L’apologétique biblique est le domaine de l’apologétique chrétienne qui défend, entre autres, l’historicité, l’authenticité, et la fiabilité de la Bible. On peut également considérer les prétendues erreurs dans la Bible, ainsi que les manuscrits et leurs copies.

Des résurrections étranges à la mort de Jésus (partie 4)

Des « morts vivants » par la mort de Jésus : étrange. Nous continuons nos réflexions sur les choses étranges concernant la résurrection. L’évangile de Matthieu rapporte que des tombeaux ont été ouverts et que des morts ont ressuscité et marché dans Jérusalem : étrange! Comment devons-nous comprendre ce passage que nous trouvons dans l’évangile de Matthieu 27.52-53?

52les tombeaux s’ouvrirent, et les corps de plusieurs saints qui étaient décédés ressuscitèrent. 53Ils sortirent des tombeaux, entrèrent dans la ville sainte, après la résurrection (de Jésus) et apparurent à un grand nombre de personnes.

Il faut l’avouer, dans les prédications lorsqu’on parle de ce passage, les idées vont dans plusieurs directions. Il est assez difficile de construire une apologétique historique sur la seule base du texte, et souvent nous voyons les prédicateurs aller dans cette direction. Les athées ne manquent pas d’en faire la critique en soulignant le manque d’évidence et de source, Matthieu étant le seul à rapporter cet événement. Ils ont raison. Ceci dit, cela ne signifie pas qu’il ne s’est rien passé. Il faut quand même poser la question : « Qu’est-ce que Matthieu voulait faire en mentionnant cela? »

D’un point de vue chrétien, la théologie et l’histoire sont intimement liées. Pour nous, Dieu agit dans l’histoire afin de racheter un peuple. Par conséquent, cela signifie aussi qu’un événement peut avoir un sens à la lumière de cette histoire rédemptrice[1]. Comprendre un événement comme celui-là, c’est entré dans l’histoire de la rédemption. C’est aussi entré dans la philosophie de l’histoire biblique. Sans aller trop loin dans ces détails, j’aimerais donc suggérer que :

Cet événement étrange signale au lecteur que la mort de Jésus sur la croix est le commencement de la fin de l’ancienne création et l’inauguration de la nouvelle création.

Le grand récit biblique

Si nous prenons la bible dans son ensemble, structurellement parlant, la bible commence par la création (Genèse 1-2), la chute (Genèse 3) et se termine par la nouvelle création (Apocalypse 21-22). Entre Genèse 1-2 et Apocalypse 21-22, il y a la rédemption : Dieu rachète un peuple, à cause de Genèse 3.

Si nous voyions la bible comme une ligne du temps, nous verrions qu’au centre de cette ligne il y a la croix de Jésus. C’est-à-dire, que tout ce qui vient avant la croix pointe, converge, annonce les événements concernant l’évangile, concernant Jésus.[2] Et tout ce qui a lieu après dans l’histoire est rendu possible à cause de la mort et de la résurrection de Jésus.[3]

Si nous regardons l’histoire de l’Ancien Testament (AT) dans sa relation avec le Nouveau Testament (NT) nous pourrions la décrire comme ceci : Tout ce que l’AT prévoyait se produire à la fin des temps (« derniers jours ») a déjà commencé dans le premier siècle et se poursuit jusqu’à la dernière venue du Christ. L’expression « déjà, mais pas encore » fait référence à deux étapes d’accomplissement de ces « derniers jours ». C’est « déjà », parce que les derniers jours sont venus en Christ, mais ce n’est « pas encore » par ce que les derniers jours ne sont pas encore consommé. Les théologiens appellent cela une eschatologie inaugurée.[4]

La résurrection et la « fin des jours »

Si vous n’êtes pas familier avec les expressions « dernier jour », « temps de la fin » ou « jour à venir »[5], il faut mentionner que ce sont des expressions qui se rapportent dans la bible à partir dans l’AT. Le NT cite ces mêmes expressions souvent tirées des passages de l’AT.

Dans ce cadre, la résurrection a été prédite par l’AT à se produire à la « fin des jours » dans le cadre de la nouvelle création. Dieu fera de l’humanité rachetée une partie de la nouvelle création en recréant des corps par la résurrection.[6]  En appui (voir note pour passage), Daniel 12.1-2 et Ézéchiel 37[7].

À première vue, nous pourrions penser qu’il s’agit de prophéties concernant la fin de toute chose lorsque Dieu reviendra à la toute fin dans le futur. Pour illustrer, nous regardons au jour final où Jésus paraîtra et qu’il nous donnera de nouveaux corps, comme un mariage. Les fiançailles sont faites, mais nous attendons de consommer notre union avec le Christ. Cela signifie donc que la nouvelle création a été placée au début, avec la résurrection de Jésus et non à la fin lors de son retour. Le Christ ressuscité n’est pas simplement l’inauguration spirituelle du nouveau cosmos, mais il est littéralement son commencement, puisqu’il a été ressuscité avec un corps physique et nouvellement créé.

Une telle délivrance finale et complète de la servitude doit être non seulement spirituelle, mais aussi physique. Jean 5.24-29 met ensemble une référence claire et spirituelle de résurrection de Daniel 12.1-2 et Ézéchiel 37. Il l’emploie pour indiquer à la fois une résurrection inaugurée (spirituelle) et par la suite une résurrection physique la fin.

Ézéchiel 37.12-13 Jean 5.28
C’est pourquoi, prononce un oracle et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur DIEU : je vais ouvrir vos tombeaux ; je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur le sol d’Israël. 13Vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR quand j’ouvrirai vos tombeaux, et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple. Que tout ceci ne vous étonne plus ! L’heure vient où tous ceux qui gisent dans les tombeaux entendront sa voix,

Bien qu’il y ait beaucoup à dire sur ces sujets, il est important de voir que la première venue de Jésus, et spécialement sa mort et sa résurrection inaugurent les derniers jours. C’est donc une compréhension de l’histoire centrée sur les événements entourant la mort et la résurrection de Jésus.

L’étrange résurrection de Matthieu 27.52-53

À l’intérieur de cette vision de l’histoire, nous pouvons donc apercevoir le sens que Matthieu donne à cet événement. De la même manière, Matthieu 27.52 utilise Ézéchiel 37.12-13 pour décrire une résurrection physique.[8]

Ézéchiel 37.12-13 Matthieu 27.52-53
C’est pourquoi, prononce un oracle et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Je vais ouvrir vos tombeaux ; je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur le sol d’Israël. 13Vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR quand j’ouvrirai vos tombeaux, et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple. 52les tombeaux s’ouvrirent, et les corps de plusieurs saints qui étaient décédés ressuscitèrent. 53Ils sortirent des tombeaux, entrèrent dans la ville sainte, après la résurrection (de Jésus) et apparurent à un grand nombre de personnes.

 

Immédiatement après avoir décrit la mort de Jésus (Matthieu 27.50), Matthieu ajoute ces versets 27.52-53. La croyance en la résurrection générale est construite à partir de l’AT lorsque le Messie viendrait.[9] Ce qui était inattendu c’était la mort et la résurrection du Messie avant la résurrection générale et le jugement final. Il est probable que cette poignée de fidèles supplémentaires revenant à la vie devait garantir que la résurrection de Jésus fonctionnait en fait comme les prémices de beaucoup plus à venir (1 Corinthiens 15.20-22).[10]

Conclusion

C’est évident que je n’ai pas prouvé ces résurrections et les tombeaux ouverts de ce passage biblique. Quant à moi, cela ne changerait pas grand-chose, dans la mesure où la résurrection de Jésus est validée beaucoup plus fortement par l’évidence historique. Il vaut la peine en conclusion d’apporter deux nuances nécessaires :

  1. Je ne désire en aucun cas laisser entendre que ces événements ne se sont pas produits. La vie entière de Jésus, sa mort et sa résurrection sont des événements uniques incrustés dans l’histoire. Dieu se révèle à nous et se dévoile dans l’histoire. Et sur cette conviction nous sommes en droit, même en devoir, de rechercher ce que Dieu désire nous dévoiler dans cette histoire. Cela produit un amour plus grand pour l’évangile et une augmentation de mon affection pour Jésus.
  2. Certains théologiens pourraient m’accuser de spiritualiser le texte, à cause que je n’ai pas expliqué le texte de manière historique-littérale-grammaticale. Loin de moi le désir de spiritualiser ces événements. Pourquoi opposé spirituel à littérale? La nouvelle naissance elle-même est une réalité spirituelle et littérale! L’approche que j’ai utilisée pour le texte de Matthieu a l’avantage de faire ressortir ce qui est littérale-historique-grammaticale. Elle nous permet, entre autres, de voir les allusions à l’AT. À la lumière de l’histoire de la rédemption, ce passage devient plus clair.

La cohérence interne à la bible me fascine! L’étude de cet événement rapporté par Matthieu me confirme encore une fois que Jésus a accompli tout ce que prévoyait l’AT. Par son corps ressuscité il inaugure et rend réel les promesses de la vie éternelle dans l’anticipation de notre restauration finale et consommé.

[1] Historico-rédemptrice : C’est l’évangile dans l’histoire. C’est une terminologie consacrée pour parler de ce que Dieu a fait dans son plan qui traverse les siècles de l’histoire.

[2] Voir par exemple, Éphésiens 1.4-6; 2 Timothée 1.9-10

[3] Voir par exemple, 2 Corinthiens 1.20; Romains 8.32; Éphésiens 4.4-8; Hébreux 13.20-21; 1 Pierre 4.11

[4] Gladd L., Benjamin and Harmon, Matthew S., Making all thinks new: inaugurated eschatology for the life of the church. Baker Academic, Grand Rapids, 2016, p.8-11

[5] L’AT utilise ces termes qui ne sont pas toujours eschatologiques, mais quelques fois les auteurs ont réellement l’eschatologie en vue.

[6] Gladd, p.10

[7] Passage sélectionné pour réduire le texte. Il vaut la peine de lire tout le chapitre.

Daniel 12.1-2 Ézéchiel 37.6, 12-14
1En ce temps-là se dressera Michel, le grand Prince,
lui qui se tient auprès des fils de ton peuple.
Ce sera un temps d’angoisse
tel qu’il n’en est pas advenu depuis qu’il existe une nation
jusqu’à ce temps-là.
En ce temps-là, ton peuple en réchappera,
quiconque se trouvera inscrit dans le Livre.
2Beaucoup de ceux qui dorment dans le sol poussiéreux se réveilleront,
ceux-ci pour la vie éternelle,
ceux-là pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle.

 

6Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître sur vous de la chair, j’étendrai sur vous de la peau, je mettrai en vous un souffle et vous vivrez ; alors vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR. »

12C’est pourquoi, prononce un oracle et dis-leur : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Je vais ouvrir vos tombeaux ; je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple, je vous ramènerai sur le sol d’Israël. 13Vous connaîtrez que je suis le SEIGNEUR quand j’ouvrirai vos tombeaux, et que je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple. 14Je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez ; je vous établirai sur votre sol ; alors vous connaîtrez que c’est moi le SEIGNEUR qui parle et accomplis – oracle du SEIGNEUR. »

 

[8] Le tremblement de terre rappelle les paroles de Zacharie 14.4-5.

[9] Craig L. Blomberg dans, Carson D.A. and Beale, G.K., Commentary on the New Testament use of the Old Testament, Baker Academic, Appolos, Grand Rapids, Michigan, 2007, p.98.

[10] Blomberg, p.98

Une déclaration étrange après la résurrection (partie 2 suite): Les témoins de Jéhovah et Jean 20.28 

« Thomas lui répondit : Mon Seigneur et mon Dieu! » (Jean 20.28)

Probablement dans votre entourage, vos connaissances, ou quelqu’un au travail, est Témoins de Jéhovah. Nous savons que les Témoins de Jéhovah n’ont pas la même conception de Jésus que nous pouvons l’avoir, nous chrétiens évangéliques. Ils doivent eux aussi interpréter ce passage (Jn 20.28) et en offrir une explication conforme avec leur compréhension de Jésus. Prendre ce verset pour ce qu’il déclare est extrêmement difficile pour eux, car ils croient au mieux que Jésus est une divinité de « second rang », comme on le verra. Enfin, ils donnent quelques explications pour harmoniser avec ce qu’ils croient :

  1. C’est une exclamation de surprise.

« Mon Seigneur ! Mon Dieu! » Il serait surprenant que ce texte s’interprète de cette façon. La première réponse de Thomas serait de nature blasphématoire et vulgaire. Nous savons que chaque culture a ses expressions grossières qui leur sont propres  et ici c’est ce que Thomas ferait. Ce serait invraisemblable pour au moins trois raisons :

  1. Parce que Thomas est un juif dévoué et le mot « Dieu » vient avec son bagage juif de considération.
  2. Même si cela était possible, cette interprétation tombe en considérant le mot « et », qui la rend ridicule.
  3. Advenant que ce soit le cas, cela voudrait dire que Jésus accepte l’adoration de Thomas.

Cette première tentative est plus qu’improbable, car elle ne tient pas en compte du contexte propre au texte, ainsi qu’au judaïsme de l’époque. Elle est plutôt une tentative d’imposer leur théologie sur le texte, au lieu d’être dirigé par le texte.

  1. Thomas s’adresse à Jésus en termes d’une divinité dans une position exceptionnelle devant Jéhovah.

C’est probablement l’explication la plus courante et la plus développée. Voici en quoi elle consiste dans leur livre Comment raisonner à partir des Écritures, dans la citation intégrale :

« Rien ne s’opposait à ce que Thomas appela Jésus ‘’Dieu’’, si c’est bien là ce qu’il a voulu dire? Cela s’harmoniserait avec un texte des Psaumes que Jésus a cité dans lequel des juges puissants sont qualifiés de ‘’dieu’’. (Jean 10;34, 35, Tob; Ps 82.1-6.) Bien entendu, Jésus occupe une position de loin supérieure à celle de ces hommes. En raison de sa position exceptionnelle vis-à-vis Jéhovah. Jésus est appelé ‘’le dieu fils unique’’ en Jean 1 :18 (MN; voir également GL, CT, VB). Par ailleurs, Essaie 9 :6 le qualifie en termes prophétiques de ‘’dieu puissant’’, mais pas de Dieu Tout-Puissant. Tout cela s’accorde avec le fait que Jésus est décrit comme étant ‘’dieu’’, ou un ‘’être divin’’, en Jean 1 :1 (MN, CE). »[1]

Il y a plusieurs éléments à considérer dans ce paragraphe :

  1. La conception de l’argument : En logique nous appelons cela une pétition de principe. Il nous demande de considérer comme admis ce qui doit être démontré. C’est-à-dire, que la réponse est déjà orientée d’une certaine façon vers la conclusion. Voilà la forme de l’argument :
    1. « Rien ne s’opposait à ce que Thomas appela Jésus ‘’Dieu’’ […]»
    2. « […] si c’est bien là ce qu’il a voulu dire? »
    3. « Cela s’harmoniserait avec […] »

En fait cela s’harmoniserait avec leur propre vision à savoir que Jésus n’est pas Dieu. Mais c’est justement cela qu’il faut démontrer. Le psaume cité en Jean 10.34-35 ne concerne pas Jésus directement. Il s’adresse aux juifs qui jugent Jésus justement parce qu’il s’est fait Dieu (Jn 10.33). Les juifs eux-mêmes reconnaissaient qu’ils se faisaient Dieu, et c’est la raison pour laquelle ils voulaient le lapidé (Jn 10.33).

  1. Ils orientent leur interprétation selon deux versets tirés de l’évangile de Jean, qui est évidemment interprété selon eux comme « Jésus = être divin » (Jn 17.3; 20.17). La démonstration n’en est pas faite. Ils ont simplement commencé en supposant la question résolue, en y trouvant ce qui est déjà déterminé. C’est une orientation théologique tendancieuse. À titre d’exemple, il mentionne que le Fils est qualifié en « […] termes prophétiques de ‘’dieu puissant’’, mais pas de Dieu Tout-Puissant. » Il faut simplement lire le verset au complet pour répondre à cela et y voir qu’il est aussi appelé Père éternel:

« Car un enfant nous est né, Un fils nous est donné, Et la souveraineté (reposera) sur son épaule ; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix.» (Esaïe 9.5 CL [6])

  1. Il commence dans la reconnaissance que Thomas a appelé Jésus « Dieu » [D majuscule] et que rien ne s’y opposait. Par la suite, dans le texte jamais il est appelé « Dieu », mais bien « dieu » [d minuscule]. Malgré cela, leur Traduction du monde nouveau conserve le « D » majuscule[2], ainsi que leur texte grec interlinéaire.[3]

Il semble que rien ne s’opposait à appeler Jésus « Dieu », à l’exception de leur théologie. Suite à ce paragraphe, immédiatement ils nous annoncent que « le contexte nous aide à tirer les bonnes conclusions. »[4] Voilà qui nous intéresse. Cela commence par un rappel de Jean 17.3 ou Thomas aurait entendu Jésus prier qu’à son Père comme « au seul vrai Dieu ».[5] Ensuite,

« Une fois ressuscité, Jésus avait fait dire à ses apôtres, dont Thomas, qui venait de voir Jésus et de toucher Jésus ressuscité, l’apôtre Jean a déclaré : ‘’[Ces signes] ont été [rapportés] pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.’’ (Jean 20 :31, Tob). Par conséquent, si quelqu’un en était venu à penser, sur la foi des paroles de Thomas, que Jésus lui-même est le ‘’seul vrai Dieu’’ ou ‘’Dieu le Fils’’ au sein de la trinité, il aurait intérêt à reconsidérer la déclaration de Jésus (v.17) et la conclusion très claire que tire l’apôtre Jean. »[6]

Faisons quelques observations encore une fois :

  1. Ils font seulement allusion au contexte du chapitre 20 de Jean, sans les explications contextuelles nécessaires. Le contexte n’est-il pas roi?
  2. Ils font allusion encore une fois à des passages (Jean 17.3) déjà interpréter selon leur théologie. Où est la démonstration? Où sont les autres passages qui parlent explicitement de Thomas dans l’évangile (11.16; 14.5-6) qui établit le portrait de Thomas et de son doute? Nous pourrions faire une tout autre liste qui mentionne la divinité de Jésus et le fait que c’était le motif de mise à mort par la lapidation. D’ailleurs ce motif est explicitement mentionné dans les passages comme Jean 10.33 [cf. motif Jn 8.58; 11.8]. Les Témoins de Jéhovah refusent de voir que Jésus lui-même se faisait Dieu, les juifs eux-mêmes l’ayant compris.
  3. Par conséquent, la conclusion, c’est que si nous ne pensons pas comme eux nous devrions nous interroger et considérer la conclusion de Jean 20.17, 31. Dresser une christologie sur la base de deux versets, sans le contexte, c’est très difficile.

Sans revenir à tout ce que nous avons dit dans l’article précédent[7] sur le contexte du passage, nous devons admettre le caractère très personnel de la confession de Thomas, lui, juif monothéiste du premier siècle. L’évidence textuelle, historique et contextuelle ne va pas dans le sens de la compréhension des témoins de Jéhovah.

Conclusion

En traçant les grandes lignes d’une réponse aux témoins de Jéhovah, j’espère avoir rendu clair mon amour pour eux. Loin de moi l’idée des ridiculisé. Mon désir est de rendre clair l’évangile de Jésus-Christ, la bonne nouvelle de tout ce que Dieu a fait en Jésus-Christ. Cet essai tente donc d’ouvrir une brèche pour questionner les témoins de Jéhovah, mais surtout, les amené dans le texte biblique et non par la compréhension de la société des témoins de Jéhovah. Une compréhension de la divinité de Jésus est certainement nécessaire, et cela commence sans aucun doute dans les textes mêmes de la bible qui nous rapporte les événements entourant la vie, la mort et la résurrection de Jésus. Le texte est Roi!

En terminant, Jésus disait en Jean 5.39 : « Vous sondez les Écritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. »

 

 

 

 

 

 

[1] Comment raisonner à partir des Écritures, Watch Tower Bible and Tract society of Pennsylvania, 1986, p.206-207.

[2] Sans entrer dans les détails techniques, il ne respecte pas leur propre règle de grec qui fait mettre un petit « d » à Jean 1.1, 18 [lorsque Dieu est précédé d’un article défini, il faut un grand D, mais pas si l’article n’y est pas]. Il semble que les règles exégétiques sont très sélectives.

[3] The Kingdom interlinear translation of the Greek Scripture: Three bible texts. Watch Tower Bible and Tract society of Pennsylvania and International bible students association, 1985, p.513

[4] Comment raisonner, p.207

[5] Comment raisonner, p.207

[6] Comment raisonner, p.207

[7] http://www.associationaxiome.com/declaration-etrange-apres-resurrection-partie-2/

Une déclaration étrange après la résurrection (partie 2)

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. »  Henri Poincaré   Dans le premier article, nous avons regardé la proposition selon laquelle le NT se construit sur l’AT. À partir des récits de la résurrection, nous avons vu que cette proposition est très difficile […]

Les récits étranges de la résurrection (partie 1)

Lorsqu’on se plonge de manière attentive dans les récits de la résurrection – les récits contenus à la fin des quatre évangiles – nous sommes en zone étrange. Combien de femmes y avait-il au tombeau? Combien d’anges ou d’homme? Les disciples qui se demandent qui il est. Et bien d’autres questions. Ces écarts biographiques ont amené certains théologiens, historiens et philosophes à remettre en question la validité des récits sur la résurrection. Manne pour les athées, comme Michel Onfray, on tente d’expliquer la résurrection à partir d’un construit que les auteurs évangéliques se feraient à partir de l’Ancien Testament. Autrement dit, après les événements survenus à la pâque, des années plus tard (selon certains) les apôtres ou une génération après ont examiné les textes de l’Ancien Testament (AT) et ont rédigé leur Nouveau Testament (NT), particulièrement les récits entourant la résurrection. Selon Michel Onfray :

« Les évangiles ressemblent à un grand puzzle rempli d’énigmes, un labyrinthe sans fil d’Ariane unique, un vaste collage de textes de juifs qui piochent dans l’Ancien Testament matière à construire leur Nouveau Testament. » [1]

Les écarts de surface entre les récits ne signifient pas que rien ne s’est passé. Si nous avions un seul récit, au lieu de quatre, on accuserait les chrétiens de ne pas avoir assez d’évidence et de preuve documentaire, ou encore que l’auteur serait influencé par un délire ou une dissonance cognitive. D’un autre côté, s’il y avait quatre textes pareils, ils seraient écartés pour plagiat et rendraient peu probable, historiquement, les récits.

Il est évident que les récits reflètent les intérêts théologiques des auteurs[2] et c’est la raison pour laquelle il faut donner un intérêt particulier à la théorie révisionniste – construire un récit par une relecture de l’AT. Pour offrir une réponse à cette théorie, nous le ferons en plusieurs étapes. Pour le moment, notre attention se tourne vers les récits en eux-mêmes, les quatre évangiles.

Des choses étranges

Afin de répondre à la théorie révisionniste, il faut d’abord relever quelques éléments étranges[3] dans les récits concernant la résurrection. J’aimerais suggérer que ces éléments nous obligent à les prendre au sérieux. Ils sont sérieux, car ce sont des éléments qui sont arrivent tôt, non pas des inventions ultérieures, comme certains le suggèrent.

  1. Étrangement, les récits de résurrection sont silencieux sur les citations, allusions ou échos à l’Ancien Testament.

À part quelques exceptions les récits de la résurrection font rarement référence à l’AT. Sachant que les écrivains du NT citaient abondamment l’AT, c’est un état de choses assez surprenant.

Livre Nombres de versets Passages bibliques Sujets
Matthieu 20 28.1-20 Tombeau vide et apparence
Marc 8 16.1-8 Tombeau vide, sans apparence
Luc 53 24.1-53 Tombeau vide et apparence
Jean 52 20.1-19; 21.1-23 Tombeau vide et apparence

Tableau 1: Répartition des récits de résurrection

Prenons l’évangile de Jean en exemple, souvent considéré plus spirituel, surtout concernant le corps de Jésus. L’évangile de Jean est impressionnant. Lorsque nous dressons une liste des passages qui lient le sujet de la résurrection dans son champ sémantique ou thématique, nous voyons la richesse et l’importance du sujet:

Jean Passage AT Sujet dans Jean
2.17 Ps 69.9 Zèle pour la maison de son Père
2.19-20[4]   Temple détruit en 3 jours
3.5 Ez 36.25-27 Naître d’eau
3.8 Eccl 11.5; Ez 37 Vent qui souffle
3.13 Pr 30.4; Dan 7.13 monté au ciel
3.14 No 21.8-9; Es 52.13 Élévation du serpent
3.16 Ge 22.2, 12, 16 Élévation du Fils
4.10 Nom 20.8-11; cf. 21.16-18 Don de l’eau vive
4.21-24 Deut 11.29; 12.5-14; 27.12; Jos 8.33; Ps 122.1-5; Es 2.3? Vraie adoration ne sera plus sur une montagne
4.36 Amos 9.13? moisson
5.21-24   Dieu ressuscite et le Fils aussi
5.27 Dan 7.13  
5.29 Dan 12.1-2  
5.39-40   Vie provient des Écritures
5.45 Deut 31.26-27  
5.46 (cf. 6.14) Deut 18.15, 18  
6.29 Mal 3.1 Invitation a croire
6.40-51 Es 54.13a (6.45) Celui qui croit sera ressuscité
6.54    
7.38 Neh 9.15, 19-20; cf. Nom 20.11; Ps 77.16, 20 LXX; Es 58.11; Za 14.8 celui qui croit aura la vie selon les Écritures
8.12 Es 9.1-2; cf. 49.6 Jésus lumière du monde qui donne la vie
8.28 Es 52.13 Élévation du Fils et vie
8.55-56   Gloire du Fils donné par le Père
10.8-11 Jer 23.1-2; Ez 34.2.3 Berger donne sa vie pour brebis
10.16 Es 56.8; Ez 34.23; 37.24 Brebis entend la voix du berger et forme un troupeau
11.1-44   Jésus est la résurrection (11.25)
12.32 Es 52.13 Élévation du Fils
19.36-37 Za 12.10; Ex 12.46; Nom 9.12; Ps 34.20 Brisement du Fils, et sa crucifixion

Tableau 2: Allusions probantes à l’AT et la résurrection dans Jean

Le langage de la résurrection[5] dans l’évangile de Jean est assez diversifié et il est en relation avec différents thèmes. Cela nous amène à faire deux observations capitales :

  1. Les allusions à l’AT dans le récit de la résurrection, dans Jean, sont quasi absentes[6]
  2. Ces allusions concernent beaucoup plus sa mort que sa résurrection.

Pourquoi les évangélistes ne réfèrent pas à l’AT? N’est-ce pas le point culminant de l’histoire de Dieu et de son peuple? Ce serait facile pour Mathieu de citer une ou deux prophéties avec une mention « accomplie ». Il ne le fait pas.[7]

  1. Étrangement, le portrait de Jésus ne reflète pas les attentes juives

Spécialement, dans le contexte du second temple, nous devrions nous attendre à ce que les récits reflètent certains passages de l’AT, ou encore expriment la théologie juive à cet égard. Ils ne le font pas. Il commence simplement avec Jésus, pas radiant, ni dans le ciel, comme on attendait.[8] Pas de visions célestes. Nous sommes loin des visions apocalyptiques. Imaginons un scribe chrétien 40, 50, même 60 ans plus tard qui étudie l’Écriture et qui maintenant veut écrire le récit de la résurrection. S’attendrait-on à quelques citations? Quelle Écriture? Peut-être Daniel?

Daniel 12,2-3
2Beaucoup de ceux qui dorment Dans la poussière de la terre se réveilleront, Les uns pour la vie éternelle Et les autres pour la honte, pour l’abjection éternelle.

3Ceux qui auront été des clairvoyants resplendiront Comme la splendeur de l’étendue céleste, Et ceux qui auront enseigné la justice à la multitude Comme des étoiles, à toujours et à perpétuité.

 

Jésus est plutôt décrit comme un homme dans son corps physique, mangeant du poisson, apparaissant à ses disciples, qu’on touche.

  1. Étrangement, les récits ne renferment pas d’espoir personnel

Simplement dans une tentative d’évaluation historique, il est étrange de ne pas y trouver de mention de notre espérance future en tant que chrétien. N.T. Wright souligne que c’est contre-intuitif, car la majorité de nos hymnes, liturgie, icône, etc. s’est concentré sur la résurrection comme « une vie après la mort ».[9] Au lieu de cela, nous trouvons à la fin, une commission pour le monde présent. Jésus est ressuscité : donc, vous avez du travail à faire et je serai avec vous! La question ne concerne pas la vie post-mortem.

  1. Étrangement, les récits ont comme témoin des femmes

C’est apologétiquement embarrassant. Qu’on aime cela ou non, à cette époque les femmes n’étaient pas considérées comme des témoins crédibles. Les évangiles, même Paul (1 Corinthiens 15), mettent les femmes au centre de leurs témoignages. Les premiers témoins sont des femmes.

Conclusion

Au cœur de la théorie révisionniste, il y a la proposition que le NT se construit sur l’AT. C’est évident que l’histoire biblique a un fil conducteur et qu’il y a des liens nécessaires à faire avec l’AT. Les auteurs du NT le font abondamment, de différentes manières. La théorie révisionniste fait la proposition supplémentaire que les récits de la résurrection sont des relectures de l’AT. Le langage de la résurrection est riche et diversifié et lorsque les auteurs utilisaient l’expression « il est ressuscité d’entre les morts » ce langage signifiait qu’on le veut ou non : il est ressuscité d’entre les morts. S’ils voulaient parler d’apparition de fantôme ou d’esprit, il y a des expressions spécifiques pour cela.

Les évidences pointent dans une autre direction et cette théorie manque de puissance explicative.  Wright nous rappelle justement que la résurrection a effectivement fonctionné comme une métaphore, mais pas comme une métaphore pour une nouvelle expérience religieuse.[10]

[1] Michel Onfray, Décadence : Vie et mort du judéo-christianisme. Flammarion, Villeneuve-d’Ascq, 2017, p.199. Pour Onfray, Jésus existe de manière conceptuelle  et non comme un Jésus historique. « Notre civilisation tout entière semble reposer sur la tentative de donner un corps à cet être qui n’eut d’autre existence que conceptuelle. » Onfray, Décadence, p.45. Encore, « L’origine du christianisme est obscure, opaque : il faut composer avec un Jésus invisible, incorporel, conceptuel. » Onfray, Décadence, p.83. Voir aussi Michel Onfray, Traité d’Athéologie : physique de la métaphysique. Grasset & Fasquelle, 2005, p.157-199. Richard Carrier est un historien athée qui soutient la même hypothèse.

[2] Le récit de la résurrection de chaque évangile reflète les thèmes de leur évangile. L’évangile de Mathieu est particulièrement intéressant.

[3] N.T. Wright discute de ces éléments étranges dans N.T. Wright, The Resurrection of the Son of God. Fortress Press, Minneapolis, p.2003, p.599-608.

[4] Le caractère gras souligne qu’il y a allusion plus directe à la résurrection ou encore à l’Esprit qui donne la vie.

[5] Allusions claires: 2,19-20; 3,1-16; 4,21-24; 5,21-24, 28-29, 39-40, 46; 6,40, 44-51, 54; 7,37-38; 8,12, 28, 55-56; 10,10-18; 11,1-44; 12,32; Jean 19 sur sa mort : 19,14, 28, 31, 36-37, 42; et 20,9. Allusions probantes: 1,12-13; 1,33.

[6] En fait elles sont pratiquement absentes de la deuxième section de l’évangile de Jean, livre de la gloire ou de la passion (13-21).

[7] Paul ne le fait pas aussi. En 1 Corinthien 15.3, il fait simplement mention que cela accomplit l’Écriture, sans référence biblique.

[8] Wright, RSG, p.604

[9] Wright, RSG, p.602-604

[10] N.T. Wright, Surprised by hope: Rethinking heaven, the resurrection and the mission of the church. Harper One, New York, 2008, p.60.

Un évangile qui donne de la valeur aux femmes!

Jesus_kissing_his_mother_maryLes femmes « dans » la bible (Partie 2)

« La vraie féminité c’est de rendre clair au monde et de manière unique que Dieu est glorieux! »

Dans la première partie, j’ai donné deux arguments afin de répondre à ceux qui disent que la bible dit que la femme est inférieure à l’homme, surtout à partir du livre de la Genèse dans la bible. Dans le présent article, j’aimerais montrer que l’évangile donne énormément de valeur aux femmes. Même que, dans un sens, l’évangile est le fondement de cette valeur accordée aux femmes.

Encore une fois, dire que la bible et plus spécifiquement que l’évangile donne de la valeur aux femmes ne vont pas dans le sens du discours philosophique contemporain. Le célèbre auteur français Michel Onfray popularise l’idée selon laquelle le christianisme est inévitablement castrateur et que cette « […] machine à produire des eunuques, des vierges, des saintes, des mères et des épouses en quantités, s’effectue toujours au détriment du féminin dans la femme. »[1]

On doit cependant concéder avec justesse que la religion, surtout politisée, s’effectue généralement au détriment des femmes. Malheureusement, l’histoire nous le montre trop souvent, peu importe la religion ou la croyance, même athée. Mais c’est une affirmation qui généralise toutes les visions chrétiennes, qui absolutise le message biblique et qui ne tient pas en compte le fait que lui-même prend la première section de son livre à nous raconter son expérience de jeunesse à l’orphelinat chez des prêtres salésiens. Et avec raisons nous devons dénoncer les abus en tous genres et je lui lève mon chapeau de le faire. Cependant, je ne peux généraliser et rendre absolue sa vision du christianisme influencé grandement par son expérience et encore moins réduire l’essence du christianisme à une mécanique inévitablement dénigrante, réductrice et antiféminine.

Mon argument principal est celui-ci : Une des façons que l’on a de considérée la valeur de la femme, dans la bible, est de regarder la relation que Dieu veut que l’homme établisse avec elle.

À quoi ressemble cette relation?

Commençons par lire, en nous limitant à ce que Paul dit en Éphésiens 5.31-32 :

« 31C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux deviendront une seule chair.32Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l’Église.»

Paul dans ce passage considère le mariage et cite un passage de la Genèse (2.24) et il y découvre un grand mystère (5.32). Pourquoi? Au risque de trop simplifier, disons simplement que Paul depuis le début de sa lettre utilise l’image d’un corps pour parler de son Église (1.23; 4.4, 12-16; etc.). Tous ceux qui mettent leur foi en Christ font partie de son corps. Ils sont l’organisme par lequel Dieu manifeste sa vie.

Paul fait un parallèle avec le mariage : Marie et femme deviennent une seule chair, comme Christ et l’église deviennent un même corps. Paul utilise le mariage comme une image représentant notre union avec Christ. « Une seule chair » versus « un corps ». Et Paul cite Genèse 2.24 en référence directe à l’union de Christ et de l’église. C’est ici que cela devient intéressant, car théologiquement, l’argument de Paul ne bouge pas des relations humaines de mariage vers Christ et l’Église. Plutôt, Christ et l’Église dans leur relation d’amour sont le paradigme pour le mari et la femme dans la genèse.[2] Autrement dit, Paul cite un texte concernant la création et le mariage et il dit : J’ai conçu le mariage sur le modèle de l’amour que Christ a pour son Église.

 

L’amour de Christ pour son Église : Notre modèle

Inévitablement, cela soulève la question : quel est donc le modèle d’amour? À quoi ça ressemble? Qu’est-ce ça mange en hiver? En fin de compte nous pouvons le résumer assez rapidement : « […] l’Église de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang. » (Actes 20.28). L’Église est précieuse au point de donner sa vie!

L’évangile vous donne de la valeur d’au moins deux façons :

  1. Dans la joie que nous devons y trouver. La bible énonce une vérité étonnante : « Que chacun aime sa femme comme lui-même » (Eph 5.33). Tous nous cherchons notre joie et notre bonheur. Et voici une vérité biblique : c’est que l’amour véritable recherche sa joie dans celle de l’être aimé. Nous sommes appelés à trouver notre joie dans notre relation. Le Seigneur ne nous demande jamais de nous réjouir en quelque chose qui n’a pas d’importance.
  2. La relation d’amour que nous devons avoir avec nos femmes est semblable à celle de Christ et de l’église (5.25). Quelle valeur elle a pour la comparer à l’amour de Christ envers l’église. Il s’est donné. Il avait un plan et il avait comme dessein pour de nous racheter au prix de son propre Fils. Et c’est exactement ce qu’il nous dit : tu l’aimeras exactement comme cela.

Tu vas l’aimer au point que jour après jour tu te donneras pour elle. Jésus s’est donné pour vous. Vos femmes de même ont une si grande valeur que tu te donneras pour elle.

Mettre les pièces ensemble!

Mettons les choses en ordre : Dieu n’existe pas pour rendre gloire à la femme. La femme existe, afin de rendre Gloire à Dieu. Elle existe afin de rendre clair au monde que Dieu est merveilleux. Quand Dieu a dit ses intentions concernant sa création en Es 43, il a dit que ce qu’il a créé est pour sa gloire. La femme existe pour la gloire de Dieu. Et donc, la place privilégiée, c’est celle d’être une image de Dieu qui reflète sa gloire. C’est privilégié non pas parce qu’elles sont supérieures. Mais parce que Dieu les a créés aussi pour sa gloire et il leur accorde une grande valeur.

Si vous tentez de réduire la féminité à des caractéristiques physique et/ou à des fonctions biologiques, à une place dans la société à travers les compétences, vous diminuer l’évangile, et par conséquent votre valeur. C’est un message qui est faux. Les femmes ne sont pas des compétitrices avec nous, contrairement aux messages féministes qu’on entend trop souvent. Elles sont nos égales en nature, mais différentes dans leurs expressions!!! À de trop nombreuses places dans le monde on met les femmes plus bas que des animaux, mais

« Il existe une différence énorme entre la contemplation d’une aurore boréale avec votre conjoint et l’observation du même phénomène en compagnie de votre chien[3]. »

La bible est littéralement contre cette pensée. Un des plus beaux passages de la bible concernant nos femmes, est sans doute le proverbe 31.10 : « Qui trouvera une femme de valeur? Son prix dépasse beaucoup celui des perles. » Vous avez de la valeur, plus que la beauté d’une perle. Plus que sa richesse. Malheureusement, nous rendons souvent très mal cette valeur que Dieu vous accorde.

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Onfray, Michel, La puissance d’exister : Manifeste hédoniste, Grasset & Fasquelle, 2006, p.150.

[2] O’BRIEN, Peter T., The Letter to the Ephesians, Pillar New testament commentary, Apollos, Eerdmans, Grand Rapids, 1999, p. 433

[3] Piper John, Prendre plaisir en Dieu: Réflexions d’un hédoniste chrétien, Éd. La Clairière, Coll. Sentier, Québec, 1995, p.170

Les femmes « dans » la bible (Partie 1): Une réponse à ceux qui pensent que la bible dénigre les femmes!

Ce que je m’apprête à faire est dangereux, c’est-à-dire, écrire un article sur la valeur des femmes dans la bible. Nous sommes en terrain glissant, car nous entendons tellement de préjugés et de critiques que souvent on considère comme vraie, tel que « que la bible donne peut de valeur à la femme ». Mais j’aimerais donner une réponse à ce préjugé. Au contraire, la bible accorde une grande valeur aux femmes.

Plusieurs mouvement aujourd’hui attaque directement l’identité féminine ou la déforme complètement. Encore dernièrement, j’entendais une entrevue ou on a discuté de la femme dans les religions. Et lors de l’entrevue on a parlé de la création (dans la Genèse) et on nous traitait de fondamentaliste et la bible, disait-on, est le pire livre religieux et le plus détaillé concernant l’identité de la femme. Du point de vue de la bible, d’après ce point de vue, la femme est inférieure depuis le début. Après tout, elle est tirée de l’homme, et cela la rend inférieur!

Je ne veux pas minimiser les actes de tous les groupes à travers le temps qui ont réduit les femmes à un simple objet ou encore sur le dos de la bible ont justifié des actes qui sont carrément aberrants. Et il faut le dire. Mais cela n’est pas le fruit d’une conception biblique.

Quelques réflexions :

  1. Ce genre de commentaire reflète premièrement une ignorance du contexte et un rejet du texte dans son contexte littéraire.
  2. Cela souligne une ignorance du genre littéraire et mène à de mauvaises interprétations, si au minimum, ils ont lu le texte.
  3. En plus d’être tendancieux, c’est le genre d’argument qui est orienté vers un préjugé que l’on qualifie de religieux et comme c’est religieux c’est nécessairement dévalorisant pour les femmes.
  4.  On nous demande d’accepter comme vraie[1] leur conclusion humaniste, sans même nous démontrer soit que nous avons tords ou encore qu’ils ont raison. C’est toujours facile de prendre des extrêmes et de ridiculiser les chrétiens.
  5. Souvent, la ligne de pensée est fortement influencée et dirigée par l’image véhiculée dans la tradition ou la culture, sans référence au texte. Autrement dit, on interprète la bible avec le Journal de Montréal.

1reréfutation : C’est hors contexte

Dans le contexte de Genèse 2 : Dieu a d’abord créé Adam et là placé seul dans le jardin et lui a donné son commandement de ne pas manger le fruit (2.16-17). Puis au verset 18 il dit :

« L’Éternel Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide qui sera son vis-à-vis. » (2.18)

Cela indique que Dieu a créé Adam comme un être de communication et de partage. Dieu nous a créés pour être des communicateurs et ce dont une personne a besoin dans le contexte de ce chapitre, c’est d’une autre personne avec qui il peut partager l’amour de Dieu. Et comme il ne trouve pas dans la création, Dieu va lui apporter comme un cadeau (2.22). Il faut que l’autre soit autre et non pas un animal (2.19-20). Il y a une très grande différence entre contempler une aurore boréale avec votre conjoint et l’observation du même phénomène avec votre chien.

J’attire votre attention sur 2.23 :

« Et l’homme dit : Cette fois c’est l’os de mes os, La chair de ma chair. C’est elle qu’on appellera femme. Car elle a été prise de l’homme. »

1)      La femme est de même nature que l’homme.

2)      La joie subjective d’Adam en face de celle qui os de ses os. Nous avons tendance à lire ce passage comme si c’était le texte le plus monotone qui soit. Mais il y a un contraste établi avec sa recherche avec les animaux. Si on lit le verset « littéralement »[2] :

« WATATOW… TU M’AS-TU VU LA BEAUTÉ… WOW »

Et de là, la bible tire la conclusion[3] sur le mariage de l’union avec elle. Dieu a créé l’homme et de là il a tiré la femme et lui a amené une femme devant lui pour découvrir c’est quoi être une seule chair dans une communion vivante. Il quittera son père et sa mère, parce que Dieu lui  amené quelqu’un d’autre[4] (2.24).

Bien qu’il existe plusieurs débats sur le genre littéraire (poésie, historique, symbolique, etc.) ça n’importe peu pour voir que le texte est empreint d’amour de l’homme envers sa femme et de Dieu envers sa création. Nous devons donc rejeter les arguments faciles hors contexte pour penser que Dieu n’accorde pas valeur à la femme à partir de ces textes.

 

2e réfutation : C’est illogique

Le raisonnement dans la Genèse est le suivant :

1)      Tout ce qui est créé dans l’image de Dieu à une grande valeur

2)      La femme est créée dans l’image de Dieu

3)      Donc, la femme a une grande valeur

 

Ce qui est créé à l’image de Dieu dans la bible a une grande valeur et le texte est clair sur cela et il donne plusieurs indications à cet effet[5]. Il est donc capable de relation, de communication et de connaissance. Et le texte est clair que ce n’est pas seulement l’homme qui porte l’image de Dieu, mais « homme et femme » (1.27). En plus, cela indique une valeur, une importance et une dignité égale et l’auteur va ajouter à deux reprises que la femme est son « vis-à-vis » (2.18, 20), littéralement « face à face ». L’auteur rend clair que nous sommes égaux dans notre nature, mais différent dans notre expression. Nous sommes donc complémentaires.[6] Homme et femme reflètent de manière différente, pour ainsi dire, l’image de Dieu.

 

Conclusion :

Mes conclusions sont simples et directes :

 

  1. On doit rejeter l’idée que « le livre de la Genèse dit que la femme est inférieure à l’homme. » C’est hors contexte et illogique.
  2. On ne doit pas baser notre jugement sur un préjugé fallacieux et tendancieux.
  3. On doit dénoncer les extrémistes chrétiens ou autres, qui voudraient diminuer la femme en importance, en stature ou en valeur.


[1] En philosophie, on parle d’une  « pétition de principe ».

[2] Blague… C’est pour noter la joie d’Adam.

[3] 2.24 commence par « C’est pourquoi » s’appuyant sur le verset 2.23.

[4] Le verset à la base du mariage.

[5] 1)          Dans la progression du texte, la création de l’homme est le pinacle de la création.

2)            Il est le seul à qui est introduit de façon personnelle de la part de Dieu. « Faisons l’homme à notre image »

3)            Dans les versets 1.26-27, « image de Dieu » revient à 3 reprises.

4)            Utilisation d’un terme différent pour créer l’homme. Il désigne un potier qui façonne l’argile de ses mains.

5)            Il est donné la place de direction sur la création

6)            Il est consacré un chapitre supplémentaire sur leur création avec plus de détails.

[6] C’est ce que l’on appelle le complémentarisme, qui dit que nous sommes égaux dans notre nature et différent en notre expression. Homme et femme sont complémentaire et non en opposition.

Qu’est-ce que l’évangile? – Partie 2 (L’évangile est-il tolérant en condamnant?)

Dans l’avant-propos du commentaire « The death of death in the death of Christ » écrit par John Owen, J.I. Packer souligne l’urgence de retrouver l’évangile:

« Sans nous en rendre compte, nous avons, au cours du dernier siècle, troqué l’évangile pour un substitut qui lui ressemble à plusieurs égards, mais qui dans son entité, constitue une notion tout à fait différente. De là tous nos troubles, car le substitut ne peut arriver au même résultat que l’évangile authentique qui a si puissamment fait ses preuves dans le passé.»[1]              

L’observation de Packer est plus que pertinente. Si l’évangile est le fondement de la vie chrétienne et qu’il doit diriger l’église, le ministère, la sainteté, l’évangélisation, l’édification, la discipline et la vie en générale, alors c’est un véritable problème de changer cet évangile. Ce « nouvel évangile »[2] pour reprendre l’expression de Packer, échoue à la transformation du chrétien. Quel est donc le problème? Selon Packer :

« Il n’amène pas les hommes à être centré sur Dieu dans leurs pensées et n’inspire pas la crainte de Dieu à leurs cœurs, car ce n’est pas son but premier. En d’autres termes, la différence entre l’ancien évangile et le nouveau est que ce dernier s’intéresse exclusivement à « aider » l’homme – lui apporter la paix, le réconfort, le bonheur, la satisfaction – et se soucie trop peu de glorifier Dieu. »[3]

Cela met la table pour regarder le contenu de l’évangile dans la lettre de Paul aux Galates. Pourquoi? Parce qu’à la première lecture cette lettre, nous constatons qu’il y a un problème sérieux concernant l’évangile. Rapidement dans la lettre le sujet y est apporté avec un langage unique que Paul n’utilise nulle part ailleurs dans ces écrits. En effet, il y a une damnation attachée à ce sujet (1.9).

A.        Le problème des Galates concernant l’évangile

C’est une épître qui contient un avertissement que nous ne trouvons nulle part ailleurs :

« Mais si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (1.8)

Selon ce verset si nous n’avons pas le bon évangile, nous sommes damnés. Le problème n’est pas seulement que les Galates se sont trompés doctrinalement, mais bien qu’ils se sont détournés de celui qui les « […] a appelés » (1.6) pour passer à un autre évangile. C’est donc un évangile différent de celui prêché par Paul et approuvé des apôtres et par conséquent, ce n’est donc pas l’évangile (1.7)[4].

Le fait que Paul parle d’un « autre » évangile (1.6, 7) ou d’un « évangile différent » (1.8, 9), suggère qu’il y a un contenu à l’évangile. Un contenu tellement important que si nous le manquons nous ne sommes pas seulement dans l’erreur, mais on se détourne de Dieu lui-même. À première vue ce ne semble pas être une bonne nouvelle.

B. L’évangile dans Galates

Quel est donc le contenu de l’évangile, dans le contexte de l’épître aux Galates? Paul souligne un contenu minimum et irréductible commun aux autres écrits du Nouveau Testament[5]. Le langage utilisé par Paul dans son introduction, ainsi que le fait que Paul souligne qu’ils se sont détournés vers un « autre » évangile (1.6), laisse entendre que les versets qui précèdent 1.6 sont déterminants en ce qui concerne le contenu irréductible de l’évangile, car il y fait référence dans le reste de la lettre. La formulation du contenu diverge selon l’auteur, mais nous sommes capables de tracer un contenu minimum. Par exemple, F.F. Bruce souligne deux points[6] :

  1. Que Jésus-Christ s’est donné lui-même pour nos péchés (1.4a)
  2. Et que l’objectif de ce sacrifice était de nous délivrer du présent siècle mauvais (1.4b)

D’un autre côté, D.A. Carson dans un cours sur Galates[7] souligne la compréhension que Paul a de l’évangile en trois points[8] :

  1. Sa mort
  2. Sa résurrection
  3. Un certain point de vue eschatologique qui accomplit quelque chose à la fin par Jésus-Christ

Nous revenons encore à notre résumé[9] de l’évangile: « L’évangile est la bonne nouvelle de tout ce que  Dieu a fait pour nous, par son Fils unique à la croix et la résurrection. »[10] On peut ajouter beaucoup de détail[11], mais jamais moins que cela. Le contenu de l’évangile et le sérieux avertissement adressé par Paul nous font dire que « la croix est la seule voie de salut; aucune autre partie des Écritures ne le dit plus explicitement que l’épître aux Galates. »[12] C’est une déclaration d’exclusivité!

C. L’évangile est-il tolérant en condamnant?

Les religions ne se valent-elles tous pas? Par définition l’évangile en condamnant, n’est-elle pas intolérant? Il vaut la peine de rectifier quelques informations :

1)      Tout système de pensée est implicitement ou explicitement exclusif. Tout système de pensée religieux ou philosophique[13] va se réclamer d’une certaine forme d’exclusivisme.

2)      La tolérance présuppose d’abord qu’il y a au moins quelque chose de négatif (ou de faux) dans la pensée de l’autre. En dénonçant la fausseté d’une pensée (religieuse ou philosophique) nous pourrions croire que c’est intolérant, surtout pour celui qui le reçoit, mais elle peut aussi être la marque du plus grand amour qui soit! D’ailleurs, beaucoup de chrétiens par amour son mort pour annoncer l’évangile, car ils croyaient que le monde courrait à la perdition.

3)      Beaucoup réclament la tolérance par ignorance, par refus de croire, par rejet d’évidences ou par doute. Cela dispense donc de remettre en question ma propre philosophie. Il y a longtemps qu’Henri Poincaré nous disait :

« Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir. »

Il faut l’avouer, souvent ceux qui rejettent le christianisme ont raison de nous accuser. Le problème que nous rencontrons souvent de la part des chrétiens, c’est le manque d’amour. D’ailleurs, je pourrais vous raconter plusieurs moments ou moi-même j’en ai manqué. Cependant, le manque d’amour dans la communication n’est pas gage de fausseté. D’ailleurs, Paul, malgré son affirmation percutante, fait preuve d’un grand amour pastoral afin d’éviter la dérive des chrétiens de Galatie. C’est la raison pour laquelle il faut toujours lier vérité et amour.

L’évangile met en lumière nos péchés (souvent considérer condamnant), mais c’est à la fois un message de grâce disponible pour tous ceux qui croient. L’évangile est sérieux et rempli d’amour. Gardons l’équilibre dans la proclamation de la vérité et l’amour exprimé :

« […] mais en disant la vérité avec amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. » (Éphésiens 4.15)


[1] John Owen, La vie par sa mort, Édition SEMBEQ, 2010, p.10.

[2] Ibid., p.10

[3] Ibid., p.10

[4] Le problème ne se limite pas au contenu doctrinal seulement. Car nous agissons en fonction de ce que nous croyons. C’est pour cela que Paul ajoute que la vie chrétienne doit être vécue selon la vérité de l’évangile (2.14).

[5] Malgré que nous devions faire souvent la distinction entre la bonne nouvelle elle-même et sa proclamation, il n’en demeure pas moins que Paul souligne un contenu minimum irréductible, un contenu commun à son utilisation.

[6] F.F. Bruce, The epistle to the Galatians, NIGTC, Eerdmans, 1982, p.33.

[7] D.A. Carson, cours Sembeq : Épître aux Galates (2014).

[8] Dans le contexte de Galates. Voir aussi de façon plus détaillé e1 Corinthiens 15.1-8.

[9] Qu’est-ce que l’évangile, partie 1 : http://www.associationaxiome.com/quest-ce-que-levangile-partie-1/

[10] Ibid.

[11] Entre autres l’espérance que nous avons dans les promesses futures, comme ici dans Galates.

[12] D.A. Carson et Douglas Moo, Introduction au Nouveau Testament, Excelsis, Charols, 2005, p.439.

[13] Même en science. Si nous disons que tout ce que l’on peut connaître provient de la science, je rejette à la fois les systèmes qui y font moins référence ou pas du tout, à tort ou à raison.

« Guerre ouverte ? » : La science et la religion – Partie 10 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

<<< Partie 9

galaxyDans la partie précédente, nous remarquions que le matérialisme de Michel Onfray n’était aucunement établi par la science (et nous offrions même de bonnes raisons de penser que le matérialisme était faux). Nous poursuivons maintenant avec la liste des thèses plus concrètes que Michel Onfray pense être établies par la science, et incompatibles avec la religion. Il se plaint ainsi des réjections de ces thèses par le croyant : « Des chercheurs croient à l’éternité du monde ? A la pluralité des mondes ? (Thèses par ailleurs épicuriennes…) Impossible : Dieu a créé l’univers à partir de rien. Avant rien, il n’y a … rien. » (p.130)

Commençons par « l’éternité du monde ». La vue chrétienne sur le sujet est effectivement que le monde n’est pas éternel dans le passé ; il a été créé par Dieu, « au commencement », selon l’expression de Genèse 1 et Jean 1. Est-ce donc un problème vis-à-vis de nos connaissances scientifiques ? Pas le moins du monde. Je ne sais pas quels scientifiques Onfray a en tête quand il nous dit que « des chercheurs » croient à l’éternité du monde, mais la science moderne enseigne précisément le contraire. La totalité des preuves scientifiques dont on dispose aujourd’hui pointent vers un début de l’univers. Ce fait est pour le moins problématique pour l’athéisme, car c’est un principe basique et fondamental de métaphysique, que tout ce qui commence à exister doit avoir une cause. Les choses n’apparaissent pas magiquement à partir du rien absolu, sans aucune explication.Presto L’espace et le temps ayant ainsi un début, il s’ensuit que l’espace et le temps ont une cause, qui, en tant que cause de l’univers, est donc en dehors de l’espace et du temps : cette cause doit ainsi être immatérielle, non-spatiale, atemporelle (et donc éternelle), et incroyablement puissante, car capable de créer l’univers entier. Cette cause se recoupe précisément avec la conception chrétienne du Dieu créateur, et donc cette ligne de pensée a été employée à juste titre par les philosophes chrétiens pour supporter scientifiquement l’existence de Dieu. Cet argument en faveur d’un créateur de l’univers s’appelle « l’argument cosmologique de Kalaam », et a généré une quantité incroyable de littérature académique discutant ses mérites. Pour rejeter sa conclusion, Michel Onfray n’a logiquement que deux alternatives : affirmer que l’univers peut apparaître spontanément à partir du néant absolu, sans l’ombre d’une cause ou explication ; ou bien rejeter le fait que l’univers admet un commencement, et maintenir plutôt la thèse qu’il suggère, « l’éternité du monde ». Mais dès lors, c’est lui qui tourne le dos à toutes les preuves scientifiques modernes, tout en accusant le chrétien de ce même obscurantisme. Les options de l’athée sur la question sont clairement peu attrayantes, et c’est le chrétien qui est en accord avec la science moderne quand il affirme qu’« au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » (Genèse 1 :1).

Qu’en est-il ensuite de la « pluralité des mondes » ? Il fait ici probablement référence à la thèse du « multivers », qui postule que notre univers, avec ses lois de la nature et ses constantes, n’est qu’un univers parmi une large collection d’univers ayant tous des lois et des constantes physiques différentes. Michel Onfray ne nous dit pas quel problème cela poserait au chrétien si cette thèse s’avérait correcte. À vrai dire, il n’y a aucun conflit avec la doctrine de la création, et au contraire, elle révèle une autre raison importante de penser que notre univers est le fruit d’un dessein intelligent. Pourquoi certains théoriciens en sont-ils venus à postuler l’existence incroyable d’une infinité d’univers parallèles ? La réponse est que la science moderne a découvert qu’un certain nombre des constantes intervenant dans les équations des lois fondamentales de la physique (la constante de gravitation, le quotient des masses de l’électron et du proton, etc.), ainsi qu’un certain nombre de quantités initiales de notre univers (la vitesse d’expansion, le niveau initial d’entropie, etc.) semblent avoir été ajustées avec une précision incommensurable, pour permettre la vie dans l’univers. Si ces constantes ou quantités avaient été ne serait-ce qu’une fraction plus petites ou plus grandes, la vie aurait été impossible où que ce soit dans l’univers. Ce fait remarquable requiert une explication. Est-ce le hasard pur que l’univers permette la vie ? Aucune chance ! Les nombres sont tels qu’un univers ne permettant pas la vie aurait été littéralement des milliards de milliards de fois plus probable. Est-ce du à la nécessité physique ? Probablement pas non plus, car des variations de ces quantités et constantes auraient été compatibles avec nos mêmes lois de la nature ; il n’y a aucune raison de penser que ce fin réglage soit physiquement nécessaire. Mais donc il ne reste qu’une explication alternative plausible : l’univers exhibe un réglage fin pour permettre la vie, parce que…l’univers a été réglé finement dans le but de permettre la vie ! Mais donc cela implique encore une fois que l’univers a un créateur et designer, qui a finement réglé l’univers avec pour but de permettre l’existence de la vie.

lotoLa « pluralité des mondes » est donc une tentative pour peu désespérée de rescaper l’hypothèse de la chance : s’il y a une infinité d’univers parallèles avec des valeurs différentes, il devient moins improbable que l’un d’entre eux tombe par hasard sur les bons numéros et permette la vie. Cependant, deux problèmes rendent cette stratégie peu séduisante. D’abord, si notre univers n’était qu’un membre aléatoire de cette collection presque infinie, il est hautement improbable qu’il fût aussi grand. Parmi les univers qui permettent la vie, la probabilité d’avoir un univers largement plus petit que le notre est extrêmement haute, ce qui fait que la grande taille de notre univers sape l’hypothèse du hasard. Et deuxièmement, il n’y a tout simplement aucune preuve pour le multivers. Aucune. La seule raison de le postuler est d’éviter la conclusion que notre univers admet un designer. Mais donc c’est présupposer que Dieu n’existe pas, et ce n’est pas suivre les preuves scientifiques où elles nous mènent. Jusqu’ici, c’est donc bien le théiste qui a le privilège d’accepter la science moderne.

darwinEnsuite, Michel Onfray mentionne évidemment « l’évolution et la transformation des espèces », et la thèse que l’homme descend du singe (p.131). Ce sujet est trop chargé pour que je le traite en détail ici, mais disons quelques mots à son sujet. D’abord, le terme « évolution », laissé tout seul, est extrêmement mal défini, et il faudrait commencer par préciser de quoi il s’agit avant de savoir si la thèse est établie et/ou incompatible avec la religion. En vérité, le terme regroupe en général plusieurs thèses : la théorie de la descendance commune, un tracé des relations historiques entre les espèces évoluant d’une en l’autre, et enfin un mécanisme, le Darwinisme, expliquant la diversité biologique par une succession de mutations génétiques aléatoires, filtrées ensuite par la sélection naturelle. Une fois que chacune de ces thèses est proprement identifiée, le chrétien a deux options : admettre qu’une thèse est établie mais compatible avec la bible, ou admettre que la bible enseigne une vision contradictoire, mais rejeter la thèse comme non prouvée. Tous les chrétiens ne sont pas d’accord sur quelles thèses requièrent laquelle de ces deux réponses, mais je n’ai pas besoin de rentrer plus dans le détail ici, dans la mesure ou Onfray ne précise pas vraiment l’accusation. Je me contenterai donc pour l’heure de maintenir en réponse que « l’évolution », quelque soit la thèse qui est en vue, n’est pas une bonne raison de rejeter le christianisme biblique, et encore moins le théisme.

Michel Onfray mentionne alors l’âge de la terre, annonçant là encore un conflit entre la science moderne et l’enseignement biblique. Il dit que le datage de strates donne un âge du monde vieux, alors que « Les chrétiens affirment que le monde a quatre mille ans, ni plus ni moins »  (p.131-132). Pardon ? D’abord, il n’y a pas qu’une vue sur le sujet chez « les chrétiens ». Il y a d’un côté ceux qui affirment que l’univers est vieux de 13,7 milliards d’années, tel que le modèle scientifique majoritaire le soutient. Mais même pour ceux qui affirment la vue opposée, les « créationnistes terre-jeune », qui soutiennent que la bible requiert une création plus récente et qui rejettent que la science ait solidement établi le contraire, ils affirment que l’univers a été créé il y a plus de quatre mille ans ! Je n’ai jamais entendu ce nombre proposé par qui que ce soit. Les créationnistes terre-jeune, selon les interprétations, affirment entre six et dix mille ans au moins. Une fois de plus, la critique d’Onfray manque donc sa cible.

Enfin, il explique que la haine supposée de la science provient de l’apôtre Paul lui même (p.133) : « la condamnation des vérités scientifiques – la théorie atomiste, l’option matérialiste, l’astronomie héliocentrique, la datation géologique, le transformisme, puis l’évolutionnisme, la thérapie psychoanalytique, le génie génétique – voilà les succès de Paul de Tarse qui appelait à tuer la science. Projet réussi au-delà de toute espérance ! »

telescopePaul appelait à tuer la science ? Je me ferais un plaisir de corriger son exégèse si je savais où Michel Onfray va chercher tout cela, mais j’ignore sincèrement quel verset pourrait même être tordu pour étayer l’accusation (et j’ai une maîtrise en littérature biblique avec emphase sur le Nouveau Testament !) Bien au contraire, Paul affirme la valeur du monde physique, expliquant même dans Romains 1 que Dieu le créateur est révélé par sa création : « les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. » C’est une des nombreuses raisons pour lesquelles le chrétien peut être enthousiaste au sujet de la science : lorsqu’elle est faite proprement et sans présupposer l’athéisme de manière circulaire, ultimement, elle révèle et glorifie Dieu.

>>> Partie 11

« Hormis toutes nos preuves, il n’y a aucune preuve » : Inventer un débat impossible sur l’existence de Jésus – Partie 8 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

<<< Partie 7

Dans les parties précédentes de cette critique, nous remarquions que Michel Onfray niait l’existence de débats académiques sérieux sur les arguments logiques concernant l’existence de Dieu. Ils ont lieu à grande échelle dans la littérature académique, sont vivement encouragés par les philosophes chrétiens de calibre, et Onfray niait leur existence. Sur le sujet vers lequel on se tourne maintenant, l’existence de Jésus de Nazareth, Michel Onfray fait le contraire : il n’y a pas de controverse agitée dans les milieux académiques sur la question, et Michel Onfray en invente une. Il revendique la thèse « mythiste », plus populaire sur l’internet que dans les presses académiques, qui affirme que Jésus de Nazareth n’a jamais existé, et que les documents historiques relatant son existence sont des documents mythologiques fictionnels, semblables aux mythes païens relatant les histoires de « l’Ulysse d’Homère, l’Apollonios de Tyane de Philostrate, ou l’Encolpe de Pétrone . . . héros de péplum ». (p.164)

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Onfray n’offre pas vraiment d’argument en faveur de cette thèse, mais il déclare que la question de l’existence de Jésus est un « débat impossible », et procède ainsi (p.158) : « laissons aux amateurs de débats impossibles à conclure la question de l’existence de Jésus et attelons-nous à celles qui importent : qu’en est-il de cette construction nommée Jésus ? pour quoi faire ? dans quels desseins ? afin de servir quels intérêts ? qui crée cette fiction ? de quelle manière ce mythe prend-il corps ? comment évolue cette fable dans les siècles qui suivent ? » En bref, Onfray nous dit vouloir sauter le débat car il est impossible, présuppose que sa position est correcte, et ensuite spécule sur les intentions des supposés inventeurs de Jésus. Il n’y a pas grand-chose que je puisse réfuter ici !

Quelques phrases tentent cependant de soutenir la thèse, alors passons-les en revue. Il nous dit (p.157) « L’existence de Jésus n’est aucunement avérée historiquement. Aucun document contemporain de l’événement, aucune preuve archéologique, rien de certain ne permet de conclure aujourd’hui à la vérité d’une présence effective. » Le problème avec cet argument, c’est que l’absence en question est la même pour un nombre incalculable de personnes historiques dont l’existence ne fait pas l’ombre d’un doute. Ces exigences ne sont pas raisonnables. Il n’y a aucune raison de penser que l’existence de Jésus rende probable que l’on ait des « preuves archéologiques ». Alors de manière plus raisonnable, qu’a-t-on au sujet de Jésus ? On a des documents historiques relatant son existence, écrits à des dates très proches de sa vie (bien qu’écrits quelques dizaines d’années après sa mort, et donc pas de son vivant ; mais il est rare de raconter historiquement la mort d’un individu avant sa mort !) avec du matériel provenant de différentes sources indépendantes, dans des écrits chrétiens, juifs, et païens.

josephusQue fait Michel Onfray de tout ce matériel historique (d’une abondance rare pour une personne relativement obscure et si ancienne que Jésus de Nazareth) ? Il le rejette exhaustivement. Le matériel juif (Flavius Josèphe) et païen (Suétone, Tacite) est rejeté avec une accusation générale d’interpolation (p.159-160) : les chrétiens auraient soi-disant tout fabriqué, et inséré leur Jésus dans les manuscrits de ces historiens juifs et romains. Mais l’affirmation est bien trop rapide. A ma connaissance, aucun historien (athée ou pas) spécialisé sur ces auteurs n’admet un tel scepticisme radical. Il est généralement reconnu que le texte de Josèphe contient une interpolation partielle car il est improbable qu’un juif déclare que Jésus fût le Messie comme le fait ce texte ; mais les érudits spécialistes de Josèphe (non-chrétiens !) affirment essentiellement tous que le passage n’est pas complètement interpolé, et qu’au minimum il fait bien référence à Jésus de Nazareth et aux évènements que ce dernier a causés en Judée au premier siècle. Quant à Suétone et Tacite, l’accusation d’interpolation est entièrement injustifiée. Il n’y a aucune raison textuelle ou contextuelle de douter des passages, et il est même improbable de penser que des chrétiens auraient inséré ces textes qui sont insultants vis-à-vis de Jésus et de ses disciples.

Mais de toutes façons, nos sources historiques principales et certainement les plus fiables sur Jésus de Nazareth sont les documents chrétiens : les quatre biographies anciennes de Jésus qui ont été plus tard regroupées sous une même couverture sous les noms de Matthieu, Marc, Luc et Jean, ainsi que les épîtres de Paul, Pierre, Jean, Jacques, relatant les traditions chrétiennes anciennes au sujet de Jésus. Onfray les rejette d’un tour de main puisqu’écrits par les chrétiens à qui on ne peut apparemment pas faire confiance, mais même là, sa thèse à leur sujet semble incohérente. Il nous dit que toutes leurs histoires ne sont que des « fables », mais qu’ils les croient honnêtement : « La création de ce mythe est elle consciente chez les auteurs du Nouveau Testament ? Je ne le crois pas …  Marc, Matthieu, Jean et Luc ne trompent pas sciemment . . . Aucun n’a rencontré physiquement Jésus. » (p.169) Le problème est que ces auteurs, dans leur texte, prétendent au contraire nous rapporter précisément un témoignage oculaire, le leur ou celui des disciples mêmes de Jésus. Matthieu et Jean sont des Apôtres, Luc et Marc sont leurs compagnons. Paul connaissait l’apôtre Pierre lui même, ainsi que Jacques (le frère de Jésus, lui-même un non-croyant jusqu’à ce que Jésus lui apparaisse en personne après sa résurrection). Étant donné que ces individus n’avaient rien à gagner, et tout à perdre en prêchant la résurrection de Jésus ; et que certains ont même perdu la vie pour cela, Onfray sent bien qu’il est improbable de dire qu’ils trompent sciemment, mais alors il n’est pas plus probable de dire qu’ils se trompent honnêtement sur un élément aussi fondamental que l’existence même de leur maître et Seigneur Jésus Christ ! Par ailleurs, s’ils copient soi-disant les mythes païens de l’époque pour créer un héros de péplum, comment pourraient-ils rester honnêtes dans leurs affirmations qu’il s’agit de la vérité historique sur les évènements relatés ? (cf. Luc 1) La thèse mythiste est aussi complètement improbable du fait que les juifs du premier siècle, fidèles à la Torah, haïssent le polythéisme de leurs voisins païens, et n’auraient jamais adopté leurs histoires idolâtres pour concocter leur version chrétienne à la sauce Jésus.

ehrmanOnfray conclut que la question de l’existence de Jésus est tellement controversée que le débat fait rage «  sans qu’aucune conclusion définitive n’apparaisse et n’emporte définitivement l’avis général » (p.160) A ce niveau, c’est de la désinformation : « l’avis général » ne fait aucun doute ; la presque totalité des érudits spécialistes publiés dans des revues académiques (incluant bien-sûr les athées et les ultra-libéraux, sceptiques radicaux) sur le sujet, maintiennent l’existence de Jésus. La position mythiste sceptique est tellement minoritaire que de l’appeler « marginale » est encore un euphémisme monumental. Même un polémiste tel que Bart Ehrman, critique textuel du Nouveau Testament, et auteur de nombreux livres attaquant tous les aspects imaginables du christianisme, s’est senti obligé d’écrire un livre pour défendre le fait que Jésus existait, et affirmer que la position mythiste est embarrassante. Alors évidemment, on ne détermine pas la vérité en comptant les têtes, mais le débat n’est clairement pas celui qu’Onfray nous dépeint.

eccehomoDans son attaque de la fiabilité des textes chrétiens, Michel Onfray avance alors quelques allégations d’erreurs historiques, mais elles trouvent toutes aisément des réponses. Il trouve improbable que Pilate, « un gouverneur haut de gamme de l’Empire romain » s’occupe de Jésus, mais c’est au contraire aisément explicable par le fait que Pilate cherche à éviter l’émeute qui se profile dans sa province lorsque les foules s’emparent de Jésus. Onfray nous dit que « Pilate ne peut être procurateur selon le terme des évangiles, mais préfet de Judée, car le titre de procurateur apparaît seulement vers 50 de notre ère » (p.172). C’est correct, sauf qu’aucun des évangiles n’appelle Pilate « procurateur » ! Il est appelé « gouverneur » en Mat. 27 :15, ἡγεμών (hégémon), ce qui est l’équivalent grec du latin praefectus. Onfray nous dit que Pilate n’était pas doux, mais cruel et cynique. Là encore, les évangiles ne le disent pas doux non plus, ils disent simplement qu’il objecte initialement aux demandes de crucifixion ; il n’est en effet pas disposé à se faire manipuler par les foules pour tuer Jésus sans preuves. Le portrait brutal de Pilate est par ailleurs donné par Luc lui-même dans une autre anecdote mentionnant un massacre (Luc 13 :1). Onfray trouve ensuite la crucifixion invraisemblable, car « à l’époque, on lapide les juifs, on ne les crucifie pas » ; c’est encore historiquement incorrect : les juifs étaient crucifiés à tout bout de champ dans l’antiquité, l’historien John Dickson dit même que c’était probablement le peuple le plus crucifié de l’histoire ancienne. Onfray continue : « la crucifixion suppose une mise en cause du pouvoir impérial, ce que le crucifié ne fait jamais explicitement » (p.173). Oui, Jésus ne le fait jamais ; en d’autres termes, il est innocent. Mais c’est l’accusation qui est portée contre lui, il est donc parfaitement logique que lorsqu’on le condamne (à tort !) ce soit le châtiment prévu pour ce chef d’accusation. Enfin, Onfray dit qu’après la crucifixion, une « mise en tombeau est exclue. Fictions… » Mais au contraire, il y a des exemples chez Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe de crucifiés mis en tombe.

pierreEn bref, l’analyse historique de Michel Onfray est irresponsable, et le chrétien qui fait confiance au témoignage historique des documents du Nouveau Testament est largement dans son droit, et intellectuellement justifié. Ces documents historiques sont tôt, multiplement attestés, concèdent parfois des faits embarrassants attestant de leur sincérité, une sincérité qui est en outre demandée par le témoignage des martyrs allant jusqu’à la mort en proclamant leur témoignage du Seigneur ressuscité : nul ne maintient jusqu’à la mort une proclamation dont on l’accuse, s’il sait qu’il s’agit d’une fable de son invention.

Alors évidemment, aucune des ces preuves historiques n’est entièrement irréfutable. Tout peut être nié avec un peu de mauvaise volonté, en élevant simplement le niveau de scepticisme mis en œuvre lors de l’étude de ces textes historiques ; mais la question se pose alors : ce scepticisme est-il justifié, et est-il appliqué sur toute la ligne par Michel Onfray au sujet d’autres personnes historiques d’antiquité? C’est à mon tour de douter.

>>> Partie 9

« Venir du ciel sans tomber des nues » : Inspiration de la Bible, canon, et variations textuelles – Partie 7 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

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<<< Partie 6

Dans la partie précédente de cette critique, nous expliquions ce qu’est l’évangile biblique, et remarquions que  la source d’enseignement qui fait autorité pour le chrétien n’est pas l’église ou l’évêque de Rome, mais la bible. L’inspiration divine de la bible et son statut de « parole de Dieu » ne sont pas nécessairement affirmés par la totalité des chrétiens, mais ces croyances sont suffisamment répandues et suffisamment centrales pour le chrétien (à mon sens) pour qu’il vaille la peine de défendre leur cohérence contre les arguments incorrects de Michel Onfray.

Il avance les trois lignes d’objections suivantes : 1-La bible ne peut pas être la parole de Dieu car elle a été composée de manière historique par les hommes, 2-Le périmètre du canon de la bible (quels livres en font partie et quels livres sont exclus) est arbitraire et politique, ce qui est incompatible avec la thèse de sa révélation divine, et 3-La copie et recopie du texte et sa distorsion au fil des siècles nous empêchent de faire confiance à la bible, car nos manuscrits contiennent des corruptions textuelles.

Répondons dans l’ordre à ces trois objections mal conçues.

Tout d’abord, la question de l’inspiration divine. De toute évidence, Michel Onfray ne comprend pas ce qu’affirment les chrétiens à ce sujet. Il dit en page 55 que Spinoza « avance l’idée que la Bible est un ouvrage composé par divers auteurs et relève d’une composition historique, donc non révélée ». Cette inférence est un non-sequitur. De la composition historique de la bible, il ne s’ensuit pas un instant qu’elle soit « non révélée ».  La doctrine chrétienne de l’inspiration n’exclut aucunement une composition humaine ; bien au contraire, elle la requiert ! paul_valentinL’enseignement chrétien à ce sujet est que Dieu a décidé de révéler sa parole en inspirant des hommes, dirigeant de manière providentielle leurs écrits humains afin de communiquer ce qu’il souhaitait affirmer avec son autorité divine. Le processus est décrit de manière plus ou moins explicite dans la bible elle même : les écritures ne sont ni dictées ni tombées du ciel par magie ; elles sont « inspirées » (du grec theopneustos en 2 Tim. 3 :16) par Dieu. « Ce n’est pas par une volonté d’homme qu’une prophétie a jamais été apportée, mais c’est poussés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 Pi .1 :21). Ainsi, lorsqu’Onfray dit en page 115 qu’une analyse historique nous « dispense de croire ces textes inspirés et produits sous la dictée de Dieu », il confond la bible et le koran ! Selon l’islam, le koran a été dicté à Mahomet par l’ange Gabriel (une affirmation que les chrétiens rejettent, évidemment), mais aucun chrétien n’affirme que la bible a été « dictée », un terme qu’Onfray emploie pourtant de manière répétée : « Yahvé n’a rien dicté » (p.116). Ce sophisme épouvantail récurant n’est même pas le pire, puisque Michel Onfray en vient même à affirmer que la bible n’est pas « tombée du ciel », comme si les chrétiens affirmaient quoi que ce soit de semblable. Il nous dit (p.204) que les « dévots » affirment que ces livres sont « tombés un jour du ciel de manière miraculeuse ou dictés à un homme inspiré par un souffle divin inaccessible au temps ». –N’importe quoi.

« Pas plus que les fables persanes ou les sagas islandaises ces pages ne descendent du ciel. » –Évidemment ! Mais donc aucunes des ces objections ne touche de près ou de loin la doctrine chrétienne de l’inspiration de la bible : des hommes écrivent la parole de Dieu sous l’inspiration divine providentielle.

Passons alors aux objections d’Onfray sur le contenu du canon biblique.

Vis à vis du contenu de la bible, Michel Onfray écrit ceci : « Le canon testamentaire procède de décisions politiques tardives, notamment quand Eusèbe de Césarée, mandaté par l’empereur Constantin, constitue un corpus à partir de vingt-sept versions, nous sommes dans la première moitié du IVe siècle ; les écrits apocryphes sont plus nombreux que ceux qui constituent le Nouveau Testament. » (p.116)

constantineLa nature de l’objection est un peu floue, mais j’assume qu’il s’agit ici d’une complainte portant sur les critères d’inclusion des livres. L’affirmation que les décisions canoniques sont « politiques et tardives » n’est pas supportée par Michel Onfray avec la moindre preuve vérifiable (quel intérêt politique aurait dirigé Constantin dans ses soi-disant décisions d’inclusion ou d’exclusion ?), donc il n’y a pas grand-chose que je puisse réfuter, mais clairement, historiquement, le canon n’a pas été déterminé par Constantin. Bien avant lui, les écritures du Nouveau Testament avaient été reconnues comme faisant autorité. Ultimement, pour le chrétien, le canon est déterminé par l’acte d’inspiration de Dieu. Si Dieu inspire certains livres et pas d’autres, alors certains livres appartiennent au canon, et d’autres pas. La question pertinente se posant alors, est « quelles sortes de critères ont été utilisés par l’Église pour reconnaître que certains livres sont inspirés et d’autres ne le sont pas ? » Sans trop entrer dans les détails, voici les critères qui ont joué un rôle dans leur reconnaissance du canon : 1-Apostolicité, 2-Universalité, 3-Orthodoxie, 4-Liturgie. Les livres ont-ils été écrits par des apôtres ou des personnes connectées aux apôtres ? Les livres sont ils acceptés de manière universelle au travers du monde chrétien ? Contiennent ils des enseignements cohérents avec ce qui a déjà été révélé ? Et sont ils utilisés tôt dans les services d’églises pour la liturgie ? Ces critères ne sont pas nécessairement employés de manière strictement absolue, mais ils justifient largement l’inclusion des livres canoniques, et l’exclusion par exemple des écrits gnostiques de la fin du deuxième siècle. Quand Onfray nous dit que les « écrits apocryphes sont plus nombreux que ceux qui constituent le Nouveau Testament », je me demande ou se trouve le problème. Si le critère de différenciation est justifiable, (et ceux que je viens d’offrir me semblent clairement justifiés), ce n’est certainement pas le nombre de candidats qui fait la différence ! Les candidats aux concours d’entrées aux grandes écoles sont bien plus nombreux que les élèves admis, mais en aucun que cela ne veut dire que les critères d’admission sont arbitraires ou politiques !

Ces considérations réfutent avec succès l’affirmation non supportée par Onfray que le canon est arbitraire et politique.

Enfin, la dernière objection de Michel Onfray concerne la fiabilité du texte lui même. Nous n’avons pas aujourd’hui les documents originaux du Nouveau Testament, et Onfray affirme qu’il est alors irrationnel de faire confiance au texte, car il aurait été corrompu par les copies à travers les siècles : « Ces pages écrites par un nombre considérable de personnes, après de long siècles de tradition orale sur une période historique extrêmement étendue, le tout ayant été mille fois copié par des scribes peu scrupuleux, niais, voire réellement et volontairement falsificateurs » (p.204).

Cette objection est probablement la plus facilement réfutable. La fiabilité du texte du Nouveau Testament est tout bonnement impeccable. Le niveau de certitude permis par nos manuscrits dépasse celle que l’on a pour tout autre document d’antiquité, et de très loin. Lorsque des différences sont introduites par la copie d’un texte (erreurs de copies, erreurs d’orthographe, changements involontaires ou volontaires, additions, corrections, etc.), il suffit de comparer les différents manuscrits pour établir quelle lecture est apparemment originale. Pour ce faire de manière fiable, il y a alors deux critères qui entrent en jeu : « combien de manuscrits a-t-on ? et à quel point sont ils anciens ? »

P52En la matière, c’est bien simple, le Nouveau Testament surpasse toute compétition. Alors que le nombre moyen de copies pour des documents d’antiquité (tels que les écrits de César, d’Omer, ou de Platon, par exemple) est de quelques dizaines ou centaines tout au plus, nous avons aujourd’hui plus de 5700 manuscrits en Grec, plus de 10000 copies en Latin, et encore d’autres milliers dans d’autres langues anciennes ou dans des citations par des pères de l’église. Et pour ce qui est de la date, pour les documents d’antiquité moyens, il faut attendre plusieurs siècles (parfois 400 ans, 900 ans) avant d’avoir une seule copie ; alors que nos manuscrits du Nouveau Testament remontent jusqu’à une trentaine d’années seulement après leur écriture. (Le papyrus « P52 » est le plus ancien officiellement catalogué à ce jour, daté à 125 après J.C.). Alors Onfray a raison quand il dit que « Les plus anciens datent d’un demi-siècle après l’existence supposée de Jésus » (p.205), mais il ne s’ensuit évidemment pas qu’il nous faille douter de leur fiabilité ; bien au contraire, leur fiabilité est largement supérieure à tout autre document d’antiquité (pourtant pas sérieusement remis en doute). Il ajoute « aucune copie des évangiles n’existe avant la fin du IIe ou le début du IIIe. » (p.205-206) S’il demande par là un manuscrit quelconque d’un des évangiles, alors cette affirmation est réfutée par l’existence de P52. Et s’il demande une copie complète des évangiles, alors le standard est arbitraire, mais soyons clair : même si nos documents ne remontaient qu’au début du troisième siècle, leur fiabilité resterait exceptionnelle. Les milliers de manuscrits anciens dont on dispose aujourd’hui nous permettent dans la presque totalité des cas de reconstruire le texte original avec un haut niveau de certitude, et pour les quelques endroits ou les décisions sont un peu plus difficiles, nos textes modernes nous le signalent dans les notes de bas de page, et n’affectent de toute façon aucune doctrine fondamentale du christianisme.

Les affirmations de corruptions textuelles sont donc sans mérite. Michel Onfray est libre de ne pas aimer ce que dit la bible, mais il est n’est pas cohérent de dire qu’on ne sait pas ce qu’elle dit.

>>> Partie 8