L’apologétique biblique est le domaine de l’apologétique chrétienne qui défend, entre autres, l’historicité, l’authenticité, et la fiabilité de la Bible. On peut également considérer les prétendues erreurs dans la Bible, ainsi que les manuscrits et leurs copies.

Q.: Pourquoi appelle-t-on la Bible la « Parole de Dieu » ?

Réponse par Gilles Despins

Premièrement, la Bible elle-même emploie l’expression ‘Parole de Dieu’ pour décrire différentes sections de la Bible ou les Écritures en général (Luc 8.11; Romains 9.6; Apocalypse 1.9). Ensuite, les auteurs de la Bible affirment que Dieu nous parle par l’Écriture (Hébreux 12.25-27; Jacques 4.5; 2 Pierre 1.20, 21). Finalement, la Bible elle-même rapporte les paroles directes de Dieu (Genèse 17.3; Hébreux 1.1, 2).

Les Pères apostoliques (1er et 2e siècles) employaient également cette expression, comme Ignace d’Antioche, dans sa lettre aux Philadelphiens: « […] Philon, le diacre de la Cilicie, un homme de bonne réputation, […] m’assiste même maintenant dans la Parole de Dieu. »*

Les Réformateurs appelaient aussi la Bible ainsi. Jean Calvin a écrit: « Il est stupide d’essayer de prouver à des infidèles que l’Écriture est la Parole de Dieu. Cela ne peut être reconnu sinon que par la foi. »** Et Martin Luther, de son côté, a dit: « les Saintes Écritures […] sont la Parole de Dieu et demeurent éternellement (1 Pierre 1.25). »***

* Michael William Holmes, The Apostolic Fathers: Greek Texts and English Translations, Updated ed., Grand Rapids, MI: Baker Books, 1999, p.183.

** John Calvin, Institutes of the Christian Religion, Edinburgh: The Calvin Translation Society, 1845, Vol.1, p.109.

*** Martin Luther, Sermons on the Gospel of St. John: Chapters 1-4, ed. Jaroslav Jan Pelikan, Hilton C. Oswald, and Helmut T. Lehmann, Luther’s Works, vol. 22, Saint Louis: Concordia Publishing House, 1999, p.14.

Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique (partie 2)

INTRODUCTION

Nous avons vu dans la première partie de cet article que des liens existent entre l’apologétique et l’éthique. Nous y avons brossé un tableau du présuppositionalisme afin de montrer la réalité de ces liens. Nous considérerons dès à présent la nature de ces liens. Nous examinerons la façon dont l’éthique a des implications apologétiques et, inversement, la façon dont l’apologétique a des implications éthiques. Mais tentons d’abord de circonscrire notre sujet à l’aide des questions suivantes :

  • Si, comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, toute attaque à l’encontre de la foi biblique est fondamentalement de nature éthique, est-il juste d’affirmer que le moyen de défense de cette même foi doit aussi se situer sur un plan éthique?
  • En plus d’être une défense raisonnée du christianisme (ce qui est tout à fait correct), l’apologétique doit-elle être une défense éthique de la foi chrétienne?
  • Est-il même possible de défendre le christianisme de façon éthique?
  • À l’inverse, est-il légitime de dire que des implications apologétiques découlent de l’éthique?
  • Une éthique chrétienne peut-elle et doit-elle faire œuvre apologétique?

Nous répondons par l’affirmative à toutes ces questions. Nous croyons en effet que l’apologétique et l’éthique sont inséparables. Nous examinerons d’abord le rôle que joue l’amour, fondement de l’éthique chrétienne, dans la démarche apologétique. Nous considérerons ensuite la vie de l’apologète comme critère de vérification. Nous aborderons également la question de la place que tient la doctrine biblique dans la défense de la foi chrétienne. Viendra enfin une section qui expliquera comment l’apologétique est l’affaire de tous les chrétiens.

Amour et apologétique

Selon nous, le chrétien doit défendre la foi qu’il professe non seulement en faisant la démonstration intellectuelle que sa foi repose sur de solides arguments, mais également en menant une vie sainte pour démontrer la véracité de cette foi. Une des caractéristiques d’une vie sainte, c’est l’amour pour Dieu et le prochain (1 Jean 2.9-11). Comme le fait remarquer C. Spicq, la dilection fraternelle (dilection: amour spirituel et pur) est au cœur de la morale chrétienne:

L’institution chrétienne se résume en deux articles principaux, chacun récapitulant la foi et la morale: croire au Christ (…) et manifester de la dilection fraternelle[1].

Mais l’amour dont il est question dans le Nouveau Testament ne se distingue pas uniquement par la morale qu’il récapitule. Il dévoile également une facette apologétique : il sert de tremplin à la proclamation de la foi. Même Jésus a insisté sur l’implication apologétique de l’amour, lorsqu’il a fait l’éloge de l’amour fraternel comme outil de persuasion:

C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres (Jean 13.35)[2].

L’amour chrétien sert donc la proclamation du message évangélique et, par ricochet, sa défense. Au sens de la Bible, aimer, c’est « apologiser »!

Curieusement, certains apologètes redoutent que cette invitation à l’amour fraternel comme outil de persuasion les contraigne à renoncer à leur arsenal d’arguments rationnels et à n’avoir d’autre choix que de défendre la foi en sortant de leur fourreau « l’épée de bois » qu’est leur vie sanctifiée. Il se trouve en effet certaines personnes qui dénoncent toute forme de défense rationnelle de la foi, ce qui explique l’origine de cette crainte qu’il arrive à des apologètes d’exprimer. Cependant, une telle crainte donne la fâcheuse impression qu’une vie sainte n’a que peu ou très peu de poids dans la balance des preuves en faveur du christianisme et qu’elle ne peut donc pas contribuer à la tâche apologétique!

Soyons cependant assurés de ceci: l’amour que Jésus réclame des siens ne s’oppose pas à la défense rationnelle de la foi. Bien au contraire, cet amour trace le chemin qui mène à l’arène de la lutte apologétique. En effet, l’apologète doit être animé d’un amour similaire à celui qui a jadis inspiré Dieu à lutter contre Jacob, allant même jusqu’à lui infliger une blessure, afin de mieux le rallier à sa cause (Genèse 32.25-33). Un tel amour, certes marqué par la lutte, est pourtant d’une tendresse inouïe, puisqu’il est entièrement mû par une affection sincère et désintéressée; il s’agit d’un amour dont l’intention n’est rien d’autre que le salut de celui qui bénéficie de cet amour (au v. 30, alors qu’il attribut un nom à l’endroit où il a livré un combat contre Dieu, Jacob s’écrira: « J’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée »). C’est un amour qui s’efforce de gagner l’autre et non de triompher de lui, qui s’intéresse à l’autre au lieu de lui opposer une défense opiniâtre.

L’amour dont parle Jésus n’est donc pas un amour qui nous tient éloignés des « champs de bataille ». Ce n’est pas un amour qui commande que l’on se retire dès le moment où il faut débattre de la foi. Et ce n’est certainement pas un amour qui interdit au croyant de faire usage d’arguments rationnels pour défendre la foi et tenter de convaincre les adversaires. Cet amour, celui-là même qui fonde l’éthique chrétienne, a des visées apologétiques: c’est un amour qui peut convaincre les hommes à se décider pour l’Évangile. En revanche, il s’agit d’un amour dans lequel la discipline apologétique doit faire pénétrer profondément ses racines. En effet, s’il entend gagner le cœur de ses adversaires, l’apologète doit faire preuve de cet amour et leur manifester toute la douceur dont un tel amour est capable. Il doit les gagner en faisant d’abord la démonstration communautaire de cet amour persuasif qui unit les croyants. Mais il faut aussi qu’il conquière leur cœur en leur témoignant un même amour, comme Paul et Pierre exhortent les croyants à le faire:

Il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité (2 Timothée 2.25).

Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous (1 Pierre 3.15).

Celui qui porte le message

John Frame, apologète présuppositionaliste, dit ceci :

Pour déterminer si quelqu’un connaît Dieu, nous ne nous contentons pas de lui donner un examen écrit, nous examinons sa vie[3].

C’est affirmation est fondamentale: elle met en évidence l’implication éthique de l’apologétique. Nous sommes confrontés ici à un fait incontestable : les non-croyants examinent la vie de ceux et celles qui prêchent l’Évangile. Mais cette affirmation suscite également une question: comment examine-t-on la vie d’un chrétien? Comment savoir si le chrétien a « passé le test »? Bref, quels sont les critères d’évaluation qui permettent de vérifier que l’Évangile transforme vraiment la vie des croyants? Et s’il en existe, où les trouve-t-on? Notre conviction est que non seulement ces critères d’évaluation existent, mais aussi qu’ils se trouvent dans l’Écriture. Il s’agit de critères que le croyant et l’incroyant peuvent connaître au moyen de la prédication de l’Évangile. Examinons plus en détail ce point.

L’annonce aux pécheurs du jugement de Dieu, accompagnée du message de la grâce qui leur est offerte en Jésus-Christ, les place devant toute la turpitude de leurs fautes. Mais du coup, cette annonce impose aussi un standard moral que le croyant est tenu de respecter, dans sa communauté de foi et devant les pécheurs auxquels il annonce l’Évangile. En effet, si le croyant est lui-même esclave du péché, de quel droit peut-il prêcher au monde la délivrance du péché? Une telle prédication soulèverait à coup sûr de sérieux doutes quant à l’efficacité du message de délivrance proclamé. Car l’Évangile est un message de délivrance. Lorsque le pécheur reçoit ce message par la foi, il se voit libérer de la puissance du péché, de sorte qu’il peut se mettre humblement et entièrement au service de son créateur. Il est désormais un croyant. Ce nouveau statut s’accompagne cependant de fonctions que le croyant ne peut passer sous silence: il est un héraut de la foi, un ambassadeur pour Dieu, comme le dira l’apôtre Paul (2 Corinthiens 5.20). Le chrétien vit dans ce monde pour y proclamer un message de pardon et de délivrance. La question urgente est donc la suivante: le chrétien est-il lui-même la preuve vivante que l’Évangile qu’il annonce libère véritablement le pécheur des chaînes qui le lient au péché? Démontre-t-il, par un comportement empreint de charité chrétienne et de piété, l’efficacité libératrice de la vérité qu’il proclame? Bref, vit-il ce qu’il prêche[4]?

À la défense de la doctrine biblique

Le chrétien vit-il ce qu’il prêche? Cette question ouvre l’horizon de ce que nous entendons par les implications éthiques de l’apologétique. Elle signifie que le chrétien doit vivre sa vie en conformité avec l’éthique chrétienne qui découle de la doctrine biblique dont il fait l’apologie. Car selon l’apologétique présuppositionaliste, c’est la doctrine biblique qui doit être défendue[5]. Or la doctrine (la théologie) ne se défend pas uniquement sur la base de preuves ou de faits censés être à la disposition tant de l’incroyant que du croyant. Celle-ci se défend également sur le plan de l’éthique. Ce n’est pas par accident que l’apôtre Paul parle de « la doctrine conforme à la piété » , exhortant du même coup Timothée à vivre conformément à cette doctrine (1 Timothée 6.3). En plus de l’exhorter à veiller sur son enseignement (1 Timothée 4.13-16), il lui enjoint de poursuivre les vertus les plus nobles tels la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience et la douceur (1 Timothée 6.11). Paul lui demande également de pratiquer ce qu’il a entendu et vu de lui : « Retiens dans la foi et dans l’amour qui est en Jésus-Christ, le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi. » (2 Timothée 1.13) Et il ajoute : « Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme qui a fait ses preuves, un ouvrier qui n’a pas à rougir et qui dispense avec droiture la parole de la vérité. » (2 Timothée 2.15) En un mot, la vie de Timothée doit traduire l’enseignement qu’il prodigue aussi bien aux croyants qu’aux non-croyants. Sa vie doit être une apologie de la doctrine biblique qu’il enseigne! On le voit, la doctrine biblique, l’éthique et l’apologétique sont comme trois sœurs inséparables; l’action de l’une mobilise les deux autres.

Puisque l’apologétique puise sa source dans la doctrine biblique, il s’ensuit que le croyant, chaque fois qu’il marche en conformité avec cette doctrine, pose une action éthique qui devient à son tour une implication apologétique. Autrement dit, ce n’est pas seulement en parole que l’apologète peut défendre la doctrine biblique, mais aussi par son témoignage de vie. La doctrine biblique que l’apologète entend défendre n’est aucunement déconnectée d’une action engagée et d’une ligne de conduite morale. Bien au contraire, cette doctrine enseigne aux hommes qu’ils doivent en tout temps vouer une obéissance entière et inconditionnelle au Dieu de la Bible. Cet enseignement est très concret et s’incarne dans la vie quotidienne des croyants. Pour cette raison, la foi chrétienne ne se défend pas uniquement sur la base de la raison. On la défend également lorsque notre cœur bat au rythme de l’Évangile. Le christianisme affirme que Dieu agit puissamment en l’homme en transformant progressivement (et parfois abruptement) ce dernier à l’image de son Fils. Serait-il légitime que des chrétiens évoquent cette puissance transformatrice de Dieu lorsqu’ils prêchent l’Évangile aux pécheurs alors que ces derniers ne parviennent même pas à en discerner l’efficacité dans la vie de ces chrétiens? Qui ajouterait foi à une telle « bonne nouvelle » et à un tel message de liberté ? Ne dirait-on pas, à juste titre d’ailleurs, qu’il s’agit d’un message creux, sans âme ni substance?

Une apologétique à la disposition de tous les chrétiens

Certains croyants s’imaginent que l’éthique est l’affaire de tous les croyants, alors que la tâche apologétique revient aux spécialistes, notamment aux évangélistes et aux théologiens. Rien n’est plus faux. Tous les croyants peuvent se consacrer à la tâche apologétique. Certains, il est vrai, se débrouillent mieux que d’autres dans le maniement des arguments rationnels en faveur de la foi chrétienne. Mais un fait demeure: tous les chrétiens peuvent manifester par leur conduite que l’Évangile de Jésus-Christ rend vraiment l’homme libre à l’égard de la puissance du péché. Tous ne sont pas des apologètes au sens restreint du terme; tous les chrétiens possèdent cependant dans leur arsenal apologétique une arme efficace dont le nom est sainteté. Un incroyant refusera peut-être d’accorder crédit à la foi chrétienne parce que le christianisme ne le convainc guère sur le plan intellectuel. Par contre, si on lui présente le témoignage d’une vie chrétienne sainte et irréprochable, il éprouvera sans doute un peu plus de difficulté à trouver à redire de la foi chrétienne. Cela pourrait même semer la confusion dans son esprit (Tite 2.6-8), voire le mener à la foi. En reconnaissant que l’apologétique est avant tout une défense éthique du christianisme, cette discipline devient du coup l’affaire de tous ceux et celles qui font profession de vivre pour Christ.

Il est vrai que certaines attaques dirigées contre le christianisme sont de nature exégétique et doctrinale. Dans de pareils cas, les spécialistes bibliques sont certainement plus aptes à défendre rationnellement la doctrine biblique. C’est pourquoi Paul recommandera à Tite d’établir des anciens qui s’attacheront « à la parole authentique telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de convaincre les contradicteurs » (Tite 1.9). Il est cependant important de faire remarquer que Paul ordonne à Tite de choisir parmi les frères des hommes qui sont irréprochables (Tite 1.6). Il exhortera même Timothée à élire à la charge d’évêque ceux qui reçoivent un bon témoignage de ceux du dehors (1 Timothée 3.7). La saine doctrine est d’une importance capitale, on ne saurait le nier. Et cela est d’autant plus vrai lorsque l’on considère le zèle et la fermeté avec lesquels les ministres de Dieu doivent être en mesure de la défendre. Mais cette défense doctrinale de la foi doit, selon le Nouveau Testament, reposer entièrement sur un fondement éthique, c’est-à-dire sur le témoignage d’une vie pieuse et irréprochable[6].

CONCLUSION

Comme nous l’avons établi dans le présent article, l’apologétique est l’affaire de tous les chrétiens. Cela est vrai non seulement parce que l’éthique a des implications apologétiques, mais aussi parce que l’apologétique repose sur un fondement éthique. D’ailleurs, ces deux disciplines sont si étroitement liées, qu’il est difficile de dire laquelle des deux précède l’autre. En réalité, on ne peut déterminer laquelle sert de préalable à l’autre. Ce qui nous fait dire que l’apologétique n’est pas sans l’éthique et que l’apologétique n’est pas sans l’éthique. Et toutes deux, bien entendu, ont pour fondement la doctrine biblique (la théologie).

Lorsque le croyant prend conscience de l’importance que sa vie revêt dans la défense de la foi chrétienne, il devient plus attentif à la façon dont il se conduit. S’il est un apologète aguerri, il aura sans doute l’impression d’ajouter à son arsenal apologétique un nouveau fer de lance, à savoir la sainteté. Quant au croyant qui n’ose pas s’aventurer dans une défense plus rationnelle de la foi, il se réjouira à l’idée que sa vie peut efficacement contribuer à la défense de la foi chrétienne.

_____________________________________________________________

[1] C. SPICQ, Théologie morale du Nouveau Testament, Tome II, Paris, J. Gabalda et Cie Éditeurs, 1965, p. 509.

[2] Lorsqu’il commente ce passage, Carson ne passe pas à côté du caractère apologétique du commandement nouveau (l’amour) dont parle Jésus: « Le commandement nouveau (…) est aussi un privilège qui, bien vécu, proclame le vrai Dieu face au monde qui observe. »; D. A. CARSON, Évangile selon Jean, Trois-Rivières, Éditions Impact, 2011, p. 635.
[3] John M. FRAME, The Doctrine of the Knowledge of God, Phillipsburg, Presbyterian and Reformed Publishing Co., 1987, p. 44. « To determine if someone knows God, we do not merely give him a written exam; we examine his life. »
[4] Bien entendu, nous ne pensons pas que les chrétiens doivent d’abord atteindre la perfection avant de pouvoir défendre et démontrer l’authenticité du christianisme sur la base d’une éthique chrétienne. Cela est d’ailleurs impossible tant et aussi longtemps que notre habitat sera ce corps mortel. Cependant, notre approche souligne fortement la responsabilité morale du croyant devant ses semblables. Sa vie est le reflet de ses croyances.
[5] Cette approche apologétique s’inscrit d’ailleurs dans la notion van tillienne de cohérence que nous avons abordée dans la première partie de cet article.
[6] Les théologiens et les apologètes sont donc également tenus de vivre pieusement, surtout s’ils veulent défendre la saine doctrine.

LES BRANCHES DE L’APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE : UN SURVOL

Comme les autres écrivains de cette série ont fait remarquer, l’apologétique chrétien n’est autrement que la présentation des raisons pour croire les déclarations de la Christianisme. L’apologétique est la tentative, systématique, de donner un répons à celui qui demande la raison pour l’espérance qui est en nous.[1] À chaque fois qu’on cherche à donner ce répons, que ce soit par un témoignage personnel de comment Dieu aurait changé nos vies, ou que ce soit en présentant des preuves pour l’existence de Dieu ou pour la crédibilité de la Bible, on est en train de faire l’apologétique. Déjà, dans ces trois exemples d’un apologétique, nous voyons qu’il y a des différents types de réponse qui peuvent être donnés. De plus, on peut aussi voir que ces différentes réponses se relient à des types de connaissance différents. Dans ce bref article de blogue j’aimerais présenter un survol des différents domaines de l’apologétique, et comment chaque personne peut faire l’apologétique chrétien d’une manière ou d’un autre.

La Christianisme affirme la vérité d’un grand nombre de propositions. Pour être Chrétien on doit non seulement avoir la foi en Jésus-Christ, pour la justification devant Dieu, et le salut de la colère de Dieu, mais, en plus, pour être capable de faire ceci, on doit, au moins, croire, et si possible, savoir, que ces affirmations sont vraies. Certaines des déclarations de la Christianisme ne peuvent pas être connues et doivent être acceptées par la foi, par exemple, que Jésus est né d’une vierge, que Jésus est Dieu, que Dieu est trois personnes en une nature, etc. D’autres déclarations de la Christianisme peuvent être soit démontrer fausse ou démontrer vrai, par exemple, que Jésus est un véritable personnage historique, que Dieu existe, que Dieu est éternelle, immuable, parfait, etc. L’apologétique Chrétien est capable de défendre la vérité de ces dernières, et présenter des arguments qui démontrent que c’est raisonnable de croire les propositions qui sont sujettes de foi seule (même si on ne peut pas démontrer qu’ils sont vrais sans aucun doute). L’apologétique chrétien a aussi un rôle à jouer pour démontrer l’erreur des autres religions, des fausses philosophies, et des pensées qui vient en contre des déclarations de la Christianisme. Regardons les différents domaines de l’apologétique Chrétien, et comment ils avancent une défense de la foi chrétienne.

L’apologétique Chrétien peut être divisé dans les catégories suivantes : existentielle ou culturelle, scientifique, philosophique, historique, archéologique, théologique, et biblique.

Un apologétique existentiel ou culturel est une défense de la foi chrétienne à partir de l’expérience de l’existence humaine. Techniquement ce type d’apologétique pourrait tomber sous le domaine de l’apologétique philosophique, mais c’est assez important qu’il mérite être mentionné à part. Dans ce domaine d’apologétique on fait appelle à comment l’homme est dans sa vie, et comment sa façon d’être démontre la vérité de la Christianisme. On peut présenter des témoignages personnels pour démontrer comme la Christianisme à changer nos vies. On démontre que ce que la Bible enseigne au sujet de l’expérience humaine est vrai, c’est-à-dire, l’homme est pécheur et dépravé ; l’homme ne semble pas être capable de se sortir de son propre trou toute seul ; l’homme sans Dieu perdre le sens de la vie et tends vers le nihilisme ; l’homme, par sa façon d’être et sa façon de parler, démontre qu’il recherche un être transcendant, etc. Deux apologistes qui sont connues pour un apologétique existentielles ou culturelles sont Francis Schaeffer et Ravi Zacharias.[2]

Un apologétique scientifique présente une défense de la foi à partir des différents domaines des sciences naturelles. Un apologétique scientifique peut défendre le christianisme de plusieurs manières. On peut utiliser la science pour démontrer que les déclarations des autres religions et philosophies sont en erreur, par exemple, plusieurs domaines de la science peuvent se rallier pour essayer de démontrer que l’universel aurait, nécessairement, un début ; que le matérialisme philosophique n’est pas capable d’expliquer plusieurs phénomènes importants des êtres vivants ; que certaines déclarations des autres religions sont impossibles, scientifiquement ; etc. On peut aussi utiliser la science pour démontrer la vérité des déclarations bibliques qui touchent à la science. Par exemple, la zoologie peut certaine des déclarations en Job 38-41 ; la géographie peut examiner les déclarations géographiques de la Bible pour démontrer qu’ils sont exacts ; la médecine peut examiner certains récits bibliques, comme la mort de Jésus sur la croix, pour démontrer que ce que la Bible dit est exact ; la physique peut considérer les miracles et leur possibilité, ainsi que des questions au sujet de Dieu et sa relation avec le temps, ainsi qu’avec les âmes, etc. ; la psychologie peut défendre la perspective biblique de la nature humaine comme étant un être spirituelle ;[3] et la biologie végétale peut considérer les affirmations bibliques qui mentionnent les plantes pour démontrer qu’il n’y a pas d’erreur. Il y a plusieurs scientifiques qui ont examiné les récits de la Bible pour les défendre, ou qui démontrent l’erreur des croyances autres que la Christianisme, comme Stanley L. Jaki,[4] Francis S. Collins,[5] John Polkinghorne,[6] Del Ratzsch,[7] Robert Jastrow,[8] et Michael J. Behe.[9]

Un apologétique philosophique présente une défense de la Christianisme à partir des domaines de la philosophie. Un des premières personnes de présentées un apologétique philosophique était l’apôtre Paul, dans sa prédication aux philosophes à l’aréopage,[10] dans son enseignement à Lystre,[11] et dans son épître aux Romains.[12] La philosophie, par définition, n’est autrement que la recherche active de la vérité entamée par une personne qui est prête à suivre la vérité là où elle l’amène. Le mot philosophie peut, aussi, faire référence aux principes qu’une personne accepte concernant la vie, la réalité, son identité, et son but, mais ceci n’est qu’un deuxième sens du mot. Un apologétique philosophique peut défendre la Christianisme en démontrant que les objets de foi (l’incarnation de Jésus, la trinité, etc.) ne sont pas incohérents, même si on ne peut pas démonter qu’ils sont vrais, ou les comprendre comme il faut. La philosophie peut aussi présenter des arguments pour démontre, par exemple, que Dieu existe ;  que Dieu est éternel, immuable, parfait, bon, tout connaissant, tout-puissant, transcendant et immanente à sa création ; que l’être humain est un être composé de matière et d’esprit ; qu’il y a des normes morales qui doivent être respectées ; que le fait qu’il y a le mal dans le monde ne démontre pas que Dieu n’existe pas ; etc. La philosophie aide à mieux comprendre la parole de Dieu en donnant à l’interprète l’outil de la logique qui le permettre de mieux analyser les paroles écrites de la Bible. L’apologétique philosophique fait aussi un apologétique en démontrant que les autres religions, visions du monde, fausses philosophies, etc. sont en erreur, incohérente, ou contradictoire en soi. Aussi, la philosophie peut aider la théologienne à mieux formuler les doctrines chrétiennes. Ceci n’est qu’une liste incomplète de comment la philosophie apologétique défend, rends fort, et protège les doctrines chrétiennes. Il y a de plus en plus de philosophes chrétiens qui utilisent la philosophie pour défendre la foi chrétienne. Ce qui est souvent oublié est que même des grands théologiens comme Augustine, Jean Calvin, Thomas d’Aquin, Anselm, les théologiens Cappadocians, etc., utilisé la philosophie pour bâtir et défendre les doctrines principales de la foi chrétienne. Voilà quelques philosophes chrétiens qui ont offert un apologétique philosophique dans le 20e et présent siècle : William Lane Craig,[13] Paul Copan,[14] Norman Geisler,[15] C. S. Lewis,[16] John Warwick Montgomery,[17] et Alvin Plantinga.[18]

Un apologétique historique cherche à démontrer la crédibilité des affirmations historiques de la Christianisme. Un des premières personnes de présentées un apologétique historique, dans l’histoire de la Christianisme était l’apôtre Pierre, lors de la première prédication chrétienne sur le jour de Pentecôte.[19] On pourrait aussi mentionner Luc, l’apôtre Jean, et l’apôtre Paul qui ont aussi fait l’apologétique historique.[20] Par exemple, la Christianisme affirme qu’il y avait un homme – Jésus – qui a vécu au début de notre ère, qu’il est mort autour de l’an 30, et qu’il est ressuscité de la mort 3 jours après. Le christianisme affirme que tous les événements, que l’Ancien Testament affirme sont réellement arrivés dans l’histoire, ont vraiment eu lieu, comme, par exemple, le déluge, les voyages d’Abraham, la captivité d’Israël en Égypte et leur exode d’Égypte, le royaume de David et de Salomon. Le christianisme affirme, aussi, que les voyages de Paul ont eu lieu, que les expériences qu’on mentionne dans les actes des apôtres ont vraiment eu lieu, etc. Ce sont toutes des affirmations historiques qui peuvent être étudiées et démontrer par les historiens. Lorsqu’on affirme que ces événements historiques ont vraiment eux lieu, et qu’on cherche à le prouver par les recherches historiques, on fait l’apologétique historique. Il y a plusieurs érudits qui font l’apologétique historique, comme, N. T. Wright,[21] A. N. Sherwin-White,[22] Edwin M. Yamauchi,[23] K. A. Kitchen,[24] Ronald Nash,[25] Ben Witherington III,[26] Michael Grant,[27] Gary Habermas,[28] J. Gresham Machen,[29] et Richard Bauckham.[30]

Un apologétique archéologique est une branche de l’apologétique historique qui cherche à démontrer, par l’archéologie, que la Bible est crédible. Les archéologues défendent la Bible en démontrant, premièrement, qu’aucune découverte archéologique n’a jamais démontré une erreur dans les affirmations biblique, et, deuxièmement, que les découvertes archéologiques viennent démontrer la crédibilité de la Bible. Les archéologues regardent les affirmations bibliques concernant les lieux historiques (par exemple, les villes, les temples, les autels, les lieux des nations qui sont mentionnés dans la Bible), les coutumes culturelles (par exemple, les habitations, les manières de cuisiner, les occupations des peuples mentionnés, les titres des dirigeants des pays), les grands événements mentionnés (comme les guerres, les voyages, etc.), etc. L’archéologie réussie à non seulement défendre les affirmations de la Bible, mais a aussi aidé à la bonne interprétation de la parole de Dieu (par exemple, de comprendre comment un berger dans le temps de Jésus travailler peut nous aider à comprendre les exemples ou paraboles dans lequel un berger est le sujet). Il y a une multitude d’archéologues qui ont défendu la Christianisme, comme, K. A. Kitchen,[31] Edwin Yamauchi,[32] C. H. Irwin,[33] Kathleen Kenyon,[34] E. M. Blaiklock,[35] William M. Ramsay,[36] et Colin Hemer.[37]

Un apologétique théologique est la défense de véritables doctrines chrétiennes contre les faux docteurs. Le premier apologète de présenter un apologétique théologique était l’apôtre Paul, qui, dans quasiment toutes ses lettres aux églises, défend la vérité chrétienne contre ceux qui voudrait le tordre. Noté par exemple son affirmation en Galates 1, « Nous l’avons dit précédemment, et je le répète maintenant : si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! »[38] Il doit y avoir un apologétique chrétien pour chaque branche de la théologie, et, en réalité, nous voyons les théologiens qui travaillent fort pour défendre les doctrines comme la divinité de Jésus, la justification par la foi seule en Jésus-Christ seul, la doctrine de la trinité,[39] l’inspiration de la parole de Dieu, etc. C’est ceci le type d’apologétique le plus fait par les grands penseurs chrétiens. Quasiment tous les théologiens de l’église, dès début jusqu’aujourd’hui ont fait l’apologétique théologique, y compris, Athanase,[40] Augustin,[41] Jean Chrysostome,[42] Thomas d’Aquin,[43] Jean Calvin, Martin Luther, Charles Hodge, B. B. Warfield,[44] etc. Nous pourrions aussi donner des exemples d’apologètes théologiques contemporains, en nommant, Norman Geisler,[45] R. C. Sproul,[46] William Lane Craig,[47] Robert M. Bowman,[48] John Piper,[49] N. T. Wright.[50]

Finalement, il y a l’apologétique biblique qui cherche à défendre la Bible elle-même. Sous cette catégorie on retrouve ceux qui analyse les manuscrits en rapport avec les éléments matériels des manuscrits (le nombre de manuscrits, la corruption ou préservation des manuscrits, les langages utilisés pour les écrire et copiés, etc.), et avec les éléments textuels des manuscrits (c’est-à-dire, la composition de chaque livre, le temps de rédaction, la cohérence intérieure de chaque texte, etc.) pour démontrer qu’il n’y a pas d’erreur ni contradiction dans la Bible ; pour démontrer que les manuscrits sont réellement écrits par ceux à qui on attribue les manuscrits ; pour démontrer que chaque livre du canon devrait être dans le canon ; et, en général, pour démontrer que la Bible aux complètes est digne de confiance et démontre une cohérence incontestable. On retrouve aussi l’exégèse des textes qui cherche à expliquer et défendre la bonne interprétation des textes bibliques. Toutes ceux qui, en faisant l’interprétation de la Bible, propose une interprétation d’un groupe de versets, et qui défendre cette interprétation (si leur interprétation donne le vrai sens du texte) est en train de faire l’apologétique biblique. Quasiment tous les chrétiens qui ont essayé de lire et expliquer la Bible ont engagé dans ce domaine d’apologétique (si tu lis un verset, et donne une raison pour croire qu’il devrait être interprété d’une certaine façon, alors tu as fait l’apologétique biblique), mais on pourrait nommer quelques apologètes bibliques renommés comme Bruce Metzger,[51] F. F. Bruce,[52] David Alan Black,[53] et D. A. Carson.[54]

Dans cet article nous n’avons même pas grafigné la surface des domaines de l’apologétique chrétienne. Le but de cet article est de démontrer qu’il y a plusieurs moyens de donner une réponse de l’espérance que nous avons, et qu’à chaque fois qu’on donne des raisons pour croire une des multiples vérités de la Christianisme on est en train d’offrir une « apologie » – une défense – de la foi chrétienne. Les sciences de nature, les domaines de la philosophie, l’expérience humaine, et les domaines de l’histoire, l’analyse des textes et manuscrits, et l’archéologie peuvent offrir des éléments importants qui, ensemble, présentent une multitude de bonnes raisons pour croire la parole de Dieu. Le défi qui est devant chaque chrétien est de chercher, à la mesure qu’on est capable, d’offrir des raisons à chaque personne qui demande au sujet de l’espérance qui est en nous.[55] Ceci devrait, aussi, encourager les chrétiennes qui sont en train de poursuivre des études post-Cégep (ou secondaire) de rechercher l’excellence dans leurs domaines de recherche, et d’utilisé leurs domaines de recherche pour défendre la Christianisme.

 


[1]1 Pie. 3 :15.

[2]On ne veut pas dire, par ceci, qu’ils ne font pas l’apologétique d’autres manières. Cf. Francis Schaeffer, Démission de la raison, trad. Pierre Berthoud, 5e éd. (Genève : Maison de la Bible, 1993). Francis Schaeffer, Dieu : Illusion ou réalité? (Aix en Provence : Éditions Kerygma, 1989). Ravi Zacharia, L’homme peut-il vivre sans Dieu?, trad. Antoine Doriath (Marne-La-Vallée Cedex 2, France : Éditions Farel, 1997).

[3]Cf. Malcom Jeeves, Minds, Brains, Souls and Gods: A Conversation on Faith, psychology and neuroscience (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2013). Mario Beauregard & Denyse O’Leary, The Spiritual Brain: A Neuroscientist’s Case for the Existence of the Soul (New York: Harperone, 2008). Ce livre est écrit par un Québécois qui enseigne, présentement, en Arizona.

 [4]Stanley L. Jaki, Miracles and Physics, 2e éd. (Front Royal, VA: Christendom Press, 1999). Cf. Frank J. Tipler, The Physics of Immortality: Modern Cosmology, God and the Resurrection of the Dead (New York: Doubleday, 1994).

 [5]Francis S. Collins, The Language of God: A Scientist presents Evidence for Belief (New York: Free Press, 2006). Ce livre défend la Christianisme à partir de l’ADN.

 [6]John Polkinghorne, The Way the World is: The Christian perspective of a scientist (Louisville: Westminster John Knox Press, 2007).

 [7]Del Ratzsch, Science & Its Limits: The Natural Sciences in Christian perspective (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2000).

 [8]Robert Jastrow, God and the Astronomers (New York : W. W. Norton & Company, 1978).

 [9]Michael J. Behe, Darwin’s Black Box: The Biochemical Challenge to Evolution (New York: Free Press, 2003).

 [10]Actes 17 :16-34.

 [11]Actes 14 :15-18.

 [12]Rom. 1 :19-20, 2 :14-15.

[13]William Lane Craig, Foi Raisonnable : Vérité chrétienne et apologétique, trad. Christiane Pagot et Gérald Pech (Villefranche d’Albigeouis, France : Les éditions La Lumière, 2012).

[14]Paul Copan & William Lane Craig, eds., Come Let Us Reason: New Essays in Christian Apologetics (Nashville, TN: B&H Academic, 2012).

 [15]Norman L. Geisler, Christian Apologetics (1976; repr., Grand Rapids, MI : Baker Book House, 2007). Norman Geisler & Peter Bocchino, Unshakable Foundations: Contemporary Answers to Crucial Questions About the Christian Faith (Minneapolis: Bethany House, 2000).

 [16]C. S. Lewis, Les Fondements du Christianisme, trad. Aimé Viala (1979; repr., Valence Cedex, France : Éditions de la Ligure pour la Lecture de la Bible, 2007).

 [17]John Warwick Montgomery, ed., Christianity for the Tough Minded: Essays Written by a Group of young scholars who are totally convinced that a spiritual commitment is intellectually defensible (Minneapolis: Bethany Fellowship, 1973).

 [18]Alvin Plantinga, Warranted Christian Belief (Oxford: Oxford University Press, 2000). Alvin Plantinga, God, Freedom, and Evil (Grand Rapids, MI: Wm. B. Eerdmans Publishing, 1977).

 [19]Actes 2:14-36.

 [20]Luc 1:1-4, Jn. 20: 30-31, 1 Jn. 1:1-4, 1 Cor. 15:1-8.

 [21]N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God (Minneapolis: Fortress Press, 2003).

 [22]A. N. Sherwin-White, Roman Society and Roman Law in the New Testament (1963; repr., Oxford : Oxford University Press, 2000).

 [23]Edwin M. Yamauchi, Persia and the Bible (Grand Rapids, MI: Baker Book House, 1990).

 [24]K. A. Kitchen, Ancient Orient and Old Testament (1966; repr., Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1975).

 [25]Ronald H. Nash, The Gospel and the Greeks: Did the New Testament Borrow from Pagan Thought?, 2nd ed. (Phillipsburg, NJ: P&R Publishing, 2003).

 [26]Ben Witherington III, The Jesus Quest: The Third Search for the Jew of Nazareth, 2nd ed. (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1997).

 [27]Michael Grant, Jesus: An Historian’s Review of the Gospels (New York: Charles Scribner’s Sons, 1977).

 [28]Gary R. Habermas, The Historical Jesus: Ancient Evidence for the Life of Christ (1996; repr., Joplin, Missouri : College Press Publishing Co., 2008). Gary R. Habermas & Kenneth E. Stevenson, Verdict on the Shroud: Evidence for the Death and Resurrection of Jesus Christ (Ann Arbor, MI: Servant Books, 1981).

 [29]J. Gresham Machen, The Origin of Paul’s Religion: A Classic Defense of Supernatural Christianity (1923; repr., Birmingham, Alabama: Solid Ground Christian Books, 2006). J. Gresham Machen était professeur à Princeton avant d’aider dans la fondation de Westminster Theologial Seminary.

 [30]Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels as Eyewitness Testimony (Grand Rapids, MI : Wm. B. Eerdmans Publishing, 2006).

 [31]K. A. Kitchen, The Bible in its World: The Bible & Archaeology Today (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1977).

 [32]Edwin Yamauchi, The Stones and The Scriptures (Philadelphia, PA: J. B. Lippincott Co, 1972).

 [33]C. H. Irwin, The Bible, The Scholar and the Spade: A Summary of the Results of Modern Excavation and Discovery (London: The Religious Tract Society, 1932).

 [34]Kathleen Kenyon, Archaeology in the Holy Land, 3rd ed. (London: Ernest Benn Limited, 1970).

 [35]E. M. Blaiklock, The Archaeology of the New Testament (1970; repr., Grand Rapids, IL : Zondervan Publishing House, 1977).

 [36]William M. Ramsay, St. Paul The Traveler and Roman Citizen, 15th ed., ed. Mark Wilson (Grand Rapids, MI: Kregel Publications, 2001).

 [37]Colin J. Hemer, The Book of Acts in the Setting of Hellenistic History, ed. Conrad H. Gempf (Winona Lake, IN: Eisenbrauns, 1990).

 [38]Gal. 1 :9.

 [39]James R. White, The Forgotten Trinity: Recovering the Heart of Christian Belief (Minneapolis: Bethany House, 1998).

 [40]Athanase, Contre ceux qui juge de la vérité par la seule autorité de la multitude, trad. M. le roi abbé de Hautefontaine (MDCXXX).

 

[41]Augustine, De Trinitate.

[42]Jean Chrysostome, Le Christ est Dieu, en Les œuvres complètes de S. Jean Chrysostome, trad. L’abbé J. Bareille (Paris : Librairie de Louis Vivès, 1865), 1 :478-499.

 [43]Thomas d’Aquin, Summa Contra Gentiles.

 [44]B. B. Warfield, The Inspiration and Authority of the Bible, ed. Samuel G. Craig (Phillipsburg, NJ: P&R Publishing, 1979).

[45]Norman L. Geisler, éd., Inerrancy (1980; repr., Grand Rapids, MI : Zondervan, 1982).

[46]R. C. Sproul, Scripture Alone: The Evangelical Doctrine (Phillipsburg, NJ : P&R Publishing, 2005).

 [47]William Lane Craig, The Only Wise God: The Compatibility of Divine Foreknowledge and Human Freedom (1987; repr., Eugene, OR : Wipf & Stock, 2000). William Lane Craig, Time and Eternity: Exploring God’s Relationship to Time (Wheaton, IL: Crossway, 2001).

 [48]Robert M. Bowman, Jr. & J. Ed Komoszewski, Putting Jesus in His Place: The Case for the Deity of Christ (Grand Rapids, MI: Kregel, 2007).

 [49]John Piper, The Future of Justification: A Response to N. T. Wright (Wheaton, IL: Crossway, 2007).

 [50]N. T. Wright, Justification: God’s Plan & Paul’s Vision (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2009).

 [51]Bruce Manning Metzger, The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption and Restoration (Oxford: Oxford University Press, 1964). Bruce M. Metzger, The New Testament: Its Background, Growth, & Content, 3rd ed. (Nashville, TN: Abingdon Press, 2003). Bruce M. Metzger, The Canon of the New Testament: Its Origin, Development, and Significance (Oxford: Clarendon Press, 1997).

 [52]F. F. Bruce, Les documents du Nouveau Testament : Peut-on s’y fier?, trad. Marie-Anne Chevreau (Trois-Rivières, QC : Publications Chrétiennes, 2008). F. F. Bruce, The Canon of Scripture (Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1988).

 [53]David Alan Black, New Testament Textual Criticism: A Concise Guide (1994; repr., Grand Rapids, MI : Baker Book House, 1996).

 [54]D. A. Carson, Exegetical Fallacies, 2nd ed. (1996; repr., Grand Rapids, MI: Baker Book House, 2007).

[55]1 Pie. 3 :15.

Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique

INTRODUCTION

Dans un article publié sur le présent blogue, Jean-Luc Lefebvre, notre collègue apologète, souligne l’importance d’une défense de la foi qui repose non seulement sur des arguments rationnels, mais aussi sur la vie exemplaire de l’apologète. Cette conception de l’apologétique tombe sous le sens : si l’un des souhaits de l’apologète est de voir des gens suivre Jésus et « vivre une vie qui reflète l’être qu’il est »[1], il est tout à fait raisonnable de s’attendre à ce que l’apologète incarne ce même idéal dans sa vie.

Dans le jargon théologique, on exprimerait cette même notion de la façon suivante : l’apologétique et l’éthique doivent s’allier pour défendre la foi chrétienne. Ce qui signifie que l’apologétique chrétienne doit intégrer l’éthique chrétienne[2]. Mais aussi que l’éthique a des implications apologétiques, cette éthique étant en effet une actualisation du message évangélique et, de cette façon, une défense de la foi chrétienne.

Le présent article a pour but de montrer la manière dont l’apologétique et l’éthique s’unissent pour faire triompher la foi chrétienne. Il est vrai que l’apologétique chrétienne compte plus d’une école de pensée. Notre conviction, cependant, c’est que l’apologétique et l’éthique devraient en tout temps unir leurs forces dans la défense de la foi, peu importe le point de vue particulier de l’apologète. Toutefois, nous croyons que l’apologétique présuppositionaliste élaborée par Cornelius Van Til est le système qui réussit le mieux à mettre en évidence la réalité de ce lien[3]. Pour cette raison, nous étudierons ce système apologétique dans la première partie de cet article. La deuxième partie, qui sera publiée ultérieurement, portera sur les implications éthiques de l’apologétique et sur les implications apologétiques de l’éthique.

L’apologétique selon Cornelius Van Til

1) La nécessité des présuppositions
Selon le présuppositionalisme, il faut parvenir à intégrer en un seul système ce que les philosophes ont l’habitude d’appeler la subjectivité, c’est-à-dire les opinions et les croyances d’une personne, et l’objectivité, c’est-à-dire tout ce qui est extérieur à l’homme. Cette intégration n’est possible que lorsque l’homme reconnaît les « lunettes » à travers lesquelles il voit le monde et à l’aide desquelles il l’interprète. Selon Van Til, la soi-disant neutralité des philosophes et des scientifiques est une impossibilité. Personne n’est totalement dépourvu de présuppositions; tous les hommes observent et interprètent le monde à partir de leurs présuppositions. Il s’agit alors d’identifier « la présupposition absolue de départ ».

2) L’Écriture, le point de départ
« La révélation dans l’Écriture doit être notre point de départ », disait Van Til[4]. Si l’homme veut comprendre la réalité et formuler une vision cohérente et correcte de celle-ci, il doit se soumettre totalement à l’Écriture et s’en servir pour interpréter le monde. Mais l’Écriture doit aussi être le point de référence final (ou l’autorité finale) qui permet non seulement de rendre les faits et les lois de la création intelligibles, mais aussi de trancher le débat chaque fois qu’une question litigieuse est soulevée. La révélation générale (Dieu qui se révèle dans la nature) doit donc constamment être interprétée à l’aide de la révélation spéciale (Dieu qui se révèle dans la Bible). Ces deux révélations, générale et spéciale, sont indissociables. Selon Van Til, elles forment une union organique. Bien entendu, Van Til prendra bien soin de mettre en évidence la suprématie de l’Écriture sur la révélation générale. Raymond Perron résume ainsi la pensée van tillienne sur ce point :

Voyons maintenant comment Van Til, tout en affirmant l’union organique des révélations générale et spéciale, fait ressortir la primauté de l’Écriture. Si l’Écriture demeure inintelligible sans les faits qu’elle interprète, il est aussi vrai que ces mêmes faits demeurent muets sans l’interprétation de la Parole de Dieu parlée ou écrite[5].

3) Raisonner par présupposition
Les deux points mentionnés ci-dessus, à savoir le fait qu’aucun homme n’est dépourvu de présuppositions ainsi que la question de l’autorité de l’Écriture, nous aideront à comprendre la notion de cohérence dans la pensée van tillienne.

Selon Van Til, le théologien ne doit en aucun cas séparer l’apologétique de la théologie systématique. S’il les sépare, son apologétique court le risque de démentir sa théologie. En effet, lorsque ces deux disciplines fonctionnent comme des systèmes parallèles sans branches transversales de communication, l’apologétique a tendance à affaiblir la portée de certaines doctrines bibliques capitales comme la dépravation totale, les effets noétiques de la chute (de noèse, acte par lequel la pensée porte sur un objet) et la nécessité de la régénération pour le renouvellement de l’intelligence. Or ces doctrines, croit Van Til, doivent figurées au cœur de l’apologétique, non dans ses alentours. Considérons un instant l’analyse de M. Perron sur cette particularité van tillienne :

Dans l’esprit de Van Til, en effet, l’apologétique ne peut se démarquer de la théologie systématique; il est impossible, sous peine d’incohérence, de séparer la méthodologie de défense de la défense elle-même. La méthode employée déterminera la défense et la défense, en retour, déterminera la doctrine[6].

Pourtant, certaines traditions apologétiques soutiennent que c’est l’apologétique qui pose les fondements théoriques de la théologie. Van Til, pour sa part, croit que c’est l’inverse qui doit se produire : une apologétique cohérente et conforme à l’Écriture naît et provient de la théologie elle-même.

Selon Van Til, il n’existe que deux théories de la connaissance : l’une ayant Dieu comme autorité ultime, l’autre l’homme. Bien évidemment, Van Til se range dans le camp de la première. Or affirmer que Dieu est l’autorité ultime en matière de connaissance, c’est reconnaître du même souffle que le non-croyant, dont la raison prétendument autonome se dresse indubitablement contre la volonté divine, ne peut prétendre à l’objectivité. C’est aussi admettre que le non-croyant, dont les présuppositions s’opposent à celles qu’offre l’enseignement biblique, ne peut parvenir à la connaissance de la vérité de lui-même. Cette affirmation est lourde de signification. D’abord, elle signifie que le théologien et le non-croyant ne parviendront jamais à se rencontrer sur un terrain commun et neutre, malgré tous les efforts déployés pour y parvenir. Un tel terrain n’existe tout simplement pas. Elle veut également dire que le non-croyant, parce qu’il est incapable de comprendre correctement le sens de la révélation générale, n’a pas non plus la capacité de découvrir la vérité évangélique en scrutant des « faits » non interprétés par l’Écriture. Ces faits parlent sans doute en faveur du Dieu dont il est question dans l’Écriture. La Bible affirme même que la nature entière révèle le Dieu qui est à l’origine de tout ce qui existe (Ro 1.20). Pourtant, le non-croyant ne peut connaître Dieu ni même l’appréhender en empruntant l’avenue d’un savoir rationnel soi-disant neutre et objectif. Pour conduire le non-croyant à connaître Dieu et acquérir une notion plus précise de la réalité, l’apologète doit plutôt l’inviter à raisonner par présupposition. Et raisonner de cette façon, explique Perron, consiste « à présenter les vérités de l’Écriture sur la seule base de l’Écriture en démontrant qu’il n’existe aucune autre avenue de possibilité de connaissance »[7]. Bref, l’apologète doit convier le non-croyant à se tenir avec lui sur le terrain des présuppositions bibliques et amorcer avec lui une réflexion dont les paramètres sont entièrement définis par ces mêmes présuppositions.

Effets noétiques de la chute et connaissance innée

L’apologétique présuppositionaliste souligne avec force deux notions essentielles à tout discours apologétique. Premièrement, elle insiste sur les effets noétiques de la chute. Deuxièmement, elle considère à sa juste valeur ce que Van Til avait coutume d’appeler la connaissance innée de Dieu, que tous les hommes possèdent de facto. Considérons quelques instants ces deux notions et tentons de déterminer la façon dont elles concernent notre sujet.

1) Les effets noétiques de la chute
Fidèle à l’Écriture, l’apologétique présuppositionaliste affirme que le non-croyant ne peut apprécier le bien-fondé du christianisme en s’appuyant uniquement sur sa raison. Le témoignage biblique insiste en effet sur le fait que l’homme est incapable de connaître Dieu à l’aide de sa raison seule; il enseigne que les facultés cognitives de l’homme sont obscurcies par le péché et que, pour cette raison, l’homme est totalement incapable d’acquérir une représentation juste du Dieu créateur et de sa création (Ro 3.10-11)[8]. Ce témoignage de l’Écriture est sérieux et doit être estimé à sa juste valeur. C’est ce témoignage qui a conduit Van Til à reconnaitre et affirmer que « l’homme, en vertu de sa nature pécheresse, hait la révélation de Dieu »[9]. Depuis la chute, les hommes utilisent leur raison non pour chercher Dieu et l’adorer, mais, comme le dit Paul, pour s’accuser ou s’excuser tour à tour (Rm 2.15).

La question des effets noétiques de la chute permet d’établir un premier rapprochement entre l’apologétique et l’éthique. Perron articule très bien ce rapprochement :

Le problème est donc d’ordre éthique, et non d’ordre intellectuel. C’est en raison d’une rébellion volontaire que l’homme pécheur se refuse et conséquemment ne peut recevoir la révélation de Dieu. La faute est entièrement attribuable au pécheur et non à quelque faute de la révélation[10].

L’apologète doit donc ne jamais perdre de vue que ses interlocuteurs rejettent Dieu en raison de leur cœur mauvais, et non parce que leur intelligence souffrirait d’une quelconque défaillance biologique.

2) La connaissance innée

Van Til affirme que l’homme naturel possède une vraie connaissance de Dieu. Mais attention ! Omettre de souligner le caractère indissociable de la connaissance de Dieu et de celle de l’homme, c’est déformer la pensée de Van Til. Celui-ci croyait certes en la possibilité d’une connaissance de Dieu. Cependant, il soutenait tout aussi fermement, dans la foulée de Calvin, que l’homme ne peut parvenir à une perception juste de lui-même sans acquérir une conception correcte de Dieu. Autrement dit, l’existence de l’homme ne peut être considérée indépendamment de celle de Dieu. L’homme est une créature de Dieu et son existence dépend entièrement de son créateur. Mais qu’en est-il de sa connaissance de Dieu ? Est-elle conforme à ce que Dieu sait de lui-même et de sa création ? S’il fallait répondre par la négative à cette question, et il s’agit hélas de la seule réponse acceptable, cela signifierait que l’homme n’a aucune connaissance correcte ni de Dieu ni de lui-même. Comment alors comprendre la notion van tillienne de connaissance innée ? Comment une connaissance peut-elle être à la fois innée et demeurer embrouillée ? C’est grâce à la notion d’alliance que Van Til entend résoudre ce dilemme.

Selon Van Til, l’homme est une créature d’alliance. Dieu a en effet conclu une alliance avec sa créature, et tous les deux, le créateur et la créature, sont des partenaires dans cette alliance. En raison de cette alliance, l’homme est continuellement confronté à Dieu[11]. Il ne peut s’échapper de Dieu, malgré tous ses efforts pour y parvenir. Quant à Dieu, il s’est engagé à ne jamais mettre fin à cette alliance. Dans le domaine de la connaissance, cela signifie ce qui suit :

En tant que créature d’alliance, chacun des faits et des gestes de l’homme, constitue une réaction morale ou éthique à sa connaissance de Dieu. C’est contre cette connaissance qu’Adam et toute la race humaine en lui et après lui ont péché[12].

L’homme a donc une connaissance de Dieu: quelque part en lui, au plus profond de lui-même, il sait que Dieu existe. Sinon, il ne déploierait pas tant d’efforts pour tenter de prouver le contraire ni ne dévierait cette connaissance dans l’injuste en idolâtrant la créature plutôt que d’adorer le créateur. Perron explique ce point :

Le péché est ce qu’il est précisément du fait qu’il représente une réaction éthique négative à l’inéluctable présence de Dieu. Le péché n’est pas dû à quelque déficience de l’être, à quelque proximité du non-être ou à quelque carence de grâce surnaturelle; c’est un rejet direct de la volonté de Dieu connue. Le pécheur est un pécheur en vertu de la suppression de la révélation de Dieu en lui. Alors seulement peut-on maintenir la doctrine protestante du péché comme une aliénation éthique plutôt qu’un défaut physique. Alors seulement peut-on maintenir le caractère éthique du christianisme plutôt que de percevoir ce dernier comme un moyen par lequel les hommes s’élèvent dans l’échelle des êtres[13].

La notion de connaissance innée permet donc de jeter un deuxième pont entre l’apologétique et l’éthique. Elle montre en effet que le refus de l’homme de connaître Dieu est fondamentalement de nature éthique. L’apologète doit tenir compte de ce fait lorsqu’il s’adresse à des non-croyants.

***

Les deux notions que nous venons d’esquisser, à savoir les effets noétiques de la chute et la connaissance innée, nous ont conduits à une seule conclusion possible: tout refus du christianisme est fondamentalement de nature éthique. Il s’agit d’une opposition à Dieu le créateur et d’une rébellion contre lui. Les hommes ne rejettent pas la foi biblique parce que le christianisme ne parvient pas à satisfaire leur intelligence (même si c’est souvent ce qu’ils prétendent). Il ne la rejette pas non plus en raison d’un manque de preuves en sa faveur (même si c’est ce qu’ils affirment). Si le christianisme déplaît aux hommes, c’est parce qu’il exige d’eux une repentance (tant sur le plan de la pensée que celui de l’action) et une obéissance qu’ils ne sont pas prêts à accorder à Dieu. La raison fondamentale de ce refus est de nature éthique. Tout le reste n’est que prétexte.

Dans la deuxième partie de notre article, nous verrons ce que les rapprochements que nous avons établis entre l’apologétique et l’éthique signifient pour notre sujet, qui, rappelons-le, consiste à voir ce que sont les implications éthiques de l’apologétique et les implications apologétiques de l’éthique.

__________________________________________________

[1] Jean-Luc Lefebvre, Vivre la réponse que l’on donne!
[2] Pour les chrétiens, il s’agit d’une éthique révélée, donc biblique, et non d’une éthique naturelle que les hommes seraient à même de découvrir en observant le monde. Cette éthique contient les ordonnances morales enseignées par Jésus-Christ et les prescriptions relatives à la vie du croyant révélées dans le Nouveau Testament.
[3] Cornelius Van Til (1895-1987), théologien réformé, fut professeur d’apologétique au Westminster Theological Seminary à Philadelphie.
[4] Raymond PERRON, Plaidoyer pour la foi chrétienne, Québec, Publications de la FTÉ, 1996, p. 142.
[5] Ibid., p. 141.
[6] Ibid, p. 19.
[7] Ibid., p. 178.
[8] Le cerveau de l’homme n’est pas dysfonctionnel. La notion d’effets noétiques de la chute n’affirme pas une telle chose.
[9] Ibid., p. 138.
[10] Ibid., p. 155.
[11] « Comme tel, il est confronté à Dieu; il est interpellé par Dieu. Il existe dans une relation d’interaction d’alliance. Il est un être d’alliance… Rien ne peut empêcher son être d’être confronté “à celui auquel nous avons affaire”. », PERRON, op.cit., p. 117.
[12] Ibid., p. 125.
[13] Ibid.

Vivre la réponse que l’on donne!

« L’apologétique a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme chrétien à la lumière des objections soulevées contre elle et d’offrir des évidences positives en sa faveur. »[1]

Le premier article « Qu’est-ce que l’apologétique? » avait comme objectif de faire une présentation de l’apologétique : définition et fonctions. Dans cet article, j’avais lancé volontairement une réflexion sans la développer :

« Pour ne pas être simpliste, faisons un pas de plus. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Et c’est exactement ce mandat qu’a l’apologétique. »[2]

Le présent article cherche à faire le pont entre les fonctions de l’apologétique et la vie de l’apologiste. C’est-à-dire, que l’appel de Jésus n’est pas de trouver et de donner les meilleurs arguments du monde et de convaincre par la seule raison ou par la force. Mais plutôt, c’est la convergence de l’argumentation et l’incarnation de la réalité de l’évangile.

Un exemple vivant!

Un jour, j’étais assied dans un salon avec quelques personnes qui ne croyaient pas en Dieu, ni l’évangile et qui doutaient même de Jésus. Dans toute ma « délicatesse », j’apportais argument sur argument avec vigueur. J’ai démoli littéralement les raisonnements qui s’élevaient contre Dieu et Jésus. Et comme un coup de pelle en pleine figure, après un bon moment de discussion, il y a une personne qui m’a dit, et je me souviendrai toujours : « Tu me fais peur. Car je ne sens pas que tu m’aimesJ’aime mieux discuter avec quelqu’un d’autre. »

À ce moment, j’ai réalisé que tous mes arguments élevaient un mur, au lieu de le détruire. Le plus sage pour moi dans cette discussion, après réflexion… garder silence. Je suis convaincu que l’obstacle majeur à la réception de l’évangile dans notre société, et notre entourage n’est pas l’habileté à donner des réponses, mais plutôt, l’échec dans notre propre vie à incarner le message que nous voulons communiquer. Être pertinent selon le contexte[3], ce n’est pas seulement vivre d’une manière conforme à ce que nous proclamons, mais ce n’est jamais moins que cela.

Qu’est-ce que l’évangile?

Si nous sommes appelés à défendre et à présenter l’évangile, il convient de se poser la question : « Qu’est-ce que l’évangile? » Le terme « évangile » signifie tout simplement « bonne nouvelle ». C’est un message concernant l’événement qui nous sauve d’un grand péril. L’apôtre Paul nous rappelle ce qu’est l’évangile en 1 Corinthiens 15.1-8 :

« Je vous rappelle, frère, l’évangile que je vous ai annoncé […] et par lequel vous êtes sauvés […] Christ est mort pour nos péchés, selon les écritures; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour selon les écritures et il a été vu […] »[4]

L’évangile concerne un événement historique. La vie, la mort, l’ensevelissement et la résurrection de Jésus. Mais c’est aussi le message de ce que cet événement accomplit. Cela inclut le transfert de ces accomplissements à une personne particulière.

***À ce point, je dois faire une remarque : L’apologétique vise parfois à répondre à des questions particulières qui à première vue ne semblent pas concernées par l’évangile. Par exemple dans une théologie naturelle qui cherche à présenter des évidences du théisme. La question ne concerne pas nécessairement Jésus et la résurrection. Elle concerne l’existence de Dieu. Quand même, l’évangile demeure l’arrière-plan sur lequel l’apologétique travaille. Autrement dit, chaque élément devrait construire ultimement, souvent par cumul, à exposer l’évangile. La raison pour cela est celle-ci :

Le christianisme n’est pas fondé seulement sur l’affirmation de l’existence de Dieu. Mais sur l’affirmation supplémentaire que Dieu s’est révélé en la personne de Jésus.

Point de départ

L’évangélique Irlandais Gypsy Smith un jour a dit : « Il y a cinq évangiles. Matthieu, Marc, Luc, Jean et le chrétien, et certaines personnes ne liront jamais les quatre premiers. »[5] Autrement dit, l’évangile est vu avant d’être entendu. De façon générale, on regarde à 1 Pierre 3.15 pour définir en terme biblique l’apologétique :

« Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur; soyez toujours prêts à vous défendre (apologia) contre quiconque vous demande l’espérance qui est en vous : mais faites-le avec douceur et crainte. »

Le terme « apologia » dans l’original y apparaît et l’on y voit donc la tâche de défendre notre espérance. Ce qui n’est pas faux. Il faut premièrement noter qu’avant même de donner une réponse, celui qui va la donner est appelé à certains prérequis. Pierre met en relief un équilibre qui n’est pas facilement conservé dans la pratique, à savoir la qualité de vie et la clarté de la réponse. Mais regardons de plus près ce passage, car Pierre dit beaucoup plus que cela.

1)      Une qualité de vie

La première question que l’on doit se poser c’est : est-ce que Dieu a agi premièrement dans ma vie? Dans les faits, que tu sois musulman, hindou, bouddhiste, athée, ou autre, chacune de ces croyances va élever ses propres standards de qualité de vie spirituelle ou intellectuelle. En ce qui concerne le christianisme, l’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est, et dans le contexte du passage en question, cela peut aller jusqu’à la persécution (1 Pi 3.9-14). « Sanctifiez dans vos cœurs Christ (Jésus) le Seigneur »! Cela demande donc une transformation radicale. Rien de moins que la Seigneurie de Jésus sur notre vie.

Les premiers effets de venir à connaître Jésus-Christ sont les désirs et la poursuite de Jésus lui-même. L’idée de « sanctifier Christ », dans ce contexte, c’est que l’on doit regarder Jésus-Christ comme de la plus haute importance. La valeur que l’on accorde à Jésus est essentielle. On peut dire que nous vivons ou nous mourrons à cause du caractère unique de Jésus. La foi chrétienne tient ferme ou s’écroule avec le caractère unique de Jésus-Christ!

L’apologiste sera vraiment efficace quand il aura une vie conséquente au message qu’il proclame. La valeur de Jésus est une partie essentielle du message, mais ce n’est pas le seul message. L’évangile s’intéresse à toi et ta transformation à l’image de Jésus. Jésus lui-même se dresse comme un modèle à imiter. Et plusieurs personnes devraient considérer les pensées du puritain Richard Baxter :

« Il s’agit d’une erreur manifeste de certains « pasteurs », qui font une telle disproportion entre leur prédication et leur vie; ils étudient fort pour prêcher avec exactitude, et étudie peu ou pas du tout à vivre avec exactitude. »[6]

Malgré le fait qu’il parle à des pasteurs, le conseil il me semble s’applique à tous, même à ceux qui ne croient pas au christianisme.

2)      Une clarté de réponse

L’apologiste a comme mandat de donner des réponses claires et intelligibles aux questions et objections concernant le christianisme. Pierre nous appelle à être prêts à défendre. Mais le texte n’arrête pas là. « Contre quiconque demande ». Cela suggère qu’il y a une grande variété de personnes qui peuvent faire des objections ou poser des questions. Pierre invite donc à être prêt. Autrement dit, l’étude est utile dans le développement de la vie chrétienne et aussi à la présentation de l’évangile. Une étude balancée entre le message proclamé et la vie de celui qui proclame est nécessaire.

Le christianisme ne néglige pas l’intelligence. C’est un outil puissant! Négliger l’intelligence a des conséquences désastreuses. La défense du christianisme est un acte conscient et réfléchi.

Exposé une philosophie, croyance ou une découverte scientifique demande de l’habileté. Randy Newman amène un point intéressant sur ces questions. Il parle de trois habiletés dans la communication du christianisme. Voici ce qu’il dit :

« La première et la plus basique impliquent : déclarer l’évangile. Cela inclut l’habileté de clarifier et d’exprimer de façon concise le message du salut. […] Déclarer l’évangile inclus aussi le partage de ta propre histoire. […] La deuxième
habileté d’évangélisation est l’habileté à défendre l’évangile. Anticiper les questions communes […] planifier comment délivrer les informations dans des termes logiques … 1 Pi 3.15. La troisième habileté est appelée : le dialogue. »[7]

Remarquez que tout ce que nous avons dit jusqu’ici est dans ce petit paragraphe :

1) Exposer un message à travers une vie transformer par ce même message.

2) Étudier et planifier la communication et enfin

3) Entrer en communication, en dialogue.

Dans mon histoire plus haute, j’avais perdu de vue que c’était un dialogue. L’objectif n’est pas de pointer le doigt sur tous nos échecs. Mais plutôt de mettre le doigt sur la nécessité de considérer nos contemporains et d’analyser notre propre cœur. Cela demande un amour pour la (les) personne(s) à qui nous discutons, et aussi une capacité à écouter. Étudier et écouter des questions et des objections nous permet de comprendre mieux nos contemporains. Ce n’est pas seulement de comprendre une opinion, mais bien les aspirations, les espoirs et les désirs qui motivent toutes personnes qui posent une question. En fin de compte, nous voulons présenter un message rempli d’espoir qui s’applique dans la vie réelle de ceux-ci.

Il faut noter que chez Pierre, le contenu que l’on doit défendre c’est « l’espérance qui est en nous. » L’espérance est ce qui nous contrôle. Après la Seconde Guerre mondiale, combien de fois avons-nous entendu quelqu’un demander aux survivants : « Qu’est-ce qui t’a permis de rester en vie? » L’espoir! Et l’une des pires cruautés, c’est la destruction de l’espérance. Même les personnes qui ne croient pas en Dieu approuvent ce fait.

Bertrand Russell (1872-1970), célèbre philosophe athée, quand il avait environ 90 ans en Angleterre, on là interviewé. On lui a posé la question : « Qu’est-ce que vous avez à préserver à cet âge de ta vie? Qu’est-ce qui te soutient? » Il a répondu : « Je n’ai rien pour me soutenir que le désespoir. » Il comprenait la signification de la mort de Dieu.

La raison pour laquelle le chrétien a une espérance, c’est l’évangile. C’est ce qui devrait nous contrôler et c’est que nous devrions vouloir communiquer. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Il y a un lien nécessaire entre notre attitude et ce qui est communiqué. L’expérience confirme cela. L’apologétique doit être en mesure de montrer sur le plan de l’intelligence que le christianisme est vrai et aussi de manifester visiblement qu’il ne s’agit pas d’une théorie[8].

Je vous laisse sur les paroles de Carl Henry :

Carl Henry a dit : « Comment un homme peut-il être arrogant quand il se tient devant la croix? »[9] La croix est la mesure de notre apologétique dans son contenu et dans la manière de présenter.

 

 


[1] Craig William L., and Moreland J.P., Philosophical foundations for a Christian Worldview, IVP Academic, interVarsity Press, 2003, p.14.

[2] Blogue : Jean-Luc Lefebvre, http://www.associationaxiome.com/quest-ce-que-lapologetique/

[3] Expression référant au premier article : « L’apologétique veut et doit faire face aux questions de notre temps de manière à rejoindre celui qui pose des questions et cela de façon pertinente selon le contexte. »

[4] Par souci d’économie, j’ai gardé l’essentiel du passage : Voici le passage au complet 1 Corinthiens 15.1-8 :

« 1Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, 2et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez dans les termes où je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain.

3Je vous ai transmis, avant tout, ce que j’avais aussi reçu : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; 4il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, 5et il a été vu par Céphas, puis par les douze. 6Ensuite, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont décédés. 7Ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres. 8Après eux tous, il s’est fait voir à moi comme à l’avorton. »

 

[5] Zacharias, Ravi, The Church’s role in apologetics and the development of the mind, in Zacharias, Ravi et Coll., Beyond Opinion: Living the faith we defend, Thomas Nelson, Nashville, 2007, p.304.

[6] Baxter, Richard, The reformed pastor, The banner of truth trust, Edinburgh, 2007, p.63-64.

[7] Randy Newman, Questioning evangelism: Engaging people’s hearts the way Jesus did, Kregel, 2004, p.14-15.

[8] Schaeffer, Francis A., Dieu illusion ou réalité? Édition Kerygma, Aix-en-Provence, 1968, p.131.

[9] SEMBEQ, 2012, cité par D.A. Carson dans le cours théologie de l’église.

L’Apologétique: sa nature, ses méthodes et son but

Qu’est-ce que l’apologétique chrétienne? Pourquoi l’apologétique chrétienne? Comment faire de l’apologétique chrétienne? Plusieurs membres de l’Association Axiome, par le biais d’une série d’articles sur le sujet, désirent offrir des éléments de réponses à ces questions et d’autres encore. Cette série d’articles, qui s’échelonnera du 10 février au 7 avril et qui verra paraître un article chaque semaine, s’intitule L’apologétique : sa nature, ses méthodes et son but. Voici les thèmes qui seront abordés :

9 février – Jean-Luc Lefebvre – Qu’est-ce que l’apologétique ?
16 février – Jean-Luc Lefebvre – Vivre la réponse que l’on donne!
24 février – Benoît Côté – Les visions du monde : Partie 1
3 mars – Benoît Côté – Les visions du monde : Partie 2
10 mars – Guillaume Bignon – Quelques pensées critiques sur les méthodologies d’apologétique chrétienne (et leurs conflits souvent mal placés)
19 mars – Daniel Audette – Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique: Partie 1
10 Avril – David Haines – Les branches de l’apologétique chrétienne : un survol
1 Mai – Daniel Audette – Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique: Partie 2

QU’EST-CE QUE L’HERMÉNEUTIQUE ?

Écrit par Gilles Despins

Le mot ‘herméneutique’ est tiré du mot grec herméneia qui signifie ‘interprétation’. Il se réfère à la discipline d’interprétation du texte biblique et aux règles qui dirigent ce processus. Ces règles sont reliées aux mots du texte, à la structure, à la forme littéraire, au contexte et à l’arrière-plan. L’herméneutique est particulièrement déterminée par les présupposés concernant l’inspiration de la Bible et son inerrance[1]. L’herméneutique peut aussi être fortement sous l’influence des présupposés de l’interprète concernant les alliances bibliques, les différentes dispensations et la distinction entre Israël et l’Église.

 Mais c’est en fait notre herméneutique qui devrait déterminer notre système théologique. L’application de principes herméneutiques appropriés renforcera l’objectivité, forçant l’interprète à mettre de côté ses tendances. L’utilisation générale de l’Ancien Testament par Christ et les apôtres laisse comprendre qu’ils l’ont interprété dans son sens normal, c’est-à-dire avec une herméneutique littérale grammaticale-historique et ce, de manière cohérente.

 

L’HERMÉNEUTIQUE LITTÉRALE GRAMMATICALE-HISTORIQUE

Ceci signifie que la Bible devrait être interprétée et comprise dans son sens normatif, en appliquant les règles suivantes : 

  1. Culture – l’arrière-plan historique et culturel.
  2. Interprétation littérale – le sens d’un mot est déterminé par son usage normal.
  3. Contexte – l’étude d’un passage dans le paragraphe, dans le chapitre, dans le livre, et dans la Bible.
  4. Passages parallèles et cohérence théologique – il n’y a pas de contradiction dans la Bible.

QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE L’HERMÉNEUTIQUE LITTÉRALE ET L’HERMÉNEUTIQUE ALLÉGORIQUE ?

L’herméneutique littérale cherche à interpréter les mots dans leur sens normal, selon leur usage normal. À l’opposé, l’herméneutique allégorique “cherche à attribuer aux mots un sens secondaire qui n’est pas exprimé par les mots.”[2] Avec ce genre d’approche, il n’y a pratiquement aucune limite à l’interprétation: on peut faire dire au texte ce qu’on veut qu’il dise. Il n’y a probablement pas de meilleure façon pour justifier des concepts théologiques et des doctrines que d’interpréter le texte allégoriquement. Mais les concepts théologiques et les doctrines doivent provenir d’une approche herméneutique correcte; il faut chercher ce qui sort du texte et non pas ce que nous voulons y trouver.L’approche littérale grammaticale-historique reconnait également les formes littéraires particulières, les figures de style, et le symbolisme; mais ils sont facilement identifiables à l’intérieur de leur contexte. Il est probablement exagéré de qualifier l’interprétation allégorique comme étant ‘satanique’, comme Calvin l’a fait[4], mais elle doit être rejetée en raison de son incohérence.

 

QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE L’HERMÉNEUTIQUE LITTÉRALE ET L’HERMÉNEUTIQUE DE LA SPIRITUALISATION ?

L’allégorisation et la spiritualisation sont souvent confondues. Il est vrai que ces deux méthodes utilisent l’interprétation non-littérale des mots mais elles sont quand même distinctes. Christopher Cone a écrit: “Alors que l’herméneutique allégorique cherche en fait à résoudre les difficultés textuelles soulevées par l’interprétation littérale, la spiritualisation cherche un sens plus profond dans le texte et utilise la méthode allégorique pour y arriver.”[5] La spiritualisation est particulièrement utilisée dans la prophétie, ce qui résulte en un manque d’objectivité.

 

QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE L’HERMÉNEUTIQUE LITTÉRALE ET L’HERMÉNEUTIQUE DU GENRE ?

L’importance de l’étude de la forme littéraire est reconnue par tous les étudiants et érudits de la Bible. La Parole de Dieu nous est parvenue dans plusieurs formes littéraires. Scot McKnight écrit: “Les différents genres méritent tous leur propre manuel de principes d’interprétation.  Mais il ne fait aussi aucun doute que l’analyse grammaticale, les études de mot, la critique textuelle et le contexte culturel et historique doivent tous être considérés peu importe la forme littéraire”[6]. Bien que le genre soit important dans l’herméneutique, il ne doit pas être le principal facteur d’interprétation. L’approche littérale grammaticale-historique doit être constamment utilisée, peu importe la forme littéraire.



[1] L’inerrance des Saintes Écritures signifie que la Bible, ou plutôt, les manuscrits qui sont à l’origine de la Bible, ne contiennent aucune erreur, parce qu’ils ont été directement inspirés. Par contre, la copie et la traduction des manuscrits, étant exécutés par la science et la main de l’homme, ne sont pas absolument exempts d’erreurs. Mais il faut avouer que les erreurs dues à l’intervention humaine sont généralement de peu d’importance. Ces erreurs ne concernent pas les doctrines essentielles de la foi. Elles sont particulièrement mineures et en petit nombre.

[2] Couch, Mal,  AN INTRODUCTION TO CLASSICAL EVANGELICAL HERMENEUTICS, p.37.

[3] Ibid., p.37.

[4] Enns, P. P., THE MOODY HANDBOOK OF THEOLOGY, p.447.

[5] Cone, Christopher, PROLEGOMENA, p.138.

[6] McKnight, S., INTRODUCING NEW TESTAMENT INTERPRETATION, p.9.

 

Jésus est-il mort sur la croix?

Écrit par Jean-Luc Lefebvre

Pensons-y, qu’est-ce que cela changerait que Jésus soit réellement ressuscité? En fait j’aimerais vous dire que ça changerait tout. Malgré cela, la résurrection semble difficile à accepter aujourd’hui. Dans notre société nous faisons l’éloge de la science. Et communément, on considère qu’il existe seulement le matériel, sans Dieu, la résurrection devient futile, insignifiante, voire même ridicule. Et il faut admettre qu’une grande majorité des chercheurs dans les universités ont adopté une vision du monde matérialiste. Mais cela a des conséquences énormes en ce qui concerne la résurrection de Jésus et notre analyse. Par exemple :

1)      Cela amène naturellement à rejeter cet événement comme ayant réellement lieu.

2)      Cela amène souvent à ne pas prendre au sérieux les données historiques concernant la résurrection, car elles peuvent sembler ridicules.

Il faut inclure dans la discussion au moins deux choses. Premièrement, il faut réaliser que les chrétiens croient en Dieu. Leur vision du monde admet l’existence d’un Dieu qui agit dans l’histoire et il se peut qu’il soit intervenu en ressuscitant Jésus d’entre les morts. Deuxièmement, il faut se rappeler que les chrétiens trouvent ridicule eux aussi une résurrection des morts sans Dieu. Cela va contre l’expérience scientifique ou expérimentale. Quand des scientifiques matérialistes analysent la résurrection, ils oublient souvent dans leur analyse ces deux points. Ils sont importants, car si nous tentons d’expliquer seulement l’événement de la résurrection en dehors de l’existence de Dieu, il y aura inévitablement un non-sens. Il faut donc inclure dans notre analyse l’existence de Dieu[1].

La simple énumération d’une liste d’évidences ne suffit généralement pas pour convaincre dans beaucoup de cas. Mais nous devons néanmoins poser les questions : quels sont les faits établis avec crédibilités? Quelle est la meilleure explication de ces faits historiques?

 Jésus est mort par crucifixion :

J’aimerais regarder dans cet article le tout premier élément de la liste[2]. Avant même de se concentrer sur la résurrection propre, il est de mise de valider que Jésus soit bel et bien mort sur cette croix. Aujourd’hui, à part l’Islam[3] il n’y a pas beaucoup de personnes qui rejettent la mort de Jésus sur la croix. Mais quand même il est important d’établir les faits. Bien que cela relève probablement plus du domaine médical, le supplice de la croix était particulièrement efficace pour donner la mort. Comment et de quoi Jésus est-il mort?

Quand nous considérons le récit de la mort de Jésus, nous voyons plusieurs détails importants qui peuvent nous éclairer sur les circonstances de la mort de Jésus, mais aussi il nous éclaire sur la mécanique de sa mort. Le récit commence dans le jardin de Gethsémané. Nous y voyons que Jésus a vécu une forte angoisse qui a fait éclater les capillaires des glandes sudoripares qui donnaient l’apparence de grumeau de sang (Luc 22.44). Ce phénomène est connu dans le domaine médical et porte le nom « hématidrose »[4]. Malgré la rareté des cas, nous savons qu’elle survient lors de forte angoisse.  Cela produit des effets, par exemple la fragilisation et la sensibilité de la peau.

Ensuite est venue la période de flagellation qui précédait le transport du patibulum[5]. La flagellation a produit des effets sur le corps de Jésus. La nature même de cette punition produisait une perte de sang à cause des lacérations à la peau. Entre autres, elle a produit un choc hypovolémique[6]. Cette baisse du niveau sanguin a aussi des effets sur le corps. Nous pouvons au minimum donner quatre effets physiologiques sur la personne de Jésus :

1-      Le rythme cardiaque s’accélère

2-      Il y a effondrement de la pression sanguine[7]

3-      Les reins cessent de produire de l’urine, afin de maintenir un volume de liquide.

4-      Par conséquent, la personne ressent une soif intense

Maintenant, les données historiques nous permettent de pouvoir regarder d’un point de vue médical la mécanique de la croix. La croix était une des pires morts qu’une personne pouvait subir. C’est un supplice en longueur, douloureux et honteux. Voici quelques données pertinentes afin de pouvoir faire notre diagnostic :

Lors de crucifixion, les Romains utilisaient de clous de 13 à 18 centimètres. Cela avait pour effet d’écraser le nerf médian de chaque main. La douleur était tellement vive qu’ils ont inventé un terme : « fixer à la croix ». Cela avait comme objectif de décrire l’intensité du supplice. Au niveau des pieds, tous les nerfs et tissus étaient déchirés par le clou.

Au niveau des bras, il est probable qu’il y ait un allongement d’environ 15 centimètres des 2 bras et dislocation des 2 épaules. Cela laissait le crucifié dans une position inconfortable de telle sorte que cette mécanique produisait une mort lente, essentiellement par asphyxie.

La lutte chez le crucifié consistait à se redresser dans la douleur extrême afin de respirer. Mais la difficulté augmentait sans cesse, ce qui produisait un ralentissement de la respiration. Si on jumèle le bas niveau de sang avec une diminution de l’activité respiratoire, on en arrive à créer une acidose respiratoire. C’est-à-dire, qu’il y a augmentation du dioxyde de carbone qui se transforme en acide carbonique. De façon générale, quand nous avons cette combinaison, nous sommes conduits à une arythmie cardiaque. Cela nous amène à conclure que la cause la plus probante de la mort de Jésus est l’arrêt cardiaque.

Faisons un pas de plus. Un choc Hypovolémique a quelques autres conséquences sur l’organisme. Entre autres, il y a accélération durable des battements cardiaque, ce qui se traduit par une accumulation de liquide autour des poumons et du péricarde, que l’on appelle un « épanchement péricardique[8] ». Nous voyons cela quand le soldat traverse avec sa lance les poumons de Jésus (Jn 19.34). Il constate un écoulement de liquide et de sang. Dans l’ensemble du scénario, il faut tirer quelques conclusions. Quelle est la meilleure explication de la mort de Jésus?

La meilleure explication de la mort de Jésus, c’est qu’il est mort sur la croix. D’ailleurs, ce constat est fait par les proches du défunt, par les pharisiens, dont Joseph d’Arimathé est venu réclamer le corps (Jn 19.38), mais plus important encore, il a été fait par les soldats. Les soldats romains étaient spécialistes de la mort et ce n’était pas le premier qu’il voyait. Surtout le centurion qui en authentifiant la mort, il se portait garant du verdict.

En considérant les circonstances de sa mort, il est important de souligner l’argument du silence par les autorités juives. En effet, les autorités juives qui avaient revendiqué sa mort par crucifixion n’ont jamais apporté d’argument pour montrer que Jésus n’était pas mort sur la croix. Ce qui était admis par tout le monde de cette époque c’est que Jésus de Nazareth est mort sur la croix. Les évidences pointent toutes vers ce fait. Les arguments apportés par le coran ne peuvent donc pas tenir la route face aux évidences historiques. Autant leur argument ne tient pas en compte du contexte, des données médicales, ainsi que les témoins oculaires (juifs et romains) de ces événements, nous sommes dans l’obligation de tiré la conclusion que la meilleure explication est que Jésus est mort sur la croix.



[1] Il existe de nombreuses raisons de penser que Dieu existe. Le présent texte ne cherche pas à le démontrer. J’aimerais simplement référer à d’autres articles du site. Mais soulignons quand même que la résurrection de Jésus milite aussi dans ce sens, car elle demande l’existence de Dieu pour pouvoir avoir réellement eu lieu et les données historiques nous poussent vers cette explication.

[2] Dans d’autres blogues, nous regarderons d’autres évidences, comme celui du tombeau vide, l’existence de Dieu, les apparitions, ainsi que les explications alternatives.

[3] L’idée selon laquelle Jésus ne serait pas mort sur la croix se retrouve dans le Coran (Sourate IV : 156-157).

[4] Une bonne discussion sur la mort de Jésus se trouve dans le livre : Strobel, Lee, Jésus la parole est à la défense! Un journaliste d’expérience à la poursuite du plus grand événement de l’histoire, Vida, 1998, 217-232. Lee Strobel fit une entrevue avec Alexander Metherell, médecin et ingénieur. En ce qui concerne la mort de Jésus, quelques arguments sont résumés dans le présent texte.

[5] Pièce de bois souvent placer horizontalement, sur laquelle on clouait les bras.

[6] Choc Hypovolémique: Hypo: Bas Vole: volume émique: sang

[7] Produit parfois des évanouissements

[8] Certaine blessures sportives ont produit des effets similaires.