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Qu’est-ce que l’évangile? – Partie 2 (L’évangile est-il tolérant en condamnant?)

Dans l’avant-propos du commentaire « The death of death in the death of Christ » écrit par John Owen, J.I. Packer souligne l’urgence de retrouver l’évangile:

« Sans nous en rendre compte, nous avons, au cours du dernier siècle, troqué l’évangile pour un substitut qui lui ressemble à plusieurs égards, mais qui dans son entité, constitue une notion tout à fait différente. De là tous nos troubles, car le substitut ne peut arriver au même résultat que l’évangile authentique qui a si puissamment fait ses preuves dans le passé.»[1]              

L’observation de Packer est plus que pertinente. Si l’évangile est le fondement de la vie chrétienne et qu’il doit diriger l’église, le ministère, la sainteté, l’évangélisation, l’édification, la discipline et la vie en générale, alors c’est un véritable problème de changer cet évangile. Ce « nouvel évangile »[2] pour reprendre l’expression de Packer, échoue à la transformation du chrétien. Quel est donc le problème? Selon Packer :

« Il n’amène pas les hommes à être centré sur Dieu dans leurs pensées et n’inspire pas la crainte de Dieu à leurs cœurs, car ce n’est pas son but premier. En d’autres termes, la différence entre l’ancien évangile et le nouveau est que ce dernier s’intéresse exclusivement à « aider » l’homme – lui apporter la paix, le réconfort, le bonheur, la satisfaction – et se soucie trop peu de glorifier Dieu. »[3]

Cela met la table pour regarder le contenu de l’évangile dans la lettre de Paul aux Galates. Pourquoi? Parce qu’à la première lecture cette lettre, nous constatons qu’il y a un problème sérieux concernant l’évangile. Rapidement dans la lettre le sujet y est apporté avec un langage unique que Paul n’utilise nulle part ailleurs dans ces écrits. En effet, il y a une damnation attachée à ce sujet (1.9).

A.        Le problème des Galates concernant l’évangile

C’est une épître qui contient un avertissement que nous ne trouvons nulle part ailleurs :

« Mais si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (1.8)

Selon ce verset si nous n’avons pas le bon évangile, nous sommes damnés. Le problème n’est pas seulement que les Galates se sont trompés doctrinalement, mais bien qu’ils se sont détournés de celui qui les « […] a appelés » (1.6) pour passer à un autre évangile. C’est donc un évangile différent de celui prêché par Paul et approuvé des apôtres et par conséquent, ce n’est donc pas l’évangile (1.7)[4].

Le fait que Paul parle d’un « autre » évangile (1.6, 7) ou d’un « évangile différent » (1.8, 9), suggère qu’il y a un contenu à l’évangile. Un contenu tellement important que si nous le manquons nous ne sommes pas seulement dans l’erreur, mais on se détourne de Dieu lui-même. À première vue ce ne semble pas être une bonne nouvelle.

B. L’évangile dans Galates

Quel est donc le contenu de l’évangile, dans le contexte de l’épître aux Galates? Paul souligne un contenu minimum et irréductible commun aux autres écrits du Nouveau Testament[5]. Le langage utilisé par Paul dans son introduction, ainsi que le fait que Paul souligne qu’ils se sont détournés vers un « autre » évangile (1.6), laisse entendre que les versets qui précèdent 1.6 sont déterminants en ce qui concerne le contenu irréductible de l’évangile, car il y fait référence dans le reste de la lettre. La formulation du contenu diverge selon l’auteur, mais nous sommes capables de tracer un contenu minimum. Par exemple, F.F. Bruce souligne deux points[6] :

  1. Que Jésus-Christ s’est donné lui-même pour nos péchés (1.4a)
  2. Et que l’objectif de ce sacrifice était de nous délivrer du présent siècle mauvais (1.4b)

D’un autre côté, D.A. Carson dans un cours sur Galates[7] souligne la compréhension que Paul a de l’évangile en trois points[8] :

  1. Sa mort
  2. Sa résurrection
  3. Un certain point de vue eschatologique qui accomplit quelque chose à la fin par Jésus-Christ

Nous revenons encore à notre résumé[9] de l’évangile: « L’évangile est la bonne nouvelle de tout ce que  Dieu a fait pour nous, par son Fils unique à la croix et la résurrection. »[10] On peut ajouter beaucoup de détail[11], mais jamais moins que cela. Le contenu de l’évangile et le sérieux avertissement adressé par Paul nous font dire que « la croix est la seule voie de salut; aucune autre partie des Écritures ne le dit plus explicitement que l’épître aux Galates. »[12] C’est une déclaration d’exclusivité!

C. L’évangile est-il tolérant en condamnant?

Les religions ne se valent-elles tous pas? Par définition l’évangile en condamnant, n’est-elle pas intolérant? Il vaut la peine de rectifier quelques informations :

1)      Tout système de pensée est implicitement ou explicitement exclusif. Tout système de pensée religieux ou philosophique[13] va se réclamer d’une certaine forme d’exclusivisme.

2)      La tolérance présuppose d’abord qu’il y a au moins quelque chose de négatif (ou de faux) dans la pensée de l’autre. En dénonçant la fausseté d’une pensée (religieuse ou philosophique) nous pourrions croire que c’est intolérant, surtout pour celui qui le reçoit, mais elle peut aussi être la marque du plus grand amour qui soit! D’ailleurs, beaucoup de chrétiens par amour son mort pour annoncer l’évangile, car ils croyaient que le monde courrait à la perdition.

3)      Beaucoup réclament la tolérance par ignorance, par refus de croire, par rejet d’évidences ou par doute. Cela dispense donc de remettre en question ma propre philosophie. Il y a longtemps qu’Henri Poincaré nous disait :

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. »

Il faut l’avouer, souvent ceux qui rejettent le christianisme ont raison de nous accuser. Le problème que nous rencontrons souvent de la part des chrétiens, c’est le manque d’amour. D’ailleurs, je pourrais vous raconter plusieurs moments ou moi-même j’en ai manqué. Cependant, le manque d’amour dans la communication n’est pas gage de fausseté. D’ailleurs, Paul, malgré son affirmation percutante, fait preuve d’un grand amour pastoral afin d’éviter la dérive des chrétiens de Galatie. C’est la raison pour laquelle il faut toujours lier vérité et amour.

L’évangile met en lumière nos péchés (souvent considérer condamnant), mais c’est à la fois un message de grâce disponible pour tous ceux qui croient. L’évangile est sérieux et rempli d’amour. Gardons l’équilibre dans la proclamation de la vérité et l’amour exprimé :

« […] mais en disant la vérité avec amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. » (Éphésiens 4.15)


[1] John Owen, La vie par sa mort, Édition SEMBEQ, 2010, p.10.

[2] Ibid., p.10

[3] Ibid., p.10

[4] Le problème ne se limite pas au contenu doctrinal seulement. Car nous agissons en fonction de ce que nous croyons. C’est pour cela que Paul ajoute que la vie chrétienne doit être vécue selon la vérité de l’évangile (2.14).

[5] Malgré que nous devions faire souvent la distinction entre la bonne nouvelle elle-même et sa proclamation, il n’en demeure pas moins que Paul souligne un contenu minimum irréductible, un contenu commun à son utilisation.

[6] F.F. Bruce, The epistle to the Galatians, NIGTC, Eerdmans, 1982, p.33.

[7] D.A. Carson, cours Sembeq : Épître aux Galates (2014).

[8] Dans le contexte de Galates. Voir aussi de façon plus détaillé e1 Corinthiens 15.1-8.

[9] Qu’est-ce que l’évangile, partie 1 : http://www.associationaxiome.com/quest-ce-que-levangile-partie-1/

[10] Ibid.

[11] Entre autres l’espérance que nous avons dans les promesses futures, comme ici dans Galates.

[12] D.A. Carson et Douglas Moo, Introduction au Nouveau Testament, Excelsis, Charols, 2005, p.439.

[13] Même en science. Si nous disons que tout ce que l’on peut connaître provient de la science, je rejette à la fois les systèmes qui y font moins référence ou pas du tout, à tort ou à raison.

Qu’est-ce que l’évangile? – Partie 1

L’association Axiome est une association d’apologétique qui a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme[1] chrétien. L’apologétique vise parfois sur des questions particulières, comme l’existence de Dieu, ou encore la question de la souffrance. Mais l’appel à défendre notre foi dans la bible, n’est pas un appel à défendre uniquement une vision particulière du théisme. Ultimement, nous sommes appelés à défendre l’évangile. L’évangile est pour le chrétien, entre autres, ce qui le sauve (Romains 1.16; 1 Corinthiens 15.1-3; Galates 1.6-9; Éphésiens 1.13),  son espérance (1 Pierre 3.15), ce qui doit être annoncé (1 Corinthiens 15.1; Galates 3.1; 6.14) et ce qu’il doit défendre (Galates 2.5; 1 Pierre 3.15)[2]. C’est l’arrière-plan sur lequel l’apologétique travaille.  Autrement dit, chaque élément d’apologétique devrait construire ultimement et idéalement[3] à exposer l’évangile. La raison pour cela est celle-ci :

Le christianisme n’est pas fondé seulement sur l’affirmation de l’existence de Dieu. Mais sur l’affirmation supplémentaire que Dieu s’est révélé en la personne de Jésus.

Si nous sommes appelés à défendre et à présenter l’évangile, il convient de se poser la question : « qu’est-ce que l’évangile? » Cet article cherche à donner une compréhension biblique de l’évangile, sans défendre nécessairement chacun des aspects qui s’y attachent.

 

Comment trouver l’évangile dans la Bible?

 

Plusieurs approches seraient possibles :

  1. Nous pourrions regarder ce que l’église (catholique, orthodoxe, protestante, etc.) dit de l’évangile. Dans ce cas, nous pourrions donner l’autorité à l’église afin de définir « l’évangile ». Mais il y a des risques à utiliser cette méthode. À commencer par un éloignement du véritable évangile transmis à la base par les apôtres dans les textes bibliques. Cela est avéré dans l’histoire.
  2. Nous pourrions ouvrir nos bibles et voir qu’il y a quatre évangiles (Matthieu, Marc, Luc et Jean) que nous trouvons dans le Nouveau Testament. Est-ce cela l’évangile? Il ne faut pas oublier qu’au premier et second siècle, nous ne parlions jamais de « quatre » évangile. Il n’y a qu’un seul évangile concernant Jésus. Alors, on dit plutôt l’Évangile « selon » Matthieu, ou « selon » Marc, ou « selon » Luc, ou « selon » Jean.
  3. Nous pourrions faire l’étude du mot « évangile » en regardant le nombre de fois qu’il revient dans les textes bibliques, ou encore dans la littérature antique. Mais il faut noter que ce n’est pas un terme technique qui a toujours la même signification (terminus technicus)[4]. L’étude serait incomplète en ne tenant pas compte du contenu de l’évangile.

Évidemment nous pourrions ajouter à cette liste de nombreuses méthodes. Voici la suggestion de Greg Gilbert[5], que j’affectionne particulièrement : il suggère d’approcher la tâche en définissant le contour principal de l’évangile en regardant qu’est-ce que les premiers chrétiens disaient à propos de Jésus et la signification de sa vie, sa mort et de sa résurrection[6]. Cela évitera de donner autorité à une église, une personne, ou autres pour définir l’évangile, mais plutôt de regarder ce que Jésus et ses témoins disaient de l’évangile. Ainsi nous évaluerons les églises et les personnes à la lumière du véritable évangile[7].

 

La nécessité de traiter ce sujet

C’est tellement primordial pour les auteurs bibliques que Paul réserve ses plus sévères paroles pour les personnes qui annoncent un « autre » évangile. La lettre de Paul aux Galates dit ceci :

« Mais si vous-même, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème! » (Galates 1.8)

C’est une lettre qui contient un avertissement que nous ne trouvons nulle part ailleurs (1.8). Selon ce verset si nous n’avons pas le bon évangile, nous sommes damnés. Le problème n’est pas seulement que les Galates se sont trompés doctrinalement, mais bien qu’ils se sont détournés de celui qui les « […] a appelés » (1.6) pour passer à un autre évangile. C’est donc un évangile différent de celui prêché par Paul et approuvé des apôtres. Quand Paul parle d’un « autre » évangile, cela suggère qu’il y a un contenu tellement important concernant l’évangile, que, si nous le manquons nous ne sommes pas seulement en train de torde le message, mais on s’éloigne de Dieu. Ce n’est donc pas l’évangile. Ne pas avoir le véritable évangile, selon Paul, c’est s’éloigner de Dieu. Dieu et évangile son connecté. Cela soulève la question encore une fois : « qu’est-ce que l’évangile? »

La majorité s’entend pour dire que « l’évangile » est une « bonne nouvelle ». Et la première chose que l’on fait avec une nouvelle, c’est l’annoncer. Mais quel est le contenu de cette nouvelle? Malgré le fait que plusieurs livres du Nouveau Testament, par exemple l’évangile selon Jean, n’utilisent pas le terme « évangile », nous voyons que dans une perspective thématique ils ont autant de « bonne nouvelle » à dire que d’autres qui abondent dans l’utilisation du terme[8].

Dans cet article je vous propose une réflexion sur le langage de l’évangile. L’avertissement de Paul dans l’épître aux Galates est tellement sérieux, que dans une deuxième partie nous regarderons son contenu dans le contexte de cette lettre de Paul aux Galates. Enfin, dans une troisième partie nous regarderons le contenu plus large de l’évangile.

 

Le langage de « l’évangile »

Le terme grec pour « évangile » est « euangelion » (εὐαγγέλιον). Le tableau ci-dessous montre les occurrences du nom et du verbe dans la septante[9] (LXX) ainsi que dans le Nouveau Testament (NT)[10] :

Nom « euangelion » (εὐαγγέλιον) Évangile / bonne nouvelle LXX   1x NT   76x
Verbe « euangelizomai »   (εὐαγγελίζομαι) Proclamer / annoncer LXX   23x NT   54x

 

Premièrement, le terme « euangelion » signifie « bonne nouvelle ». Le verbe « euangelizomai »  renferme donc l’idée de Proclamer / annoncer cette nouvelle. C’est premièrement une nouvelle à proclamer. C’est avec justesse que Douglas Moo observe :

« Le nom [εὐαγγέλιον, « évangile »] dans le Nouveau Testament signifie la « bonne nouvelle » de l’intervention salvifique de Dieu en Christ, se référant généralement au message de Christ (1 Co 15.1; Ga 1.11; 2.2) et, par extension, à l’acte de prêcher ce message (1 Co 9.14 [deuxième occurrence]; 2 Co 2.12; 8.18; Phil 1.5 [?]; 4.3 [?]). »[11]

Deuxièmement, dans la Bible nous remarquons qu’il y a une certaine transformation dans l’utilisation d’un terme. Par exemple, le terme « évangile » peut devenir tellement compréhensif qu’il devient plus ou moins l’équivalent du « Christ » (Romains 1.9). Autrement dit, on utilise un terme « raccourcie » qui englobe l’œuvre de rédemption de Jésus à la croix[12]. Ce qui signifie que l’auteur peut expliquer ce qu’est « l’évangile » en détaillant son contenu à un endroit particulier et par la suite utilisé d’autre expression y faisant référence, sans être obligé de tout énumérer le contenu minimal en plusieurs points. Considérez ces deux passages :

« Car je n’ai pas jugé bon de savoir autre chose parmi vous, sinon   Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. »

1 Corinthiens 2.2 

 

Paul mentionne qu’il ne veut rien d’autre à   déclarer que Jésus-Christ crucifié.
« Souviens-toi de   Jésus-Christ, ressuscité d’entre les morts, issu de la descendance de David,   selon mon Évangile. »

2 Timothée 2.8 

 

Paul dit que ce qui est en ligne avec   l’évangile est la « résurrection   d’entre les morts, issue de la descendance de David […] », mais il   ne mentionne pas la croix.

 

Voyez-vous le contraste entre les deux? À mon sens, une des raisons pour utiliser ce « raccourcie », c’est que l’évangile est le point central sur lequel repose tout le reste. Ce n’est pas le point en marge qui est sous-entendu dans le texte. Autrement dit, un auteur va attacher d’autres thèmes et d’autre contenu autour de l’évangile en gardant celui-ci central.

Prenons la première lettre de Pierre. Pierre dresse un portrait assez clair de l’évangile en dressant une liste de son contenu (1 Pierre 1.1-12) :

  • le sang de Jésus (1.2),
  • sa résurrection (1.3)
  • et cela en vue de notre espérance (1.3).
  •  Il nous parle de notre héritage à venir (1.4)
  • Tout cela s’inscrit dans le plan de rédemption (« rachat ») de Dieu depuis les prophètes de l’Ancien Testament (1.10-12) à qui ont reçus des révélations.
  • Ces prophètes cherchaient les circonstances se rapportant à ces révélations. Mais aujourd’hui, c’est révélé par les apôtres et ceux qui prêchent (1.12).

Après avoir dressé un portrait de l’évangile dans son contenu, Pierre va attacher tous les autres sujets autour de ce thème principal. Il commence directement par les termes  « C’est pourquoi » (1.13) et voici quelques sujets qui sont vu à la lumière de l’évangile qui est notre espérance (1.3) :

  • Pierre commence des exhortations à la sainteté, vigilance et l’amour (1.13-2.10).
  • Il parlera des relations entre époux et épouses (3.1-7),
  • de la souffrance (4.1-19)
  • et des leaders (5.1-5).

 

Conclusion

Si nous devions résumer l’évangile en une phrase, elle irait comme ceci :

« L’évangile est la bonne nouvelle de tous ce que  Dieu a fait pour nous par son Fils unique à la croix et la résurrection. »

On peut ajouter beaucoup de détail autour de la mort et résurrection de Jésus, comme nous avons vu avec Pierre, mais nous ne pouvons jamais aller moins que cela. Le genre littéraire « les évangiles » nous parle de ce que Dieu a fait Jésus pour nous sur la croix et la résurrection. C’est le cas de Paul, Pierre et les autres auteurs du Nouveau Testament. Enfin, nous avons brièvement vu qu’il est en ligne avec les écrits de l’Ancien Testament dans le plan rédempteur de Dieu pour nous racheter. La Bible est le livre qui nous montre comment Dieu rachète des humains qui sont séparés de lui et les auteurs, comme Pierre et Paul, préservent ce plan qui commence à la création, culmine dans le ministère et l’œuvre de Jésus à la croix, jusqu’à la consommation ou Jésus rétablira toute chose.


[1] Le théisme (du grec theos, dieu) est un terme qui désigne toute croyance ou doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu et son influence dans l’univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. La particularité du théisme chrétien, c’est qu’il fait référence au Dieu de la Bible, et non pas n’importe quelle divinité.

[2] Nous trouvons cet appel dans de nombreux livre du Nouveau Testament comme Romains, 1 Corinthiens, Galates, 2 Pierre, Jude, etc. Nous le voyons sois par des exemples, exhortation, avertissement.

[3] Cela s’effectue souvent par cumul et avec du temps.

[4] Erreur  d’interprétation qui veut qu’ « un interprète suppose à tort qu’un mot a toujours ou presque toujours une certaine signification technique. » D.A. Carson, Erreurs d’exégèse, Trois-Rivières, Édition Impact, 2012, p.46.

[5] Gilbert Greg, What is the gospel? 9marks, Crossway, 2010.

[6] L’élément commun des quatre évangiles du Nouveau Testament tourne autour de ces événements. Et les prédications des apôtres contenus dans la bible tournent autour de ce sujet.

[7] Je ne traite pas de la validité de l’évangile comme vérité. Je la présuppose dans un sens. Mais il doit, comme n’importe quelles religions et philosophie répondre aux tests de vérités. Minimalement, on pourrait reporter ces tests à trois :

1)       cohérence logique

2)       justification empirique

3)       le bien-fondé expérimental

Comme il se base sur la réalité historique de la mort, l’ensevelissement et la résurrection physique de Jésus, l’évangile peut se démontrer dans l’histoire et se valider sur un plan logique rigoureux dans ses affirmations, sans compté le bien-fondé expérimental (historique ou personnel).

[8] D. A. Carson. “The Biblical Gospel.” in For Such a Time as This: Perspectives on

Evangelicalism, Past, Present and Future. Edited by Steve Brady and Harold Rowdon.

London: Evangelical Alliance, 1996, p.75.

[9] C’est une version de la bible hébraïque en langue grec, qui date d’environ de 270 av. Jésus-Christ.

[10] D.A. Carson, What is the Gospel? – Revisited, in Sam Storm and Justin Taylor and all, For the fame of God’s name: Essays in Honor of John Piper, Wheaton, Crossway, 2010, p.148.

[11] D.A. Carson, What is the gospel?: Revisited, in STORMS, SAM and TAYLOR, JUSTIN and all, For the fame of God’s name: essays in honor of John Piper, Crossway, 2010, p.157.

[12] Ibid. p.157

Vivre la réponse que l’on donne!

« L’apologétique a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme chrétien à la lumière des objections soulevées contre elle et d’offrir des évidences positives en sa faveur. »[1]

Le premier article « Qu’est-ce que l’apologétique? » avait comme objectif de faire une présentation de l’apologétique : définition et fonctions. Dans cet article, j’avais lancé volontairement une réflexion sans la développer :

« Pour ne pas être simpliste, faisons un pas de plus. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Et c’est exactement ce mandat qu’a l’apologétique. »[2]

Le présent article cherche à faire le pont entre les fonctions de l’apologétique et la vie de l’apologiste. C’est-à-dire, que l’appel de Jésus n’est pas de trouver et de donner les meilleurs arguments du monde et de convaincre par la seule raison ou par la force. Mais plutôt, c’est la convergence de l’argumentation et l’incarnation de la réalité de l’évangile.

Un exemple vivant!

Un jour, j’étais assied dans un salon avec quelques personnes qui ne croyaient pas en Dieu, ni l’évangile et qui doutaient même de Jésus. Dans toute ma « délicatesse », j’apportais argument sur argument avec vigueur. J’ai démoli littéralement les raisonnements qui s’élevaient contre Dieu et Jésus. Et comme un coup de pelle en pleine figure, après un bon moment de discussion, il y a une personne qui m’a dit, et je me souviendrai toujours : « Tu me fais peur. Car je ne sens pas que tu m’aimesJ’aime mieux discuter avec quelqu’un d’autre. »

À ce moment, j’ai réalisé que tous mes arguments élevaient un mur, au lieu de le détruire. Le plus sage pour moi dans cette discussion, après réflexion… garder silence. Je suis convaincu que l’obstacle majeur à la réception de l’évangile dans notre société, et notre entourage n’est pas l’habileté à donner des réponses, mais plutôt, l’échec dans notre propre vie à incarner le message que nous voulons communiquer. Être pertinent selon le contexte[3], ce n’est pas seulement vivre d’une manière conforme à ce que nous proclamons, mais ce n’est jamais moins que cela.

Qu’est-ce que l’évangile?

Si nous sommes appelés à défendre et à présenter l’évangile, il convient de se poser la question : « Qu’est-ce que l’évangile? » Le terme « évangile » signifie tout simplement « bonne nouvelle ». C’est un message concernant l’événement qui nous sauve d’un grand péril. L’apôtre Paul nous rappelle ce qu’est l’évangile en 1 Corinthiens 15.1-8 :

« Je vous rappelle, frère, l’évangile que je vous ai annoncé […] et par lequel vous êtes sauvés […] Christ est mort pour nos péchés, selon les écritures; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour selon les écritures et il a été vu […] »[4]

L’évangile concerne un événement historique. La vie, la mort, l’ensevelissement et la résurrection de Jésus. Mais c’est aussi le message de ce que cet événement accomplit. Cela inclut le transfert de ces accomplissements à une personne particulière.

***À ce point, je dois faire une remarque : L’apologétique vise parfois à répondre à des questions particulières qui à première vue ne semblent pas concernées par l’évangile. Par exemple dans une théologie naturelle qui cherche à présenter des évidences du théisme. La question ne concerne pas nécessairement Jésus et la résurrection. Elle concerne l’existence de Dieu. Quand même, l’évangile demeure l’arrière-plan sur lequel l’apologétique travaille. Autrement dit, chaque élément devrait construire ultimement, souvent par cumul, à exposer l’évangile. La raison pour cela est celle-ci :

Le christianisme n’est pas fondé seulement sur l’affirmation de l’existence de Dieu. Mais sur l’affirmation supplémentaire que Dieu s’est révélé en la personne de Jésus.

Point de départ

L’évangélique Irlandais Gypsy Smith un jour a dit : « Il y a cinq évangiles. Matthieu, Marc, Luc, Jean et le chrétien, et certaines personnes ne liront jamais les quatre premiers. »[5] Autrement dit, l’évangile est vu avant d’être entendu. De façon générale, on regarde à 1 Pierre 3.15 pour définir en terme biblique l’apologétique :

« Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur; soyez toujours prêts à vous défendre (apologia) contre quiconque vous demande l’espérance qui est en vous : mais faites-le avec douceur et crainte. »

Le terme « apologia » dans l’original y apparaît et l’on y voit donc la tâche de défendre notre espérance. Ce qui n’est pas faux. Il faut premièrement noter qu’avant même de donner une réponse, celui qui va la donner est appelé à certains prérequis. Pierre met en relief un équilibre qui n’est pas facilement conservé dans la pratique, à savoir la qualité de vie et la clarté de la réponse. Mais regardons de plus près ce passage, car Pierre dit beaucoup plus que cela.

1)      Une qualité de vie

La première question que l’on doit se poser c’est : est-ce que Dieu a agi premièrement dans ma vie? Dans les faits, que tu sois musulman, hindou, bouddhiste, athée, ou autre, chacune de ces croyances va élever ses propres standards de qualité de vie spirituelle ou intellectuelle. En ce qui concerne le christianisme, l’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est, et dans le contexte du passage en question, cela peut aller jusqu’à la persécution (1 Pi 3.9-14). « Sanctifiez dans vos cœurs Christ (Jésus) le Seigneur »! Cela demande donc une transformation radicale. Rien de moins que la Seigneurie de Jésus sur notre vie.

Les premiers effets de venir à connaître Jésus-Christ sont les désirs et la poursuite de Jésus lui-même. L’idée de « sanctifier Christ », dans ce contexte, c’est que l’on doit regarder Jésus-Christ comme de la plus haute importance. La valeur que l’on accorde à Jésus est essentielle. On peut dire que nous vivons ou nous mourrons à cause du caractère unique de Jésus. La foi chrétienne tient ferme ou s’écroule avec le caractère unique de Jésus-Christ!

L’apologiste sera vraiment efficace quand il aura une vie conséquente au message qu’il proclame. La valeur de Jésus est une partie essentielle du message, mais ce n’est pas le seul message. L’évangile s’intéresse à toi et ta transformation à l’image de Jésus. Jésus lui-même se dresse comme un modèle à imiter. Et plusieurs personnes devraient considérer les pensées du puritain Richard Baxter :

« Il s’agit d’une erreur manifeste de certains « pasteurs », qui font une telle disproportion entre leur prédication et leur vie; ils étudient fort pour prêcher avec exactitude, et étudie peu ou pas du tout à vivre avec exactitude. »[6]

Malgré le fait qu’il parle à des pasteurs, le conseil il me semble s’applique à tous, même à ceux qui ne croient pas au christianisme.

2)      Une clarté de réponse

L’apologiste a comme mandat de donner des réponses claires et intelligibles aux questions et objections concernant le christianisme. Pierre nous appelle à être prêts à défendre. Mais le texte n’arrête pas là. « Contre quiconque demande ». Cela suggère qu’il y a une grande variété de personnes qui peuvent faire des objections ou poser des questions. Pierre invite donc à être prêt. Autrement dit, l’étude est utile dans le développement de la vie chrétienne et aussi à la présentation de l’évangile. Une étude balancée entre le message proclamé et la vie de celui qui proclame est nécessaire.

Le christianisme ne néglige pas l’intelligence. C’est un outil puissant! Négliger l’intelligence a des conséquences désastreuses. La défense du christianisme est un acte conscient et réfléchi.

Exposé une philosophie, croyance ou une découverte scientifique demande de l’habileté. Randy Newman amène un point intéressant sur ces questions. Il parle de trois habiletés dans la communication du christianisme. Voici ce qu’il dit :

« La première et la plus basique impliquent : déclarer l’évangile. Cela inclut l’habileté de clarifier et d’exprimer de façon concise le message du salut. […] Déclarer l’évangile inclus aussi le partage de ta propre histoire. […] La deuxième
habileté d’évangélisation est l’habileté à défendre l’évangile. Anticiper les questions communes […] planifier comment délivrer les informations dans des termes logiques … 1 Pi 3.15. La troisième habileté est appelée : le dialogue. »[7]

Remarquez que tout ce que nous avons dit jusqu’ici est dans ce petit paragraphe :

1) Exposer un message à travers une vie transformer par ce même message.

2) Étudier et planifier la communication et enfin

3) Entrer en communication, en dialogue.

Dans mon histoire plus haute, j’avais perdu de vue que c’était un dialogue. L’objectif n’est pas de pointer le doigt sur tous nos échecs. Mais plutôt de mettre le doigt sur la nécessité de considérer nos contemporains et d’analyser notre propre cœur. Cela demande un amour pour la (les) personne(s) à qui nous discutons, et aussi une capacité à écouter. Étudier et écouter des questions et des objections nous permet de comprendre mieux nos contemporains. Ce n’est pas seulement de comprendre une opinion, mais bien les aspirations, les espoirs et les désirs qui motivent toutes personnes qui posent une question. En fin de compte, nous voulons présenter un message rempli d’espoir qui s’applique dans la vie réelle de ceux-ci.

Il faut noter que chez Pierre, le contenu que l’on doit défendre c’est « l’espérance qui est en nous. » L’espérance est ce qui nous contrôle. Après la Seconde Guerre mondiale, combien de fois avons-nous entendu quelqu’un demander aux survivants : « Qu’est-ce qui t’a permis de rester en vie? » L’espoir! Et l’une des pires cruautés, c’est la destruction de l’espérance. Même les personnes qui ne croient pas en Dieu approuvent ce fait.

Bertrand Russell (1872-1970), célèbre philosophe athée, quand il avait environ 90 ans en Angleterre, on là interviewé. On lui a posé la question : « Qu’est-ce que vous avez à préserver à cet âge de ta vie? Qu’est-ce qui te soutient? » Il a répondu : « Je n’ai rien pour me soutenir que le désespoir. » Il comprenait la signification de la mort de Dieu.

La raison pour laquelle le chrétien a une espérance, c’est l’évangile. C’est ce qui devrait nous contrôler et c’est que nous devrions vouloir communiquer. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Il y a un lien nécessaire entre notre attitude et ce qui est communiqué. L’expérience confirme cela. L’apologétique doit être en mesure de montrer sur le plan de l’intelligence que le christianisme est vrai et aussi de manifester visiblement qu’il ne s’agit pas d’une théorie[8].

Je vous laisse sur les paroles de Carl Henry :

Carl Henry a dit : « Comment un homme peut-il être arrogant quand il se tient devant la croix? »[9] La croix est la mesure de notre apologétique dans son contenu et dans la manière de présenter.

 

 


[1] Craig William L., and Moreland J.P., Philosophical foundations for a Christian Worldview, IVP Academic, interVarsity Press, 2003, p.14.

[2] Blogue : Jean-Luc Lefebvre, http://www.associationaxiome.com/quest-ce-que-lapologetique/

[3] Expression référant au premier article : « L’apologétique veut et doit faire face aux questions de notre temps de manière à rejoindre celui qui pose des questions et cela de façon pertinente selon le contexte. »

[4] Par souci d’économie, j’ai gardé l’essentiel du passage : Voici le passage au complet 1 Corinthiens 15.1-8 :

« 1Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, 2et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez dans les termes où je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain.

3Je vous ai transmis, avant tout, ce que j’avais aussi reçu : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; 4il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, 5et il a été vu par Céphas, puis par les douze. 6Ensuite, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont décédés. 7Ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres. 8Après eux tous, il s’est fait voir à moi comme à l’avorton. »

 

[5] Zacharias, Ravi, The Church’s role in apologetics and the development of the mind, in Zacharias, Ravi et Coll., Beyond Opinion: Living the faith we defend, Thomas Nelson, Nashville, 2007, p.304.

[6] Baxter, Richard, The reformed pastor, The banner of truth trust, Edinburgh, 2007, p.63-64.

[7] Randy Newman, Questioning evangelism: Engaging people’s hearts the way Jesus did, Kregel, 2004, p.14-15.

[8] Schaeffer, Francis A., Dieu illusion ou réalité? Édition Kerygma, Aix-en-Provence, 1968, p.131.

[9] SEMBEQ, 2012, cité par D.A. Carson dans le cours théologie de l’église.