Trois étapes pour des évidences en faveur du théisme : Revue de Dallas Willard

Revue de Dallas Willard: Language, Being, God, and the three stages of
theistic evidence
[1]

Dieu existe-t-il? Pourquoi écrire une revue d’un chapitre de livre sur l’existence de Dieu? Est-ce parce que je suis un intellectuel renfermé dans un bureau et coupé du reste du monde? À qui s’adresse cette revue? En fait, la réponse à ces questions est assez simple. C’est parce que c’est pertinent pour vous! Peut-être que vous ne la trouvez pas intéressante ou pertinente, mais il faut néanmoins admettre que votre réponse à cette question déterminera comment vous allez interpréter le monde et comment vous allez agir dans le monde. Il vaut la peine de confronté ou de réfléchir sur nos convictions, et c’est mon désir dans ce compte rendu.

L’article de Willard est une réponse au professeur athée Nielsen qui accusait Dallas Willard d’avoir une croyance « irrationnel » en Dieu. Bien que la discussion à ce propos soit intéressante, elle n’est qu’une partie de l’article, et ce n’est pas l’intérêt principal de cette revue. Quand même, il faut mentionner que ce contexte servira à offrir une argumentation en trois étapes pour valider le théisme [2]. Et c’est ici l’objectif de cette revue, à savoir, exposer les trois étapes de son argument en faveur du théisme.

  • Remarques sur l’argumentation :

Pour construire son raisonnement il fait deux remarques importantes :

1)      Ce ne sont pas trois arguments ou moyens, dont chacun nous mène à un même point logique. Chaque phase de l’argumentation n’est pas une fin en soi, mais ils ont une force collective. Ce qui est soutenu dans chaque phase ne détermine pas la suite des autres étapes de l’argumentation. Par exemple, lors de la première étape il est montré qu’il pourrait y avoir quelque chose que l’on nomme Dieu, dans un sens conventionnel.

2)      Il est difficile de discuter de ces questions sans tomber dans des enchevêtrements de questions qui n’ont rien à voir avec le sujet. C’est pourquoi il veut se limiter à l’examen de preuves et de démonstrations.

À cet effet, il souligne ce qu’il entend par démonstration :

« Par démonstration, je veux dire une structure logique de propositions où les prémisses sont vraies et impliquent logiquement (ou entraînent) la conclusion lorsqu’ils sont pris ensemble. » [3]

A)     Étapes Un : Argument concernant la nature et l’existence de la réalité physique [4]

« Il est vrai qu’il existe un monde physique et nous savons que cela est vrai ». En plus, « il y a certaines choses sur son caractère général que nous connaissons pour vrai. » L’un de ces caractères est le suivant : toute réalité physique doit son être à autre chose que lui-même. « Peu importe comment on divise en parties la réalité physique, le résultat sera un état qui doit son existence à quelque chose autre qu’elle-même. » [5] Que ce soit par l’expérience personnelle ou encore en science, malgré la complexité de la question, nous savons que cela est vrai.

« […] que chaque état ​​physique, quel que soit inclusive, a une condition nécessaire à un certain type spécifique d’état qui le précède immédiatement dans le temps et est entièrement existant avant l’apparition de l’état qui le conditionne. » [6]

Qu’est-ce que cela signifie? Prenons une pomme dans mon panier sur ma table. Nous savons qu’elle n’est pas apparue d’elle-même. Nous savons que ce que ça prend pour qu’elle puisse être dans ce panier, c’est un arbre en santé qui produit des pommes. Ajouter à cela, toutes les conditions nécessaires qui doivent préexister avant même l’apparition de la pomme. Elles doivent toutes être complétées dans le temps avant son apparition afin qu’elle puisse croitre dans l’arbre. La pomme n’explique pas sa propre existence, elle est dépendante de certaines conditions qui doivent être complété dans le temps pour produire l’entité que nous sommes en train de discuter présentement [7]. Nous pouvons remonter à l’arbre et à une série de processus qui amène la pomme à exister.

Cette compréhension générale de la dépendance de l’état physique est quelque chose de bien connu. Aristote le nommait « cause ». Toutes les conditions nécessaires à un certain « état » doivent être entièrement existantes avant l’apparition de l’événement ou de l’état d’une quantité physique, ou d’une réalité physique. La série de cause est terminée par un événement ou un état donné. Cet ensemble achevé de causes est très structuré dans le temps et doit être fini.

« Ainsi, aucun état physique est temporellement ou ontologiquement avant lui-même […] Le plus important pour les intérêts présents, puisque la série de causes pour un état donné est terminée, non seulement il présente une structure rigoureuse, comme indiqué, mais que la structure dispose également d’un premier mandat. Autrement dit, il est au moins une «cause», un état d’être, qui ne tire pas son existence de quelque chose d’autre. Il est auto-existant.».

Ainsi, la réalité physique concrète implique un être radicalement différent de lui-même : un être qui, contrairement à un état physique quelconque, est auto-existant. Autrement dit, on ne peut pas remonter à un infini de cause ou de série d’événement.

Pour illustrer, imaginons une ligne de dominos. S’il y a un nombre infini de dominos qui doit tomber avant de frapper un domino x, il ne sera jamais frappé. C’est pourquoi, la réalité physique concrète implique un être (cause) radicalement différent(e) de lui-même, qui lui est auto-existant et non physique. À moins d’être prêt (comme Spinoza) à traiter l’univers lui-même comme ayant un type d’être essentiellement différent, on doit concéder ce point.

Il est fréquent d’entendre, en réponse à cet argument, l’affirmation selon laquelle il ne peut tout simplement pas être un être existant en soi. Mais il faut souligner aussi qu’il est très rare d’entendre une très bonne raison de cette affirmation. C’est une conséquence logiquement nécessaire qu’il y est quelque chose dont l’existence ne découle pas d’une autre chose. À la question de l’enfant  « D’où vient Dieu? La réponse c’est qu’il ne vient pas de rien, car il n’est pas venu du tout. » Dallas Willard a raison de souligner que « l’on aura de la difficulté avec cette réponse que si nous avons déjà assimilé « existence » à l’existence physique. » [8]

Aucune réalité physique n’existe par elle-même et aussi aucune quantité de  temps ne peut consumer une série infinie de cause pour vous mener à l’état présent. Ce qui signifie qu’en quelque part, tout cela s’explique par une cause auto-existante qui n’est pas matériel (physique). Parce que toute quantité physique ou réalité physique ne s’explique pas par elle-même. C.S. Lewis explique cela dans son livre God in the Dock:

« Un œuf qui n’est pas venu d’un  oiseau n’est pas plus « naturel » qu’un oiseau qui a existé éternellement. »[9] [10]

Aujourd’hui, c’est une tendance à traiter la théorie du « Big Bang » comme un état apparu sans cause. En un mot, il tire son origine « à partir de rien ». Ce qui lui confère une originalité, car c’est un « bang » très différent de tous les autres. Comment le traite-t-on ce « Big Bang »? Souvent de façon mystique, soit celui de jouer le rôle de Dieu, ce qui à première vue est attrayant. Mais il semble manquer quelque chose, car une chose ne peut pas sortir de rien par elle-même. Comme le fait remarquer Dallas Willard en ajout à C.S. Lewis :

« Et nous devons au moins préciser qu’un être auto-subsistant éternellement n’est pas plus improbable qu’un événement auto-subsistant émergent sans cause. » [11]

B)      Étapes deux : Argument téléologique (dessein)

Bien que je ne partage pas toutes les vues de Willard, il est nécessaire de souligner quand même quelques points importants de cette deuxième étape.

Premièrement, de façon générale, l’argument téléologique veut montrer que l’ordre dans l’univers est le produit d’un dessein, ce qui implique un principe intelligent et ordonnateur. Autrement dit, d’un créateur. Dallas Willard a raison de souligner que les débats entourant l’argument du dessein crée souvent de la confusion de part et d’autre, ainsi que des discussions qui souvent sont en dehors du propos.

Deuxièmement, il a aussi raison de soulever la réflexion concernant la théorie de l’évolution qui ne peut être une théorie ultime de l’existence et de l’ordre. [12] L’évolution n’est pas une explication ultime de l’origine. Elle n’explique pas le « Big Bang ». Est-ce que le Big Bang a évolué. Qu’est-ce qui a causé le Big Bang? Il est important de noter ceci : C’est l’argument vers le dessein et non à partir du dessein. La distinction est importante.

Après avoir discuté sur ces propos, Willard résume la deuxième étape de son argument :

« Nous avons établi que tout ordre est évolué [13] et par rapport à nos données, il y a la probabilité de zéro que cette ordre soit sorti du chaos ou de rien pour venir dans le monde physique. En outre, nous avons l’expérience de l’ordre émergeant de l’esprit (notre esprit) dans le monde physique. » [14]

Quel est l’effet de tout cela? Ce n’est pas une démonstration de l’existence de Dieu dans le sens complet du théisme, mais tout comme la première étape, l’existence de Dieu est devenue beaucoup plus importante. Il développe l’idée selon laquelle nous voyons par l’expérience que l’intelligence peut produire de la complexité, ou de l’ordre et que la cause ou les causes de l’ordre dans l’univers supporte probablement une lointaine analogie à l’intelligence humaine [15].

Dallas Willard ne développe pas de façon exhaustive l’argument téléologique qu’il laisse à un J.P. Moreland dans un autre chapitre du livre paru à l’origine. À mon sens, il y a d’autres formulations de l’argument téléologique de l’existence de Dieu qui ont plus de force, mais l’idée centrale à retenir, c’est justement que la complexité n’est pas le fruit d’une évolution strictement physique et que la complexité, ainsi que l’ordre dans l’univers peut s’expliquer par l’existence d’une entité intelligente, ainsi qu’elle n’apparait pas à partir de rien. Dans la mesure où ne comprenons que rien ne produit rien, il y a la possibilité qu’un être intelligent en dehors de la matière l’ait fait, tout comme les humains qui produisent par leur volonté des choses complexes.

C)      Étapes trois : Argument tiré du cours des événements humains : historiques, sociales et individuelles

Suite aux deux étapes de l’argumentation qui précède, nous devons donc placer et interpréter la vie humaine dans un cadre « extranaturel » (étape 1) et d’un « intellectualisme » plausible (étape 2).

Quand nous regardons l’histoire du monde, nous pouvons poser la question suivante : Comment expliquer plusieurs faits dans l’histoire? Il y a des choses qui se sont produites dans l’histoire qui sont inexplicable en terme strictement naturaliste, à moins bien sûr d’avoir adopté une incrédulité systématique en matière de religion, voir même d’histoire.

Ce que nous savons c’est « que les esprits humains créent, de façon standard, pour un but et qu’ils conservent un intérêt actif dans la chose créé; ils se sentent intimement investi dans ce qu’ils créent et cela d’autant plus l’originalité ou la « créativité » est impliquée. » [16] Autrement dit, comme dirait un de mes amis : « je n’achète pas un chien pour le mettre au fond du terrain pour ne jamais avoir de relation avec lui. » Et si on élargie l’analogie à Dieu, il faut considérer la possibilité qu’il entretienne une certaine relation avec sa création. Cela est rendu probable à cause des deux premiers arguments, mais aussi une fois que l’on place l’humain dans un contexte qui n’est pas exclusivement matérialiste.

Plus important que des spéculations dans le troisième argument, c’est l’examen du cours réel de l’histoire et le contenu de l’expérience humaine, observé le plus honnêtement et complètement possible. Avant d’être accusé de religieux superstitieux, considérer les paroles de Willard :

« Mais nous devons aussi être approfondies, et nous avons le droit d’exiger la même chose de nos co-chercheurs athées et d’ignorer leurs griefs s’ils refusent. La foi ne se limite pas aux personnes religieuses, ni le préjudice aveugle et le dogmatisme. L’athée qui ne prend pas la peine de se pencher sérieusement sur les faits allégués pour des histoires religieuses et de l’expérience religieuse est le frère jumeau de l’ecclésiastique qui a refusé de regarder à travers la lunette de Galilée, car il savait déjà ce qui était et ne devait pas être vu. »

Enfin, pour ce troisième argument nous sommes invités à regarder Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, mais à la lumière du contexte des deux premiers arguments. D’ailleurs, Jésus nous appelais à faire de même : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jean 14.2), il en va de sa véritable nature et de son identité. Nous sommes donc invités à considérer les évidences concernant la personne de Jésus et de s’approprier les critères rationnels pour prendre une décision.

De quelle façon pouvons-nous faire une enquête sur Jésus de façon crédible? La réponse de Willard : « Par une inférence en termes de « meilleure explication », mais « meilleure » dans la pleine lumière des résultats des étapes un et deux. » [17]

Bien que ce travail soit une tentative d’aider le chercheur à être ouvert à ce qu’il peut découvrir, sans adhérer aveuglément à un rejet de tout ce que nous pourrions nommer de « religieux », Willard n’explique pas tout dans ces paragraphes touchant le sujet de Jésus, mais suggère néanmoins le rôle que Dieu peut avoir exercé dans l’histoire, surtout à partir de la vie, la mort et la résurrection de Jésus.

  • Remarques finales :

Bien que Dallas Willard ne traite pas exhaustivement de chacun de ces trois sujets, il invite à considérer les limites de son travail. [18] Nous devrions en faire autant et rester ouvert aux opportunités qu’elle nous offre, par exemple, de considérer la possibilité réelle que nous ayons été créé et que l’humain se trouve dans le contexte de cette création.

Deuxième possibilité qu’elle nous offre, c’est de considérer que tout comme l’humain, il se peut que Dieu s’intéresse à sa création et cela nous pouvons le voir dans l’histoire.

Enfin, retenons la structure des trois arguments à l’intérieur desquels nous pouvons travailler à présenter la cohérence du théisme d’une manière logique. À cet effet, terminons par sa remarque de conclusion :

« J’ai tenté dans ces pages de clarifier certains points au sujet de la structure dans laquelle des preuves du théisme doivent être organisés, si nous voulons les apprécié correctement. » [19]

 


[1] Willard, Dallas, Language, Being, God, and the three stages of theistic evidence, in Does God exist, edd. Moreland and nielson, 1993. Le document original: Willard Dallas, in Moreland J.P., and Nielsen, Does God exist? Les citations ainsi que les pages cités sont tirés de la version disponible sur son site internet à l’adresse suivante, version imprimable : http://www.dwillard.org/articles/artview.asp?artID=42 Visité  pour la dernière fois le 20 mai 2014.

[2] Enseignement qui admet l’existence d’un Dieu unique et personnel comme cause du monde.

[3] Ibid. p.3

[4] Ou encore de « quantité physique ».

[5] Willard, p.3

[6]

[7] Image tiré de Ravi Zacharias : https://www.youtube.com/watch?v=VTVOufIzyPY, visualisé le 12 juin 2014.

[8] Willard, p.4

[9] Willard, p.4

[10] Voici la citation complète : « Un œuf qui n’est pas venu d’un  oiseau n’est pas plus « naturel » qu’un oiseau qui a existé éternellement. Puisque la séquence œuf-oiseau-œuf ne conduit à aucun commencement plausible, n’est-il pas raisonnable de chercher sa véritable origine à l’extérieur de la séquence? Vous devez regarder ailleurs que parmi les machines pour trouver l’origine de la fusée; vous devez plutôt regardez chez les hommes. N’est-il pas raisonnable de regarder à l’extérieur de la nature pour trouver la véritable origine de l’ordre naturel? » Lewis C.S. God in the Dock : Essays on theology and ethics (Grand Rapids) Eerdmans Publishing, 2001, p.211). La citation française est tirée de Cahill Mark, Destination Finale : Votre pèlerinage vers l’éternité (Québec) Aujourd’hui l’espoir, 2011, p.22.

[11] Willard, p.4

[12] « Toute sorte d’évolution  de l’ordre, de quelque nature qu’elle soit, présuppose toujours un ordre préexistant et aussi des entités préexistantes gouverner par celle-ci. »Willard, p.6

[13] Nous pouvons aussi comprendre « complexe ». Tout ce qui est ordonné est complexe.

[14] Willard, p.7

[15] Citation de David Hume apporté avec nuance par Willard. Je ne l’ai pas traduit littéralement, je rapporte l’idée centrale.

[16] Willard, p.7

[17] Willard, p.8

[18] Willard, p.9

[19] Willard, p.9

Vivre la réponse que l’on donne!

« L’apologétique a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme chrétien à la lumière des objections soulevées contre elle et d’offrir des évidences positives en sa faveur. »[1]

Le premier article « Qu’est-ce que l’apologétique? » avait comme objectif de faire une présentation de l’apologétique : définition et fonctions. Dans cet article, j’avais lancé volontairement une réflexion sans la développer :

« Pour ne pas être simpliste, faisons un pas de plus. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Et c’est exactement ce mandat qu’a l’apologétique. »[2]

Le présent article cherche à faire le pont entre les fonctions de l’apologétique et la vie de l’apologiste. C’est-à-dire, que l’appel de Jésus n’est pas de trouver et de donner les meilleurs arguments du monde et de convaincre par la seule raison ou par la force. Mais plutôt, c’est la convergence de l’argumentation et l’incarnation de la réalité de l’évangile.

Un exemple vivant!

Un jour, j’étais assied dans un salon avec quelques personnes qui ne croyaient pas en Dieu, ni l’évangile et qui doutaient même de Jésus. Dans toute ma « délicatesse », j’apportais argument sur argument avec vigueur. J’ai démoli littéralement les raisonnements qui s’élevaient contre Dieu et Jésus. Et comme un coup de pelle en pleine figure, après un bon moment de discussion, il y a une personne qui m’a dit, et je me souviendrai toujours : « Tu me fais peur. Car je ne sens pas que tu m’aimesJ’aime mieux discuter avec quelqu’un d’autre. »

À ce moment, j’ai réalisé que tous mes arguments élevaient un mur, au lieu de le détruire. Le plus sage pour moi dans cette discussion, après réflexion… garder silence. Je suis convaincu que l’obstacle majeur à la réception de l’évangile dans notre société, et notre entourage n’est pas l’habileté à donner des réponses, mais plutôt, l’échec dans notre propre vie à incarner le message que nous voulons communiquer. Être pertinent selon le contexte[3], ce n’est pas seulement vivre d’une manière conforme à ce que nous proclamons, mais ce n’est jamais moins que cela.

Qu’est-ce que l’évangile?

Si nous sommes appelés à défendre et à présenter l’évangile, il convient de se poser la question : « Qu’est-ce que l’évangile? » Le terme « évangile » signifie tout simplement « bonne nouvelle ». C’est un message concernant l’événement qui nous sauve d’un grand péril. L’apôtre Paul nous rappelle ce qu’est l’évangile en 1 Corinthiens 15.1-8 :

« Je vous rappelle, frère, l’évangile que je vous ai annoncé […] et par lequel vous êtes sauvés […] Christ est mort pour nos péchés, selon les écritures; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour selon les écritures et il a été vu […] »[4]

L’évangile concerne un événement historique. La vie, la mort, l’ensevelissement et la résurrection de Jésus. Mais c’est aussi le message de ce que cet événement accomplit. Cela inclut le transfert de ces accomplissements à une personne particulière.

***À ce point, je dois faire une remarque : L’apologétique vise parfois à répondre à des questions particulières qui à première vue ne semblent pas concernées par l’évangile. Par exemple dans une théologie naturelle qui cherche à présenter des évidences du théisme. La question ne concerne pas nécessairement Jésus et la résurrection. Elle concerne l’existence de Dieu. Quand même, l’évangile demeure l’arrière-plan sur lequel l’apologétique travaille. Autrement dit, chaque élément devrait construire ultimement, souvent par cumul, à exposer l’évangile. La raison pour cela est celle-ci :

Le christianisme n’est pas fondé seulement sur l’affirmation de l’existence de Dieu. Mais sur l’affirmation supplémentaire que Dieu s’est révélé en la personne de Jésus.

Point de départ

L’évangélique Irlandais Gypsy Smith un jour a dit : « Il y a cinq évangiles. Matthieu, Marc, Luc, Jean et le chrétien, et certaines personnes ne liront jamais les quatre premiers. »[5] Autrement dit, l’évangile est vu avant d’être entendu. De façon générale, on regarde à 1 Pierre 3.15 pour définir en terme biblique l’apologétique :

« Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur; soyez toujours prêts à vous défendre (apologia) contre quiconque vous demande l’espérance qui est en vous : mais faites-le avec douceur et crainte. »

Le terme « apologia » dans l’original y apparaît et l’on y voit donc la tâche de défendre notre espérance. Ce qui n’est pas faux. Il faut premièrement noter qu’avant même de donner une réponse, celui qui va la donner est appelé à certains prérequis. Pierre met en relief un équilibre qui n’est pas facilement conservé dans la pratique, à savoir la qualité de vie et la clarté de la réponse. Mais regardons de plus près ce passage, car Pierre dit beaucoup plus que cela.

1)      Une qualité de vie

La première question que l’on doit se poser c’est : est-ce que Dieu a agi premièrement dans ma vie? Dans les faits, que tu sois musulman, hindou, bouddhiste, athée, ou autre, chacune de ces croyances va élever ses propres standards de qualité de vie spirituelle ou intellectuelle. En ce qui concerne le christianisme, l’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est, et dans le contexte du passage en question, cela peut aller jusqu’à la persécution (1 Pi 3.9-14). « Sanctifiez dans vos cœurs Christ (Jésus) le Seigneur »! Cela demande donc une transformation radicale. Rien de moins que la Seigneurie de Jésus sur notre vie.

Les premiers effets de venir à connaître Jésus-Christ sont les désirs et la poursuite de Jésus lui-même. L’idée de « sanctifier Christ », dans ce contexte, c’est que l’on doit regarder Jésus-Christ comme de la plus haute importance. La valeur que l’on accorde à Jésus est essentielle. On peut dire que nous vivons ou nous mourrons à cause du caractère unique de Jésus. La foi chrétienne tient ferme ou s’écroule avec le caractère unique de Jésus-Christ!

L’apologiste sera vraiment efficace quand il aura une vie conséquente au message qu’il proclame. La valeur de Jésus est une partie essentielle du message, mais ce n’est pas le seul message. L’évangile s’intéresse à toi et ta transformation à l’image de Jésus. Jésus lui-même se dresse comme un modèle à imiter. Et plusieurs personnes devraient considérer les pensées du puritain Richard Baxter :

« Il s’agit d’une erreur manifeste de certains « pasteurs », qui font une telle disproportion entre leur prédication et leur vie; ils étudient fort pour prêcher avec exactitude, et étudie peu ou pas du tout à vivre avec exactitude. »[6]

Malgré le fait qu’il parle à des pasteurs, le conseil il me semble s’applique à tous, même à ceux qui ne croient pas au christianisme.

2)      Une clarté de réponse

L’apologiste a comme mandat de donner des réponses claires et intelligibles aux questions et objections concernant le christianisme. Pierre nous appelle à être prêts à défendre. Mais le texte n’arrête pas là. « Contre quiconque demande ». Cela suggère qu’il y a une grande variété de personnes qui peuvent faire des objections ou poser des questions. Pierre invite donc à être prêt. Autrement dit, l’étude est utile dans le développement de la vie chrétienne et aussi à la présentation de l’évangile. Une étude balancée entre le message proclamé et la vie de celui qui proclame est nécessaire.

Le christianisme ne néglige pas l’intelligence. C’est un outil puissant! Négliger l’intelligence a des conséquences désastreuses. La défense du christianisme est un acte conscient et réfléchi.

Exposé une philosophie, croyance ou une découverte scientifique demande de l’habileté. Randy Newman amène un point intéressant sur ces questions. Il parle de trois habiletés dans la communication du christianisme. Voici ce qu’il dit :

« La première et la plus basique impliquent : déclarer l’évangile. Cela inclut l’habileté de clarifier et d’exprimer de façon concise le message du salut. […] Déclarer l’évangile inclus aussi le partage de ta propre histoire. […] La deuxième
habileté d’évangélisation est l’habileté à défendre l’évangile. Anticiper les questions communes […] planifier comment délivrer les informations dans des termes logiques … 1 Pi 3.15. La troisième habileté est appelée : le dialogue. »[7]

Remarquez que tout ce que nous avons dit jusqu’ici est dans ce petit paragraphe :

1) Exposer un message à travers une vie transformer par ce même message.

2) Étudier et planifier la communication et enfin

3) Entrer en communication, en dialogue.

Dans mon histoire plus haute, j’avais perdu de vue que c’était un dialogue. L’objectif n’est pas de pointer le doigt sur tous nos échecs. Mais plutôt de mettre le doigt sur la nécessité de considérer nos contemporains et d’analyser notre propre cœur. Cela demande un amour pour la (les) personne(s) à qui nous discutons, et aussi une capacité à écouter. Étudier et écouter des questions et des objections nous permet de comprendre mieux nos contemporains. Ce n’est pas seulement de comprendre une opinion, mais bien les aspirations, les espoirs et les désirs qui motivent toutes personnes qui posent une question. En fin de compte, nous voulons présenter un message rempli d’espoir qui s’applique dans la vie réelle de ceux-ci.

Il faut noter que chez Pierre, le contenu que l’on doit défendre c’est « l’espérance qui est en nous. » L’espérance est ce qui nous contrôle. Après la Seconde Guerre mondiale, combien de fois avons-nous entendu quelqu’un demander aux survivants : « Qu’est-ce qui t’a permis de rester en vie? » L’espoir! Et l’une des pires cruautés, c’est la destruction de l’espérance. Même les personnes qui ne croient pas en Dieu approuvent ce fait.

Bertrand Russell (1872-1970), célèbre philosophe athée, quand il avait environ 90 ans en Angleterre, on là interviewé. On lui a posé la question : « Qu’est-ce que vous avez à préserver à cet âge de ta vie? Qu’est-ce qui te soutient? » Il a répondu : « Je n’ai rien pour me soutenir que le désespoir. » Il comprenait la signification de la mort de Dieu.

La raison pour laquelle le chrétien a une espérance, c’est l’évangile. C’est ce qui devrait nous contrôler et c’est que nous devrions vouloir communiquer. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Il y a un lien nécessaire entre notre attitude et ce qui est communiqué. L’expérience confirme cela. L’apologétique doit être en mesure de montrer sur le plan de l’intelligence que le christianisme est vrai et aussi de manifester visiblement qu’il ne s’agit pas d’une théorie[8].

Je vous laisse sur les paroles de Carl Henry :

Carl Henry a dit : « Comment un homme peut-il être arrogant quand il se tient devant la croix? »[9] La croix est la mesure de notre apologétique dans son contenu et dans la manière de présenter.

 

 


[1] Craig William L., and Moreland J.P., Philosophical foundations for a Christian Worldview, IVP Academic, interVarsity Press, 2003, p.14.

[2] Blogue : Jean-Luc Lefebvre, http://www.associationaxiome.com/quest-ce-que-lapologetique/

[3] Expression référant au premier article : « L’apologétique veut et doit faire face aux questions de notre temps de manière à rejoindre celui qui pose des questions et cela de façon pertinente selon le contexte. »

[4] Par souci d’économie, j’ai gardé l’essentiel du passage : Voici le passage au complet 1 Corinthiens 15.1-8 :

« 1Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, 2et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez dans les termes où je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain.

3Je vous ai transmis, avant tout, ce que j’avais aussi reçu : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; 4il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, 5et il a été vu par Céphas, puis par les douze. 6Ensuite, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont décédés. 7Ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres. 8Après eux tous, il s’est fait voir à moi comme à l’avorton. »

 

[5] Zacharias, Ravi, The Church’s role in apologetics and the development of the mind, in Zacharias, Ravi et Coll., Beyond Opinion: Living the faith we defend, Thomas Nelson, Nashville, 2007, p.304.

[6] Baxter, Richard, The reformed pastor, The banner of truth trust, Edinburgh, 2007, p.63-64.

[7] Randy Newman, Questioning evangelism: Engaging people’s hearts the way Jesus did, Kregel, 2004, p.14-15.

[8] Schaeffer, Francis A., Dieu illusion ou réalité? Édition Kerygma, Aix-en-Provence, 1968, p.131.

[9] SEMBEQ, 2012, cité par D.A. Carson dans le cours théologie de l’église.

Qu’est-ce que l’apologétique?

J’aime l’énoncé de mission de Ravi Zacharias international ministries : « Aider le penseur à croire et le croyant à penser. » Cela rend bien l’idée de l’apologétique. Les apologistes sont réputés pour être des philosophes et/ou scientifiques, penseurs et croyants. Il faut admettre que ce terme n’est pas très bien connu dans la francophonie et même à l’intérieur de l’église chrétienne. Officiellement, voici une définition communément acceptée de ce qu’est l’apologétique :

« L’apologétique a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme chrétien à la lumière des objections soulevées contre elle et d’offrir des évidences positives en sa faveur. »[1]

Cette définition est forte utile, car elle met en lumière deux tâches essentielles de cette discipline, soit recevoir les objections et y répondre, ainsi qu’offrir des évidences qui soutiennent le christianisme.

Pour ne pas être simpliste, faisons un pas de plus. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Et c’est exactement ce mandat[2] qu’a l’apologétique. Ce domaine a comme mandat de faire face à des questions réelles, de personnes réelles, dans la vie réelle. Autrement dit, l’apologétique veut et doit faire face aux questions de notre temps de manière à rejoindre celui qui pose des questions et cela de façon pertinente selon le contexte. Regardons les deux tâches principales de l’apologétique :

                « L’apologétique a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme chrétien à la lumière des objections soulevées contre elle […]»

Malgré que l’on demande la tolérance, il faut admettre que « nous vivons à une époque où les critiques ont perdu toute délicatesse et de décorum dans un débat. »[3] Heureusement, ce n’est pas le cas de tout le monde, mais il reste que l’apologiste se retrouve souvent devant une audience hostile au christianisme. Le christianisme n’est plus le paradigme dominant dans bien des sociétés. Et c’est le cas au Québec. Il fait face à des objections et des attaques où la croyance en Dieu est rejetée par plusieurs. D’un autre côté, il y en a d’autres qui rejettent l’existence du Dieu chrétien pour adhérer à la croyance en d’autres dieux. Les objections peuvent provenir de philosophes Athées, de bouddhistes, de mormons, hindous, féministes et bien d’autres. On ne compte même pas les différentes philosophies, ou mêmes approches psychologiques qui rejettent le christianisme.

Dans tous les cas, l’apologiste a comme mission de donner une réponse raisonnée de cette croyance qu’il a et il doit le faire de façon pertinente. Mais avant d’aller plus loin, il convient de définir de la méthode par laquelle l’apologiste va fournir une réponse pertinente et raisonnée du théisme chrétien. En fait, la question est celle-ci : « Comment savoir qu’une chose est vraie? » Il me semble que les paroles de Ravi Zacharias peuvent nous éclairer :

« À mon avis, tout système ou toute affirmation qui se réclame de la vérité doit satisfaire à trois conditions comme préliminaires à tout examen approfondi. Ces trois tests sont (1) la cohérence logique (2) la justification empirique et (3) le bien-fondé expérimental. »[4]

Ces trois tests peuvent servir de base pour détecter la validité d’une théorie ou d’une croyance, d’une philosophie ou encore une religion. Il ne suffit pas de croire qu’une chose soit vraie pour qu’elle le soit. Elle doit correspondre à la réalité. Zacharias continue pour éclairer ces examens :

« Leurs déclarations présentent-elles une cohérence logique? Existe-t-il un domaine concret dans lequel les affirmations de cette vérité peuvent être vérifiées? Sont-elles pertinentes, autrement dit, s’appliquent-elles valablement dans ma vie? »[5]

Examiner si elle est vraie et si elle peut être confirmée. Par la logique, la science et les domaines qui confirment qu’une chose correspond à la réalité, voilà un des volets de l’apologétique. Nous élevons souvent beaucoup plus la science que la logique. Mais la science sans logique peut-être une folie. Voici une illustration classique pour illustrer l’importance de la logique et de la loi de non-contradiction :

Imaginons un scientifique et un prédicateur qui discute ensemble sur la vérité absolue[6]:

—           Le scientifique lui dit : la vérité absolue n’existe pas.

—           Le prédicateur lui dit : en es-tu absolument certain

—           Le scientifique : absolument

—           Le prédicateur : Donc tu me dis qu’il est absolument certains que rien n’est          absolument vrai.

De bon gré ou non, les scientifiques font des affirmations philosophiques. Malheureusement, on sépare trop souvent ces deux domaines. À titre d’exemple, écouter ce que Stephen Hawking, le célèbre mathématicien et physicien a dit dans son récent livre :

« Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. »[7]

Malgré tout, il fait de la philosophie tout au long de son livre et il conclut dans les dernières lignes de son livre que les « considérations abstraites de logique » ont débouché sur une théorie qui décrit le vaste univers[8]. On ne se sort pas du test de la cohérence logique. Dans ce sens, l’apologétique cherche à donner une défense du christianisme face aux objections qui sont soulevées de toutes parts en évaluant les objections et en y répondant.

« L’apologétique a pour mission […] d’offrir des évidences positives en sa faveur. » 

L’apologétique n’a pas comme seule fonction de regarder si un argument est vrai ou faux. Il a aussi comme mandat de présenter des évidences qui supportent la vérité du christianisme. Le concept biblique de vérité est en relation avec la fidélité objective à la réalité révélé à travers la création. Autrement dit, nous croyons que ce que la bible dit est vérifiable dans la nature.

Comme nous avons vu, il y a un volet défensif à l’apologétique, mais ici il s’agit d’un volet beaucoup plus offensif. C’est la présentation du christianisme et de ses vérités. Cette offensive tend à se diviser en deux catégories : la théologie naturelle et les évidences chrétiennes[9].

La théologie naturelle cherche à donner des arguments et des évidences qui supportent le théisme, mais cela indépendamment de la révélation de Dieu dans la bible. La deuxième approche cherche à présenter, défendre et soutenir le contenu de la bible.

Voilà une brève présentation de ce que c’est l’apologétique. En sommes, pour l’incroyant elle l’aide à penser sur ses propres présuppositions, questionnements et objections à l’égard du christianisme ou du théisme. Elle présente une défense et à la fois une présentation raisonnée selon le contexte individuel et culturel. Et enfin, pour le croyant elle fortifie les croyances et aide à la maturité spirituelle et intellectuelle. Ces bibittes bizarres que sont les apologistes nous relèvent un défi et ils ont comme objectif de nous faire passer d’une opinion, à une conviction. Ils aident effectivement les penseurs à croire, et les croyants à penser.

 

 


[1] Craig William L., and Moreland J.P., Philosophical foundations for a Christian Worldview, IVP Academic, interVarsity Press, 2003, p.14.

[2] Malheureusement, nous réduisons trop souvent cette tâche à des élites intellectuelles et nos églises se privent elles-mêmes d’une source de bénédictions.

[3] Craig William L., Contending with Christianity’s critics, answering New Atheists & other objectors, B&H Academic, 2009, p.vii.

[4] Zacharias Ravi, L’homme peut-il vivre sans Dieu? Éd. Farel, 1994, p.139.

[5] Zacharias, ibid., p.140.

[6] Ou vérité universelle.

[7] Hawking Stephen et Mlodinow Leonard, Y a-t-il un grand architecte dans l’univers? Dieu et la science, éd. Odile Jacob sciences, 2010, p.11.

[8] Hawking, ibid., p.220.

[9] Craig William L., Reasonable Faith, Christian Truth and apologetics, 3e ed., Crossway, 2008, p.23-24.

Jésus est-il mort sur la croix?

Écrit par Jean-Luc Lefebvre

Pensons-y, qu’est-ce que cela changerait que Jésus soit réellement ressuscité? En fait j’aimerais vous dire que ça changerait tout. Malgré cela, la résurrection semble difficile à accepter aujourd’hui. Dans notre société nous faisons l’éloge de la science. Et communément, on considère qu’il existe seulement le matériel, sans Dieu, la résurrection devient futile, insignifiante, voire même ridicule. Et il faut admettre qu’une grande majorité des chercheurs dans les universités ont adopté une vision du monde matérialiste. Mais cela a des conséquences énormes en ce qui concerne la résurrection de Jésus et notre analyse. Par exemple :

1)      Cela amène naturellement à rejeter cet événement comme ayant réellement lieu.

2)      Cela amène souvent à ne pas prendre au sérieux les données historiques concernant la résurrection, car elles peuvent sembler ridicules.

Il faut inclure dans la discussion au moins deux choses. Premièrement, il faut réaliser que les chrétiens croient en Dieu. Leur vision du monde admet l’existence d’un Dieu qui agit dans l’histoire et il se peut qu’il soit intervenu en ressuscitant Jésus d’entre les morts. Deuxièmement, il faut se rappeler que les chrétiens trouvent ridicule eux aussi une résurrection des morts sans Dieu. Cela va contre l’expérience scientifique ou expérimentale. Quand des scientifiques matérialistes analysent la résurrection, ils oublient souvent dans leur analyse ces deux points. Ils sont importants, car si nous tentons d’expliquer seulement l’événement de la résurrection en dehors de l’existence de Dieu, il y aura inévitablement un non-sens. Il faut donc inclure dans notre analyse l’existence de Dieu[1].

La simple énumération d’une liste d’évidences ne suffit généralement pas pour convaincre dans beaucoup de cas. Mais nous devons néanmoins poser les questions : quels sont les faits établis avec crédibilités? Quelle est la meilleure explication de ces faits historiques?

 Jésus est mort par crucifixion :

J’aimerais regarder dans cet article le tout premier élément de la liste[2]. Avant même de se concentrer sur la résurrection propre, il est de mise de valider que Jésus soit bel et bien mort sur cette croix. Aujourd’hui, à part l’Islam[3] il n’y a pas beaucoup de personnes qui rejettent la mort de Jésus sur la croix. Mais quand même il est important d’établir les faits. Bien que cela relève probablement plus du domaine médical, le supplice de la croix était particulièrement efficace pour donner la mort. Comment et de quoi Jésus est-il mort?

Quand nous considérons le récit de la mort de Jésus, nous voyons plusieurs détails importants qui peuvent nous éclairer sur les circonstances de la mort de Jésus, mais aussi il nous éclaire sur la mécanique de sa mort. Le récit commence dans le jardin de Gethsémané. Nous y voyons que Jésus a vécu une forte angoisse qui a fait éclater les capillaires des glandes sudoripares qui donnaient l’apparence de grumeau de sang (Luc 22.44). Ce phénomène est connu dans le domaine médical et porte le nom « hématidrose »[4]. Malgré la rareté des cas, nous savons qu’elle survient lors de forte angoisse.  Cela produit des effets, par exemple la fragilisation et la sensibilité de la peau.

Ensuite est venue la période de flagellation qui précédait le transport du patibulum[5]. La flagellation a produit des effets sur le corps de Jésus. La nature même de cette punition produisait une perte de sang à cause des lacérations à la peau. Entre autres, elle a produit un choc hypovolémique[6]. Cette baisse du niveau sanguin a aussi des effets sur le corps. Nous pouvons au minimum donner quatre effets physiologiques sur la personne de Jésus :

1-      Le rythme cardiaque s’accélère

2-      Il y a effondrement de la pression sanguine[7]

3-      Les reins cessent de produire de l’urine, afin de maintenir un volume de liquide.

4-      Par conséquent, la personne ressent une soif intense

Maintenant, les données historiques nous permettent de pouvoir regarder d’un point de vue médical la mécanique de la croix. La croix était une des pires morts qu’une personne pouvait subir. C’est un supplice en longueur, douloureux et honteux. Voici quelques données pertinentes afin de pouvoir faire notre diagnostic :

Lors de crucifixion, les Romains utilisaient de clous de 13 à 18 centimètres. Cela avait pour effet d’écraser le nerf médian de chaque main. La douleur était tellement vive qu’ils ont inventé un terme : « fixer à la croix ». Cela avait comme objectif de décrire l’intensité du supplice. Au niveau des pieds, tous les nerfs et tissus étaient déchirés par le clou.

Au niveau des bras, il est probable qu’il y ait un allongement d’environ 15 centimètres des 2 bras et dislocation des 2 épaules. Cela laissait le crucifié dans une position inconfortable de telle sorte que cette mécanique produisait une mort lente, essentiellement par asphyxie.

La lutte chez le crucifié consistait à se redresser dans la douleur extrême afin de respirer. Mais la difficulté augmentait sans cesse, ce qui produisait un ralentissement de la respiration. Si on jumèle le bas niveau de sang avec une diminution de l’activité respiratoire, on en arrive à créer une acidose respiratoire. C’est-à-dire, qu’il y a augmentation du dioxyde de carbone qui se transforme en acide carbonique. De façon générale, quand nous avons cette combinaison, nous sommes conduits à une arythmie cardiaque. Cela nous amène à conclure que la cause la plus probante de la mort de Jésus est l’arrêt cardiaque.

Faisons un pas de plus. Un choc Hypovolémique a quelques autres conséquences sur l’organisme. Entre autres, il y a accélération durable des battements cardiaque, ce qui se traduit par une accumulation de liquide autour des poumons et du péricarde, que l’on appelle un « épanchement péricardique[8] ». Nous voyons cela quand le soldat traverse avec sa lance les poumons de Jésus (Jn 19.34). Il constate un écoulement de liquide et de sang. Dans l’ensemble du scénario, il faut tirer quelques conclusions. Quelle est la meilleure explication de la mort de Jésus?

La meilleure explication de la mort de Jésus, c’est qu’il est mort sur la croix. D’ailleurs, ce constat est fait par les proches du défunt, par les pharisiens, dont Joseph d’Arimathé est venu réclamer le corps (Jn 19.38), mais plus important encore, il a été fait par les soldats. Les soldats romains étaient spécialistes de la mort et ce n’était pas le premier qu’il voyait. Surtout le centurion qui en authentifiant la mort, il se portait garant du verdict.

En considérant les circonstances de sa mort, il est important de souligner l’argument du silence par les autorités juives. En effet, les autorités juives qui avaient revendiqué sa mort par crucifixion n’ont jamais apporté d’argument pour montrer que Jésus n’était pas mort sur la croix. Ce qui était admis par tout le monde de cette époque c’est que Jésus de Nazareth est mort sur la croix. Les évidences pointent toutes vers ce fait. Les arguments apportés par le coran ne peuvent donc pas tenir la route face aux évidences historiques. Autant leur argument ne tient pas en compte du contexte, des données médicales, ainsi que les témoins oculaires (juifs et romains) de ces événements, nous sommes dans l’obligation de tiré la conclusion que la meilleure explication est que Jésus est mort sur la croix.



[1] Il existe de nombreuses raisons de penser que Dieu existe. Le présent texte ne cherche pas à le démontrer. J’aimerais simplement référer à d’autres articles du site. Mais soulignons quand même que la résurrection de Jésus milite aussi dans ce sens, car elle demande l’existence de Dieu pour pouvoir avoir réellement eu lieu et les données historiques nous poussent vers cette explication.

[2] Dans d’autres blogues, nous regarderons d’autres évidences, comme celui du tombeau vide, l’existence de Dieu, les apparitions, ainsi que les explications alternatives.

[3] L’idée selon laquelle Jésus ne serait pas mort sur la croix se retrouve dans le Coran (Sourate IV : 156-157).

[4] Une bonne discussion sur la mort de Jésus se trouve dans le livre : Strobel, Lee, Jésus la parole est à la défense! Un journaliste d’expérience à la poursuite du plus grand événement de l’histoire, Vida, 1998, 217-232. Lee Strobel fit une entrevue avec Alexander Metherell, médecin et ingénieur. En ce qui concerne la mort de Jésus, quelques arguments sont résumés dans le présent texte.

[5] Pièce de bois souvent placer horizontalement, sur laquelle on clouait les bras.

[6] Choc Hypovolémique: Hypo: Bas Vole: volume émique: sang

[7] Produit parfois des évanouissements

[8] Certaine blessures sportives ont produit des effets similaires.