Est-il cohérent de maintenir que les athées ‘croient’ en Dieu?

Un des sujets de controverse régulière dans le débat portant sur les “méthodologies” d’apologétique concerne l’affirmation, faite principalement (mais pas exclusivement) par les apologètes dits ‘présuppositionnels’, que les athées croient en fait en Dieu, et même savent que Dieu existe, mais refoulent cette croyance par malice. L’affirmation se veut proche de ce que dit Paul au sujet des non-croyants païens en Romains chapitre 1:

La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive,

19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître.

20 En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables,

21 puisque ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres.

Etant donné que l’affirmation semble plutôt biblique, il est aisé de se demander pourquoi il s’agirait d’un sujet de controverse, même entre Chrétiens. Mais la controverse touche également les athées, qui habituellement trouvent assez insultant le fait de se voir dire qu’ils croient en Dieu, alors qu’ils vous affirment clairement que ce n’est pas le cas. Leur sentiment est bien compréhensible, alors qu’en est il?

La difficulté est la suivante: par définition, un athée est ‘une personne qui croit que Dieu n’existe pas’ (si, comme moi, vous employez la définition standard que l’on trouve dans la littérature), ou ‘une personne dépourvue d’une croyance en l’existence de Dieu’ (si vous adoptez la définition révisionniste que l’internet nous force de plus en plus à tolérer). Mais quelle que soit la définition que l’on adopte, il reste qu’un athée ne croit pas la proposition ‘Dieu existe’; autrement, cela ferait de lui… un théiste! (ou du moins un déiste).

La question se pose alors: comment peut-on dire qu’un athée, qui ne croit pas que Dieu existe, en vérité sait que Dieu existe? Il existe in principe assez simple d’épistémologie (la science de comment l’on sait ce que l’on sait), qui dit que le savoir requière au moins une croyance véridique. A vrai dire, le savoir requiert bien plus qu’une croyance véridique, parce qu’une croyance véridique pourrait s’avérer n’être qu’un coup de chance, et non pas une instance de savoir, mais quoique demande le savoir en plus d’une croyance véridique, il demande au moins une croyance véridique.

Illustrons ces deux conditions simples: dans le cas d’un savoir, la proposition sue doit être vraie: peu importe si je suis parfaitement convaincu que la lune est habitée par des extra-terrestres, je ne peux pas savoir que c’est le cas, si cette proposition se trouve être fausse. De même, dans le cas d’un savoir, la proposition sue doit être crue: en effet, même si cela est vrai, je ne peux pas savoir que je suis né en France, si je ne crois pas être né en France.

Mais donc cela veut dire que le savoir implique une croyance, et donc dans ce sens, une personne qui ne croit pas que Dieu existe ne peut pas savoir que Dieu existe. Tout cela est bien convainquant. Alors pour répondre en toute clarté, permettez moi d’insérer ici une notion un peu différente, touchant à mon domaine d’étude doctorale: la question de la responsabilité morale. Ce sujet pose la question de savoir si des personnes sont responsables moralement, c’est à dire dignes d’éloge ou de blâme, pour leurs actions, et demande s’il existe des circonstances dans lesquelles la responsabilité morale serait annulée. Par exemple, si je mens librement pour avancer ma carrière, je suis a priori coupable, digne de blâme pour mon mensonge; mais il existe des circonstances dans lesquelles je pourrais être excusé pour énoncer ces mêmes propos mensongers. La coercion est une de ces circonstances: si ma fausse confession était obtenue par la torture, je ne pourrais pas être tenu responsable et digne de blâme pour ‘mentir’. Vous saisissez le concept.

Ainsi, dans ce domaine également, un bon nombre de controverses apparaissent, mais il y a une condition pour la responsabilité morale qui ne devrait pas être trop controversée, et qui se trouve être particulièrement intéressante pour notre présente question concernant les athées. Elle s’énonce comme suit: Pour qu’une personne soit responsable moralement pour faire quelque chose de mal, il est nécessaire que cette personne sache que ce qu’elle fait est mal. Par exemple, si je verse du poison dans le café de ma femme parce que quelqu’un a collé une étiquette de sucre sur un pot de poison, je ne suis pas moralement responsable pour avoir tué ma femme, bien que je sois assurément la personne qui l’ait tuée: j’ai versé du poison dans son café! Alors pourquoi ne suis-je pas coupable? Parce que je ne savais pas que ce que je faisais était mal. Ce critère peut également être appliqué à certains cas dans lesquels une maladie mentale exclut la responsabilité morale, pour des actions qui serait autrement coupables, si elles étaient accomplies par des personnes en possession de toutes leurs facultés. Une personne sévèrement autiste qui blesse son donneur de soin lors d’une crise de violence peut (au moins dans certains cas non-discutables), être excusée, et déclarée non-responsable, en vertu du fait qu’elle ne savait pas que ce qu’elle faisait était mal. Tout cela semble assez raisonnable.

Mais voila le souci. Prenez ce critère, et appliquez le à une autre situation, celle d’Adolf Hitler, et posez la question de savoir s’il était moralement responsable pour avoir organisé la mort de millions de Juifs et de Tsiganes. Etait-il coupable moralement? Je pense que la réponse est évidente: oui. Mais posons maintenant notre question au sujet d’Hitler: ‘Hitler savait il qu’il est mal de tuer des Juifs et des Tsiganes?’ Dans un sens certainement, et dans un autre sens, évidemment pas. Je m’explique.

Hitler croyait-il que tuer des Juifs et des Tsiganes est mal? Evidemment pas; il pensait même que c’était la meilleure chose à faire pour le monde! Mais si, comme établit ci-dessus, on ne peut pas savoir une proposition sans avoir une croyance en cette proposition, alors il s’ensuivrait qu’Hitler n’avait pas le savoir qu’il est mal de tuer des Juifs et des Tsiganes. Sommes nous alors dans la position particulièrement pénible d’avoir à admettre que: ‘Hitler n’était pas moralement responsable pour avoir tué des Juifs et des Tsiganes parce qu’il ne savait simplement pas que ce qu’il faisait était mal’? Cette conclusion ne peut surement pas être correcte non-plus. Alors que dire?

Je pense que ce qu’il nous faut conclure est que notre critère pour le savoir et notre critère pour la responsabilité morale sont tous deux essentiellement correctes, mais ils doivent laisser la place à un certain sens du savoir dans lequel une personne peut savoir que quelque chose est vrai, tout en professant (même honnêtement) une non-croyance à ce sujet. Dans ce sens, Hitler savait qu’il est mal de tuer des Juifs et des Tsiganes, car ce fait moral est rendu évident à tous par la lumière de la conscience humaine, mais il a refoulé ce savoir–un refoulement coupable, par ailleurs, et un refoulement qui l’amena à professer une non-croyance en cette proposition, tout en étant une cible appropriée de blâme moral, basé sur le fait que dans un autre sens bien réel, il savait ce qu’il professait même ne pas croire.

Lorsque l’on applique ces concepts à la croyance en Dieu, nous sommes maintenant équipés pour exprimer les deux sens distincts dans lesquels les Chrétiens peuvent affirmer de manière cohérente que les athées savent et ne savent pas que Dieu existe. Ils ne le savent pas, dans le sens où il n’ont pas de croyance consciente en l’existence de Dieu et donc l’absence de savoir s’ensuit de leur manque de croyance, mais il y a aussi un autre sens dans lequel les Chrétiens affirment que l’existence de Dieu est rendue évidente à tous par sa création, et que donc quiconque la rejette est coupable de refouler une vérité qu’il ‘sait’, tout en professant (sincèrement) ne pas la croire.

De tout cela, deux conclusion ne s’ensuivent pas.

Premièrement, il ne s’ensuit pas que l’apologétique présuppositionelle est correcte et que l’apologétique classique ne l’est pas. C’est tout bonnement une autre question, sur laquelle toutes mes pensées se trouvent dans cet autre article.

Et deuxièmement, il ne s’ensuit pas que les Chrétiens doivent dire aux athées que ces derniers croient en fait en Dieu. Personnellement, je trouve douteux qu’il soit sage de le faire dans la plupart des circonstances.

Mais en vérité, ce qui s’ensuit logiquement, c’est qu’il est cohérent pour les Chrétiens de maintenir leur conviction que dans un sens, le savoir de Dieu est inévitable à la lumière d’une révélation générale, une lumière que Paul nous dit se trouve être refoulée dans la non-croyance, jusqu’à ce que l’Esprit vienne, et fasse ‘briller la lumière dans nos coeurs, pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu, sur la face de Christ’. (2 Cor 4:6).

Quelques pensées critiques sur les méthodologies d’apologétique Chrétienne (et leurs conflits souvent mal placés)

Sproul_Bahnsen

Comme devraient démontrer les quelques autres articles écrits dans cette série, il existe, parmi les apologètes chrétiens, des partisans de différentes ‘méthodes’ apologétiques. Ces dernières ne sont pas toujours faciles à classer ou à différentier, cependant elles se distinguent toutes d’une manière ou d’une autre.  Je propose dans cet article de survoler les trois familles principales de ces soi-disant ‘méthodes’ apologétiques, de brièvement établir leurs enseignements, et d’évaluer la nature de leurs conflits. La thèse principale que je souhaite établir consiste des propositions suivantes : 1. Ces méthodologies proposent toutes des arguments valides et robustes en faveur du Christianisme, et 2. Les arguments proposés pour infirmer l’une ou autre de ces méthodologies sont invalides.

Le premier point ne peut guère être développé en détail, puisqu’il nécessiterait la défense on ne peut plus longue de tous les arguments essentiels en faveur du Christianisme.

Rien que cela! Ces derniers pourraient remplir, et clairement ont rempli des centaines de livres. Je me contenterai donc de référer le lecteur soit à d’autres articles de cette série en français sur l’apologétique, soit à la littérature volumineuse (bien que souvent anglo-saxonne) portant sur chacun des arguments que je mentionnerai. Leur défense n’est pas un domaine dans lequel je puis ajouter de nombreuses pensées originales ; en revanche, cette deuxième thèse, l’affirmation que leurs différences et conflits sont injustifiés, est à la fois originale et importante ; d’où la motivation derrière cet article.

Les trois méthodes d’apologétique principales faisant l’objet de notre étude sont : 1-l’apologétique évidentialiste, 2-l’apologétique classique, et 3-l’apologétique présuppositionnelle (d’autres variantes existent, mais leurs différences résident dans le nuancement de la théorique plutôt que dans sa substance).

Commençons donc le survol de leurs affirmations, en commençant par l’apologétique évidentialiste. Le terme ‘évidentialiste’ provient du mot anglais ‘evidential’, qui prend un sens plus large, englobant l’idée de ‘preuve’ ou ‘attestation’. Un apologète ‘évidentiel’, donc, est un apologète dont les arguments consistent à établir les preuves, plus particulièrement les preuves historiques, d’une des vérités les plus centrales de la foi chrétienne : la mort et résurrection de Jésus de Nazareth. Sur la scène contemporaine, Gary Habermas, Michael Licona, ou Josh McDowell pourraient être identifiés comme tels. Un apologète ‘évidentialiste’ avance des données historiques supportant fortement l’hypothèse de la mort et résurrection de Jésus. Essentiellement, ils argumentent comme suit ; ils partent d’un ensemble de faits ‘minimalistes’ qui peuvent être établis avec un haut niveau de certitude historique au sujet de la personne de Jésus de Nazareth, creusant dans les meilleures sources historiques le concernant et défendant leur fiabilité selon les critères standards d’analyse historique, qui sont également applicables à n’importe quelle autre figure historique. Les critères d’analyse historique sont ceux-ci (liste non exhaustive): attestation ancienne (c’est à dire attestation remontant à une durée courte après les événements relatés), attestation multiple (plusieurs sources indépendantes offrent une même information), critère d’embarras (si la source historique affirme une vérité embarrassante pour son auteur, il est plus probable que ce soit la vérité), etc. Dans ce contexte, les documents du Nouveau Testament, tout particulièrement les quatre évangiles sont souvent au centre de la discussion, mais ils ne sont pas traités par l’apologète évidentialiste comme étant divins, inspirés, ou infaillibles a priori. Ils sont pris de manière minimale pour ce qu’ils sont : des documents historiques anciens, offrant un acompte de la vie de Jésus de Nazareth. Leur fiabilité est donc passée à la loupe des critères ci-dessus comme tout autre document historique, et l’apologète évidentialiste construit un plaidoyer en faveur des faits historiques entourant la mort et résurrection de Jésus : la crucifixion de Jésus sous autorité romaine, son enterrement dans une tombe par Joseph d’Arimathée (un membre du Sanhédrin juif), la découverte de son tombeau vide le dimanche matin suivant par un groupe de femmes adeptes, le fait que ses disciples aient eu des expériences d’apparitions post-mortem de Jésus (que ces expériences soient véridiques ou expliquées par des hallucinations ou autres), et l’origine de la foi des disciples en la résurrection corporelle de Jésus (une croyance intrigante par le fait qu’elle ne soit pas du tout juive, et qu’elle ait mené ces disciples à être persécutés pour sa prédication envers et contre toute opposition). Tous ces faits historiques sont fiables et passent avec succès le test des critères d’historicité. Une fois que ces faits historiques sont établis, l’apologète évidentialiste demande : « quelle est donc la meilleure explication de ces faits historiques ? » Quelle hypothèse explique le mieux tous ces faits historiques ? Un ensemble d’explications possibles est considéré : « Jésus n’était pas vraiment mort quand on l’a descendu de la croix », ou « les disciples ont volé sa dépouille une fois dans la tombe », ou « les disciples ont halluciné leurs visions post-mortem de Jésus », etc. Chacune de ces hypothèses est alors évaluée à la lumière des critères standards d’évaluation d’hypothèses historiques. Ces critères incluent les suivants : largesse du domaine d’explication (il est préférable d’avoir une hypothèse qui explique un maximum des faits à expliquer), puissance explicative (l’historien favorise une hypothèse qui, si elle est vraie, rend les faits à expliquer très probables : elle explique bien les faits), plausibilité, ne pas être ad hoc, etc.

Il est ensuite conclu que la meilleure explication des faits historique est celle que les disciples de Jésus ont donnée depuis le début : « Dieu a relevé Jésus des morts ». Ceci conclut ce qu’est l’apologétique évidentialiste.

L’apologète dit ‘classique’, quant à lui reprend cette argumentation ‘evidentialiste’, et l’affirme entièrement ! Mais il offre également des arguments plus génériques, cherchant à établir l’existence de Dieu comme créateur de l’univers et fondation de valeurs morales objectives. Sur la scène contemporaine, des apologètes classiques seraient William Lane Craig ou R.C. Sproul. Leurs arguments principaux pour l’existence de Dieu sont les suivants :

1- L’argument cosmologique leibnizien

Cet argument consiste à dire que l’univers, étant contingent, requiert une explication de son existence, et que par la nature de la situation, cette explication ne peut être que Dieu :

Prémisse 1 – Toute chose qui existe a une explication de son existence, trouvée soit dans la nécessité de son être, ou dans une cause externe

Prémisse 2 – Si l’univers a une explication de son existence, alors cette explication est Dieu

Prémisse 3 – L’univers existe

Conclusion : L’explication de l’univers est Dieu, qui donc existe.

Je laisse la défense de chaque prémisse aux apologètes classiques dans la littérature.

 

2-L’argument cosmologique de Kalaam

Cet argument, similaire, propose que l’univers doit avoir une cause externe, en vertu du fait qu’il a eu un commencement ; qu’il n’est pas éternel dans le passé.

Prémisse 1 – Toute chose dont l’existence admet un commencement requiert une cause

Prémisse 2 – L’univers admet un commencement

Conclusion : L’univers a une cause

Et par une analyse conceptuelle de ce qu’être la cause de l’univers signifie, l’apologète conclut qu’il existe une cause hors de l’espace, hors du temps, immuable, immatériel, incroyablement puissante et personnelle ; qui a causé l’existence de l’univers. Cet argument établit l’existence d’un créateur personnel de l’univers.

 

3-L’argument téléologique

Cet argument presse l’existence d’un dessein intelligent à la base de l’accord fin des conditions initiales de l’univers, pour l’existence de la vie intelligente. Laissant entièrement de côté la question de l’évolution ou celle de savoir si le Darwinisme est suffisant pour expliquer la diversité biologique et l’apparence de dessein, cet argument se concentre sur les conditions initiales de l’univers, remarquant que certains constantes (la gravité, les forces nucléaires, la constante cosmologique), ainsi que certaines quantités (le niveau initial d’entropie, le rapport entre matière et antimatière) sont incroyablement ajustées pour tomber dans la fourchette astronomiquement maigre de valeurs qui permettraient l’existence de la vie, n’importe ou dans l’univers. Ce fait remarquable requiert fortement une explication, et produit l’argument suivant :

Prémisse 1 – L’accord fin des conditions initiales de l’univers est dû soit à une nécessité physique, soit à la chance, soit à un dessein intelligent.

Prémisse 2 – L’accord fin des conditions initiales de l’univers n’est dû ni à une nécessité physique, ni à la chance

Conclusion : L’accord fin des conditions initiales de l’univers est dû à un dessein intelligent, un designer de l’univers.

 

4-L’argument moral

Cet argument propose que l’existence de valeurs morales objectives pointe vers l’existence d’un Dieu.

Prémisse 1 – Si Dieu n’existe pas, alors il n’existe pas de valeurs morales objectives

Prémisse 2 – Mais en fait, il existe au moins certaines valeurs morales objectives (véridiques indépendamment des individus ou cultures)

Conclusion : Dieu existe

 

Encore une fois, je laisse la défense des différentes prémisses aux apologètes classiques, dont la littérature abonde. Il existe également d’autres arguments classiques intéressants, tels que l’argument ontologique (défendu par Alvin Plantinga), mais les arguments principaux sont listés ci-dessus. De ces arguments pour le théisme, l’apologète classique utilise ensuite les arguments historiques pour la fiabilité des documents bibliques et la résurrection de Jésus de Nazareth, afin d’affirmer non pas simplement du théisme, mais bel et bien le Christianisme.

Enfin, l’apologète dit ‘présuppositionnaliste’ prend une approche qu’il veut très différente. Sur la scène (relativement) contemporaine, des apologètes préssuppositionels sont Cornelius VanTil, Greg Bahnsen, K.Scott Oliphint, Douglas Wilson, ou James R. White. L’apologète présuppositionnel affirme que les arguments classiques sont basés sur une présupposition erronée, que le non-croyant et le croyant partagent une plateforme neutre à partir de laquelle ils peuvent raisonner sans examiner leurs présuppositions. L’apologète ‘présuppositionnel’ est en général réformé théologiquement, affirme une vue forte du péché originel et de la ‘dépravation totale’ de l’homme avant sa conversion et propose que le débat n’ait pas lieu en territoire neutre, mais que chacun mette ses ‘présuppositions’ sur la table. L’apologète ‘présuppositionnel’ ‘présuppose’ que la Bible est vraie et qu’elle est la parole de Dieu et il affirme que, sans cette présupposition, il devient incohérent pour le non-croyant d’affirmer l’existence même de toute signification, ou communication, si bien que si le non-croyant, ne serait-ce qu’en engageant le croyant en débat, il prouve que Dieu existe. En effet, s’il est nécessaire de croire au Dieu du chrétien pour affirmer de façon cohérente que des phrases ont un sens ou que les lois de la logique ont autorité (des valeurs morales sont aussi parfois listées ici), le simple fait de les employer pour réfuter l’existence de Dieu démontre que le non-croyant épouse malgré lui l’existence de ce Dieu : il ‘emprunte’ des munitions de la vision du monde chrétien, afin de la démolir. Ces contestations sont souvent appelées ‘l’argument transcendantal’ pour l’existence de Dieu, et se trouvent au centre de l’arsenal de l’apologète ‘présuppositionnel’.

Voilà donc pour un survol de ces trois méthodes apologétiques. Pour notre évaluation, ne compliquons pas la question inutilement en discutant l’apologétique évidentialiste ; puisque toutes ses prétentions sont contenues dans l’apologétique classique, réduisons notre discussion à l’apologétique classique et l’apologétique présuppositionelle. Quelles sont donc leurs forces et quelles sont les critiques offertes par les apologètes de l’une ou l’autre de ces deux écoles ?

Tout d’abord, leurs forces : c’est bien simple, je suis d’avis que la totalité des arguments ci-dessus sont valides et peuvent être utilisés pour prouver que le christianisme est rationnel et vrai.  Aucun de ces arguments ne contredit les autres, et pour cette raison, ils se retrouvent tous dans mon arsenal d’apologétique. Alors, si ces arguments sont cohérents et peuvent, comme je le prétends cohabiter en paix dans une même armée, pourquoi y a-t-il une division et même une controverse intense entre apologètes classiques et présuppositionnels ? Voici les arguments que ces premiers offrent à ces derniers.

Tout d’abord, l’argument offert par les apologètes classiques contre l’apologétique présuppositionnelle. L’objection est bien simple : les apologètes classiques reprochent aux apologètes présuppositionnels de raisonner de manière circulaire. Un argument circulaire est invalide, comme tout le monde le sait, et donc si l’on présuppose les vérités bibliques afin d’établir les vérités bibliques (telle que l’existence de Dieu), le non-croyant est logiquement en position de réfuter l’argument comme étant circulaire, commettant le sophisme ‘petitio principii’.

Le problème avec cet argument, c’est qu’il démontre une incompréhension de l’apologétique présuppositionnelle. En aucun cas l’argument transcendant ne commet la faute de raisonner circulairement. L’incompréhension vient du fait que le mot ‘présupposition’ est utilisé de manière équivoque. L’apologète présuppositionnel utilise le terme ‘présupposition’ comme synonyme de ‘croyance’ ou ‘engagement’, non pas de ‘prémisse’ telle une prémisse d’argument non examinée. Au contraire, les apologètes présuppositionnels insistent fortement sur le besoin « d’examiner ses présuppositions », affirmant bien souvent que le non-croyant lui-même faillit à la tâche d’examiner ses présuppositions de l’athéisme et raisonne donc de façon circulaire dans son rejet du Christianisme.

L’accusation de sophisme et raisonnement circulaire est donc invalide et il n’y a aucune raison de rejeter l’argument transcendantal, qui, je crois, démontre de façon valide que les lois de la logique, l’existence de signification et de valeurs morales objectives requièrent l’existence de Dieu. Ainsi, cela devrait pousser le non-croyant à rejeter sa vue du monde et à considérer le christianisme, dans lequel Dieu est rationnel, source de la logique, du sens et des valeurs morales.   Cela devrait également inviter le non-croyant à considérer le fait que ce même Dieu s’est révélé dans la Bible et en la personne de Jésus Christ.

Toutefois, les apologètes présuppositionnels aussi proposent plusieurs arguments s’opposant à l’apologétique classique. Cependant, comme il va être démontré, ces arguments sont invalides.

Tout d’abord, certains proposent l’objection que les arguments classiques n’établissent qu’un théisme générique, mais pas le théisme chrétien. Et comme le salut éternel n’est reçu que par une foi en Jésus et non pas en un Dieu générique, ces arguments ne servent pas à faire des chrétiens. Mais cet argument n’est pas pour le moins convaincant. Oui, l’évangile est au centre de l’évangélisation et il est absolument nécessaire d’avoir foi en Jésus ; toutefois, cela ne rend pas inutiles les arguments en faveur de l’existence de Dieu : ils réfutent l’athéisme ! Dans une culture aussi séculière que la nôtre, il est particulièrement efficace de démontrer que l’athéisme est faux. Une fois que cette thèse sera établie, il sera bien temps de comparer les religions monothéistes et faire l’apologie du Christianisme. En l’occurrence, les apologètes classiques au contraire vont plus loin qu’un théisme générique, du moment qu’ils établissent la fiabilité de la résurrection de Jésus : cela constitue une raison de croire en le Dieu de Jésus, et laisse la porte ouverte à ce que la Bible soit aussi inspirée et ait autorité, même si elle n’est pas initialement utilisée comme telle dans notre argumentation.

Parfois, l’argument est même pire, il est affirmé que le Dieu des arguments classiques (cosmologique, moral, etc..) est incompatible avec le Dieu du Christianisme. Cette affirmation est sans mérite. Absolument aucune des propriétés du créateur établi par ces arguments ne contredit la vision chrétienne.

Enfin, et de manière plus dévastatrice, cet argument se réfute lui même, puisque la faute en question (si faute il y a) est également commise par l’argument transcendantal ! Comme exprimé ci-dessus, l’argument transcendantal fournit l’existence d’une âme transcendante qui ancre la rationalité du monde et les lois de la logique ainsi que les valeurs morales, mais il ne s’ensuit pas du tout (du moins pas sans arguments supplémentaires) que cette âme transcendante, ce ‘Dieu’, s’est aussi révélé en Jésus ou a inspiré la Bible. Pour cela, d’autres arguments (d’apologètes classiques !) sont nécessaires. Si l’apologète présuppositionnel ajoute à ses conclusions que la Bible est vraie et inspirée, alors là et seulement là, il commet en effet le sophisme du raisonnement circulaire, car ces conclusions ne sont pas supportées par l’argument transcendantal.

Une autre critique consiste à dire que l’apologétique classique est basée sur une vision erronée de l’homme déchu et un jugement trop optimiste de ses capacités à raisonner au sujet de Dieu. Les arguments logiques (avec prémisses et conclusions) employés par l’apologète classique sont dits être inefficaces, tant que le non-croyant n’est pas confronté à sa nature pécheresse, son besoin de salut et la nécessité du Dieu de la Bible (dont le non-croyant emprunte la croyance des lois de la logique, etc.).

L’apologète présuppositionnel au contraire affirme une vue réformée (dite ‘Calviniste’) de l’homme déchu, et affirme que toute conversion n’est que l’œuvre du Saint-Esprit souverain qui appelle le non-croyant de manière irrésistible dans le royaume de Dieu, ravive ses capacités intellectuelles, et fait de lui un croyant. Ces affirmations sont parfois avancées avec le slogan « la Théologie détermine la méthodologie d’apologétique ». Toutes ces affirmations théologiques sont parfaitement disponibles pour un apologète classique, affirmant que la conversion est entièrement l’œuvre de l’Esprit Saint, utilisant les arguments classiques tout comme il utiliserait l’argument transcendantal. Je suis moi même un ardent défenseur des arguments classiques, et avocat passionné de la théologie réformée. J’ai ma ‘carte du parti’ Calviniste en bonne et due forme, et affirme joyeusement avec Douglas Wilson que je me réveille tous les matins, et me dis « ah, encore une journée de Calvinisme ! » Mon anthropologie est donc des plus réformées, et elle n’exclut la validité ou l’utilité d’aucun des arguments ci-dessus.

Enfin, les apologètes présuppositionnels se plaignent que les arguments classiques n’établissent pas le ‘savoir’ de l’existence de Dieu, mais uniquement sa ‘haute probabilité’. Les arguments listés ci-dessus sont ‘déductifs’, avec des prémisses et une conclusion, et lorsqu’on considère un tel argument déductif, si les prémisses sont vraies, alors avec certitude la conclusion s’ensuit, mais la certitude de la conclusion n’est qu’aussi grande que la certitude de ses prémisses. Et donc, un argument déductif de la sorte n’établit pas vraiment de certitude absolue, le savoir de la vérité du Christianisme.

Or, l’apologète présuppositionnel argumente, la Bible ne nous dit pas de croire en la haute plausibilité de l’existence de Dieu, mais au contraire, affirme que nous avons tous le ‘savoir’ que Dieu existe, et c’est ce ‘savoir’ que l’apologète affirme comme partie intégrale de ses ‘présuppositions’, ou engagements théologiques.

Le problème de cet argument, c’est qu’il ne comprend pas la fonction d’un argument logique, et par ailleurs suppose une conception erronée de ce qu’est le savoir. Comme de nombreux philosophes l’ont démontré dans le domaine de l’épistémologie (la science de comment on sait ce que l’on sait), la certitude absolue n’est pas du tout nécessaire pour le ‘savoir’. Il y a un grand nombre de connaissances que l’on a, de manière justifiée, sans avoir certitude absolue. À vrai dire, il y a même excessivement peu de connaissances qui soient réellement absolument certaines. Les arguments ci-dessus ont donc pour rôle de montrer qu’étant donné des prémisses très plausibles, l’existence de Dieu s’ensuit très plausiblement, et donc peuvent très bien justifier le ‘savoir’ de l’existence de Dieu.

Une fois de plus, l’argument en question se trouve être auto-réfutant. Pourquoi ? Parce que l’argument transcendantal lui aussi a une structure logique, exprimable exactement dans le même format rigoureux que les arguments classiques listés précédemment. Il serait ainsi :

Prémisse 1 – Si Dieu n’existe pas, alors il ne peut y avoir de signification objective, de lois de la logique, ou de valeurs morales objectives

Prémisse 2 – Il existe des significations objectives, des lois de la logique (comme présupposées par cet argument !), et des valeurs morales objectives

Conclusion : Dieu existe

Comme je l’ai affirmé précédemment, je suis convaincu que cet argument est valide, efficace et convaincant. Mais sa structure logique n’est pas conceptuellement différente des arguments de l’apologète classique. Sa composante morale est même strictement identique à l’argument moral de l’apologète classique ! N’employons donc pas un double standard à deux poids deux mesures. Il n’y a rien de critiquable dans l’emploi d’un argument déductif utilisant des prémisses plausibles, bien que pas indubitable. Le savoir justifié ne requiert pas une certitude absolue.

Toutes ces critiques sont donc invalides, tant d’un côté que de l’autre. Les apologètes classiques critiquant l’apologétique présuppositionnelle comprennent mal la façon dont les termes sont définis par ces derniers (particulièrement le mot ‘présupposition’), et les apologètes présuppositionnels critiquant l’apologétique classique comprennent mal la place logique que jouent les arguments dans la justification du savoir.

De notre analyse, quelles conclusions peut-on donc tirer ? Il s’ensuit une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que les critiques ci-dessus sont invalides et donc la totalité des arguments et méthodologies apologétiques discutées précédemment sont valides. Cela veut dire que tous les arguments classiques et l’argument transcendantal devraient faire partie de l’arsenal de l’apologète chrétien.

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La mauvaise nouvelle, c’est que ces critiques invalides soient encore défendues dans la littérature, par des érudits, dont c’est ironiquement le métier de savoir reconnaître un argument invalide quand ils en voient un. Si ma critique présente est trouvée convaincante, j’invite les apologètes (professionnels ou amateurs) intéressés par la question des méthodologies apologétiques, à abandonner les critiques ci-dessus, et à joindre leurs forces (et leurs arguments), pour ensemble établir la rationalité et la vérité du Christianisme, « étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous ». (1 Pierre 3 :15)

Comment Dieu transforme un athée Français en théologien Chrétien – L’histoire de ma conversion

(English version/Version anglaise: http://bit.ly/1c7V0jc )

 

Récemment, un certain nombre de personnes ont été intriguées de rencontrer un théologien français, et m’ont demandé de leur raconter mon histoire, celle d’un athée français devenu un universitaire chrétien. Même les théologiens et apologistes que j’ai rencontrés à la conférence de l’Evangelical Theological Society à Baltimore (où par la grâce de Dieu je présentais mon premier article académique), avaient l’air (de manière compréhensible) d’être plus intéressés par ma conversion que par mon article de théologie ! En conséquence, il m’a semblé pertinent d’avoir une version écrite de la manière dont Dieu s’est invité dans ma vie pour pouvoir la partager avec ceux qui me la demandent.

De l’athéisme religieux à l’athéisme séculier

J’ai grandi dans une famille merveilleusement chaleureuse, en France, dans la région Parisienne. J’étais le second de trois enfants. Nous étions catholiques romains de nom, et allions à la messe régulièrement, mais c’était plus par tradition, voire peut-être par superstition, que par réelle conviction. Pour ma part, je ne croyais certainement pas que ces croyances étaient vraies, et je n’avais pas non plus l’impression que les gens autour de moi prenaient la chose sérieusement, bien que ce soit une partie importante de leur vie. Quand que je fus assez grand ( 13 ans environ) pour expliquer à mes parents que je n’y trouvais aucun intérêt, j’arrêtai d’aller à la messe le dimanche, et ma vie d’athée continua de la même manière. Mes croyances et mes valeurs fondamentalement athées restèrent, et tout ce qui change fut le fait que je n’étais plus obligé le dimanche matin de répéter des rituels religieux et des récitations qui n’avaient aucun sens pour moi. Pendant ce temps, je grandis et devint un jeune adulte plutôt heureux. Mon père était un mathématicien et informaticien, et ma mère se dévouait de façon ‘religieuse’ au bien être et à l’éducation de ses enfants, ce dont je bénéficiai infiniment. Cela me permit d’obtenir d’excellents résultats à l’école, d’apprendre le piano, et de m’engager dans toutes sortes de sports. Je finis par étudier les maths, la physique et sciences de l’ingénieur en prépa et dans une grande école. J’obtins mon diplôme d’ingénieur, et acceptai une offre pour travailler dans une grande banque d’investissement. Mon apprentissage du piano m’amena à jouer dans un groupe de rock amateur; sur le plan sportif, après avoir atteint 1m94, je finis par jouer au volleyball en ligue nationale, voyageant à travers le pays tous les weekends.

Une partie importante des idéaux athées d’un jeune homme en France consistait également à réussir dans les conquêtes féminines, un domaine dans lequel je commençais à avoir suffisamment de succès pour satisfaire les standards graveleux du vestiaire de volley. Tout considéré, j’étais heureux et satisfait de ma vie, et dans ma culture particulièrement séculière, les chances que j’entende un jour  l’Évangile (et que j’y croie), étaient particulièrement maigres.

Cela arriva ainsi.

L’improbable auto-stop

J’avais environ 24 ans quand mon frère et moi avons traversé le globe pour aller en vacances sur l’île de Saint Martin, dans les Caraïbes. Météo tropicale, plages de sable blanc, eau turquoise, et un match de beach-volley par ci par là, que demander de plus ? Un jour, après avoir passé l’après midi sur une plage distante, et pour la toute première fois de ma vie, nous décidâmes de rentrer en stop à la maison. En quelques minutes seulement, une voiture s’arrêta pour nous. A son bord, deux touristes américaines (une de Miami et l’autre de New York), s’étaient arrêtées pour nous demander le chemin de leur hôtel, s’étant perdues en route depuis l’aéroport (la plage était à des lieues de leur hôtel, et de l’aéroport !)  « Par hasard », leur hôtel se trouvait juste à côté de notre maison : nous montâmes alors à bord, et commençâmes à discuter. Elles étaient très attirantes et nous commençâmes immédiatement à flirter, espérant les revoir pendant leur séjour sur l’île. Ce fut le cas. Celle qui retint mon attention habitait  New York, et mentionna qu’elle croyait en Dieu (un suicide intellectuel selon moi), mais pire que tout, en conséquence de sa croyance, elle avait la conviction que le sexe n’avait de place que dans le cadre du mariage (conviction encore plus problématique que le théisme, si c’était possible). Néanmoins, nous sommes sortis ensemble (mais ce n’est pas elle que j’ai épousée !).

Les vacances se terminèrent, elle s’envola vers New York, je m’envolai vers Paris, et nous nous trouvâmes ainsi dans une relation problématique.

L’expérience de prière d’un incrédule

Ses croyances religieuses étaient clairement un problème entre nous, et mon nouveau but dans la vie devint essentiellement de lui expliquer que ces sornettes étaient indéfendables, pour que nous puissions reléguer toutes ces absurdités aux oubliettes, et être ensemble sans que ses idées fausses s’interposent.

Alors je commençai à réfléchir : quelle bonne raison y avait il de penser que Dieu existe, et quelle bonne raison y avait-il au contraire, de penser que l’athéisme était vrai ?

Ce pas était important pour moi, parce que ma propre incrédulité reposait confortablement sur le fait que les gens (intelligents) autour de moi ne croyaient pas en Dieu non plus. Mais c’était plus une présupposition raisonnable, que la conclusion d’un argument solide. Alors j’ai commencé à prendre la question au sérieux, pour l’évaluer objectivement. Mais bien sûr, pour réfuter le christianisme, il fallait d’abord savoir exactement ce qu’il affirmait. J’ai alors attrapé une Bible pour tirer cela au clair. Et en même temps, comme je suis un scientifique, je me suis dit que je pouvais tenter au moins une expérience pour réfuter l’hypothèse que Dieu existe : je pensai « Si la moindre de ces croyances est vraie, alors Dieu existe, et je présume qu’il est particulièrement intéressé par mon projet ». Alors je commençai à prier sans y croire : « S’il y a un Dieu, alors je suis là, je considère toutes ces questions, alors vas-y, n’hésite pas à te révéler à moi. Je suis ouvert ». Je ne l’étais pas du tout, certes, mais je me suis dit que ça ne devrait pas arrêter Dieu s’il existait.

Alors je commençai à lire les Évangiles, sur ce Jésus de Nazareth. Je ne m’attendais pas à ce que j’ai trouvé. Je fus impressionné par l’autorité des enseignements de cet homme. Certainement, il n’y avait pas vraiment de place en moi pour tous ses discours sur Dieu, mais j’étais assez impressionné par l’aisance avec laquelle il conversait, et par la sagesse de certaines de ses répliques. Je pouvais dire ce que je voulais, cet homme savait ce qu’il faisait, il parlait avec une autorité certaine, et ça me rendit mal à l’aise. En outre, même en tant qu’athée, je savais que la personne de Jésus de Nazareth n’était pas mythologique; il semblait clair qu’il était tout au moins une personne historique qui arpenta les chemins de la Palestine au Ier siècle, et apparemment son histoire fut assez convaincante pour que ses adeptes d’alors en soient convaincus, et même soient persécutés pour avoir prêché sa mort et sa résurrection. Ces considérations rendirent difficile de laisser tomber le sujet, et je savais qu’il me faudrait avoir un discours cohérent sur la personne de Jésus. Mais tout cela était bien loin de changer mon opinion ou mes habitudes de vie. Tous mes weekends étaient pris, à voyager à travers le pays pour disputer mes matchs de volley, donc je ne pouvais assister à un culte

Les dimanches rendus disponibles

Cette barrière ne résista pas longtemps. Une ou deux semaines après avoir commencé mes investigations du christianisme et prié, incrédule, mon épaule commença à me faire mal et s’enflammait après dix minutes de chaque entraînement de volley. Avec cette épaule enflammée, je ne pouvais tout bonnement plus attaquer. Le docteur ne trouva aucun problème, les efforts du kiné n’y changèrent rien, et je me suis vu dire : « Ton épaule a probablement juste besoin de repos. Tu dois arrêter le volley pour quelques semaines. » Ainsi, contre mon gré, je me suis retrouvé exclu des terrains de volleyball pour un certain temps.

Et puisque j’avais entrepris d’investiguer le « christianisme », je décidai d’aller dans une église, pour voir ce que ces « chrétiens » font quand ils se réunissent. La jeune femme que j’avais rencontrée à Saint Martin, m’ayant rendu visite en France, avait obtenu les nom et adresse d’une église évangélique de Paris au cas où elle aurait voulu s’y rendre pendant son séjour. Elle n’y alla pas elle-même, mais l’adresse resta sur le bureau de mon ordinateur. Alors je pris ma voiture et me rendis là-bas en ce premier dimanche sans volley. Franchement, j’y allai comme on irait au zoo, pour voir des animaux exotiques dont on avait lu l’existence dans des livres, mais que l’on n’avait jamais vus. La seule différence, c’est qu’au zoo il y a des barreaux pour vous séparer des bêtes. Et pas à l’église. Alors l’expérience me mit particulièrement mal-à-l’aise. Je me rappelle  avoir pensé que si un membre de ma famille ou mes amis pouvaient me voir dans ce bâtiment (une église !) je serais mort de honte. Je trouvai assez troublant que ces gens avaient vraiment l’air de croire ce qu’ils pratiquaient, et croyaient sincèrement que leurs prières étaient entendues par Dieu. Je trouvai ça bizarre. Je m’assis tout seul, et écoutai le pasteur, en pensant toujours essentiellement à la honte que j’éprouverais si quiconque me voyait là.

Saisi à la gorge… littéralement

Je ne me rappelle pas d’un seul mot prêché par le pasteur ce matin- là. Il finit son sermon, et je me dis « j’en ai assez entendu, j’ai vu ce que je voulais voir, maintenant il est temps de m’enfuir ». Je sautai debout, et commençai à marcher rapidement le long de l’allée vers la grande porte de sortie à l’arrière de l’église, en faisant très attention de ne pas croiser le regard de quiconque, pour ne pas avoir à me présenter à ces gens.

J’atteignis la porte de sortie, je l’ouvrai, et j’avais un pied dehors, quand soudain je fus arrêté dans ma lancée par une forte vague de frissons dans le buste, remontant rapidement de mon ventre jusqu’à ma gorge. Je m’arrêtai brutalement, coincé sur le pas de la porte, avec la chair de poule, et entendis ma voix intérieure me dire : « C’est ridicule, il faut que je comprenne ». Alors je reposai mon pied à l’intérieur, refermai la porte devant moi, fis demi-tour, et allai tout droit jusqu’au pasteur. « Alors, vous croyez en Dieu, hein ? » -oui, me répondit- il avec un sourire. « Alors comment ça marche ? » je demandai. « On peut en parler », dit- il. Et quand tout le monde fut parti, nous allâmes dans son bureau. Il pria pour moi brièvement, ce qui évidemment me rendit un peu mal-à-l’aise, mais au moins sa cohérence était rassurante : il y croyait vraiment. Et nous commençâmes à discuter.

De nombreuses interrogations, et une question récurrente

Nous discutâmes pendant des heures sans épuiser de loin toutes mes questions. Alors au cours des quelques semaines suivantes, je lui rendis visite. Je lui posais de nombreuses questions, auxquelles il fournissait des réponses bibliques. Devant moi se trouvait cet homme, visiblement bien éduqué, qui croyait toutes ces choses inconcevables sur Dieu et Jésus, et je commençais à me demander si finalement tout cela ne pouvait pas être vrai. Il n’avança pas nécessairement d’arguments d’apologétique (la France n’a pas de philosophes tels que William Lane Craig ou Alvin Plantinga pour offrir une critique rationnelle dévastatrice de l’athéisme et du naturalisme), mais au moins ses réponses étaient cohérentes, et c’était déjà impressionnant en soi. Il me donna un guide d’étude qu’il avait écrit, et qui expliquait les fondements de base du christianisme, en posant une question, et donnant la référence biblique pour aller chercher la réponse. J’épluchai tout ce guide à la maison, et écrivis minutieusement sur des pages et des pages mes notes personnelles et les questions à poser lors de notre prochaine rencontre. Un bon nombre de croyances chrétiennes commençait à avoir du sens pour moi, mais l’une d’entre elles revenait toujours et je l’écrivais sur chaque page : « pourquoi Jésus dut-il mourir ? »

Rejeter la lumière parce que ses oeuvres sont mauvaises (Jean 3)

La réponse vint bientôt, mais pas comme je l’espérais. Á ce moment, je pensais qu’il était possible que tout ceci soit vrai, mais si c’était le cas, le sol s’écroulerait sous mes pieds, et Dieu devrait m’attraper. Mes tentatives de prières s’étaient changées en « Dieu, si tu es là, il va falloir que tu le rendes évident pour moi » et je commençai à espérer qu’il ouvrirait les cieux, enverrait la lumière, et dirait « bienvenue, mon fils ! » Ce qu’il fit fut moins spectaculaire, mais bien plus brutal : il réactiva ma conscience. Ce fut tout sauf une expérience agréable. Soudainement, je réalisai une vérité, que je voulais supprimer à tout prix. Quand j’avais commencé mon enquête, j’avais commis  une action particulièrement sinistre, même jugée par mes standards athées. Il n’est pas nécessaire de fournir ici les détails sordides, mais c’était extrêmement vicieux, et j’avais dû couvrir cette action par des montagnes de mensonges. Et bien que j’aie su exactement ce que j’avais fait, je l’avais réprimé et caché intérieurement, comme si ça n’était jamais arrivé. Et Dieu fit briller la lumière, et me ramena ce fait en pleine figure, et je vis enfin cet acte pour ce qu’il était. Je fus foudroyé par la culpabilité, physiquement accablé par une douleur dans la poitrine, et dégoûté à l’idée de cette faute que j’avais commise, et de tous les mensonges que j’avais employés pour me couvrir. Je ne pouvais plus faire machine arrière. Je l’avais commise, et je ne pouvais rien faire pour changer cet état de chose.

Je me souviens encore comment, dans mon appartement près de Paris, l’ampoule s’alluma : et l’expression prit tout son sens, « Voilà » pourquoi Jésus avait dû mourir : Lui qui ne connaissait pas le péché devint le péché pour nous, afin que nous devenions en lui la justice de Dieu (2 Corinthiens 5 :21). Il prit sur lui la pénalité que je méritais, de telle sorte que dans la justice de Dieu, mes péchés soient pardonnés gratuitement, par sa grâce et non pas par mes bonnes œuvres ou rituels religieux. Il est mort pour que je puisse vivre. J’acceptai alors tout : je plaçai ma confiance en Jésus, et lui demandai de ma pardonner, selon les promesses du Nouveau Testament.

Si le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres (Jean 8)

Dès lors que le pas fut franchi, les sentiments de culpabilité s’envolèrent. Je vécu une sorte de renouveau spirituel : la culpabilité était partie, et je reçus la liberté et le pardon que Jésus promettait. Je continuai de lire la Bible avec une passion grandissante, et toute mon histoire commençait à avoir du sens, et à démontrer une fin : j’avais fait l’expérience du Dieu vivant, qui s’était révélé à moi en la personne de Jésus Christ, qui selon l’Évangile, mourut pour payer le prix de mon péché, afin que je sois sauvé par la foi seule, en Jésus seul, et non pas par les œuvres de la loi. J’étais conquis.

Soyez prêts à offrir une défense  (1 Pierre 3 :15)

Après tout cela, je crus que c’était la volonté de Dieu que j’épouse la jeune femme que j’avais rencontrée, alors je cherchai un emploi à New York. Là encore, de manière providentielle, ma formation d’ingénieur dans la finance était particulièrement adaptée à la tâche, et j’obtins un emploi à Wall Street. Alors je fisun pas de foi, et, pour déménager à New York, je laissai tout derrière moi: ma famille, mes amis, mon travail, mon groupe de musique, et mon équipe de volley (il se trouve que je n’aurais de toutes manières pas pu continuer le volleyball parce que le muscle en charge de la rotation de l’épaule s’était atrophié. J’en ai gardé un trou visible à l’arrière de mon omoplate, et je ne peux plus jouer au volley). Quelques mois après mon arrivée à New York, il devint évident que cette femme n’était pas la bonne personne pour moi ; notre relation était misérable, et par la grâce de Dieu, nous finîmes par nous séparer au lieu de nous marier. Je me retrouvai donc seul à New York, avec tout ce temps disponible, sans aucun engagement social  dans la confusion et me demandant quel but Dieu poursuivait pour m’avoir ainsi déraciné. Je devins rapidement anxieux d’expliquer à ma famille et à mes amis (toujours athées), pourquoi je n’avais pas perdu la tête : pourquoi je pensais que le christianisme était vraiment vrai. Alors je me plongeai dans des livres, et commençai à commander tous les DVD que je pouvais trouver : des leçons, des débats formels, les arguments pour l’existence de Dieu, les arguments athées et leurs réponses, la fiabilité des Écritures bibliques, et toute la panoplie de l’apologétique chrétienne : théologie, histoire, philosophie analytique, et au final, tout ce qui touchait de près ou de loin à ma foi nouvellement trouvée. Au cours des quelques mois suivants, je passais tout mon temps libre en dehors du bureau (toutes les soirées de semaine et tous les week-ends) à me plonger dans ce matériel, absorbant toutes ces informations, et en appréciant chaque seconde. C’est d’autant plus ironique qu’avant ma conversion, je ne supportais pas les livres, et n’en avais jamais lu. Maintenant, je ne pouvais plus m’arrêter.

Après quelques mois à ce régime, je pensais « si je dois dépenser tout mon temps et mon argent à étudier ces choses, autant en obtenir un diplôme ! »

Alors je m’inscrivis à l’université, en séminaire théologique à New York, pour obtenir un Masters en études du Nouveau Testament. Au début je n’étais pas sûr de savoir si j’allais m’en tirer comme il faut, étant donné que je n’étais encore qu’un athée fraîchement converti, mais il se trouva que mon régime radical m’avait équipé d’une manière que d’autres, chrétiens toute leur vie, expérimentent rarement, parce que l’apologétique n’est pas vraiment dans leur ligne de mire. Alors j’excellai à l’université, et commençai à voir à nouveau le plan excitant de Dieu se dévoiler pour ma vie.

Peu après, dans la providence merveilleuse de Dieu, je rencontrai enfin une femme américaine qui cette fois était faite pour moi, et nous nous sommes mariés, et avons fondé une famille.Après avoir obtenu mon Masters, je finis par faire de la recherche en doctorat en théologie systématique et philosophique, sous la supervision d’un théologien très respecté, développant ainsi mon expertise dans la matière, et devenant peu à peu un universitaire chrétien et un apologète.

Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1 Corinthiens 4)

Voilà comment Dieu s’occupe d’ un athée français qui hait la religion, et en fait un théologien chrétien et apologète. Un bon nombre de commentaires pourraient être ajoutés, mais une chose est très importante : je n’ai jamais provoqué le moindre de ces changements. Je n’avais aucun intérêt en Dieu, je ne le cherchais pas, et je ne voulais pas de Lui. Il m’a tendu la main, m’a aimé alors que j’étais encore un pécheur, a démoli mes défenses, et a décidé de déverser sur moi sa grâce imméritée, afin que son Fils soit glorifié, et que de mon péché, je sois sauvé par la grâce, à travers la foi, et non pas par les œuvres ; c’est le don de Dieu, de telle sorte que personne ne puisse se vanter (Eph. 2 :8-9).

C’est l’Évangile, et c’est une bonne nouvelle qu’il vaut la peine de croire.

 

Guillaume Bignon,

Vous pouvez garder ma trace sur twitter, @theoloGUI, où mes brèves pensées théologiques et philosophiques y sont postées majoritairement en Anglais ; parfois en Français)

Est-il rationnel de croire en Dieu sans avoir un (bon) argument?

L’intérêt principal d’un Apologète chrétien consiste en général à établir que le christianisme est vrai, c’est à dire, qu’il est vrai que Dieu existe, qu’il a créé l’univers, et qu’il s’est révélé spécialement à sa création à travers la Bible (Ancien et Nouveau Testaments), ultimement pour entrer dans sa création en la personne de Jésus de Nazareth, afin de sauver les hommes de leur péché par sa mort et sa résurrection.

Toutes ces propositions sont essentielles à la vérité du christianisme. Mais, qu’elles soient vraies ou pas, ces propositions importantes présentent une autre question pour le penseur chrétien: est il ‘raisonnable’ de les croire vraies? Est-il raisonnable de croire que Dieu existe, qu’il a créé l’univers, etc…?

Il se pourrait très bien que même si ces protableaupositions s’avéraient être vraies, personne ne pourrait réellement le savoir ou être rationnellement justifié dans ces croyances. En conséquence, le sceptique se voit souvent demander des arguments. Il demande que le Chrétien fasse plus qu’énoncer sa croyance en Dieu, et qu’il offre des arguments logiques pour soutenir rationnellement ses croyances. Ce souci fait l’objet d’un argument déductif contre la rationalité de la foi chrétienne, formulé plus ou moins comme cela:

Prémisse 1 – Il n’est rationnel de croire une proposition p que si l’on possède un argument (ou une preuve) en faveur de p

Prémisse 2 – Il n’y a pas d’argument ou de preuve en faveur du christianisme

Conclusion 3 – Par conséquent, il n’est pas rationnel de croire au christianisme.

Cet argument est valide logiquement, c’est à dire que si les deux prémisses sont vraies, sa conclusion s’ensuit logiquement, et le Christianisme est prouvé irrationnel (à défaut d’être prouvé faux, quoi que ces deux problèmes ne soient pas incompatibles).

Le problème de cet argument, cela dit, c’est que non-seulement il n’est pas établi que ses deux prémisses soient vraies, mais ces deux-ci sont même toutes les deux fausses!

La prémisse 2 prétend qu’il n’y a pas d’argument ou de preuve en faveur du christianisme. C’est une croyance malheureusement très populaire à la limite du slogan, répété ad-nauseam par une culture fondamentalement séculière, mais il témoigne d’une ignorance profonde de la discipline de l’apologétique chrétienne. Il se trouve qu’il y a de nombreux et excellents arguments logiques défendus par des philosophes parfaitement compétents (anciens et contemporains) en faveur des croyances fondamentales du christianisme énoncées ci-dessus: l’argument cosmologique, l’argument téléologique, l’argument moral, l’argument ontologique, l’argument transcendant, etc.. Ces différents arguments feront sans doute l’objet d’autre postes sur ce site, et donc leur défense n’est pas le but du présent article. Ils sont listés ici uniquement afin de challenger en principe la prémisse 2 de l’argument ci-dessus, comme étant tout au moins présomptueuse, si ce n’est prouvée fausse.

Notre intérêt pour l’heure, en revanche, se situe autour de la prémisse 1: est il vrai qu’il n’est rationnel de croire une proposition que si l’on possède un argument (ou une preuve) en sa faveur?

Ma réponse est non. Tout d’abord, cette prémisse ne nouscercle-vicieux est pas démontrée de manière indépendante. Que dirait le sceptique pour établir de manière non-circulaire que la prémisse 1 est vraie? Il n’y a pas grand-chose à dire en sa faveur. C’est déjà un problème, certes. Mais de manière plus fondamentale, cette prémisse n’est pas juste infondée, elle se trouve être démontrablement fausse, et ce pour deux raisons relativement imparables.

Tout d’abord, elle est prouvée fausse par l’existence d’une multitude de contre-exemples relativement unanimes. Il y a un grand nombre de propositions diverses et variées en faveur desquelles nous n’avons pas de bon argument (pour certaines, un tel argument serait même tout bonnement impossible), mais qui pourtant sont parfaitement raisonnables, et tout individu en possession de ses facultés rationnelles peut être justifié en les croyant vraies. Ce genre de croyance a été nommé “proprement basique” par les philosophes qui travaillent dans la discipline de l’épistémologie (la science qui s’intéresse à la connaissance, ou “comment sais-ton ce que l’on sait?”) Ce sont des croyances que l’on accepte naturellement, plus ou moins comme points de départ, ou fondation rationnelle pour d’autres croyances, et qui sont tout à fait raisonnables à adopter même en l’absence d’arguments en leur faveur. Voici au moins 4 exemples de familles de propositions qui ont été suggérées comme bon candidats pour une telle croyance “proprement basique”:

1- Les lois de la logique. Ces lois, incluant la loi de l’identité, la loi de non-contradiction, la loi du milieu exclu, les lois d’inférence logiques (modus ponens, modus tollens, syllogisme disjonctif, syllogisme hypothétique, etc..) sont toutes absolument fondamentales pour toute discussion rationnelle dans quelque discipline que ce soit. Elles sont non-seulement raisonnables elles-mêmes, mais elles sont même la fondation de toute rationalité. Et pourtant, il n’y a pas d’argument qui établisse leur vérité indépendamment. Un tel argument serait tout bonnement impossible, étant donné qu’un argument présuppose la logique: un argument présupposerait donc ce qu’on souhaiterait ici établir. Les lois de la logique sont donc un excellent exemple de proposition non-prouvée (même impossible à prouver) par un argument, et pourtant on ne peut plus raisonnable.

2- Les vérités métaphysiques (ou ontologiques)

Ces vérités, telles qmatrixue “Le monde extérieur existe vraiment”, ou “il y a d’autres âmes que moi”, ou “le passé est réel, l’univers n’est pas apparu il y a une minute avec une apparence d’âge”, sont toutes proprement basiques. Encore une fois, elles ne sont pas prouvables par arguments. Il est impossible de prouver que le monde extérieur existe, démontrant que je ne suis pas un cerveau dans un bocal stimulé par un savant fou, ou bien juste un corps dans la Matrice, stimulé pour penser que le monde virtuel que j’appréhende est vrai. Ma croyance proprement basique dans le fait que le monde extérieur existe vraiment n’est pas prouvable par argument, mais elle est des plus raisonnables.

3- Les vérités d’éthique, ou de morale

Les propositions exprimant la moralité objective (ou l’immoralité objective) de certaines actions sont également probablement proprement basiques. Les propositions “il est objectivement immoral de torturer un enfant pour le plaisir”, ou “il est objectivement immoral d’exterminer les juifs et les gitans”, ou “il est objectivement immoral d’être raciste” sont des propositions plausiblement vraies, et il est impossible de prouver par un argument indépendant que les immoralités qu’elles communiquent ne sont pas en fait subjectives, juste une question de préférences personnelles, telles que “Une glace au chocolat est meilleure qu’une glace à la vanille”. Les vérités objectives de ces propositions morales sont perçues directement, basiquement dans le contexte de l’expérience morale humaine, et il n’y a pas plus de raison de douter de leur vérité objective, qu’il n’y a de raisons de douter de l’existence du monde physique que l’on perçoit proprement, basiquement par nos 5 sens. Ces vérités d’éthique, pour ceux qui les croient, constituent donc un autre contre-exemple pour la prémisse 1 ci-dessus.

4- Les vérités d’esthétique.

Le beau et le moche, tout comme le bien et le mal, sont des considérations plausiblement basiques. Leur vérité objective est évidemment une matière de controverse, particulièrement disputée entre les théistes et les athées, mais s’il existe des jugement esthétiques objectifs (ou au moins si certains d’entre eux sont objectifs), alors notre connaissance de leur vérité est aussi proprement basique.

Si ne serait-ce qu’une seule de ces 4 catégories de vérités proprement basiques s’avère être telle, alors la prémisse 1 ci-dessus sera réfutée: il sera prouvé faux qu’un argument ou preuve est nécessaire pour croire rationnellement une proposition.

Mais plus fondamentalement, la deuxième raison de rejeter la prémisse 1 de l’argument ci-dessus est encore plus affligeante, et pour cause: la prémisse 1 se réfute elle même!

Elle annonce qu’il n’est pas raisonnable de croire une proposition sans avoir un argument ou preuve en sa faveur. Mais existe-t-il un argument ou preuve en sa faveur à elle? Pas du tout. Elle énonce un standard épistémologique purement arbitraire, sans justification, et un qui comme expliqué ci-dessus, s’avère être particulièrement mauvais. De ces considérations, il s’ensuit que la prémisse 1, par son propre standard, n’est pas raisonnable. A la bonne heure!

Par conséquent, quelque soit le statut de la prémisse 2, la prémisse 1 ayant été prouvée fausse, l’argument ci-dessus tentant d’établir que le christianisme n’est pas raisonnable, se trouve réfuté.

Alors évidemment, il ne s’ensuit pas que le christianisme est par là prouvé cross_fieldvrai ou raisonnable. La question reste à poser: est-ce que le Christianisme est effectivement proprement basique, de la même manière que les propositions offertes ci-dessus? C’est une affirmation forte d’un bon nombre de philosophes chrétiens, qui affirment qu’il est possible de croire (et d’être justifié rationnellement! en croyant) en Dieu, non pas sur la base d’un argument purement logique, mais sur la base d’une expérience immédiate du Dieu vivant, dont l’Esprit Saint témoigne directement à notre esprit, de la vérité du christianisme: que Dieu existe, qu’il s’est révélé en la personne de Jésus, et que par la foi en lui, nous recevons le pardon gratuit de nos péchés: “Etant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ” (Romains 5:1) Cette position est tout à fait compatible avec la conviction qu’il y a bel et bien d’excellents arguments convaincants en faveur du christianisme, mais si ces croyances sont également proprement basiques, alors ces arguments ne sont que la cerise sur le gâteau épistémologique d’une croyance bien raisonnable en un Dieu qui se révèle à ceux qui le cherchent. “Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre coeur” (Jérémie 29:13).

 

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Note: pour aller plus loin dans les sujets abordés par cet article, vous pouvez par example consulter le travail de William Lane Craig pour une défense des arguments traditionnels en faveur du christianisme, ainsi que son exposition des types de propositions proprement basiques énoncées ci-dessus; et pour une défense de la croyance en Dieu de manière proprement basique, consultez Alvin Plantinga, et son travail sur la notion de ‘Warrant’, ainsi que sa réfutation du “fondationnalisme classique”