïfs et niais » (p.28), que le christianisme est un ensemble de « névroses, psychoses », de « perversions », une « pathologie mentale personnelle », une « épidémie mentale » (p.29). L’athéisme, nous dit-on, « n’est pas une thérapie, mais une santé mentale retrouvée » (p.30). Les croyants sont des « mineurs mentaux » (p.32), souffrant d’une « névrose obsessionnelle », ou « psychose hallucinatoire » (p.132) ; Dieu « met à mort […] la raison, l’intelligence, l’esprit critique » (p.41) ; en bref, l’église est un endroit où « l’intelligence se porte mal » (p.67).

Onfray-300x225Étant moi même un des patients contaminés par cette maladie intellectuelle qu’on appelle le christianisme, il me sera peut-être difficile de convaincre le lecteur que ma revue rationnelle des arguments de Michel Onfray (un philosophe athée, présumé en parfaite santé mentale, donc) sera digne d’une lecture, mais commençons par appeler un chat un chat : toutes ces affirmations sont entièrement impertinentes vis-à-vis de la question la plus importante qui nous fait face : « Dieu existe-t-il ? ». Si le dessein de Michel Onfray est de nous éduquer par là sur la question de l’existence de Dieu ou la vérité du christianisme, alors cette ligne de pensée commet le sophisme appelé argumentum ad hominem : attaquer le messager au lieu d’attaquer son message. Mais c’est évidemment une stratégie invalide logiquement : même si les chrétiens sont bêtes et méchants, il ne s’ensuit pas un instant qu’ils ont tort ; c’est à dire que Dieu n’existe pas, ou que le christianisme n’est pas vrai. Attaquer les facultés intellectuelles ou le caractère des partisans d’une idée ne dit rien sur la vérité de leur croyance.

Alors évidemment, il serait presque tentant de répondre aux accusations en les battant à leur propre jeu, en listant un grand nombre d’intellectuels chrétiens impressionnants de l’histoire ou vivants aujourd’hui—Dieu sait s’ils sont nombreux—prouvant par là qu’il est possible d’être intelligent et chrétien, mais ne nous engageons pas dans ce débat inutile, et concédons plutôt toutes les attaques de Michel Onfray : tous les chrétiens sont soit mentalement déficients, soit moralement vicieux (soit les deux) ; il en reste que la question de la vérité de leurs croyances est intouchée, et il faudra donc régler cette question indépendamment, en étudiant les arguments rationnels plutôt que l’intelligence et la bonté de la population qui les adopte.

C’est avec cette étude des arguments que nous poursuivrons notre critique dans la partie suivante.

>>> Partie 2