L’apologétique philosophique est le domaine de l’apologétique chrétienne qui défend la foi chrétienne à partir des principes de la philosophie. On peut considéré, entre autres, l’existence de Dieu, la trinité et pourquoi il y à quelque chose au lieu de rien.

« La vérité (ou pas) dans le collimateur » : sophisme génétique, dysfonction cérébrale, et naturalisme auto-réfutant – Partie 5 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

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<<< Partie 4

Une autre ligne d’argumentation offerte par Michel Onfray dans les premières pages de son livre « traité d’athéologie » consiste à critiquer la source des croyances théistes, c’est à dire le mécanisme à travers lequel les croyances en Dieu sont formées dans la tête du croyant. Si le monothéiste croit en l’existence de Dieu, affirme Onfray, ce n’est pas parce qu’il a cherché (et trouvé) la vérité ; au contraire, les croyances en Dieu proviennent de différentes sources, qui n’ont rien à voir avec la vérité : un désir d’oasis par des hommes assoiffés, un désir de repos par des hommes fatigués, ou un besoin d’espoir par des hommes craignant la mort. Il décrit sa thèse de la soif et de la fatigue en page 17: « Je songe aux terres d’Israël et de Judée-Samarie, à Jérusalem et Bethléem, à Nazareth et au lac de Tibériade, autant de lieux où le soleil brûle les têtes, assèche les corps, assoiffe les âmes, et génère des désirs d’oasis, des envies de paradis où l’eau coule, fraîche, limpide, abondante, où l’air est doux, parfumé, caressant, où la nourriture et les boissons abondent. Les arrières-mondes me paraissent soudain des contre-mondes inventés par des hommes fatigués, épuisés, desséchés par leurs trajets réitérés dans les dunes ou sur les pistes caillouteuses chauffées à blanc. Le monothéisme sort du sable. »

Le même genre de considérations apparaît en page 27 lorsqu’il dit des croyants : « je désespère qu’ils préfèrent les fictions apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes. Plutôt la foi qui apaise que la raison qui soucie—même au prix d’un perpétuel infantilisme mental. »

La thèse se précise : les croyances en Dieu, qui proviennent d’un désir autre que de croire la vérité (en l’occurrence un besoin d’apaisement), témoignent d’une défaillance intellectuelle. Un « infantilisme » mental. Autrement dit, l’intellect humain, qui a pour fonction normale de détecter et croire la vérité, se trouve malfonctionner chez le théiste, et génère des croyances qui visent non pas la vérité, mais le confort. Deux dernières citations d’Onfray suffiront pour illustrer  l’idée. Il annonce en page 28 : « La crédulité des hommes dépasse ce qu’on imagine. Leur désir de ne pas voir l’évidence, leur envie d’un spectacle plus réjouissant, même s’il relève de la plus absolue des fictions, leur volonté d’aveuglement ne connaît pas de limites. »

Le langage d’un « aveuglement » témoigne bien d’une « dysfonction » mentale, générant des idées motivées par la peur plus que par la vérité. « Avoir à mourir ne concerne que les mortels : le croyant, lui, naïf et niais, sait qu’il est immortel, qu’il survivra à l’hécatombe planétaire ». Le motif est donc clair : peur, dysfonction mentale, formation d’une croyance qui apaise plutôt qu’une qui correspond à la réalité.

 

En réponse à cette thèse, je propose trois contrarguments, démontrant premièrement qu’elle est impertinente, deuxièmement qu’elle est démontrablement fausse, et troisièmement, qu’elle offre même les prémisses pour un argument qui réfute le naturalisme athée.

Tout d’abord, donc, la charge d’impertinence. Il n’est pas bien clair quelle conclusion ferme Michel Onfray tire de ses affirmations ci-dessus, mais s’il les emploie comme un argument contre la croyance en Dieu, alors il s’agit d’un raisonnement fallacieux appelé le « sophisme génétique ». Cette erreur de raisonnement consiste à critiquer la source d’une croyance (au lieu de sa vérité) pour la rejeter. Le problème est que même si une croyance trouvait son origine dans une source tout à fait douteuse, il se pourrait très bien qu’elle soit quand même juste ! Si une horloge cassée a ses aiguilles bloquées sur trois heures moins le quart, et si, ignorant son défaut, je la consulte à trois heures moins le quart, ma croyance résultante qu’il est trois heures moins le quart provient alors d’une source entièrement douteuse, mais il en reste qu’elle est quand même vraie. De manière similaire, même si l’on concédait que la croyance monothéiste « sort du sable », causée par la fatigue, la soif et la peur, il ne s’ensuivrait pas un instant que cette croyance est fausse. Au grand maximum, il s’ensuivrait qu’elle n’est pas sue de manière fiable.

oasis-300x200Mais en fait, et c’est ma deuxième affirmation, l’explication de Michel Onfray sur la genèse des croyances monothéistes est tout bonnement fausse. D’abord, elle trébuche sur la géographie. Les terres d’Israël, Jérusalem, Bethléem, Nazareth et la Galilée ne sont pas des endroits qui génèrent des envies d’oasis ; ce sont des oasis. Les textes sur la Méditerranée ancienne décrivent l’endroit comme étant particulièrement fertile. Par ailleurs, il est incroyablement imprudent de grouper tous les théistes dans un même panier, annonçant qu’ils sont tous fatigués, assoiffés ou apeurés. Peut-être certains d’entre eux ont au contraire de bonnes raisons supportant leur monothéisme. Je n’ai moi même pas très soif, merci, et quand le soleil de New York me chauffe la tête, je remercie Dieu pour mon climatiseur. Dans tous les cas, j’ai déjà mentionné (et parfois développé) dans cette critique un nombre certain d’arguments pour l’existence de Dieu, basés sur la vérité de prémisses défendues, et non pas sur ma peur de la mort ou la difficulté de ma vie. Ceux-ci servent de réfutation à la thèse présente, qui n’est donc pas qu’impertinente, mais belle et bien fausse.

Enfin, je conclue cette section une fois de plus en montrant que dans le voisinage de l’argument invalide de Michel Onfray, se trouve en fait un argument valide contre son naturalisme athée, un argument qui a été développé par Alvin Plantinga, et appelé « l’argument évolutionnaire contre le naturalisme ». Selon cette ligne de pensée, il est admis que Michel Onfray a raison de se focaliser sur la « fonction » des facultés cognitives qui entrent en jeu dans notre développement du savoir. Lorsque notre intellect génère des croyances motivées par la peur plutôt que par la vérité, il nous fait défaut ; il ne fonctionne pas proprement. Pour qu’une croyance véritable soit un cas de savoir, il faut qu’elle soit générée par nos facultés cognitives fonctionnant proprement, visant la vérité.

Le problème pour Michel Onfray, est que si son athéisme est vrai, et si la seule chose qui existe est la nature, alors la fonction de nos facultés cognitives n’est pas de détecter la vérité, et elles ne sont alors pas fiables.

plantinga_0Je m’explique. Si Dieu existe, alors l’homme, créé par Dieu, attribue logiquement le fonctionnement de ses facultés cognitives au dessein de son créateur : Dieu créa l’homme a son image, avec un intellect conçu pour viser la vérité et former des croyances vraies, obtenant du savoir sur le monde. Si Dieu n’existe pas, en revanche, quelle est la fonction de nos facultés cognitives ? Qui les a conçues et dans quel but? Réponse : l’évolution, pour nous rendre aptes à la survie. Selon la théorie Darwiniste, le cerveau humain et ses facultés cognitives extrêmement complexes sont le fruit non pas d’un dessein intelligent, mais d’un long processus naturel, de mutations aléatoires, filtrées par la sélection naturelle retenant les mutations utiles à la survie, et éliminant les mutations mal-adaptives. C’est la théorie standard de l’évolution. Le problème apparaît alors : si la fonction de nos facultés cognitives est d’assurer la survie de l’individu, alors il n’y a pas de raison de penser qu’elles soient fiables pour produire du savoir véritable. Lorsqu’elles fonctionnent proprement, nos facultés cognitives visent notre survie, mais ne visent pas particulièrement la vérité. Ce n’est pas qu’elles visent le mensonge non plus ; c’est juste que la vérité leur est indifférente. Une croyance peut être vraie ou fausse, ce qui compte c’est que l’individu qui la croit ait un bénéfice en terme de survie. Dès lors, nous avons une raison de douter de leur capacité à produire des croyances vraies, dans la mesure où ce n’est pas leur fonction.

Une réponse typique de l’athée consiste à rétorquer qu’il va de soi que si nos facultés cognitives sont fiables pour obtenir la vérité, alors elles fournissent par là même un avantage en terme de survie. Le problème, c’est que ce fait n’a aucun impact sur la question qui nous intéresse. Pour faire confiance à nos facultés cognitives, il aurait fallu non pas que « si elles sont fiables alors elles aident à la survie » ; mais au contraire que « si elles aident à la survie, alors elle sont fiables » ; et cette dernière implication n’est absolument pas vraie ; il n’y a aucune raison de penser que si nos facultés cognitives sont adaptées à la survie, alors elles sont fiables pour produire des croyances vraies.

sabliereIl s’ensuit donc qu’un athée naturaliste qui croit à l’évolution, dispose d’une raison de douter de la fiabilité de ses facultés cognitives pour détecter la vérité. Mais évidemment, s’il tient une raison de douter de cela, alors c’est une raison de douter de toutes les croyances produites par ces facultés cognitives, naturalisme athée et évolution inclus. La croyance jointe en l’évolution et le naturalisme athée est donc littéralement auto-réfutante, et ne peut pas être adoptée rationnellement.

On voit donc ici une fois de plus que l’argument offert par Michel Onfray non-seulement échoue dans son attaque du théisme, mais présente même un challenge intellectuel supplémentaire pour sa propre position athée.

>>> Partie 6

« Tout est-il permis ? » : l’objectivité de la moralité et l’existence de Dieu – Partie 4 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray.

<<< Partie 3

La partie précédente de cette critique concluait que le problème du mal était un échec pour réfuter l’existence de Dieu. Mais la situation est en fait pire que cela pour l’athéisme de Michel Onfray : si l’existence objective du mal ne réfute en effet pas l’existence de Dieu, bien au contraire, elle la démontre ! Cet argument se défend brièvement ainsi :

Gun-Backfire-300x240Si Dieu n’existe pas, alors la moralité humaine n’est pas objective, mais subjective. Cette affirmation conditionnelle est acceptée à la fois par des théistes et des athées. Mais en fait, il existe au moins certaines valeurs morales objectives (tel qu’il est présupposé dans l’argument athée offert précédemment par Michel Onfray : le mal existe objectivement), et donc il s’ensuit logiquement que Dieu existe. L’argument est logiquement valide, c’est-à-dire que sa conclusion s’ensuit logiquement de ses deux prémisses. Défendons ainsi la vérité de ces deux prémisses.

La première affirme que si Dieu n’existe pas, alors il n’existe pas de valeur morale objective. Traditionnellement, la vision du monde chrétienne a ancré la moralité sur la volonté et les commandements divins : « tu ne mentiras pas, tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, tu ne commettras pas de meurtre, aime ton prochain comme toi même, etc. » Étant donné que Dieu, par définition, est le créateur et designer de l’univers ainsi que la source ultime de toute bonté, il est aisé de comprendre qu’il fasse autorité en terme de moralité pour sa création: ayant créé les hommes, il déclare tout naturellement son dessein au sujet de ce que les hommes devraient faire ; il garantit ainsi l’objectivité de leurs obligations morales.

friedrich-nietzsche-1Mais si au contraire Dieu n’existe pas, alors la seule source restante pour la moralité humaine est l’individu où la société, et est donc subjective. Ce qu’un individu trouve bon, son voisin le trouve mal, et il en va de même pour les sociétés, dans le présent comme dans l’histoire. Quand la population nazie affirme qu’il n’est pas mal et qu’il est même moralement bon de tuer les juifs et les tziganes, une autre nation peut se plaindre qu’elle ne partage pas le même jugement de valeur dans ses règles de moralité à elle, mais sans Dieu siégeant au dessus des cultures et des individus, elle ne peut pas dire que sa moralité est « correcte », et celle des nazis incorrecte. sartre-300x229Elle ne peut pas dire que sa moralité est « meilleure », mais seulement qu’elle est « différente ». Le bien et le mal deviennent alors des notions subjectives, et c’est ce que communique Dostoïevski dans sa phrase célèbre que Michel Onfray cite en page 75 : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis ». Michel Onfray déplore la connexion, mais cette vérité conditionnelle n’est pas l’apanage des théistes : elle est proclamée en long et en large dans les écrits de Nietzche et de Sartre pour ne citer que deux géants athées. Ces derniers affirment que si Dieu n’existe pas, la moralité est subjective ; et bien sûr, ces deux là encaissent le coup et présupposant l’athéisme, se voient affirmer le nihilisme qui s’ensuit : la moralité n’est pas objective, il n’y a pas réellement de bien et de mal, uniquement des différences d’opinion humaines, sans observateur transcendant privilégié pour les départager.

st_barthelemy-300x180Le problème, c’est que cette conclusion est constamment contredite par notre expérience morale : le mal que l’on rencontre dans cette vie n’est pas une illusion. L’holocauste est réellement mal, et il serait resté mal même si les nazis avaient gagné la guerre et tué tous ceux qui s’y opposaient. Torturer ou violer un bébé n’est pas juste une affaire de préférences personnelles, c’est une abomination morale, et l’opinion du psychopathe qui n’est pas d’accord n’est pas juste « différente », elle est fausse. Aimer et protéger ce bébé est objectivement bon. Le bien et le mal existent vraiment, et cette thèse plutôt évidente, Michel Onfray l’affirme tout au long de son livre lorsqu’il dénonce (bien souvent à juste titre) tout le mal qui a été fait au nom de Dieu. Il ajuste le slogan de Dostoïevski pour déclarer « Parce que Dieu existe, alors tout est permis », et condamne « les croisades, l’inquisition, les guerres de religion, la Saint Barthelemy, les bûchers… » (p.73) les prêtres pédophiles et la couverture de leurs agissements (p.75). Michel Onfray est un moralisateur insatiable, et il a bien raison ! Je ne peux que le rejoindre et dire « amen ». Ces atrocités qu’il liste sont moralement abominables. Objectivement. Ce qui par l’argument ci-dessus, implique logiquement que Dieu existe.

La réponse de Michel Onfray à cet argument consiste à attaquer plutôt une de ses fréquentes distorsions. Il écrit (p.75) : « Qu’on cesse donc d’associer le mal sur la planète et l’athéisme ! L’existence de Dieu, me semble-t-il, a bien plus généré de conflits et de guerres dans l’histoire que de paix, de sérénité, d’amour du prochain, de pardon des péchés ou de tolérance. »

Mais c’est une incompréhension de la thèse présente. L’argument moral n’affirme pas un instant que croire en Dieu soit nécessaire pour vivre moralement. A vrai dire, la bible déclare que Dieu a écrit sa loi morale dans le cœur des non-croyants (Romains 2). Il est tout à fait possible (si ce n’est probable !) que Michel Onfray soit plus généreux et plus altruiste et plus sympathique et plus aimant que moi ou que la plupart des chrétiens qu’il a rencontrés. J’aimerais beaucoup que ceux qui professent le nom de Jésus vivent admirablement en accord avec ses enseignements, mais je ne me fais pas d’illusion sur la question : un grand nombre de personnes qui professent Jésus reflètent terriblement mal son caractère. Ceci étant admis, l’argument moral ne dit rien au sujet de la croyance en Dieu, mais affirme que l’existence de Dieu est nécessaire pour ancrer l’objectivité de la moralité. C’est donc une fausse piste lorsqu’Onfray regrette  en page 73 que: « La vieille idée persiste de l’athée immoral, amoral, sans foi ni loi éthique. » et argumente ensuite que si la moralité était du côté de la religion, alors « on aurait vu non pas les athées … mais les rabbins, les prêtres, les papes, les évêques, les pasteurs, les imams, et avec eux leurs fidèles, tous leurs fidèles—et ça fait du monde… —pratiquer le bien, exceller dans la vertu, montrer l’exemple et prouver aux pervers sans Dieu que la moralité se trouve de leur côté. » (p.74-75) C’est faux. Cet état d’affaire aurait été souhaitable, mais il n’y a aucune raison de penser qu’il s’ensuit de la seule existence de Dieu. Michel Onfray confond là encore épistémologie et ontologie. La croyance en Dieu n’est absolument pas nécessaire pour reconnaître et affirmer que l’amour de son prochain est moralement bon, mais son existence est nécessaire pour maintenir l’objectivité de cette vérité.

modus-tollensEn conclusion, l’argument ci-dessus établit que si Dieu n’existait pas, il n’existerait pas de valeur morale objective, mais qu’en fait au moins certaines valeurs morales objectives existent, ce qui implique logiquement que Dieu existe, de telle sorte que le mal, loin de prouver que Dieu n’existe pas, prouve même précisément son contraire.

Nous poursuivrons cette critique la prochaine fois avec une évaluation des thèses de Michel Onfray sur ce qui cause les hommes à croire en Dieu, des thèses qui, là encore, se trouvent être non seulement impertinentes, mais aussi l’occasion même d’un argument valide supplémentaire contre l’athéisme.

>>> Partie 5

Le problème du mal : « contorsions métaphysiques » pour le chrétien ? – Partie 3 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

<<< Partie 2

Même si l’argument athée traditionnel du « problème du mal » n’est pas plus développé par Michel Onfray que dans sa citation de deux phrases (ci-dessous), étant donné que c’est le seul argument athée offert dans tout le livre, il est bon d’offrir ici une réponse par nature trop brève, mais un peu plus longue que deux phrases. Pour mémoire, Onfray écrivait : « Les théistes ont fort à faire en termes de contorsions métaphysiques pour justifier le mal sur la planète tout en affirmant l’existence d’un Dieu à qui rien n’échappe ! Les déistes paraissent moins aveugles, les athées semblent plus lucides. »

serpent-300x247Avant d’offrir mes réponses à cet argument, je me dois de noter que la littérature philosophique chrétienne à ce sujet est incroyablement abondante : arguments et contre-arguments se trouvent à foison. Michel Onfray ne fait pas qu’éviter tout ce matériel, il prétend et affirme qu’il n’existe pas ! Il nous dit en page 87 :

« La construction de leur religion, la connaissance des débats et des controverses, les invitations à réfléchir, analyser, critiquer, les confrontations d’informations contradictoires, les débats polémiques brillent par leur absence dans la communauté où triomphent plutôt le psittacisme et le recyclage des fables à l’aide d’une mécanique bien huilée qui répète mais n’innove pas, qui sollicite la mémoire et non l’intelligence. »

—Non.

Nulle ne peut lire le travail d’Alvin Plantinga, Peter van Inwagen ou William Lane Craig ou des dizaines (des centaines ?) de leurs semblables, ou assister à une conférence de l’Evangelical Philosophical Society, ou de la Society of Christian Philosophers, et proférer ces accusations : leur travail est rigoureux, volumineux, n’est vraisemblablement pas unique, et leur raison d’être est précisément de produire en masse ce qu’Onfray nous dit ne pas exister : des arguments, confrontations d’idées, invitations à réfléchir, et réfutations des contrarguments.

Cela dit, Michel Onfray n’est pas entièrement ignorant de tels écrits, car il mentionne en page 88 la tradition scholastique des « Jésuites ». L’ordre des Jésuites ayant été fondé pour réfuter la réforme protestante, le calviniste que je suis n’est pas particulièrement enthousiaste à l’idée de les défendre, mais que leur reproche Michel Onfray ? « rhétorique, sophistries théologiques, et pinaillages scholastiques. »

Il faut choisir : que font les chrétiens ? Ils ignorent grossièrement les arguments, ou ils pinaillent et finassent ad-nauseam ? Clairement ils ne peuvent pas faire les deux.

Essayons donc d’éviter ces deux crevasses, et tentons d’offrir une critique efficace, intelligente et valide du problème du mal pressé par Onfray.

Le problème du mal est un argument qui affirme qu’il est logiquement incohérent de penser que Dieu est à la fois omnipotent et parfaitement bon, alors qu’il y a tant de mal sur la terre. Il est affirmé que Dieu, s’il était parfaitement bon, voudrait nécessairement éliminer tout le mal ; et que s’il était omnipotent, il pourrait le faire. Mais de toute évidence il ne l’a pas fait, d’où le problème. Pour réfuter l’argument, il faut donc qu’un chrétien rejette au moins une de ses deux prémisses : soit l’omnipotence de Dieu ne requiert pas qu’il puisse obtenir absolument tout ce qu’il veut, soit sa bonté ne requiert pas qu’il cherche à éliminer absolument tout le mal. Sans grande surprise, les théologiens et philosophes chrétiens ont, dans la littérature abondante à ce sujet, offert et développé exactement ces deux réponses. La première est basée sur le libre arbitre humain, affirmant que si le libre arbitre est tel que Dieu ne puisse pas décréter unilatéralement l’issue des choix humains sans entraver leur responsabilité morale, alors il est impossible même pour un Dieu omnipotent de décréter que les hommes fassent librement ce qu’il souhaite. C’est la fameuse « défense du libre-arbitre ». Je suis moi même sceptique en vertu de ma vue particulière calviniste du libre-arbitre, mais dans la mesure où l’argument de Michel Onfray s’attaque au christianisme en général, le chrétien non-calviniste est en droit de demander pourquoi le libre-arbitre humain ne pourrait pas expliquer une grande quantité du mal sur la terre. Michel Onfray ne nous le dit pas.

La seconde réponse est selon moi dévastatrice. Elle affirme tout simplement que Dieu, même s’il est omnipotent et absolument bon, pourrait très bien avoir de bonnes raisons pour permettre le mal dans le monde. La cohérence de ce concept est démontrée à chaque fois que l’on souffre chez le dentiste ou que l’on laisse nos enfants faire des bêtises dans l’espoir qu’ils tirent les dures leçons de la vie : du bien peut sortir du mal. Et bien entendu, pour le chrétien, l’événement central de sa foi, la crucifixion de Jésus est exactement cela : un événement rempli de mal vicieux (le meurtre de Jésus), permis (et même prédestiné, selon la Bible en Actes 2 et 4) pour accomplir un objectif juste et bon : le salut des pécheurs. Je reviendrai sur cet enseignement chrétien central plus tard dans cette critique.

jesus-cross-300x200Alors évidemment, il ne nous est pas toujours donné de savoir quelles bonnes raisons Dieu a pour permettre le mal qui se produit—on le sait même rarement—mais soyons clair : de notre ignorance humaine de ces raisons suffisantes, il ne s’ensuit pas un instant que de telles raisons n’existent pas, et encore moins qu’il soit impossible qu’elles existent (ce que l’argument requiert).

En conclusion, ces deux réfutations des prémisses de l’argument du mal sont suffisantes pour l’invalider, et ne me semblent pas être les « contorsions métaphysiques » mentionnées par Michel Onfray, mais bel et bien une réfutation logique en bonne et due forme.

Je note aussi en passant que vis-à-vis de cette question, l’athée n’est pas « plus lucide » que le déiste, contrairement à l’affirmation finale de Michel Onfray. En effet, le déiste affirme un dieu qui ne s’engage pas dans la vie des humains, et donc le problème du mal ne le touche pas du tout, ce qui veut dire que l’athéisme ne s’ensuivrait pas, même si le problème du mal était un argument valable ; il nous resterait encore à décider entre déisme et athéisme.

En résumé, le problème du mal repose sur deux prémisses rejetables par les chrétiens, et n’établit pas même l’athéisme.

Mais ce n’est pas tout, non-seulement le problème du mal ne réfute pas le théisme, mais il est en fait un problème pour l’athéisme. En effet, l’existence objective du mal ne réfute pas l’existence de Dieu, elle la démontre !

Plus d’explications sur cet argument moral pour l’existence de Dieu dans la prochaine partie.

>>> Partie 4

Avis de recherche sur les arguments théistes et athées – Partie 2 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray

<<< Partie 1

On en arrive donc, dans cette critique du « traité d’athéologie », à l’évaluation des arguments qui pèsent sur la question de l’existence de Dieu. Quelles bonnes raisons y a-t-il de penser que Dieu n’existe pas, et quelles bonnes raisons y a-t-il de penser que Dieu existe ? Ces deux questions distinctes sont importantes, car la question « Dieu existe-t-il ? » se répond par « oui » ou par « non », sans juste milieu possible. Le fardeau de la preuve est donc partagé par les théistes et les athées, ces derniers nous devant des arguments négatifs, et ces premiers des arguments positifs.

adam-300x136Dans un traité d’athéologie ayant l’ambition d’offrir un plaidoyer convainquant en faveur de l’athéisme, on s’attendrait ainsi à trouver les éléments suivants : 1-une revue des arguments théistes et leur réfutation montrant qu’il n’y a pas de bonne raison de croire en Dieu, 2-un ou des arguments supportant l’athéisme, et 3-des réponses aux réfutations de ces arguments, par les théistes dans la littérature.

Malheureusement, malgré ses 300 pages, le « traité d’athéologie » ne contient pratiquement aucun de ces trois éléments. Il critique vigoureusement la fiabilité de la Bible, la cohérence de son contenu, les capacités intellectuelles des croyants, le vice et les atrocités accomplies par les croyants au fil des âges, l’existence du Jésus historique, le caractère et les capacités intellectuelles de Paul de Tarse, Constantin, Jérôme, les papes catholiques, le prétendu « christianisme » d’Adolf Hitler, les enseignements perçus comme chrétiens au sujet de la science, de la moralité, de la sexualité, des femmes, de l’esclavage, de la nourriture, de la vie après la mort, etc., mais aucune de ces choses ne pèse sur la question de l’athéisme. Même si absolument toutes ces accusations se trouvaient être vraies—chose que bien entendu je m’apprête à contester dans la suite de cette critique—, il ne s’ensuivrait pas un instant que l’athéisme est vrai. Alors évidemment, ce plaidoyer offert par Michel Onfray requiert une réponse ; après tout, je ne suis pas juste un « théiste », mais bel et bien un « théiste chrétien », et j’ai donc à cœur de défendre la cohérence de mes croyances au delà de l’existence de Dieu. Mais il est ici important de réaliser que si ce livre souhaite offrir ce que sa quatrième de couverture nous annonce, « un athéisme argumenté », c’est un échec presque total.

–Presque.

Il y a néanmoins deux passages qui s’approchent très brièvement des 3 éléments que j’ai demandés ci-dessus, et même une remarque initiale on ne peut plus vraie, et particulièrement encourageante. Cette dernière apparaît lorsque Michel Onfray discute du type d’arguments et des disciplines qui entrent en jeu dans l’évaluation d’une vision du monde : il liste pages 34-35 la psychologie, la métaphysique, l’archéologie, la paléographie, l’histoire, le comparatisme, la mythologie, l’herméneutique, la linguistique, les langues, l’esthétique, et la remarque très encourageante vient alors : « Puis la philosophie, évidemment, car elle paraît la mieux indiquée pour présider aux agencements de toutes ces disciplines. »

—Amen !

Il est rafraichissant d’entendre un athée qui réalise que la philosophie (au meilleur sens du terme : avec sa logique rigoureuse, ses outils pour examiner la cohérence des idées, et détecter les sophismes), est l’outil fondamental qui doit bel et bien « présider » à l’agencement des arguments de toutes les disciplines. Sur ce point, je me trouve de manière enthousiaste dans le camp de Michel Onfray.

Hélas, tandis que la philosophie est reconnue comme discipline maîtresse, aucun des arguments des philosophes théistes n’est évalué et réfuté. Le demi-siècle dernier a vu une réelle renaissance de philosophie analytique chrétienne, et une littérature incroyablement volumineuse a explosé avec des discussions très sérieuses des arguments en faveur de l’existence de Dieu: l’argument de la contingence, l’argument cosmologique de Kalaam, l’argument moral, l’argument ontologique, l’argument téléologique basé sur l’accord fin des constantes de l’univers, l’argument transcendantal basé sur l’existence des lois de la logique, autant d’arguments rationnels qui, si l’athée les trouve peu convaincants, méritent au grand minimum une brève réfutation.

St-Thomas-Aquinas-213x300D’un certain côté, on pourrait pardonner à Michel Onfray d’être ignorant de la littérature moderne majoritairement  anglo-saxonne, expliquant le manque d’interaction avec le travail des champions philosophes chrétiens américains et anglais tels qu’Alvin Plantinga, William Lane Craig, Richard Swinburne, Peter van Inwagen, Robert Adams ou tant d’autres (quoiqu’on pourrait se demander s’il est bien responsable de proclamer l’irrationalité d’une croyance lorsqu’on est ignorant des meilleurs arguments en sa faveur du seul fait qu’ils soient écrits dans la langue de Shakespeare au lieu de celle de Molière), mais Michel Onfray témoigne quand même d’une certaine familiarité avec les arguments classiques. En page 53, il fait une allusion directe aux célèbres « cinq voies » de Thomas d’Aquin et aux arguments classiques qu’il qualifie de « constructions extravagantes bricolées avec des causes incausées, des premiers moteurs immobiles, des idées innées, des harmonies préétablies et autres preuves cosmologiques, ontologiques, ou physico-théologiques… »

Les noms d’arguments importants sont listés explicitement ; quel dommage qu’ils ne soient alors pas réfutés, ou même expliqués ! S’ils ne sont que des « bricolages » extravagants, il aurait été facile de détruire ces bricolages philosophiques ; Michel Onfray ne le fait pas.

Enfin, du côté des arguments en faveur de l’athéisme, c’est le silence presque complet. Le plus près que Michel Onfray s’approche d’un argument athée est en bas de la page 75, où deux phrases nous sont servies comme un geste timide vers l’argument du mal : « Les théistes ont fort à faire en termes de contorsions métaphysiques pour justifier le mal sur la planète tout en affirmant l’existence d’un Dieu à qui rien n’échappe ! Les déistes paraissent moins aveugles, les athées semblent plus lucides. »

Il s’agit de l’argument athée classique du « problème du mal ». Michel Onfray ne le défend pas vraiment, et bien entendu n’interagit pas avec la littérature sur la question ; on aurait aimé une réfutation des « contorsions métaphysiques » offertes par Plantinga, van Inwagen et compagnie, mais au moins il s’agit d’une tentative d’argument athée, alors je dirai quelques mots de plus à son sujet dans la prochaine partie de ma critique, qui traitera des remarques de Michel Onfray sur la moralité (et particulièrement l’immoralité) et sa relation avec le théisme.

>>> Partie 3

Le croyant est-il bête et méchant? – Partie 1 de ma critique du « traité d’athéologie » de Michel Onfray.

Je suis un chrétien bête et méchant, mais Dieu existe quand même.

traitedatheologie-185x300Au cours des quelques articles de blogue à venir, je vais m’engager dans une critique du livre « un traité d’athéologie » par le philosophe athée Michel Onfray, ayant pour but principal d’évaluer la substance et la validité de ses arguments. (Les numéros de page font référence à la version livre de poche, éditions Grasset & Fasquelle, parue en 2005).

Je commence ici par une brève discussion des accusations disséminées abondamment au travers de l’œuvre, proclamant la bêtise et le vice (parfois les deux) de la population croyante monothéiste. Dans un bref moment d’innocence rempli d’optimisme sincère, je me suis réjoui de lire en page 27 : « Je ne méprise pas les croyants, je ne les trouve ni ridicules ni pitoyables ». Mais à la lecture du reste du livre, j’en vins à me demander ce que Michel Onfray écrirait au sujet de personnes qu’il méprise et trouve ridicules et pitoyables, car des croyants en général ou des chrétiens en particuliers, il nous dit qu’ils sont « naïfs et niais » (p.28), que le christianisme est un ensemble de « névroses, psychoses », de « perversions », une « pathologie mentale personnelle », une « épidémie mentale » (p.29). L’athéisme, nous dit-on, « n’est pas une thérapie, mais une santé mentale retrouvée » (p.30). Les croyants sont des « mineurs mentaux » (p.32), souffrant d’une « névrose obsessionnelle », ou « psychose hallucinatoire » (p.132) ; Dieu « met à mort […] la raison, l’intelligence, l’esprit critique » (p.41) ; en bref, l’église est un endroit où « l’intelligence se porte mal » (p.67).

Onfray-300x225Étant moi même un des patients contaminés par cette maladie intellectuelle qu’on appelle le christianisme, il me sera peut-être difficile de convaincre le lecteur que ma revue rationnelle des arguments de Michel Onfray (un philosophe athée, présumé en parfaite santé mentale, donc) sera digne d’une lecture, mais commençons par appeler un chat un chat : toutes ces affirmations sont entièrement impertinentes vis-à-vis de la question la plus importante qui nous fait face : « Dieu existe-t-il ? ». Si le dessein de Michel Onfray est de nous éduquer par là sur la question de l’existence de Dieu ou la vérité du christianisme, alors cette ligne de pensée commet le sophisme appelé argumentum ad hominem : attaquer le messager au lieu d’attaquer son message. Mais c’est évidemment une stratégie invalide logiquement : même si les chrétiens sont bêtes et méchants, il ne s’ensuit pas un instant qu’ils ont tort ; c’est à dire que Dieu n’existe pas, ou que le christianisme n’est pas vrai. Attaquer les facultés intellectuelles ou le caractère des partisans d’une idée ne dit rien sur la vérité de leur croyance.

Alors évidemment, il serait presque tentant de répondre aux accusations en les battant à leur propre jeu, en listant un grand nombre d’intellectuels chrétiens impressionnants de l’histoire ou vivants aujourd’hui—Dieu sait s’ils sont nombreux—prouvant par là qu’il est possible d’être intelligent et chrétien, mais ne nous engageons pas dans ce débat inutile, et concédons plutôt toutes les attaques de Michel Onfray : tous les chrétiens sont soit mentalement déficients, soit moralement vicieux (soit les deux) ; il en reste que la question de la vérité de leurs croyances est intouchée, et il faudra donc régler cette question indépendamment, en étudiant les arguments rationnels plutôt que l’intelligence et la bonté de la population qui les adopte.

C’est avec cette étude des arguments que nous poursuivrons notre critique dans la partie suivante.

>>> Partie 2

Trois étapes pour des évidences en faveur du théisme : Revue de Dallas Willard

Revue de Dallas Willard: Language, Being, God, and the three stages of
theistic evidence
[1]

Dieu existe-t-il? Pourquoi écrire une revue d’un chapitre de livre sur l’existence de Dieu? Est-ce parce que je suis un intellectuel renfermé dans un bureau et coupé du reste du monde? À qui s’adresse cette revue? En fait, la réponse à ces questions est assez simple. C’est parce que c’est pertinent pour vous! Peut-être que vous ne la trouvez pas intéressante ou pertinente, mais il faut néanmoins admettre que votre réponse à cette question déterminera comment vous allez interpréter le monde et comment vous allez agir dans le monde. Il vaut la peine de confronté ou de réfléchir sur nos convictions, et c’est mon désir dans ce compte rendu.

L’article de Willard est une réponse au professeur athée Nielsen qui accusait Dallas Willard d’avoir une croyance « irrationnel » en Dieu. Bien que la discussion à ce propos soit intéressante, elle n’est qu’une partie de l’article, et ce n’est pas l’intérêt principal de cette revue. Quand même, il faut mentionner que ce contexte servira à offrir une argumentation en trois étapes pour valider le théisme [2]. Et c’est ici l’objectif de cette revue, à savoir, exposer les trois étapes de son argument en faveur du théisme.

  • Remarques sur l’argumentation :

Pour construire son raisonnement il fait deux remarques importantes :

1)      Ce ne sont pas trois arguments ou moyens, dont chacun nous mène à un même point logique. Chaque phase de l’argumentation n’est pas une fin en soi, mais ils ont une force collective. Ce qui est soutenu dans chaque phase ne détermine pas la suite des autres étapes de l’argumentation. Par exemple, lors de la première étape il est montré qu’il pourrait y avoir quelque chose que l’on nomme Dieu, dans un sens conventionnel.

2)      Il est difficile de discuter de ces questions sans tomber dans des enchevêtrements de questions qui n’ont rien à voir avec le sujet. C’est pourquoi il veut se limiter à l’examen de preuves et de démonstrations.

À cet effet, il souligne ce qu’il entend par démonstration :

« Par démonstration, je veux dire une structure logique de propositions où les prémisses sont vraies et impliquent logiquement (ou entraînent) la conclusion lorsqu’ils sont pris ensemble. » [3]

A)     Étapes Un : Argument concernant la nature et l’existence de la réalité physique [4]

« Il est vrai qu’il existe un monde physique et nous savons que cela est vrai ». En plus, « il y a certaines choses sur son caractère général que nous connaissons pour vrai. » L’un de ces caractères est le suivant : toute réalité physique doit son être à autre chose que lui-même. « Peu importe comment on divise en parties la réalité physique, le résultat sera un état qui doit son existence à quelque chose autre qu’elle-même. » [5] Que ce soit par l’expérience personnelle ou encore en science, malgré la complexité de la question, nous savons que cela est vrai.

« […] que chaque état ​​physique, quel que soit inclusive, a une condition nécessaire à un certain type spécifique d’état qui le précède immédiatement dans le temps et est entièrement existant avant l’apparition de l’état qui le conditionne. » [6]

Qu’est-ce que cela signifie? Prenons une pomme dans mon panier sur ma table. Nous savons qu’elle n’est pas apparue d’elle-même. Nous savons que ce que ça prend pour qu’elle puisse être dans ce panier, c’est un arbre en santé qui produit des pommes. Ajouter à cela, toutes les conditions nécessaires qui doivent préexister avant même l’apparition de la pomme. Elles doivent toutes être complétées dans le temps avant son apparition afin qu’elle puisse croitre dans l’arbre. La pomme n’explique pas sa propre existence, elle est dépendante de certaines conditions qui doivent être complété dans le temps pour produire l’entité que nous sommes en train de discuter présentement [7]. Nous pouvons remonter à l’arbre et à une série de processus qui amène la pomme à exister.

Cette compréhension générale de la dépendance de l’état physique est quelque chose de bien connu. Aristote le nommait « cause ». Toutes les conditions nécessaires à un certain « état » doivent être entièrement existantes avant l’apparition de l’événement ou de l’état d’une quantité physique, ou d’une réalité physique. La série de cause est terminée par un événement ou un état donné. Cet ensemble achevé de causes est très structuré dans le temps et doit être fini.

« Ainsi, aucun état physique est temporellement ou ontologiquement avant lui-même […] Le plus important pour les intérêts présents, puisque la série de causes pour un état donné est terminée, non seulement il présente une structure rigoureuse, comme indiqué, mais que la structure dispose également d’un premier mandat. Autrement dit, il est au moins une «cause», un état d’être, qui ne tire pas son existence de quelque chose d’autre. Il est auto-existant.».

Ainsi, la réalité physique concrète implique un être radicalement différent de lui-même : un être qui, contrairement à un état physique quelconque, est auto-existant. Autrement dit, on ne peut pas remonter à un infini de cause ou de série d’événement.

Pour illustrer, imaginons une ligne de dominos. S’il y a un nombre infini de dominos qui doit tomber avant de frapper un domino x, il ne sera jamais frappé. C’est pourquoi, la réalité physique concrète implique un être (cause) radicalement différent(e) de lui-même, qui lui est auto-existant et non physique. À moins d’être prêt (comme Spinoza) à traiter l’univers lui-même comme ayant un type d’être essentiellement différent, on doit concéder ce point.

Il est fréquent d’entendre, en réponse à cet argument, l’affirmation selon laquelle il ne peut tout simplement pas être un être existant en soi. Mais il faut souligner aussi qu’il est très rare d’entendre une très bonne raison de cette affirmation. C’est une conséquence logiquement nécessaire qu’il y est quelque chose dont l’existence ne découle pas d’une autre chose. À la question de l’enfant  « D’où vient Dieu? La réponse c’est qu’il ne vient pas de rien, car il n’est pas venu du tout. » Dallas Willard a raison de souligner que « l’on aura de la difficulté avec cette réponse que si nous avons déjà assimilé « existence » à l’existence physique. » [8]

Aucune réalité physique n’existe par elle-même et aussi aucune quantité de  temps ne peut consumer une série infinie de cause pour vous mener à l’état présent. Ce qui signifie qu’en quelque part, tout cela s’explique par une cause auto-existante qui n’est pas matériel (physique). Parce que toute quantité physique ou réalité physique ne s’explique pas par elle-même. C.S. Lewis explique cela dans son livre God in the Dock:

« Un œuf qui n’est pas venu d’un  oiseau n’est pas plus « naturel » qu’un oiseau qui a existé éternellement. »[9] [10]

Aujourd’hui, c’est une tendance à traiter la théorie du « Big Bang » comme un état apparu sans cause. En un mot, il tire son origine « à partir de rien ». Ce qui lui confère une originalité, car c’est un « bang » très différent de tous les autres. Comment le traite-t-on ce « Big Bang »? Souvent de façon mystique, soit celui de jouer le rôle de Dieu, ce qui à première vue est attrayant. Mais il semble manquer quelque chose, car une chose ne peut pas sortir de rien par elle-même. Comme le fait remarquer Dallas Willard en ajout à C.S. Lewis :

« Et nous devons au moins préciser qu’un être auto-subsistant éternellement n’est pas plus improbable qu’un événement auto-subsistant émergent sans cause. » [11]

B)      Étapes deux : Argument téléologique (dessein)

Bien que je ne partage pas toutes les vues de Willard, il est nécessaire de souligner quand même quelques points importants de cette deuxième étape.

Premièrement, de façon générale, l’argument téléologique veut montrer que l’ordre dans l’univers est le produit d’un dessein, ce qui implique un principe intelligent et ordonnateur. Autrement dit, d’un créateur. Dallas Willard a raison de souligner que les débats entourant l’argument du dessein crée souvent de la confusion de part et d’autre, ainsi que des discussions qui souvent sont en dehors du propos.

Deuxièmement, il a aussi raison de soulever la réflexion concernant la théorie de l’évolution qui ne peut être une théorie ultime de l’existence et de l’ordre. [12] L’évolution n’est pas une explication ultime de l’origine. Elle n’explique pas le « Big Bang ». Est-ce que le Big Bang a évolué. Qu’est-ce qui a causé le Big Bang? Il est important de noter ceci : C’est l’argument vers le dessein et non à partir du dessein. La distinction est importante.

Après avoir discuté sur ces propos, Willard résume la deuxième étape de son argument :

« Nous avons établi que tout ordre est évolué [13] et par rapport à nos données, il y a la probabilité de zéro que cette ordre soit sorti du chaos ou de rien pour venir dans le monde physique. En outre, nous avons l’expérience de l’ordre émergeant de l’esprit (notre esprit) dans le monde physique. » [14]

Quel est l’effet de tout cela? Ce n’est pas une démonstration de l’existence de Dieu dans le sens complet du théisme, mais tout comme la première étape, l’existence de Dieu est devenue beaucoup plus importante. Il développe l’idée selon laquelle nous voyons par l’expérience que l’intelligence peut produire de la complexité, ou de l’ordre et que la cause ou les causes de l’ordre dans l’univers supporte probablement une lointaine analogie à l’intelligence humaine [15].

Dallas Willard ne développe pas de façon exhaustive l’argument téléologique qu’il laisse à un J.P. Moreland dans un autre chapitre du livre paru à l’origine. À mon sens, il y a d’autres formulations de l’argument téléologique de l’existence de Dieu qui ont plus de force, mais l’idée centrale à retenir, c’est justement que la complexité n’est pas le fruit d’une évolution strictement physique et que la complexité, ainsi que l’ordre dans l’univers peut s’expliquer par l’existence d’une entité intelligente, ainsi qu’elle n’apparait pas à partir de rien. Dans la mesure où ne comprenons que rien ne produit rien, il y a la possibilité qu’un être intelligent en dehors de la matière l’ait fait, tout comme les humains qui produisent par leur volonté des choses complexes.

C)      Étapes trois : Argument tiré du cours des événements humains : historiques, sociales et individuelles

Suite aux deux étapes de l’argumentation qui précède, nous devons donc placer et interpréter la vie humaine dans un cadre « extranaturel » (étape 1) et d’un « intellectualisme » plausible (étape 2).

Quand nous regardons l’histoire du monde, nous pouvons poser la question suivante : Comment expliquer plusieurs faits dans l’histoire? Il y a des choses qui se sont produites dans l’histoire qui sont inexplicable en terme strictement naturaliste, à moins bien sûr d’avoir adopté une incrédulité systématique en matière de religion, voir même d’histoire.

Ce que nous savons c’est « que les esprits humains créent, de façon standard, pour un but et qu’ils conservent un intérêt actif dans la chose créé; ils se sentent intimement investi dans ce qu’ils créent et cela d’autant plus l’originalité ou la « créativité » est impliquée. » [16] Autrement dit, comme dirait un de mes amis : « je n’achète pas un chien pour le mettre au fond du terrain pour ne jamais avoir de relation avec lui. » Et si on élargie l’analogie à Dieu, il faut considérer la possibilité qu’il entretienne une certaine relation avec sa création. Cela est rendu probable à cause des deux premiers arguments, mais aussi une fois que l’on place l’humain dans un contexte qui n’est pas exclusivement matérialiste.

Plus important que des spéculations dans le troisième argument, c’est l’examen du cours réel de l’histoire et le contenu de l’expérience humaine, observé le plus honnêtement et complètement possible. Avant d’être accusé de religieux superstitieux, considérer les paroles de Willard :

« Mais nous devons aussi être approfondies, et nous avons le droit d’exiger la même chose de nos co-chercheurs athées et d’ignorer leurs griefs s’ils refusent. La foi ne se limite pas aux personnes religieuses, ni le préjudice aveugle et le dogmatisme. L’athée qui ne prend pas la peine de se pencher sérieusement sur les faits allégués pour des histoires religieuses et de l’expérience religieuse est le frère jumeau de l’ecclésiastique qui a refusé de regarder à travers la lunette de Galilée, car il savait déjà ce qui était et ne devait pas être vu. »

Enfin, pour ce troisième argument nous sommes invités à regarder Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, mais à la lumière du contexte des deux premiers arguments. D’ailleurs, Jésus nous appelais à faire de même : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jean 14.2), il en va de sa véritable nature et de son identité. Nous sommes donc invités à considérer les évidences concernant la personne de Jésus et de s’approprier les critères rationnels pour prendre une décision.

De quelle façon pouvons-nous faire une enquête sur Jésus de façon crédible? La réponse de Willard : « Par une inférence en termes de « meilleure explication », mais « meilleure » dans la pleine lumière des résultats des étapes un et deux. » [17]

Bien que ce travail soit une tentative d’aider le chercheur à être ouvert à ce qu’il peut découvrir, sans adhérer aveuglément à un rejet de tout ce que nous pourrions nommer de « religieux », Willard n’explique pas tout dans ces paragraphes touchant le sujet de Jésus, mais suggère néanmoins le rôle que Dieu peut avoir exercé dans l’histoire, surtout à partir de la vie, la mort et la résurrection de Jésus.

  • Remarques finales :

Bien que Dallas Willard ne traite pas exhaustivement de chacun de ces trois sujets, il invite à considérer les limites de son travail. [18] Nous devrions en faire autant et rester ouvert aux opportunités qu’elle nous offre, par exemple, de considérer la possibilité réelle que nous ayons été créé et que l’humain se trouve dans le contexte de cette création.

Deuxième possibilité qu’elle nous offre, c’est de considérer que tout comme l’humain, il se peut que Dieu s’intéresse à sa création et cela nous pouvons le voir dans l’histoire.

Enfin, retenons la structure des trois arguments à l’intérieur desquels nous pouvons travailler à présenter la cohérence du théisme d’une manière logique. À cet effet, terminons par sa remarque de conclusion :

« J’ai tenté dans ces pages de clarifier certains points au sujet de la structure dans laquelle des preuves du théisme doivent être organisés, si nous voulons les apprécié correctement. » [19]

 


[1] Willard, Dallas, Language, Being, God, and the three stages of theistic evidence, in Does God exist, edd. Moreland and nielson, 1993. Le document original: Willard Dallas, in Moreland J.P., and Nielsen, Does God exist? Les citations ainsi que les pages cités sont tirés de la version disponible sur son site internet à l’adresse suivante, version imprimable : http://www.dwillard.org/articles/artview.asp?artID=42 Visité  pour la dernière fois le 20 mai 2014.

[2] Enseignement qui admet l’existence d’un Dieu unique et personnel comme cause du monde.

[3] Ibid. p.3

[4] Ou encore de « quantité physique ».

[5] Willard, p.3

[6]

[7] Image tiré de Ravi Zacharias : https://www.youtube.com/watch?v=VTVOufIzyPY, visualisé le 12 juin 2014.

[8] Willard, p.4

[9] Willard, p.4

[10] Voici la citation complète : « Un œuf qui n’est pas venu d’un  oiseau n’est pas plus « naturel » qu’un oiseau qui a existé éternellement. Puisque la séquence œuf-oiseau-œuf ne conduit à aucun commencement plausible, n’est-il pas raisonnable de chercher sa véritable origine à l’extérieur de la séquence? Vous devez regarder ailleurs que parmi les machines pour trouver l’origine de la fusée; vous devez plutôt regardez chez les hommes. N’est-il pas raisonnable de regarder à l’extérieur de la nature pour trouver la véritable origine de l’ordre naturel? » Lewis C.S. God in the Dock : Essays on theology and ethics (Grand Rapids) Eerdmans Publishing, 2001, p.211). La citation française est tirée de Cahill Mark, Destination Finale : Votre pèlerinage vers l’éternité (Québec) Aujourd’hui l’espoir, 2011, p.22.

[11] Willard, p.4

[12] « Toute sorte d’évolution  de l’ordre, de quelque nature qu’elle soit, présuppose toujours un ordre préexistant et aussi des entités préexistantes gouverner par celle-ci. »Willard, p.6

[13] Nous pouvons aussi comprendre « complexe ». Tout ce qui est ordonné est complexe.

[14] Willard, p.7

[15] Citation de David Hume apporté avec nuance par Willard. Je ne l’ai pas traduit littéralement, je rapporte l’idée centrale.

[16] Willard, p.7

[17] Willard, p.8

[18] Willard, p.9

[19] Willard, p.9

LES BRANCHES DE L’APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE : UN SURVOL

Comme les autres écrivains de cette série ont fait remarquer, l’apologétique chrétien n’est autrement que la présentation des raisons pour croire les déclarations de la Christianisme. L’apologétique est la tentative, systématique, de donner un répons à celui qui demande la raison pour l’espérance qui est en nous.[1] À chaque fois qu’on cherche à donner ce répons, que ce soit par un témoignage personnel de comment Dieu aurait changé nos vies, ou que ce soit en présentant des preuves pour l’existence de Dieu ou pour la crédibilité de la Bible, on est en train de faire l’apologétique. Déjà, dans ces trois exemples d’un apologétique, nous voyons qu’il y a des différents types de réponse qui peuvent être donnés. De plus, on peut aussi voir que ces différentes réponses se relient à des types de connaissance différents. Dans ce bref article de blogue j’aimerais présenter un survol des différents domaines de l’apologétique, et comment chaque personne peut faire l’apologétique chrétien d’une manière ou d’un autre.

La Christianisme affirme la vérité d’un grand nombre de propositions. Pour être Chrétien on doit non seulement avoir la foi en Jésus-Christ, pour la justification devant Dieu, et le salut de la colère de Dieu, mais, en plus, pour être capable de faire ceci, on doit, au moins, croire, et si possible, savoir, que ces affirmations sont vraies. Certaines des déclarations de la Christianisme ne peuvent pas être connues et doivent être acceptées par la foi, par exemple, que Jésus est né d’une vierge, que Jésus est Dieu, que Dieu est trois personnes en une nature, etc. D’autres déclarations de la Christianisme peuvent être soit démontrer fausse ou démontrer vrai, par exemple, que Jésus est un véritable personnage historique, que Dieu existe, que Dieu est éternelle, immuable, parfait, etc. L’apologétique Chrétien est capable de défendre la vérité de ces dernières, et présenter des arguments qui démontrent que c’est raisonnable de croire les propositions qui sont sujettes de foi seule (même si on ne peut pas démontrer qu’ils sont vrais sans aucun doute). L’apologétique chrétien a aussi un rôle à jouer pour démontrer l’erreur des autres religions, des fausses philosophies, et des pensées qui vient en contre des déclarations de la Christianisme. Regardons les différents domaines de l’apologétique Chrétien, et comment ils avancent une défense de la foi chrétienne.

L’apologétique Chrétien peut être divisé dans les catégories suivantes : existentielle ou culturelle, scientifique, philosophique, historique, archéologique, théologique, et biblique.

Un apologétique existentiel ou culturel est une défense de la foi chrétienne à partir de l’expérience de l’existence humaine. Techniquement ce type d’apologétique pourrait tomber sous le domaine de l’apologétique philosophique, mais c’est assez important qu’il mérite être mentionné à part. Dans ce domaine d’apologétique on fait appelle à comment l’homme est dans sa vie, et comment sa façon d’être démontre la vérité de la Christianisme. On peut présenter des témoignages personnels pour démontrer comme la Christianisme à changer nos vies. On démontre que ce que la Bible enseigne au sujet de l’expérience humaine est vrai, c’est-à-dire, l’homme est pécheur et dépravé ; l’homme ne semble pas être capable de se sortir de son propre trou toute seul ; l’homme sans Dieu perdre le sens de la vie et tends vers le nihilisme ; l’homme, par sa façon d’être et sa façon de parler, démontre qu’il recherche un être transcendant, etc. Deux apologistes qui sont connues pour un apologétique existentielles ou culturelles sont Francis Schaeffer et Ravi Zacharias.[2]

Un apologétique scientifique présente une défense de la foi à partir des différents domaines des sciences naturelles. Un apologétique scientifique peut défendre le christianisme de plusieurs manières. On peut utiliser la science pour démontrer que les déclarations des autres religions et philosophies sont en erreur, par exemple, plusieurs domaines de la science peuvent se rallier pour essayer de démontrer que l’universel aurait, nécessairement, un début ; que le matérialisme philosophique n’est pas capable d’expliquer plusieurs phénomènes importants des êtres vivants ; que certaines déclarations des autres religions sont impossibles, scientifiquement ; etc. On peut aussi utiliser la science pour démontrer la vérité des déclarations bibliques qui touchent à la science. Par exemple, la zoologie peut certaine des déclarations en Job 38-41 ; la géographie peut examiner les déclarations géographiques de la Bible pour démontrer qu’ils sont exacts ; la médecine peut examiner certains récits bibliques, comme la mort de Jésus sur la croix, pour démontrer que ce que la Bible dit est exact ; la physique peut considérer les miracles et leur possibilité, ainsi que des questions au sujet de Dieu et sa relation avec le temps, ainsi qu’avec les âmes, etc. ; la psychologie peut défendre la perspective biblique de la nature humaine comme étant un être spirituelle ;[3] et la biologie végétale peut considérer les affirmations bibliques qui mentionnent les plantes pour démontrer qu’il n’y a pas d’erreur. Il y a plusieurs scientifiques qui ont examiné les récits de la Bible pour les défendre, ou qui démontrent l’erreur des croyances autres que la Christianisme, comme Stanley L. Jaki,[4] Francis S. Collins,[5] John Polkinghorne,[6] Del Ratzsch,[7] Robert Jastrow,[8] et Michael J. Behe.[9]

Un apologétique philosophique présente une défense de la Christianisme à partir des domaines de la philosophie. Un des premières personnes de présentées un apologétique philosophique était l’apôtre Paul, dans sa prédication aux philosophes à l’aréopage,[10] dans son enseignement à Lystre,[11] et dans son épître aux Romains.[12] La philosophie, par définition, n’est autrement que la recherche active de la vérité entamée par une personne qui est prête à suivre la vérité là où elle l’amène. Le mot philosophie peut, aussi, faire référence aux principes qu’une personne accepte concernant la vie, la réalité, son identité, et son but, mais ceci n’est qu’un deuxième sens du mot. Un apologétique philosophique peut défendre la Christianisme en démontrant que les objets de foi (l’incarnation de Jésus, la trinité, etc.) ne sont pas incohérents, même si on ne peut pas démonter qu’ils sont vrais, ou les comprendre comme il faut. La philosophie peut aussi présenter des arguments pour démontre, par exemple, que Dieu existe ;  que Dieu est éternel, immuable, parfait, bon, tout connaissant, tout-puissant, transcendant et immanente à sa création ; que l’être humain est un être composé de matière et d’esprit ; qu’il y a des normes morales qui doivent être respectées ; que le fait qu’il y a le mal dans le monde ne démontre pas que Dieu n’existe pas ; etc. La philosophie aide à mieux comprendre la parole de Dieu en donnant à l’interprète l’outil de la logique qui le permettre de mieux analyser les paroles écrites de la Bible. L’apologétique philosophique fait aussi un apologétique en démontrant que les autres religions, visions du monde, fausses philosophies, etc. sont en erreur, incohérente, ou contradictoire en soi. Aussi, la philosophie peut aider la théologienne à mieux formuler les doctrines chrétiennes. Ceci n’est qu’une liste incomplète de comment la philosophie apologétique défend, rends fort, et protège les doctrines chrétiennes. Il y a de plus en plus de philosophes chrétiens qui utilisent la philosophie pour défendre la foi chrétienne. Ce qui est souvent oublié est que même des grands théologiens comme Augustine, Jean Calvin, Thomas d’Aquin, Anselm, les théologiens Cappadocians, etc., utilisé la philosophie pour bâtir et défendre les doctrines principales de la foi chrétienne. Voilà quelques philosophes chrétiens qui ont offert un apologétique philosophique dans le 20e et présent siècle : William Lane Craig,[13] Paul Copan,[14] Norman Geisler,[15] C. S. Lewis,[16] John Warwick Montgomery,[17] et Alvin Plantinga.[18]

Un apologétique historique cherche à démontrer la crédibilité des affirmations historiques de la Christianisme. Un des premières personnes de présentées un apologétique historique, dans l’histoire de la Christianisme était l’apôtre Pierre, lors de la première prédication chrétienne sur le jour de Pentecôte.[19] On pourrait aussi mentionner Luc, l’apôtre Jean, et l’apôtre Paul qui ont aussi fait l’apologétique historique.[20] Par exemple, la Christianisme affirme qu’il y avait un homme – Jésus – qui a vécu au début de notre ère, qu’il est mort autour de l’an 30, et qu’il est ressuscité de la mort 3 jours après. Le christianisme affirme que tous les événements, que l’Ancien Testament affirme sont réellement arrivés dans l’histoire, ont vraiment eu lieu, comme, par exemple, le déluge, les voyages d’Abraham, la captivité d’Israël en Égypte et leur exode d’Égypte, le royaume de David et de Salomon. Le christianisme affirme, aussi, que les voyages de Paul ont eu lieu, que les expériences qu’on mentionne dans les actes des apôtres ont vraiment eu lieu, etc. Ce sont toutes des affirmations historiques qui peuvent être étudiées et démontrer par les historiens. Lorsqu’on affirme que ces événements historiques ont vraiment eux lieu, et qu’on cherche à le prouver par les recherches historiques, on fait l’apologétique historique. Il y a plusieurs érudits qui font l’apologétique historique, comme, N. T. Wright,[21] A. N. Sherwin-White,[22] Edwin M. Yamauchi,[23] K. A. Kitchen,[24] Ronald Nash,[25] Ben Witherington III,[26] Michael Grant,[27] Gary Habermas,[28] J. Gresham Machen,[29] et Richard Bauckham.[30]

Un apologétique archéologique est une branche de l’apologétique historique qui cherche à démontrer, par l’archéologie, que la Bible est crédible. Les archéologues défendent la Bible en démontrant, premièrement, qu’aucune découverte archéologique n’a jamais démontré une erreur dans les affirmations biblique, et, deuxièmement, que les découvertes archéologiques viennent démontrer la crédibilité de la Bible. Les archéologues regardent les affirmations bibliques concernant les lieux historiques (par exemple, les villes, les temples, les autels, les lieux des nations qui sont mentionnés dans la Bible), les coutumes culturelles (par exemple, les habitations, les manières de cuisiner, les occupations des peuples mentionnés, les titres des dirigeants des pays), les grands événements mentionnés (comme les guerres, les voyages, etc.), etc. L’archéologie réussie à non seulement défendre les affirmations de la Bible, mais a aussi aidé à la bonne interprétation de la parole de Dieu (par exemple, de comprendre comment un berger dans le temps de Jésus travailler peut nous aider à comprendre les exemples ou paraboles dans lequel un berger est le sujet). Il y a une multitude d’archéologues qui ont défendu la Christianisme, comme, K. A. Kitchen,[31] Edwin Yamauchi,[32] C. H. Irwin,[33] Kathleen Kenyon,[34] E. M. Blaiklock,[35] William M. Ramsay,[36] et Colin Hemer.[37]

Un apologétique théologique est la défense de véritables doctrines chrétiennes contre les faux docteurs. Le premier apologète de présenter un apologétique théologique était l’apôtre Paul, qui, dans quasiment toutes ses lettres aux églises, défend la vérité chrétienne contre ceux qui voudrait le tordre. Noté par exemple son affirmation en Galates 1, « Nous l’avons dit précédemment, et je le répète maintenant : si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! »[38] Il doit y avoir un apologétique chrétien pour chaque branche de la théologie, et, en réalité, nous voyons les théologiens qui travaillent fort pour défendre les doctrines comme la divinité de Jésus, la justification par la foi seule en Jésus-Christ seul, la doctrine de la trinité,[39] l’inspiration de la parole de Dieu, etc. C’est ceci le type d’apologétique le plus fait par les grands penseurs chrétiens. Quasiment tous les théologiens de l’église, dès début jusqu’aujourd’hui ont fait l’apologétique théologique, y compris, Athanase,[40] Augustin,[41] Jean Chrysostome,[42] Thomas d’Aquin,[43] Jean Calvin, Martin Luther, Charles Hodge, B. B. Warfield,[44] etc. Nous pourrions aussi donner des exemples d’apologètes théologiques contemporains, en nommant, Norman Geisler,[45] R. C. Sproul,[46] William Lane Craig,[47] Robert M. Bowman,[48] John Piper,[49] N. T. Wright.[50]

Finalement, il y a l’apologétique biblique qui cherche à défendre la Bible elle-même. Sous cette catégorie on retrouve ceux qui analyse les manuscrits en rapport avec les éléments matériels des manuscrits (le nombre de manuscrits, la corruption ou préservation des manuscrits, les langages utilisés pour les écrire et copiés, etc.), et avec les éléments textuels des manuscrits (c’est-à-dire, la composition de chaque livre, le temps de rédaction, la cohérence intérieure de chaque texte, etc.) pour démontrer qu’il n’y a pas d’erreur ni contradiction dans la Bible ; pour démontrer que les manuscrits sont réellement écrits par ceux à qui on attribue les manuscrits ; pour démontrer que chaque livre du canon devrait être dans le canon ; et, en général, pour démontrer que la Bible aux complètes est digne de confiance et démontre une cohérence incontestable. On retrouve aussi l’exégèse des textes qui cherche à expliquer et défendre la bonne interprétation des textes bibliques. Toutes ceux qui, en faisant l’interprétation de la Bible, propose une interprétation d’un groupe de versets, et qui défendre cette interprétation (si leur interprétation donne le vrai sens du texte) est en train de faire l’apologétique biblique. Quasiment tous les chrétiens qui ont essayé de lire et expliquer la Bible ont engagé dans ce domaine d’apologétique (si tu lis un verset, et donne une raison pour croire qu’il devrait être interprété d’une certaine façon, alors tu as fait l’apologétique biblique), mais on pourrait nommer quelques apologètes bibliques renommés comme Bruce Metzger,[51] F. F. Bruce,[52] David Alan Black,[53] et D. A. Carson.[54]

Dans cet article nous n’avons même pas grafigné la surface des domaines de l’apologétique chrétienne. Le but de cet article est de démontrer qu’il y a plusieurs moyens de donner une réponse de l’espérance que nous avons, et qu’à chaque fois qu’on donne des raisons pour croire une des multiples vérités de la Christianisme on est en train d’offrir une « apologie » – une défense – de la foi chrétienne. Les sciences de nature, les domaines de la philosophie, l’expérience humaine, et les domaines de l’histoire, l’analyse des textes et manuscrits, et l’archéologie peuvent offrir des éléments importants qui, ensemble, présentent une multitude de bonnes raisons pour croire la parole de Dieu. Le défi qui est devant chaque chrétien est de chercher, à la mesure qu’on est capable, d’offrir des raisons à chaque personne qui demande au sujet de l’espérance qui est en nous.[55] Ceci devrait, aussi, encourager les chrétiennes qui sont en train de poursuivre des études post-Cégep (ou secondaire) de rechercher l’excellence dans leurs domaines de recherche, et d’utilisé leurs domaines de recherche pour défendre la Christianisme.

 


[1]1 Pie. 3 :15.

[2]On ne veut pas dire, par ceci, qu’ils ne font pas l’apologétique d’autres manières. Cf. Francis Schaeffer, Démission de la raison, trad. Pierre Berthoud, 5e éd. (Genève : Maison de la Bible, 1993). Francis Schaeffer, Dieu : Illusion ou réalité? (Aix en Provence : Éditions Kerygma, 1989). Ravi Zacharia, L’homme peut-il vivre sans Dieu?, trad. Antoine Doriath (Marne-La-Vallée Cedex 2, France : Éditions Farel, 1997).

[3]Cf. Malcom Jeeves, Minds, Brains, Souls and Gods: A Conversation on Faith, psychology and neuroscience (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2013). Mario Beauregard & Denyse O’Leary, The Spiritual Brain: A Neuroscientist’s Case for the Existence of the Soul (New York: Harperone, 2008). Ce livre est écrit par un Québécois qui enseigne, présentement, en Arizona.

 [4]Stanley L. Jaki, Miracles and Physics, 2e éd. (Front Royal, VA: Christendom Press, 1999). Cf. Frank J. Tipler, The Physics of Immortality: Modern Cosmology, God and the Resurrection of the Dead (New York: Doubleday, 1994).

 [5]Francis S. Collins, The Language of God: A Scientist presents Evidence for Belief (New York: Free Press, 2006). Ce livre défend la Christianisme à partir de l’ADN.

 [6]John Polkinghorne, The Way the World is: The Christian perspective of a scientist (Louisville: Westminster John Knox Press, 2007).

 [7]Del Ratzsch, Science & Its Limits: The Natural Sciences in Christian perspective (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2000).

 [8]Robert Jastrow, God and the Astronomers (New York : W. W. Norton & Company, 1978).

 [9]Michael J. Behe, Darwin’s Black Box: The Biochemical Challenge to Evolution (New York: Free Press, 2003).

 [10]Actes 17 :16-34.

 [11]Actes 14 :15-18.

 [12]Rom. 1 :19-20, 2 :14-15.

[13]William Lane Craig, Foi Raisonnable : Vérité chrétienne et apologétique, trad. Christiane Pagot et Gérald Pech (Villefranche d’Albigeouis, France : Les éditions La Lumière, 2012).

[14]Paul Copan & William Lane Craig, eds., Come Let Us Reason: New Essays in Christian Apologetics (Nashville, TN: B&H Academic, 2012).

 [15]Norman L. Geisler, Christian Apologetics (1976; repr., Grand Rapids, MI : Baker Book House, 2007). Norman Geisler & Peter Bocchino, Unshakable Foundations: Contemporary Answers to Crucial Questions About the Christian Faith (Minneapolis: Bethany House, 2000).

 [16]C. S. Lewis, Les Fondements du Christianisme, trad. Aimé Viala (1979; repr., Valence Cedex, France : Éditions de la Ligure pour la Lecture de la Bible, 2007).

 [17]John Warwick Montgomery, ed., Christianity for the Tough Minded: Essays Written by a Group of young scholars who are totally convinced that a spiritual commitment is intellectually defensible (Minneapolis: Bethany Fellowship, 1973).

 [18]Alvin Plantinga, Warranted Christian Belief (Oxford: Oxford University Press, 2000). Alvin Plantinga, God, Freedom, and Evil (Grand Rapids, MI: Wm. B. Eerdmans Publishing, 1977).

 [19]Actes 2:14-36.

 [20]Luc 1:1-4, Jn. 20: 30-31, 1 Jn. 1:1-4, 1 Cor. 15:1-8.

 [21]N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God (Minneapolis: Fortress Press, 2003).

 [22]A. N. Sherwin-White, Roman Society and Roman Law in the New Testament (1963; repr., Oxford : Oxford University Press, 2000).

 [23]Edwin M. Yamauchi, Persia and the Bible (Grand Rapids, MI: Baker Book House, 1990).

 [24]K. A. Kitchen, Ancient Orient and Old Testament (1966; repr., Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1975).

 [25]Ronald H. Nash, The Gospel and the Greeks: Did the New Testament Borrow from Pagan Thought?, 2nd ed. (Phillipsburg, NJ: P&R Publishing, 2003).

 [26]Ben Witherington III, The Jesus Quest: The Third Search for the Jew of Nazareth, 2nd ed. (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1997).

 [27]Michael Grant, Jesus: An Historian’s Review of the Gospels (New York: Charles Scribner’s Sons, 1977).

 [28]Gary R. Habermas, The Historical Jesus: Ancient Evidence for the Life of Christ (1996; repr., Joplin, Missouri : College Press Publishing Co., 2008). Gary R. Habermas & Kenneth E. Stevenson, Verdict on the Shroud: Evidence for the Death and Resurrection of Jesus Christ (Ann Arbor, MI: Servant Books, 1981).

 [29]J. Gresham Machen, The Origin of Paul’s Religion: A Classic Defense of Supernatural Christianity (1923; repr., Birmingham, Alabama: Solid Ground Christian Books, 2006). J. Gresham Machen était professeur à Princeton avant d’aider dans la fondation de Westminster Theologial Seminary.

 [30]Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels as Eyewitness Testimony (Grand Rapids, MI : Wm. B. Eerdmans Publishing, 2006).

 [31]K. A. Kitchen, The Bible in its World: The Bible & Archaeology Today (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1977).

 [32]Edwin Yamauchi, The Stones and The Scriptures (Philadelphia, PA: J. B. Lippincott Co, 1972).

 [33]C. H. Irwin, The Bible, The Scholar and the Spade: A Summary of the Results of Modern Excavation and Discovery (London: The Religious Tract Society, 1932).

 [34]Kathleen Kenyon, Archaeology in the Holy Land, 3rd ed. (London: Ernest Benn Limited, 1970).

 [35]E. M. Blaiklock, The Archaeology of the New Testament (1970; repr., Grand Rapids, IL : Zondervan Publishing House, 1977).

 [36]William M. Ramsay, St. Paul The Traveler and Roman Citizen, 15th ed., ed. Mark Wilson (Grand Rapids, MI: Kregel Publications, 2001).

 [37]Colin J. Hemer, The Book of Acts in the Setting of Hellenistic History, ed. Conrad H. Gempf (Winona Lake, IN: Eisenbrauns, 1990).

 [38]Gal. 1 :9.

 [39]James R. White, The Forgotten Trinity: Recovering the Heart of Christian Belief (Minneapolis: Bethany House, 1998).

 [40]Athanase, Contre ceux qui juge de la vérité par la seule autorité de la multitude, trad. M. le roi abbé de Hautefontaine (MDCXXX).

 

[41]Augustine, De Trinitate.

[42]Jean Chrysostome, Le Christ est Dieu, en Les œuvres complètes de S. Jean Chrysostome, trad. L’abbé J. Bareille (Paris : Librairie de Louis Vivès, 1865), 1 :478-499.

 [43]Thomas d’Aquin, Summa Contra Gentiles.

 [44]B. B. Warfield, The Inspiration and Authority of the Bible, ed. Samuel G. Craig (Phillipsburg, NJ: P&R Publishing, 1979).

[45]Norman L. Geisler, éd., Inerrancy (1980; repr., Grand Rapids, MI : Zondervan, 1982).

[46]R. C. Sproul, Scripture Alone: The Evangelical Doctrine (Phillipsburg, NJ : P&R Publishing, 2005).

 [47]William Lane Craig, The Only Wise God: The Compatibility of Divine Foreknowledge and Human Freedom (1987; repr., Eugene, OR : Wipf & Stock, 2000). William Lane Craig, Time and Eternity: Exploring God’s Relationship to Time (Wheaton, IL: Crossway, 2001).

 [48]Robert M. Bowman, Jr. & J. Ed Komoszewski, Putting Jesus in His Place: The Case for the Deity of Christ (Grand Rapids, MI: Kregel, 2007).

 [49]John Piper, The Future of Justification: A Response to N. T. Wright (Wheaton, IL: Crossway, 2007).

 [50]N. T. Wright, Justification: God’s Plan & Paul’s Vision (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2009).

 [51]Bruce Manning Metzger, The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption and Restoration (Oxford: Oxford University Press, 1964). Bruce M. Metzger, The New Testament: Its Background, Growth, & Content, 3rd ed. (Nashville, TN: Abingdon Press, 2003). Bruce M. Metzger, The Canon of the New Testament: Its Origin, Development, and Significance (Oxford: Clarendon Press, 1997).

 [52]F. F. Bruce, Les documents du Nouveau Testament : Peut-on s’y fier?, trad. Marie-Anne Chevreau (Trois-Rivières, QC : Publications Chrétiennes, 2008). F. F. Bruce, The Canon of Scripture (Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1988).

 [53]David Alan Black, New Testament Textual Criticism: A Concise Guide (1994; repr., Grand Rapids, MI : Baker Book House, 1996).

 [54]D. A. Carson, Exegetical Fallacies, 2nd ed. (1996; repr., Grand Rapids, MI: Baker Book House, 2007).

[55]1 Pie. 3 :15.

Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique

INTRODUCTION

Dans un article publié sur le présent blogue, Jean-Luc Lefebvre, notre collègue apologète, souligne l’importance d’une défense de la foi qui repose non seulement sur des arguments rationnels, mais aussi sur la vie exemplaire de l’apologète. Cette conception de l’apologétique tombe sous le sens : si l’un des souhaits de l’apologète est de voir des gens suivre Jésus et « vivre une vie qui reflète l’être qu’il est »[1], il est tout à fait raisonnable de s’attendre à ce que l’apologète incarne ce même idéal dans sa vie.

Dans le jargon théologique, on exprimerait cette même notion de la façon suivante : l’apologétique et l’éthique doivent s’allier pour défendre la foi chrétienne. Ce qui signifie que l’apologétique chrétienne doit intégrer l’éthique chrétienne[2]. Mais aussi que l’éthique a des implications apologétiques, cette éthique étant en effet une actualisation du message évangélique et, de cette façon, une défense de la foi chrétienne.

Le présent article a pour but de montrer la manière dont l’apologétique et l’éthique s’unissent pour faire triompher la foi chrétienne. Il est vrai que l’apologétique chrétienne compte plus d’une école de pensée. Notre conviction, cependant, c’est que l’apologétique et l’éthique devraient en tout temps unir leurs forces dans la défense de la foi, peu importe le point de vue particulier de l’apologète. Toutefois, nous croyons que l’apologétique présuppositionaliste élaborée par Cornelius Van Til est le système qui réussit le mieux à mettre en évidence la réalité de ce lien[3]. Pour cette raison, nous étudierons ce système apologétique dans la première partie de cet article. La deuxième partie, qui sera publiée ultérieurement, portera sur les implications éthiques de l’apologétique et sur les implications apologétiques de l’éthique.

L’apologétique selon Cornelius Van Til

1) La nécessité des présuppositions
Selon le présuppositionalisme, il faut parvenir à intégrer en un seul système ce que les philosophes ont l’habitude d’appeler la subjectivité, c’est-à-dire les opinions et les croyances d’une personne, et l’objectivité, c’est-à-dire tout ce qui est extérieur à l’homme. Cette intégration n’est possible que lorsque l’homme reconnaît les « lunettes » à travers lesquelles il voit le monde et à l’aide desquelles il l’interprète. Selon Van Til, la soi-disant neutralité des philosophes et des scientifiques est une impossibilité. Personne n’est totalement dépourvu de présuppositions; tous les hommes observent et interprètent le monde à partir de leurs présuppositions. Il s’agit alors d’identifier « la présupposition absolue de départ ».

2) L’Écriture, le point de départ
« La révélation dans l’Écriture doit être notre point de départ », disait Van Til[4]. Si l’homme veut comprendre la réalité et formuler une vision cohérente et correcte de celle-ci, il doit se soumettre totalement à l’Écriture et s’en servir pour interpréter le monde. Mais l’Écriture doit aussi être le point de référence final (ou l’autorité finale) qui permet non seulement de rendre les faits et les lois de la création intelligibles, mais aussi de trancher le débat chaque fois qu’une question litigieuse est soulevée. La révélation générale (Dieu qui se révèle dans la nature) doit donc constamment être interprétée à l’aide de la révélation spéciale (Dieu qui se révèle dans la Bible). Ces deux révélations, générale et spéciale, sont indissociables. Selon Van Til, elles forment une union organique. Bien entendu, Van Til prendra bien soin de mettre en évidence la suprématie de l’Écriture sur la révélation générale. Raymond Perron résume ainsi la pensée van tillienne sur ce point :

Voyons maintenant comment Van Til, tout en affirmant l’union organique des révélations générale et spéciale, fait ressortir la primauté de l’Écriture. Si l’Écriture demeure inintelligible sans les faits qu’elle interprète, il est aussi vrai que ces mêmes faits demeurent muets sans l’interprétation de la Parole de Dieu parlée ou écrite[5].

3) Raisonner par présupposition
Les deux points mentionnés ci-dessus, à savoir le fait qu’aucun homme n’est dépourvu de présuppositions ainsi que la question de l’autorité de l’Écriture, nous aideront à comprendre la notion de cohérence dans la pensée van tillienne.

Selon Van Til, le théologien ne doit en aucun cas séparer l’apologétique de la théologie systématique. S’il les sépare, son apologétique court le risque de démentir sa théologie. En effet, lorsque ces deux disciplines fonctionnent comme des systèmes parallèles sans branches transversales de communication, l’apologétique a tendance à affaiblir la portée de certaines doctrines bibliques capitales comme la dépravation totale, les effets noétiques de la chute (de noèse, acte par lequel la pensée porte sur un objet) et la nécessité de la régénération pour le renouvellement de l’intelligence. Or ces doctrines, croit Van Til, doivent figurées au cœur de l’apologétique, non dans ses alentours. Considérons un instant l’analyse de M. Perron sur cette particularité van tillienne :

Dans l’esprit de Van Til, en effet, l’apologétique ne peut se démarquer de la théologie systématique; il est impossible, sous peine d’incohérence, de séparer la méthodologie de défense de la défense elle-même. La méthode employée déterminera la défense et la défense, en retour, déterminera la doctrine[6].

Pourtant, certaines traditions apologétiques soutiennent que c’est l’apologétique qui pose les fondements théoriques de la théologie. Van Til, pour sa part, croit que c’est l’inverse qui doit se produire : une apologétique cohérente et conforme à l’Écriture naît et provient de la théologie elle-même.

Selon Van Til, il n’existe que deux théories de la connaissance : l’une ayant Dieu comme autorité ultime, l’autre l’homme. Bien évidemment, Van Til se range dans le camp de la première. Or affirmer que Dieu est l’autorité ultime en matière de connaissance, c’est reconnaître du même souffle que le non-croyant, dont la raison prétendument autonome se dresse indubitablement contre la volonté divine, ne peut prétendre à l’objectivité. C’est aussi admettre que le non-croyant, dont les présuppositions s’opposent à celles qu’offre l’enseignement biblique, ne peut parvenir à la connaissance de la vérité de lui-même. Cette affirmation est lourde de signification. D’abord, elle signifie que le théologien et le non-croyant ne parviendront jamais à se rencontrer sur un terrain commun et neutre, malgré tous les efforts déployés pour y parvenir. Un tel terrain n’existe tout simplement pas. Elle veut également dire que le non-croyant, parce qu’il est incapable de comprendre correctement le sens de la révélation générale, n’a pas non plus la capacité de découvrir la vérité évangélique en scrutant des « faits » non interprétés par l’Écriture. Ces faits parlent sans doute en faveur du Dieu dont il est question dans l’Écriture. La Bible affirme même que la nature entière révèle le Dieu qui est à l’origine de tout ce qui existe (Ro 1.20). Pourtant, le non-croyant ne peut connaître Dieu ni même l’appréhender en empruntant l’avenue d’un savoir rationnel soi-disant neutre et objectif. Pour conduire le non-croyant à connaître Dieu et acquérir une notion plus précise de la réalité, l’apologète doit plutôt l’inviter à raisonner par présupposition. Et raisonner de cette façon, explique Perron, consiste « à présenter les vérités de l’Écriture sur la seule base de l’Écriture en démontrant qu’il n’existe aucune autre avenue de possibilité de connaissance »[7]. Bref, l’apologète doit convier le non-croyant à se tenir avec lui sur le terrain des présuppositions bibliques et amorcer avec lui une réflexion dont les paramètres sont entièrement définis par ces mêmes présuppositions.

Effets noétiques de la chute et connaissance innée

L’apologétique présuppositionaliste souligne avec force deux notions essentielles à tout discours apologétique. Premièrement, elle insiste sur les effets noétiques de la chute. Deuxièmement, elle considère à sa juste valeur ce que Van Til avait coutume d’appeler la connaissance innée de Dieu, que tous les hommes possèdent de facto. Considérons quelques instants ces deux notions et tentons de déterminer la façon dont elles concernent notre sujet.

1) Les effets noétiques de la chute
Fidèle à l’Écriture, l’apologétique présuppositionaliste affirme que le non-croyant ne peut apprécier le bien-fondé du christianisme en s’appuyant uniquement sur sa raison. Le témoignage biblique insiste en effet sur le fait que l’homme est incapable de connaître Dieu à l’aide de sa raison seule; il enseigne que les facultés cognitives de l’homme sont obscurcies par le péché et que, pour cette raison, l’homme est totalement incapable d’acquérir une représentation juste du Dieu créateur et de sa création (Ro 3.10-11)[8]. Ce témoignage de l’Écriture est sérieux et doit être estimé à sa juste valeur. C’est ce témoignage qui a conduit Van Til à reconnaitre et affirmer que « l’homme, en vertu de sa nature pécheresse, hait la révélation de Dieu »[9]. Depuis la chute, les hommes utilisent leur raison non pour chercher Dieu et l’adorer, mais, comme le dit Paul, pour s’accuser ou s’excuser tour à tour (Rm 2.15).

La question des effets noétiques de la chute permet d’établir un premier rapprochement entre l’apologétique et l’éthique. Perron articule très bien ce rapprochement :

Le problème est donc d’ordre éthique, et non d’ordre intellectuel. C’est en raison d’une rébellion volontaire que l’homme pécheur se refuse et conséquemment ne peut recevoir la révélation de Dieu. La faute est entièrement attribuable au pécheur et non à quelque faute de la révélation[10].

L’apologète doit donc ne jamais perdre de vue que ses interlocuteurs rejettent Dieu en raison de leur cœur mauvais, et non parce que leur intelligence souffrirait d’une quelconque défaillance biologique.

2) La connaissance innée

Van Til affirme que l’homme naturel possède une vraie connaissance de Dieu. Mais attention ! Omettre de souligner le caractère indissociable de la connaissance de Dieu et de celle de l’homme, c’est déformer la pensée de Van Til. Celui-ci croyait certes en la possibilité d’une connaissance de Dieu. Cependant, il soutenait tout aussi fermement, dans la foulée de Calvin, que l’homme ne peut parvenir à une perception juste de lui-même sans acquérir une conception correcte de Dieu. Autrement dit, l’existence de l’homme ne peut être considérée indépendamment de celle de Dieu. L’homme est une créature de Dieu et son existence dépend entièrement de son créateur. Mais qu’en est-il de sa connaissance de Dieu ? Est-elle conforme à ce que Dieu sait de lui-même et de sa création ? S’il fallait répondre par la négative à cette question, et il s’agit hélas de la seule réponse acceptable, cela signifierait que l’homme n’a aucune connaissance correcte ni de Dieu ni de lui-même. Comment alors comprendre la notion van tillienne de connaissance innée ? Comment une connaissance peut-elle être à la fois innée et demeurer embrouillée ? C’est grâce à la notion d’alliance que Van Til entend résoudre ce dilemme.

Selon Van Til, l’homme est une créature d’alliance. Dieu a en effet conclu une alliance avec sa créature, et tous les deux, le créateur et la créature, sont des partenaires dans cette alliance. En raison de cette alliance, l’homme est continuellement confronté à Dieu[11]. Il ne peut s’échapper de Dieu, malgré tous ses efforts pour y parvenir. Quant à Dieu, il s’est engagé à ne jamais mettre fin à cette alliance. Dans le domaine de la connaissance, cela signifie ce qui suit :

En tant que créature d’alliance, chacun des faits et des gestes de l’homme, constitue une réaction morale ou éthique à sa connaissance de Dieu. C’est contre cette connaissance qu’Adam et toute la race humaine en lui et après lui ont péché[12].

L’homme a donc une connaissance de Dieu: quelque part en lui, au plus profond de lui-même, il sait que Dieu existe. Sinon, il ne déploierait pas tant d’efforts pour tenter de prouver le contraire ni ne dévierait cette connaissance dans l’injuste en idolâtrant la créature plutôt que d’adorer le créateur. Perron explique ce point :

Le péché est ce qu’il est précisément du fait qu’il représente une réaction éthique négative à l’inéluctable présence de Dieu. Le péché n’est pas dû à quelque déficience de l’être, à quelque proximité du non-être ou à quelque carence de grâce surnaturelle; c’est un rejet direct de la volonté de Dieu connue. Le pécheur est un pécheur en vertu de la suppression de la révélation de Dieu en lui. Alors seulement peut-on maintenir la doctrine protestante du péché comme une aliénation éthique plutôt qu’un défaut physique. Alors seulement peut-on maintenir le caractère éthique du christianisme plutôt que de percevoir ce dernier comme un moyen par lequel les hommes s’élèvent dans l’échelle des êtres[13].

La notion de connaissance innée permet donc de jeter un deuxième pont entre l’apologétique et l’éthique. Elle montre en effet que le refus de l’homme de connaître Dieu est fondamentalement de nature éthique. L’apologète doit tenir compte de ce fait lorsqu’il s’adresse à des non-croyants.

***

Les deux notions que nous venons d’esquisser, à savoir les effets noétiques de la chute et la connaissance innée, nous ont conduits à une seule conclusion possible: tout refus du christianisme est fondamentalement de nature éthique. Il s’agit d’une opposition à Dieu le créateur et d’une rébellion contre lui. Les hommes ne rejettent pas la foi biblique parce que le christianisme ne parvient pas à satisfaire leur intelligence (même si c’est souvent ce qu’ils prétendent). Il ne la rejette pas non plus en raison d’un manque de preuves en sa faveur (même si c’est ce qu’ils affirment). Si le christianisme déplaît aux hommes, c’est parce qu’il exige d’eux une repentance (tant sur le plan de la pensée que celui de l’action) et une obéissance qu’ils ne sont pas prêts à accorder à Dieu. La raison fondamentale de ce refus est de nature éthique. Tout le reste n’est que prétexte.

Dans la deuxième partie de notre article, nous verrons ce que les rapprochements que nous avons établis entre l’apologétique et l’éthique signifient pour notre sujet, qui, rappelons-le, consiste à voir ce que sont les implications éthiques de l’apologétique et les implications apologétiques de l’éthique.

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[1] Jean-Luc Lefebvre, Vivre la réponse que l’on donne!
[2] Pour les chrétiens, il s’agit d’une éthique révélée, donc biblique, et non d’une éthique naturelle que les hommes seraient à même de découvrir en observant le monde. Cette éthique contient les ordonnances morales enseignées par Jésus-Christ et les prescriptions relatives à la vie du croyant révélées dans le Nouveau Testament.
[3] Cornelius Van Til (1895-1987), théologien réformé, fut professeur d’apologétique au Westminster Theological Seminary à Philadelphie.
[4] Raymond PERRON, Plaidoyer pour la foi chrétienne, Québec, Publications de la FTÉ, 1996, p. 142.
[5] Ibid., p. 141.
[6] Ibid, p. 19.
[7] Ibid., p. 178.
[8] Le cerveau de l’homme n’est pas dysfonctionnel. La notion d’effets noétiques de la chute n’affirme pas une telle chose.
[9] Ibid., p. 138.
[10] Ibid., p. 155.
[11] « Comme tel, il est confronté à Dieu; il est interpellé par Dieu. Il existe dans une relation d’interaction d’alliance. Il est un être d’alliance… Rien ne peut empêcher son être d’être confronté “à celui auquel nous avons affaire”. », PERRON, op.cit., p. 117.
[12] Ibid., p. 125.
[13] Ibid.

Quelques pensées critiques sur les méthodologies d’apologétique Chrétienne (et leurs conflits souvent mal placés)

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Comme devraient démontrer les quelques autres articles écrits dans cette série, il existe, parmi les apologètes chrétiens, des partisans de différentes ‘méthodes’ apologétiques. Ces dernières ne sont pas toujours faciles à classer ou à différentier, cependant elles se distinguent toutes d’une manière ou d’une autre.  Je propose dans cet article de survoler les trois familles principales de ces soi-disant ‘méthodes’ apologétiques, de brièvement établir leurs enseignements, et d’évaluer la nature de leurs conflits. La thèse principale que je souhaite établir consiste des propositions suivantes : 1. Ces méthodologies proposent toutes des arguments valides et robustes en faveur du Christianisme, et 2. Les arguments proposés pour infirmer l’une ou autre de ces méthodologies sont invalides.

Le premier point ne peut guère être développé en détail, puisqu’il nécessiterait la défense on ne peut plus longue de tous les arguments essentiels en faveur du Christianisme.

Rien que cela! Ces derniers pourraient remplir, et clairement ont rempli des centaines de livres. Je me contenterai donc de référer le lecteur soit à d’autres articles de cette série en français sur l’apologétique, soit à la littérature volumineuse (bien que souvent anglo-saxonne) portant sur chacun des arguments que je mentionnerai. Leur défense n’est pas un domaine dans lequel je puis ajouter de nombreuses pensées originales ; en revanche, cette deuxième thèse, l’affirmation que leurs différences et conflits sont injustifiés, est à la fois originale et importante ; d’où la motivation derrière cet article.

Les trois méthodes d’apologétique principales faisant l’objet de notre étude sont : 1-l’apologétique évidentialiste, 2-l’apologétique classique, et 3-l’apologétique présuppositionnelle (d’autres variantes existent, mais leurs différences résident dans le nuancement de la théorique plutôt que dans sa substance).

Commençons donc le survol de leurs affirmations, en commençant par l’apologétique évidentialiste. Le terme ‘évidentialiste’ provient du mot anglais ‘evidential’, qui prend un sens plus large, englobant l’idée de ‘preuve’ ou ‘attestation’. Un apologète ‘évidentiel’, donc, est un apologète dont les arguments consistent à établir les preuves, plus particulièrement les preuves historiques, d’une des vérités les plus centrales de la foi chrétienne : la mort et résurrection de Jésus de Nazareth. Sur la scène contemporaine, Gary Habermas, Michael Licona, ou Josh McDowell pourraient être identifiés comme tels. Un apologète ‘évidentialiste’ avance des données historiques supportant fortement l’hypothèse de la mort et résurrection de Jésus. Essentiellement, ils argumentent comme suit ; ils partent d’un ensemble de faits ‘minimalistes’ qui peuvent être établis avec un haut niveau de certitude historique au sujet de la personne de Jésus de Nazareth, creusant dans les meilleures sources historiques le concernant et défendant leur fiabilité selon les critères standards d’analyse historique, qui sont également applicables à n’importe quelle autre figure historique. Les critères d’analyse historique sont ceux-ci (liste non exhaustive): attestation ancienne (c’est à dire attestation remontant à une durée courte après les événements relatés), attestation multiple (plusieurs sources indépendantes offrent une même information), critère d’embarras (si la source historique affirme une vérité embarrassante pour son auteur, il est plus probable que ce soit la vérité), etc. Dans ce contexte, les documents du Nouveau Testament, tout particulièrement les quatre évangiles sont souvent au centre de la discussion, mais ils ne sont pas traités par l’apologète évidentialiste comme étant divins, inspirés, ou infaillibles a priori. Ils sont pris de manière minimale pour ce qu’ils sont : des documents historiques anciens, offrant un acompte de la vie de Jésus de Nazareth. Leur fiabilité est donc passée à la loupe des critères ci-dessus comme tout autre document historique, et l’apologète évidentialiste construit un plaidoyer en faveur des faits historiques entourant la mort et résurrection de Jésus : la crucifixion de Jésus sous autorité romaine, son enterrement dans une tombe par Joseph d’Arimathée (un membre du Sanhédrin juif), la découverte de son tombeau vide le dimanche matin suivant par un groupe de femmes adeptes, le fait que ses disciples aient eu des expériences d’apparitions post-mortem de Jésus (que ces expériences soient véridiques ou expliquées par des hallucinations ou autres), et l’origine de la foi des disciples en la résurrection corporelle de Jésus (une croyance intrigante par le fait qu’elle ne soit pas du tout juive, et qu’elle ait mené ces disciples à être persécutés pour sa prédication envers et contre toute opposition). Tous ces faits historiques sont fiables et passent avec succès le test des critères d’historicité. Une fois que ces faits historiques sont établis, l’apologète évidentialiste demande : « quelle est donc la meilleure explication de ces faits historiques ? » Quelle hypothèse explique le mieux tous ces faits historiques ? Un ensemble d’explications possibles est considéré : « Jésus n’était pas vraiment mort quand on l’a descendu de la croix », ou « les disciples ont volé sa dépouille une fois dans la tombe », ou « les disciples ont halluciné leurs visions post-mortem de Jésus », etc. Chacune de ces hypothèses est alors évaluée à la lumière des critères standards d’évaluation d’hypothèses historiques. Ces critères incluent les suivants : largesse du domaine d’explication (il est préférable d’avoir une hypothèse qui explique un maximum des faits à expliquer), puissance explicative (l’historien favorise une hypothèse qui, si elle est vraie, rend les faits à expliquer très probables : elle explique bien les faits), plausibilité, ne pas être ad hoc, etc.

Il est ensuite conclu que la meilleure explication des faits historique est celle que les disciples de Jésus ont donnée depuis le début : « Dieu a relevé Jésus des morts ». Ceci conclut ce qu’est l’apologétique évidentialiste.

L’apologète dit ‘classique’, quant à lui reprend cette argumentation ‘evidentialiste’, et l’affirme entièrement ! Mais il offre également des arguments plus génériques, cherchant à établir l’existence de Dieu comme créateur de l’univers et fondation de valeurs morales objectives. Sur la scène contemporaine, des apologètes classiques seraient William Lane Craig ou R.C. Sproul. Leurs arguments principaux pour l’existence de Dieu sont les suivants :

1- L’argument cosmologique leibnizien

Cet argument consiste à dire que l’univers, étant contingent, requiert une explication de son existence, et que par la nature de la situation, cette explication ne peut être que Dieu :

Prémisse 1 – Toute chose qui existe a une explication de son existence, trouvée soit dans la nécessité de son être, ou dans une cause externe

Prémisse 2 – Si l’univers a une explication de son existence, alors cette explication est Dieu

Prémisse 3 – L’univers existe

Conclusion : L’explication de l’univers est Dieu, qui donc existe.

Je laisse la défense de chaque prémisse aux apologètes classiques dans la littérature.

 

2-L’argument cosmologique de Kalaam

Cet argument, similaire, propose que l’univers doit avoir une cause externe, en vertu du fait qu’il a eu un commencement ; qu’il n’est pas éternel dans le passé.

Prémisse 1 – Toute chose dont l’existence admet un commencement requiert une cause

Prémisse 2 – L’univers admet un commencement

Conclusion : L’univers a une cause

Et par une analyse conceptuelle de ce qu’être la cause de l’univers signifie, l’apologète conclut qu’il existe une cause hors de l’espace, hors du temps, immuable, immatériel, incroyablement puissante et personnelle ; qui a causé l’existence de l’univers. Cet argument établit l’existence d’un créateur personnel de l’univers.

 

3-L’argument téléologique

Cet argument presse l’existence d’un dessein intelligent à la base de l’accord fin des conditions initiales de l’univers, pour l’existence de la vie intelligente. Laissant entièrement de côté la question de l’évolution ou celle de savoir si le Darwinisme est suffisant pour expliquer la diversité biologique et l’apparence de dessein, cet argument se concentre sur les conditions initiales de l’univers, remarquant que certains constantes (la gravité, les forces nucléaires, la constante cosmologique), ainsi que certaines quantités (le niveau initial d’entropie, le rapport entre matière et antimatière) sont incroyablement ajustées pour tomber dans la fourchette astronomiquement maigre de valeurs qui permettraient l’existence de la vie, n’importe ou dans l’univers. Ce fait remarquable requiert fortement une explication, et produit l’argument suivant :

Prémisse 1 – L’accord fin des conditions initiales de l’univers est dû soit à une nécessité physique, soit à la chance, soit à un dessein intelligent.

Prémisse 2 – L’accord fin des conditions initiales de l’univers n’est dû ni à une nécessité physique, ni à la chance

Conclusion : L’accord fin des conditions initiales de l’univers est dû à un dessein intelligent, un designer de l’univers.

 

4-L’argument moral

Cet argument propose que l’existence de valeurs morales objectives pointe vers l’existence d’un Dieu.

Prémisse 1 – Si Dieu n’existe pas, alors il n’existe pas de valeurs morales objectives

Prémisse 2 – Mais en fait, il existe au moins certaines valeurs morales objectives (véridiques indépendamment des individus ou cultures)

Conclusion : Dieu existe

 

Encore une fois, je laisse la défense des différentes prémisses aux apologètes classiques, dont la littérature abonde. Il existe également d’autres arguments classiques intéressants, tels que l’argument ontologique (défendu par Alvin Plantinga), mais les arguments principaux sont listés ci-dessus. De ces arguments pour le théisme, l’apologète classique utilise ensuite les arguments historiques pour la fiabilité des documents bibliques et la résurrection de Jésus de Nazareth, afin d’affirmer non pas simplement du théisme, mais bel et bien le Christianisme.

Enfin, l’apologète dit ‘présuppositionnaliste’ prend une approche qu’il veut très différente. Sur la scène (relativement) contemporaine, des apologètes préssuppositionels sont Cornelius VanTil, Greg Bahnsen, K.Scott Oliphint, Douglas Wilson, ou James R. White. L’apologète présuppositionnel affirme que les arguments classiques sont basés sur une présupposition erronée, que le non-croyant et le croyant partagent une plateforme neutre à partir de laquelle ils peuvent raisonner sans examiner leurs présuppositions. L’apologète ‘présuppositionnel’ est en général réformé théologiquement, affirme une vue forte du péché originel et de la ‘dépravation totale’ de l’homme avant sa conversion et propose que le débat n’ait pas lieu en territoire neutre, mais que chacun mette ses ‘présuppositions’ sur la table. L’apologète ‘présuppositionnel’ ‘présuppose’ que la Bible est vraie et qu’elle est la parole de Dieu et il affirme que, sans cette présupposition, il devient incohérent pour le non-croyant d’affirmer l’existence même de toute signification, ou communication, si bien que si le non-croyant, ne serait-ce qu’en engageant le croyant en débat, il prouve que Dieu existe. En effet, s’il est nécessaire de croire au Dieu du chrétien pour affirmer de façon cohérente que des phrases ont un sens ou que les lois de la logique ont autorité (des valeurs morales sont aussi parfois listées ici), le simple fait de les employer pour réfuter l’existence de Dieu démontre que le non-croyant épouse malgré lui l’existence de ce Dieu : il ‘emprunte’ des munitions de la vision du monde chrétien, afin de la démolir. Ces contestations sont souvent appelées ‘l’argument transcendantal’ pour l’existence de Dieu, et se trouvent au centre de l’arsenal de l’apologète ‘présuppositionnel’.

Voilà donc pour un survol de ces trois méthodes apologétiques. Pour notre évaluation, ne compliquons pas la question inutilement en discutant l’apologétique évidentialiste ; puisque toutes ses prétentions sont contenues dans l’apologétique classique, réduisons notre discussion à l’apologétique classique et l’apologétique présuppositionelle. Quelles sont donc leurs forces et quelles sont les critiques offertes par les apologètes de l’une ou l’autre de ces deux écoles ?

Tout d’abord, leurs forces : c’est bien simple, je suis d’avis que la totalité des arguments ci-dessus sont valides et peuvent être utilisés pour prouver que le christianisme est rationnel et vrai.  Aucun de ces arguments ne contredit les autres, et pour cette raison, ils se retrouvent tous dans mon arsenal d’apologétique. Alors, si ces arguments sont cohérents et peuvent, comme je le prétends cohabiter en paix dans une même armée, pourquoi y a-t-il une division et même une controverse intense entre apologètes classiques et présuppositionnels ? Voici les arguments que ces premiers offrent à ces derniers.

Tout d’abord, l’argument offert par les apologètes classiques contre l’apologétique présuppositionnelle. L’objection est bien simple : les apologètes classiques reprochent aux apologètes présuppositionnels de raisonner de manière circulaire. Un argument circulaire est invalide, comme tout le monde le sait, et donc si l’on présuppose les vérités bibliques afin d’établir les vérités bibliques (telle que l’existence de Dieu), le non-croyant est logiquement en position de réfuter l’argument comme étant circulaire, commettant le sophisme ‘petitio principii’.

Le problème avec cet argument, c’est qu’il démontre une incompréhension de l’apologétique présuppositionnelle. En aucun cas l’argument transcendant ne commet la faute de raisonner circulairement. L’incompréhension vient du fait que le mot ‘présupposition’ est utilisé de manière équivoque. L’apologète présuppositionnel utilise le terme ‘présupposition’ comme synonyme de ‘croyance’ ou ‘engagement’, non pas de ‘prémisse’ telle une prémisse d’argument non examinée. Au contraire, les apologètes présuppositionnels insistent fortement sur le besoin « d’examiner ses présuppositions », affirmant bien souvent que le non-croyant lui-même faillit à la tâche d’examiner ses présuppositions de l’athéisme et raisonne donc de façon circulaire dans son rejet du Christianisme.

L’accusation de sophisme et raisonnement circulaire est donc invalide et il n’y a aucune raison de rejeter l’argument transcendantal, qui, je crois, démontre de façon valide que les lois de la logique, l’existence de signification et de valeurs morales objectives requièrent l’existence de Dieu. Ainsi, cela devrait pousser le non-croyant à rejeter sa vue du monde et à considérer le christianisme, dans lequel Dieu est rationnel, source de la logique, du sens et des valeurs morales.   Cela devrait également inviter le non-croyant à considérer le fait que ce même Dieu s’est révélé dans la Bible et en la personne de Jésus Christ.

Toutefois, les apologètes présuppositionnels aussi proposent plusieurs arguments s’opposant à l’apologétique classique. Cependant, comme il va être démontré, ces arguments sont invalides.

Tout d’abord, certains proposent l’objection que les arguments classiques n’établissent qu’un théisme générique, mais pas le théisme chrétien. Et comme le salut éternel n’est reçu que par une foi en Jésus et non pas en un Dieu générique, ces arguments ne servent pas à faire des chrétiens. Mais cet argument n’est pas pour le moins convaincant. Oui, l’évangile est au centre de l’évangélisation et il est absolument nécessaire d’avoir foi en Jésus ; toutefois, cela ne rend pas inutiles les arguments en faveur de l’existence de Dieu : ils réfutent l’athéisme ! Dans une culture aussi séculière que la nôtre, il est particulièrement efficace de démontrer que l’athéisme est faux. Une fois que cette thèse sera établie, il sera bien temps de comparer les religions monothéistes et faire l’apologie du Christianisme. En l’occurrence, les apologètes classiques au contraire vont plus loin qu’un théisme générique, du moment qu’ils établissent la fiabilité de la résurrection de Jésus : cela constitue une raison de croire en le Dieu de Jésus, et laisse la porte ouverte à ce que la Bible soit aussi inspirée et ait autorité, même si elle n’est pas initialement utilisée comme telle dans notre argumentation.

Parfois, l’argument est même pire, il est affirmé que le Dieu des arguments classiques (cosmologique, moral, etc..) est incompatible avec le Dieu du Christianisme. Cette affirmation est sans mérite. Absolument aucune des propriétés du créateur établi par ces arguments ne contredit la vision chrétienne.

Enfin, et de manière plus dévastatrice, cet argument se réfute lui même, puisque la faute en question (si faute il y a) est également commise par l’argument transcendantal ! Comme exprimé ci-dessus, l’argument transcendantal fournit l’existence d’une âme transcendante qui ancre la rationalité du monde et les lois de la logique ainsi que les valeurs morales, mais il ne s’ensuit pas du tout (du moins pas sans arguments supplémentaires) que cette âme transcendante, ce ‘Dieu’, s’est aussi révélé en Jésus ou a inspiré la Bible. Pour cela, d’autres arguments (d’apologètes classiques !) sont nécessaires. Si l’apologète présuppositionnel ajoute à ses conclusions que la Bible est vraie et inspirée, alors là et seulement là, il commet en effet le sophisme du raisonnement circulaire, car ces conclusions ne sont pas supportées par l’argument transcendantal.

Une autre critique consiste à dire que l’apologétique classique est basée sur une vision erronée de l’homme déchu et un jugement trop optimiste de ses capacités à raisonner au sujet de Dieu. Les arguments logiques (avec prémisses et conclusions) employés par l’apologète classique sont dits être inefficaces, tant que le non-croyant n’est pas confronté à sa nature pécheresse, son besoin de salut et la nécessité du Dieu de la Bible (dont le non-croyant emprunte la croyance des lois de la logique, etc.).

L’apologète présuppositionnel au contraire affirme une vue réformée (dite ‘Calviniste’) de l’homme déchu, et affirme que toute conversion n’est que l’œuvre du Saint-Esprit souverain qui appelle le non-croyant de manière irrésistible dans le royaume de Dieu, ravive ses capacités intellectuelles, et fait de lui un croyant. Ces affirmations sont parfois avancées avec le slogan « la Théologie détermine la méthodologie d’apologétique ». Toutes ces affirmations théologiques sont parfaitement disponibles pour un apologète classique, affirmant que la conversion est entièrement l’œuvre de l’Esprit Saint, utilisant les arguments classiques tout comme il utiliserait l’argument transcendantal. Je suis moi même un ardent défenseur des arguments classiques, et avocat passionné de la théologie réformée. J’ai ma ‘carte du parti’ Calviniste en bonne et due forme, et affirme joyeusement avec Douglas Wilson que je me réveille tous les matins, et me dis « ah, encore une journée de Calvinisme ! » Mon anthropologie est donc des plus réformées, et elle n’exclut la validité ou l’utilité d’aucun des arguments ci-dessus.

Enfin, les apologètes présuppositionnels se plaignent que les arguments classiques n’établissent pas le ‘savoir’ de l’existence de Dieu, mais uniquement sa ‘haute probabilité’. Les arguments listés ci-dessus sont ‘déductifs’, avec des prémisses et une conclusion, et lorsqu’on considère un tel argument déductif, si les prémisses sont vraies, alors avec certitude la conclusion s’ensuit, mais la certitude de la conclusion n’est qu’aussi grande que la certitude de ses prémisses. Et donc, un argument déductif de la sorte n’établit pas vraiment de certitude absolue, le savoir de la vérité du Christianisme.

Or, l’apologète présuppositionnel argumente, la Bible ne nous dit pas de croire en la haute plausibilité de l’existence de Dieu, mais au contraire, affirme que nous avons tous le ‘savoir’ que Dieu existe, et c’est ce ‘savoir’ que l’apologète affirme comme partie intégrale de ses ‘présuppositions’, ou engagements théologiques.

Le problème de cet argument, c’est qu’il ne comprend pas la fonction d’un argument logique, et par ailleurs suppose une conception erronée de ce qu’est le savoir. Comme de nombreux philosophes l’ont démontré dans le domaine de l’épistémologie (la science de comment on sait ce que l’on sait), la certitude absolue n’est pas du tout nécessaire pour le ‘savoir’. Il y a un grand nombre de connaissances que l’on a, de manière justifiée, sans avoir certitude absolue. À vrai dire, il y a même excessivement peu de connaissances qui soient réellement absolument certaines. Les arguments ci-dessus ont donc pour rôle de montrer qu’étant donné des prémisses très plausibles, l’existence de Dieu s’ensuit très plausiblement, et donc peuvent très bien justifier le ‘savoir’ de l’existence de Dieu.

Une fois de plus, l’argument en question se trouve être auto-réfutant. Pourquoi ? Parce que l’argument transcendantal lui aussi a une structure logique, exprimable exactement dans le même format rigoureux que les arguments classiques listés précédemment. Il serait ainsi :

Prémisse 1 – Si Dieu n’existe pas, alors il ne peut y avoir de signification objective, de lois de la logique, ou de valeurs morales objectives

Prémisse 2 – Il existe des significations objectives, des lois de la logique (comme présupposées par cet argument !), et des valeurs morales objectives

Conclusion : Dieu existe

Comme je l’ai affirmé précédemment, je suis convaincu que cet argument est valide, efficace et convaincant. Mais sa structure logique n’est pas conceptuellement différente des arguments de l’apologète classique. Sa composante morale est même strictement identique à l’argument moral de l’apologète classique ! N’employons donc pas un double standard à deux poids deux mesures. Il n’y a rien de critiquable dans l’emploi d’un argument déductif utilisant des prémisses plausibles, bien que pas indubitable. Le savoir justifié ne requiert pas une certitude absolue.

Toutes ces critiques sont donc invalides, tant d’un côté que de l’autre. Les apologètes classiques critiquant l’apologétique présuppositionnelle comprennent mal la façon dont les termes sont définis par ces derniers (particulièrement le mot ‘présupposition’), et les apologètes présuppositionnels critiquant l’apologétique classique comprennent mal la place logique que jouent les arguments dans la justification du savoir.

De notre analyse, quelles conclusions peut-on donc tirer ? Il s’ensuit une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que les critiques ci-dessus sont invalides et donc la totalité des arguments et méthodologies apologétiques discutées précédemment sont valides. Cela veut dire que tous les arguments classiques et l’argument transcendantal devraient faire partie de l’arsenal de l’apologète chrétien.

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La mauvaise nouvelle, c’est que ces critiques invalides soient encore défendues dans la littérature, par des érudits, dont c’est ironiquement le métier de savoir reconnaître un argument invalide quand ils en voient un. Si ma critique présente est trouvée convaincante, j’invite les apologètes (professionnels ou amateurs) intéressés par la question des méthodologies apologétiques, à abandonner les critiques ci-dessus, et à joindre leurs forces (et leurs arguments), pour ensemble établir la rationalité et la vérité du Christianisme, « étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous ». (1 Pierre 3 :15)

L’Apologétique: sa nature, ses méthodes et son but

Qu’est-ce que l’apologétique chrétienne? Pourquoi l’apologétique chrétienne? Comment faire de l’apologétique chrétienne? Plusieurs membres de l’Association Axiome, par le biais d’une série d’articles sur le sujet, désirent offrir des éléments de réponses à ces questions et d’autres encore. Cette série d’articles, qui s’échelonnera du 10 février au 7 avril et qui verra paraître un article chaque semaine, s’intitule L’apologétique : sa nature, ses méthodes et son but. Voici les thèmes qui seront abordés :

9 février – Jean-Luc Lefebvre – Qu’est-ce que l’apologétique ?
16 février – Jean-Luc Lefebvre – Vivre la réponse que l’on donne!
24 février – Benoît Côté – Les visions du monde : Partie 1
3 mars – Benoît Côté – Les visions du monde : Partie 2
10 mars – Guillaume Bignon – Quelques pensées critiques sur les méthodologies d’apologétique chrétienne (et leurs conflits souvent mal placés)
19 mars – Daniel Audette – Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique: Partie 1
10 Avril – David Haines – Les branches de l’apologétique chrétienne : un survol
1 Mai – Daniel Audette – Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique: Partie 2