À la découverte des « visions du monde » (partie 2)

Dans la partie précédente de cette série, j’ai présenté une définition générale de ce qu’est une « vision du monde » :

Une vision du monde est un ensemble de croyances à propos du monde, de Dieu, des humains, du Bien et du Mal, à l’aide desquelles je fais du sens de la réalité dans laquelle je vis, et qui me fournissent une base pour ma façon d’être, d’agir et de comprendre mes actions.

Dans cette deuxième partie, mon objectif est double : (1) je veux vous présenter les questions fondamentales auxquelles toute vision du monde vise à répondre, et (2) je veux vous amener à vous poser deux questions très importantes :

« Est-ce que je connais mes croyances et d’où elles viennent ? »
« Est-ce que je connais la vision du monde de ceux qui m’entourent ? »


Est-ce que je connais mes croyances et d’où elles viennent ?

Avez-vous déjà pris le temps de vous demander ce que vous croyez, et comment vous en êtes venus à le croire ? Même un chrétien de longue date, qui lit sa Bible à tous les jours et qui a le désir de se nourrir de la Parole de Dieu, baigne tous les jours dans un milieu de travail et un torrent d’informations (par la culture, les nouvelles, l’Internet, les médias sociaux, etc.) qui l’inondent de croyances qu’il va finir par adopter en partie, mais qui ne sont pas nécessairement compatibles avec la foi chrétienne.

Par exemple, en ce qui concerne les questions de moralité, notre société véhicule le slogan populaire « Si c’est sa décision et que ça ne fait pas de mal à personne, on ne devrait pas s’y opposer ! », qui ressort souvent dans les discussions sur l’euthanasie ou sur l’homosexualité. D’autres croyances populaires du genre sont « C’est mon argent, je peux faire ce que je veux avec ! », « L’amour est un sentiment. » et « M’occuper de mon bien-être est important. » Même si ces croyances populaires ne sont pas toutes complètement en opposition avec la Parole de Dieu, ne pas réfléchir sur nos croyances peut nous amener à les accepter en bloc, sans se poser la très importante question : « Qu’est-ce que je dois prendre, et qu’est-ce que je dois laisser ? » Par exemple, si le chrétien et le non chrétien peuvent s’accorder sur le fait que notre bien-être personnel est important, il y a une grande différence dans la manière dont chacun va définir le mot « bien-être », et dans la manière dont l’humain peut l’atteindre!

Je vais revenir sur cette réflexion dans une prochaine partie, dans laquelle nous allons parler des tests qu’une vision du monde doit passer. Ce qu’il faut retenir pour l’instant, c’est que ce n’est pas parce que vous vous pensez chrétien que vos croyances viennent toutes de Dieu et de la Bible : vous baignez dans un milieu non chrétien qui vous influence fortement, et il y aura besoin un jour de « nettoyer » vos croyances pour les réaligner avec la Parole de Dieu, si vous êtes convaincu qu’elle doit être à la base de tout ce que vous croyez.


Est-ce que je connais la vision du monde de ceux qui m’entourent ?

Église chrétienne du village de Polyan, dans la région de Solukhumbu au Népal, une région où s’entremêlent hindouisme, bouddhisme tibétain, religions folkloriques et christianisme.

Église chrétienne du village de Polyan, dans la région de Solukhumbu au Népal, une région où s’entremêlent hindouisme, bouddhisme tibétain, religions folkloriques et christianisme.

Cette question-ci est très importante, dans l’optique où communiquer un message efficacement (comme l’Évangile) demande de bien connaître le public auquel on s’adresse. J’ai demandé, récemment à des étudiants d’une école biblique, de m’expliquer ce que croient les Québécois auxquels ils sont appelés à partager l’Évangile. Leurs réponses ont mis en lumière que plusieurs, même s’ils ont passé toute leur vie au Québec, étaient peu en mesure de m’expliquer clairement la vision du monde de la société qui les entoure. Ce n’est pas qu’une curiosité : quand on étudie la structure des différents discours des apôtres que l’on trouve dans le livre des Actes, on voit que les discours varient en fonction de la culture à laquelle ils sont adressés : on ne présente pas l’Évangile de la même manière à des Juifs de Jérusalem et à des Athéniens ! De la même manière, la présentation de l’Évangile par les missionnaires de notre époque, partout autour du monde, est modulée en fonction de la culture à laquelle il est adressé, et notre culture environnante ne fait pas exception. Alors, vous qui voulez partager l’Évangile, connaissez-vous la vision du monde de ceux qui vous entourent ?

Pour vous guider, je vous donne ici une liste des questions auxquelles toute vision du monde doit être en mesure de fournir une réponse. Je les ai divisées en cinq grandes catégories : les questions à propos de la CONNAISSANCE, de l’ORIGINE, du SENS, de la MORALITÉ et de la DESTINÉE. Évidemment, chacune des questions se décline en plusieurs autres, comme ceci :


CONNAISSANCE

– Comment est-ce que je sais ce que je sais ?
– Quelles sont les sources de connaissance qui sont fiables ?
– Comment puis-je affirmer qu’une chose est vraie ?

ORIGINE

– Pourquoi est-ce que quelque chose existe plutôt que rien du tout ?
– D’où vient l’univers ? la vie ? l’humanité ?
– Est-ce que nous sommes la création d’un Dieu ? Si oui, qui est ce Dieu ?
– Quelle est notre nature ? Avons-nous une âme ? Sommes-nous uniquement de la matière ?
– Sommes-nous libres ?
– Quel est notre rapport avec le monde ? avec les animaux ? avec Dieu ?

SENS

– Quel est le sens de la vie ?
– Quel est le sens de MA vie ? Comment est-ce que je le trouve ?
– Quel est le sens de l’histoire ?
– Si ma vie a un but, est-il possible à atteindre ?

MORALITÉ

– Y a-t-il une distinction entre le Bien et le Mal ? Quelle est-elle ?
– Le Bien et le Mal sont-ils absolus ou relatifs à l’individu ou aux cultures ?
– Est-ce que j’ai une raison de chercher à faire le Bien plutôt que le Mal ?
– Est-ce que je suis redevable à quelqu’un pour mes actions ?
– L’humain a-t-il une valeur ? D’où vient-elle ?
– Comment est-ce que j’établis la hiérarchie de mes valeurs morales ?

DESTINÉE

– Qu’est-ce qui arrive après la mort ? Est-ce un point terminal pour l’existence ?
– Qu’arrive-t-il à mon âme (si j’en ai une) au moment de ma mort ?
– Est-ce que mes actions pendant ma vie vont avoir un impact sur mon existence après ma mort ? Si oui, lequel ?

D’un auteur à l’autre, la liste des questions varie, mais en gros, on comprend qu’une vision du monde doit pouvoir répondre aux questions existentielles que l’être humaine se pose. La réponse que l’on donne à ces questions va, consciemment ou inconsciemment, influencer chacune de nos actions. On ne gère pas son argent de la même manière si l’on croit qu’il nous appartient et que nous en pouvons en disposer selon nos désirs, ou si l’on croit qu’il nous est prêté par Dieu et que nous devons en disposer selon sa volonté. On ne choisit pas son parcours de vie de la même manière si l’on croit que la vie a un sens profond, ou si l’on croit qu’elle est fondamentalement absurde. On n’agit pas envers les humains de la même manière selon qu’on les croit tous créés à l’image de Dieu sans exception, ou bien qu’on les croit être les fruits d’un processus naturel se réduisant au hasard. De même, comme j’ai discuté dans la partie précédente, on n’agit pas de la même manière si l’on croit que l’humain est libre, ou si l’on croit qu’il est complètement déterminé. Chacune de nos croyances va influencer profondément notre manière d’agir.

Une autre chose qu’il est important de réaliser, c’est que toutes les réponses que l’on donne aux questions énumérées ci-dessus sont ultimement des objets de croyance. Même s’il peut avoir de très bonnes raisons de croire que Dieu existe, le chrétien ne peut pas prouver son existence hors de tout doute. De la même manière, l’athée ne peut prouver que Dieu n’existe pas, et ce même s’il juge qu’il a de très bonnes raisons de le croire. Il en va de même pour toutes les questions de la liste : on peut avoir de très bonnes raisons d’adopter une croyance plutôt qu’une autre, mais notre vision du monde, qu’elle soit chrétienne, musulmane, athée ou autre, est ultimement un ensemble de croyances.

Ainsi, quand vous rencontrez une personne qui vous dit fièrement qu’elle n’a pas de croyances et qu’elle n’accepte que la connaissance objective, sortez la liste de questions que vous venez de lire, et demandez-lui de prouver sa réponse à n’importe laquelle d’entre elles : vous réaliserez que nous devons admettre notre impuissance à tout démontrer assez rapidement, et que nous adoptons nos croyances de bien d’autres manières que par la « connaissance objective » !

Avant de passer à la prochaine partie, prenez le temps de répondre à mes deux questions au début du texte ! Et pour ceux qui comprennent l’anglais, je recommande l’écoute de cette conférence de James W. Sire (l’auteur du livre The Universe Next Door : A Basic Worldview Catalog, dont j’ai parlé dans la partie précédente), qui explique en quoi chacun de nous adhère à bien plus de croyances que ce que nous pensons :

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