N’importe quel sujet d’apologétique chrétienne qui est difficilement catégorisée.

Est-il cohérent de maintenir que les athées ‘croient’ en Dieu?

Un des sujets de controverse régulière dans le débat portant sur les “méthodologies” d’apologétique concerne l’affirmation, faite principalement (mais pas exclusivement) par les apologètes dits ‘présuppositionnels’, que les athées croient en fait en Dieu, et même savent que Dieu existe, mais refoulent cette croyance par malice. L’affirmation se veut proche de ce que dit Paul au sujet des non-croyants païens en Romains chapitre 1:

La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive,

19 car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître.

20 En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables,

21 puisque ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres.

Etant donné que l’affirmation semble plutôt biblique, il est aisé de se demander pourquoi il s’agirait d’un sujet de controverse, même entre Chrétiens. Mais la controverse touche également les athées, qui habituellement trouvent assez insultant le fait de se voir dire qu’ils croient en Dieu, alors qu’ils vous affirment clairement que ce n’est pas le cas. Leur sentiment est bien compréhensible, alors qu’en est il?

La difficulté est la suivante: par définition, un athée est ‘une personne qui croit que Dieu n’existe pas’ (si, comme moi, vous employez la définition standard que l’on trouve dans la littérature), ou ‘une personne dépourvue d’une croyance en l’existence de Dieu’ (si vous adoptez la définition révisionniste que l’internet nous force de plus en plus à tolérer). Mais quelle que soit la définition que l’on adopte, il reste qu’un athée ne croit pas la proposition ‘Dieu existe’; autrement, cela ferait de lui… un théiste! (ou du moins un déiste).

La question se pose alors: comment peut-on dire qu’un athée, qui ne croit pas que Dieu existe, en vérité sait que Dieu existe? Il existe in principe assez simple d’épistémologie (la science de comment l’on sait ce que l’on sait), qui dit que le savoir requière au moins une croyance véridique. A vrai dire, le savoir requiert bien plus qu’une croyance véridique, parce qu’une croyance véridique pourrait s’avérer n’être qu’un coup de chance, et non pas une instance de savoir, mais quoique demande le savoir en plus d’une croyance véridique, il demande au moins une croyance véridique.

Illustrons ces deux conditions simples: dans le cas d’un savoir, la proposition sue doit être vraie: peu importe si je suis parfaitement convaincu que la lune est habitée par des extra-terrestres, je ne peux pas savoir que c’est le cas, si cette proposition se trouve être fausse. De même, dans le cas d’un savoir, la proposition sue doit être crue: en effet, même si cela est vrai, je ne peux pas savoir que je suis né en France, si je ne crois pas être né en France.

Mais donc cela veut dire que le savoir implique une croyance, et donc dans ce sens, une personne qui ne croit pas que Dieu existe ne peut pas savoir que Dieu existe. Tout cela est bien convainquant. Alors pour répondre en toute clarté, permettez moi d’insérer ici une notion un peu différente, touchant à mon domaine d’étude doctorale: la question de la responsabilité morale. Ce sujet pose la question de savoir si des personnes sont responsables moralement, c’est à dire dignes d’éloge ou de blâme, pour leurs actions, et demande s’il existe des circonstances dans lesquelles la responsabilité morale serait annulée. Par exemple, si je mens librement pour avancer ma carrière, je suis a priori coupable, digne de blâme pour mon mensonge; mais il existe des circonstances dans lesquelles je pourrais être excusé pour énoncer ces mêmes propos mensongers. La coercion est une de ces circonstances: si ma fausse confession était obtenue par la torture, je ne pourrais pas être tenu responsable et digne de blâme pour ‘mentir’. Vous saisissez le concept.

Ainsi, dans ce domaine également, un bon nombre de controverses apparaissent, mais il y a une condition pour la responsabilité morale qui ne devrait pas être trop controversée, et qui se trouve être particulièrement intéressante pour notre présente question concernant les athées. Elle s’énonce comme suit: Pour qu’une personne soit responsable moralement pour faire quelque chose de mal, il est nécessaire que cette personne sache que ce qu’elle fait est mal. Par exemple, si je verse du poison dans le café de ma femme parce que quelqu’un a collé une étiquette de sucre sur un pot de poison, je ne suis pas moralement responsable pour avoir tué ma femme, bien que je sois assurément la personne qui l’ait tuée: j’ai versé du poison dans son café! Alors pourquoi ne suis-je pas coupable? Parce que je ne savais pas que ce que je faisais était mal. Ce critère peut également être appliqué à certains cas dans lesquels une maladie mentale exclut la responsabilité morale, pour des actions qui serait autrement coupables, si elles étaient accomplies par des personnes en possession de toutes leurs facultés. Une personne sévèrement autiste qui blesse son donneur de soin lors d’une crise de violence peut (au moins dans certains cas non-discutables), être excusée, et déclarée non-responsable, en vertu du fait qu’elle ne savait pas que ce qu’elle faisait était mal. Tout cela semble assez raisonnable.

Mais voila le souci. Prenez ce critère, et appliquez le à une autre situation, celle d’Adolf Hitler, et posez la question de savoir s’il était moralement responsable pour avoir organisé la mort de millions de Juifs et de Tsiganes. Etait-il coupable moralement? Je pense que la réponse est évidente: oui. Mais posons maintenant notre question au sujet d’Hitler: ‘Hitler savait il qu’il est mal de tuer des Juifs et des Tsiganes?’ Dans un sens certainement, et dans un autre sens, évidemment pas. Je m’explique.

Hitler croyait-il que tuer des Juifs et des Tsiganes est mal? Evidemment pas; il pensait même que c’était la meilleure chose à faire pour le monde! Mais si, comme établit ci-dessus, on ne peut pas savoir une proposition sans avoir une croyance en cette proposition, alors il s’ensuivrait qu’Hitler n’avait pas le savoir qu’il est mal de tuer des Juifs et des Tsiganes. Sommes nous alors dans la position particulièrement pénible d’avoir à admettre que: ‘Hitler n’était pas moralement responsable pour avoir tué des Juifs et des Tsiganes parce qu’il ne savait simplement pas que ce qu’il faisait était mal’? Cette conclusion ne peut surement pas être correcte non-plus. Alors que dire?

Je pense que ce qu’il nous faut conclure est que notre critère pour le savoir et notre critère pour la responsabilité morale sont tous deux essentiellement correctes, mais ils doivent laisser la place à un certain sens du savoir dans lequel une personne peut savoir que quelque chose est vrai, tout en professant (même honnêtement) une non-croyance à ce sujet. Dans ce sens, Hitler savait qu’il est mal de tuer des Juifs et des Tsiganes, car ce fait moral est rendu évident à tous par la lumière de la conscience humaine, mais il a refoulé ce savoir–un refoulement coupable, par ailleurs, et un refoulement qui l’amena à professer une non-croyance en cette proposition, tout en étant une cible appropriée de blâme moral, basé sur le fait que dans un autre sens bien réel, il savait ce qu’il professait même ne pas croire.

Lorsque l’on applique ces concepts à la croyance en Dieu, nous sommes maintenant équipés pour exprimer les deux sens distincts dans lesquels les Chrétiens peuvent affirmer de manière cohérente que les athées savent et ne savent pas que Dieu existe. Ils ne le savent pas, dans le sens où il n’ont pas de croyance consciente en l’existence de Dieu et donc l’absence de savoir s’ensuit de leur manque de croyance, mais il y a aussi un autre sens dans lequel les Chrétiens affirment que l’existence de Dieu est rendue évidente à tous par sa création, et que donc quiconque la rejette est coupable de refouler une vérité qu’il ‘sait’, tout en professant (sincèrement) ne pas la croire.

De tout cela, deux conclusion ne s’ensuivent pas.

Premièrement, il ne s’ensuit pas que l’apologétique présuppositionelle est correcte et que l’apologétique classique ne l’est pas. C’est tout bonnement une autre question, sur laquelle toutes mes pensées se trouvent dans cet autre article.

Et deuxièmement, il ne s’ensuit pas que les Chrétiens doivent dire aux athées que ces derniers croient en fait en Dieu. Personnellement, je trouve douteux qu’il soit sage de le faire dans la plupart des circonstances.

Mais en vérité, ce qui s’ensuit logiquement, c’est qu’il est cohérent pour les Chrétiens de maintenir leur conviction que dans un sens, le savoir de Dieu est inévitable à la lumière d’une révélation générale, une lumière que Paul nous dit se trouve être refoulée dans la non-croyance, jusqu’à ce que l’Esprit vienne, et fasse ‘briller la lumière dans nos coeurs, pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu, sur la face de Christ’. (2 Cor 4:6).

Trois étapes pour des évidences en faveur du théisme : Revue de Dallas Willard

Revue de Dallas Willard: Language, Being, God, and the three stages of
theistic evidence
[1]

Dieu existe-t-il? Pourquoi écrire une revue d’un chapitre de livre sur l’existence de Dieu? Est-ce parce que je suis un intellectuel renfermé dans un bureau et coupé du reste du monde? À qui s’adresse cette revue? En fait, la réponse à ces questions est assez simple. C’est parce que c’est pertinent pour vous! Peut-être que vous ne la trouvez pas intéressante ou pertinente, mais il faut néanmoins admettre que votre réponse à cette question déterminera comment vous allez interpréter le monde et comment vous allez agir dans le monde. Il vaut la peine de confronté ou de réfléchir sur nos convictions, et c’est mon désir dans ce compte rendu.

L’article de Willard est une réponse au professeur athée Nielsen qui accusait Dallas Willard d’avoir une croyance « irrationnel » en Dieu. Bien que la discussion à ce propos soit intéressante, elle n’est qu’une partie de l’article, et ce n’est pas l’intérêt principal de cette revue. Quand même, il faut mentionner que ce contexte servira à offrir une argumentation en trois étapes pour valider le théisme [2]. Et c’est ici l’objectif de cette revue, à savoir, exposer les trois étapes de son argument en faveur du théisme.

  • Remarques sur l’argumentation :

Pour construire son raisonnement il fait deux remarques importantes :

1)      Ce ne sont pas trois arguments ou moyens, dont chacun nous mène à un même point logique. Chaque phase de l’argumentation n’est pas une fin en soi, mais ils ont une force collective. Ce qui est soutenu dans chaque phase ne détermine pas la suite des autres étapes de l’argumentation. Par exemple, lors de la première étape il est montré qu’il pourrait y avoir quelque chose que l’on nomme Dieu, dans un sens conventionnel.

2)      Il est difficile de discuter de ces questions sans tomber dans des enchevêtrements de questions qui n’ont rien à voir avec le sujet. C’est pourquoi il veut se limiter à l’examen de preuves et de démonstrations.

À cet effet, il souligne ce qu’il entend par démonstration :

« Par démonstration, je veux dire une structure logique de propositions où les prémisses sont vraies et impliquent logiquement (ou entraînent) la conclusion lorsqu’ils sont pris ensemble. » [3]

A)     Étapes Un : Argument concernant la nature et l’existence de la réalité physique [4]

« Il est vrai qu’il existe un monde physique et nous savons que cela est vrai ». En plus, « il y a certaines choses sur son caractère général que nous connaissons pour vrai. » L’un de ces caractères est le suivant : toute réalité physique doit son être à autre chose que lui-même. « Peu importe comment on divise en parties la réalité physique, le résultat sera un état qui doit son existence à quelque chose autre qu’elle-même. » [5] Que ce soit par l’expérience personnelle ou encore en science, malgré la complexité de la question, nous savons que cela est vrai.

« […] que chaque état ​​physique, quel que soit inclusive, a une condition nécessaire à un certain type spécifique d’état qui le précède immédiatement dans le temps et est entièrement existant avant l’apparition de l’état qui le conditionne. » [6]

Qu’est-ce que cela signifie? Prenons une pomme dans mon panier sur ma table. Nous savons qu’elle n’est pas apparue d’elle-même. Nous savons que ce que ça prend pour qu’elle puisse être dans ce panier, c’est un arbre en santé qui produit des pommes. Ajouter à cela, toutes les conditions nécessaires qui doivent préexister avant même l’apparition de la pomme. Elles doivent toutes être complétées dans le temps avant son apparition afin qu’elle puisse croitre dans l’arbre. La pomme n’explique pas sa propre existence, elle est dépendante de certaines conditions qui doivent être complété dans le temps pour produire l’entité que nous sommes en train de discuter présentement [7]. Nous pouvons remonter à l’arbre et à une série de processus qui amène la pomme à exister.

Cette compréhension générale de la dépendance de l’état physique est quelque chose de bien connu. Aristote le nommait « cause ». Toutes les conditions nécessaires à un certain « état » doivent être entièrement existantes avant l’apparition de l’événement ou de l’état d’une quantité physique, ou d’une réalité physique. La série de cause est terminée par un événement ou un état donné. Cet ensemble achevé de causes est très structuré dans le temps et doit être fini.

« Ainsi, aucun état physique est temporellement ou ontologiquement avant lui-même […] Le plus important pour les intérêts présents, puisque la série de causes pour un état donné est terminée, non seulement il présente une structure rigoureuse, comme indiqué, mais que la structure dispose également d’un premier mandat. Autrement dit, il est au moins une «cause», un état d’être, qui ne tire pas son existence de quelque chose d’autre. Il est auto-existant.».

Ainsi, la réalité physique concrète implique un être radicalement différent de lui-même : un être qui, contrairement à un état physique quelconque, est auto-existant. Autrement dit, on ne peut pas remonter à un infini de cause ou de série d’événement.

Pour illustrer, imaginons une ligne de dominos. S’il y a un nombre infini de dominos qui doit tomber avant de frapper un domino x, il ne sera jamais frappé. C’est pourquoi, la réalité physique concrète implique un être (cause) radicalement différent(e) de lui-même, qui lui est auto-existant et non physique. À moins d’être prêt (comme Spinoza) à traiter l’univers lui-même comme ayant un type d’être essentiellement différent, on doit concéder ce point.

Il est fréquent d’entendre, en réponse à cet argument, l’affirmation selon laquelle il ne peut tout simplement pas être un être existant en soi. Mais il faut souligner aussi qu’il est très rare d’entendre une très bonne raison de cette affirmation. C’est une conséquence logiquement nécessaire qu’il y est quelque chose dont l’existence ne découle pas d’une autre chose. À la question de l’enfant  « D’où vient Dieu? La réponse c’est qu’il ne vient pas de rien, car il n’est pas venu du tout. » Dallas Willard a raison de souligner que « l’on aura de la difficulté avec cette réponse que si nous avons déjà assimilé « existence » à l’existence physique. » [8]

Aucune réalité physique n’existe par elle-même et aussi aucune quantité de  temps ne peut consumer une série infinie de cause pour vous mener à l’état présent. Ce qui signifie qu’en quelque part, tout cela s’explique par une cause auto-existante qui n’est pas matériel (physique). Parce que toute quantité physique ou réalité physique ne s’explique pas par elle-même. C.S. Lewis explique cela dans son livre God in the Dock:

« Un œuf qui n’est pas venu d’un  oiseau n’est pas plus « naturel » qu’un oiseau qui a existé éternellement. »[9] [10]

Aujourd’hui, c’est une tendance à traiter la théorie du « Big Bang » comme un état apparu sans cause. En un mot, il tire son origine « à partir de rien ». Ce qui lui confère une originalité, car c’est un « bang » très différent de tous les autres. Comment le traite-t-on ce « Big Bang »? Souvent de façon mystique, soit celui de jouer le rôle de Dieu, ce qui à première vue est attrayant. Mais il semble manquer quelque chose, car une chose ne peut pas sortir de rien par elle-même. Comme le fait remarquer Dallas Willard en ajout à C.S. Lewis :

« Et nous devons au moins préciser qu’un être auto-subsistant éternellement n’est pas plus improbable qu’un événement auto-subsistant émergent sans cause. » [11]

B)      Étapes deux : Argument téléologique (dessein)

Bien que je ne partage pas toutes les vues de Willard, il est nécessaire de souligner quand même quelques points importants de cette deuxième étape.

Premièrement, de façon générale, l’argument téléologique veut montrer que l’ordre dans l’univers est le produit d’un dessein, ce qui implique un principe intelligent et ordonnateur. Autrement dit, d’un créateur. Dallas Willard a raison de souligner que les débats entourant l’argument du dessein crée souvent de la confusion de part et d’autre, ainsi que des discussions qui souvent sont en dehors du propos.

Deuxièmement, il a aussi raison de soulever la réflexion concernant la théorie de l’évolution qui ne peut être une théorie ultime de l’existence et de l’ordre. [12] L’évolution n’est pas une explication ultime de l’origine. Elle n’explique pas le « Big Bang ». Est-ce que le Big Bang a évolué. Qu’est-ce qui a causé le Big Bang? Il est important de noter ceci : C’est l’argument vers le dessein et non à partir du dessein. La distinction est importante.

Après avoir discuté sur ces propos, Willard résume la deuxième étape de son argument :

« Nous avons établi que tout ordre est évolué [13] et par rapport à nos données, il y a la probabilité de zéro que cette ordre soit sorti du chaos ou de rien pour venir dans le monde physique. En outre, nous avons l’expérience de l’ordre émergeant de l’esprit (notre esprit) dans le monde physique. » [14]

Quel est l’effet de tout cela? Ce n’est pas une démonstration de l’existence de Dieu dans le sens complet du théisme, mais tout comme la première étape, l’existence de Dieu est devenue beaucoup plus importante. Il développe l’idée selon laquelle nous voyons par l’expérience que l’intelligence peut produire de la complexité, ou de l’ordre et que la cause ou les causes de l’ordre dans l’univers supporte probablement une lointaine analogie à l’intelligence humaine [15].

Dallas Willard ne développe pas de façon exhaustive l’argument téléologique qu’il laisse à un J.P. Moreland dans un autre chapitre du livre paru à l’origine. À mon sens, il y a d’autres formulations de l’argument téléologique de l’existence de Dieu qui ont plus de force, mais l’idée centrale à retenir, c’est justement que la complexité n’est pas le fruit d’une évolution strictement physique et que la complexité, ainsi que l’ordre dans l’univers peut s’expliquer par l’existence d’une entité intelligente, ainsi qu’elle n’apparait pas à partir de rien. Dans la mesure où ne comprenons que rien ne produit rien, il y a la possibilité qu’un être intelligent en dehors de la matière l’ait fait, tout comme les humains qui produisent par leur volonté des choses complexes.

C)      Étapes trois : Argument tiré du cours des événements humains : historiques, sociales et individuelles

Suite aux deux étapes de l’argumentation qui précède, nous devons donc placer et interpréter la vie humaine dans un cadre « extranaturel » (étape 1) et d’un « intellectualisme » plausible (étape 2).

Quand nous regardons l’histoire du monde, nous pouvons poser la question suivante : Comment expliquer plusieurs faits dans l’histoire? Il y a des choses qui se sont produites dans l’histoire qui sont inexplicable en terme strictement naturaliste, à moins bien sûr d’avoir adopté une incrédulité systématique en matière de religion, voir même d’histoire.

Ce que nous savons c’est « que les esprits humains créent, de façon standard, pour un but et qu’ils conservent un intérêt actif dans la chose créé; ils se sentent intimement investi dans ce qu’ils créent et cela d’autant plus l’originalité ou la « créativité » est impliquée. » [16] Autrement dit, comme dirait un de mes amis : « je n’achète pas un chien pour le mettre au fond du terrain pour ne jamais avoir de relation avec lui. » Et si on élargie l’analogie à Dieu, il faut considérer la possibilité qu’il entretienne une certaine relation avec sa création. Cela est rendu probable à cause des deux premiers arguments, mais aussi une fois que l’on place l’humain dans un contexte qui n’est pas exclusivement matérialiste.

Plus important que des spéculations dans le troisième argument, c’est l’examen du cours réel de l’histoire et le contenu de l’expérience humaine, observé le plus honnêtement et complètement possible. Avant d’être accusé de religieux superstitieux, considérer les paroles de Willard :

« Mais nous devons aussi être approfondies, et nous avons le droit d’exiger la même chose de nos co-chercheurs athées et d’ignorer leurs griefs s’ils refusent. La foi ne se limite pas aux personnes religieuses, ni le préjudice aveugle et le dogmatisme. L’athée qui ne prend pas la peine de se pencher sérieusement sur les faits allégués pour des histoires religieuses et de l’expérience religieuse est le frère jumeau de l’ecclésiastique qui a refusé de regarder à travers la lunette de Galilée, car il savait déjà ce qui était et ne devait pas être vu. »

Enfin, pour ce troisième argument nous sommes invités à regarder Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, mais à la lumière du contexte des deux premiers arguments. D’ailleurs, Jésus nous appelais à faire de même : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jean 14.2), il en va de sa véritable nature et de son identité. Nous sommes donc invités à considérer les évidences concernant la personne de Jésus et de s’approprier les critères rationnels pour prendre une décision.

De quelle façon pouvons-nous faire une enquête sur Jésus de façon crédible? La réponse de Willard : « Par une inférence en termes de « meilleure explication », mais « meilleure » dans la pleine lumière des résultats des étapes un et deux. » [17]

Bien que ce travail soit une tentative d’aider le chercheur à être ouvert à ce qu’il peut découvrir, sans adhérer aveuglément à un rejet de tout ce que nous pourrions nommer de « religieux », Willard n’explique pas tout dans ces paragraphes touchant le sujet de Jésus, mais suggère néanmoins le rôle que Dieu peut avoir exercé dans l’histoire, surtout à partir de la vie, la mort et la résurrection de Jésus.

  • Remarques finales :

Bien que Dallas Willard ne traite pas exhaustivement de chacun de ces trois sujets, il invite à considérer les limites de son travail. [18] Nous devrions en faire autant et rester ouvert aux opportunités qu’elle nous offre, par exemple, de considérer la possibilité réelle que nous ayons été créé et que l’humain se trouve dans le contexte de cette création.

Deuxième possibilité qu’elle nous offre, c’est de considérer que tout comme l’humain, il se peut que Dieu s’intéresse à sa création et cela nous pouvons le voir dans l’histoire.

Enfin, retenons la structure des trois arguments à l’intérieur desquels nous pouvons travailler à présenter la cohérence du théisme d’une manière logique. À cet effet, terminons par sa remarque de conclusion :

« J’ai tenté dans ces pages de clarifier certains points au sujet de la structure dans laquelle des preuves du théisme doivent être organisés, si nous voulons les apprécié correctement. » [19]

 


[1] Willard, Dallas, Language, Being, God, and the three stages of theistic evidence, in Does God exist, edd. Moreland and nielson, 1993. Le document original: Willard Dallas, in Moreland J.P., and Nielsen, Does God exist? Les citations ainsi que les pages cités sont tirés de la version disponible sur son site internet à l’adresse suivante, version imprimable : http://www.dwillard.org/articles/artview.asp?artID=42 Visité  pour la dernière fois le 20 mai 2014.

[2] Enseignement qui admet l’existence d’un Dieu unique et personnel comme cause du monde.

[3] Ibid. p.3

[4] Ou encore de « quantité physique ».

[5] Willard, p.3

[6]

[7] Image tiré de Ravi Zacharias : https://www.youtube.com/watch?v=VTVOufIzyPY, visualisé le 12 juin 2014.

[8] Willard, p.4

[9] Willard, p.4

[10] Voici la citation complète : « Un œuf qui n’est pas venu d’un  oiseau n’est pas plus « naturel » qu’un oiseau qui a existé éternellement. Puisque la séquence œuf-oiseau-œuf ne conduit à aucun commencement plausible, n’est-il pas raisonnable de chercher sa véritable origine à l’extérieur de la séquence? Vous devez regarder ailleurs que parmi les machines pour trouver l’origine de la fusée; vous devez plutôt regardez chez les hommes. N’est-il pas raisonnable de regarder à l’extérieur de la nature pour trouver la véritable origine de l’ordre naturel? » Lewis C.S. God in the Dock : Essays on theology and ethics (Grand Rapids) Eerdmans Publishing, 2001, p.211). La citation française est tirée de Cahill Mark, Destination Finale : Votre pèlerinage vers l’éternité (Québec) Aujourd’hui l’espoir, 2011, p.22.

[11] Willard, p.4

[12] « Toute sorte d’évolution  de l’ordre, de quelque nature qu’elle soit, présuppose toujours un ordre préexistant et aussi des entités préexistantes gouverner par celle-ci. »Willard, p.6

[13] Nous pouvons aussi comprendre « complexe ». Tout ce qui est ordonné est complexe.

[14] Willard, p.7

[15] Citation de David Hume apporté avec nuance par Willard. Je ne l’ai pas traduit littéralement, je rapporte l’idée centrale.

[16] Willard, p.7

[17] Willard, p.8

[18] Willard, p.9

[19] Willard, p.9

Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique (partie 2)

INTRODUCTION

Nous avons vu dans la première partie de cet article que des liens existent entre l’apologétique et l’éthique. Nous y avons brossé un tableau du présuppositionalisme afin de montrer la réalité de ces liens. Nous considérerons dès à présent la nature de ces liens. Nous examinerons la façon dont l’éthique a des implications apologétiques et, inversement, la façon dont l’apologétique a des implications éthiques. Mais tentons d’abord de circonscrire notre sujet à l’aide des questions suivantes :

  • Si, comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, toute attaque à l’encontre de la foi biblique est fondamentalement de nature éthique, est-il juste d’affirmer que le moyen de défense de cette même foi doit aussi se situer sur un plan éthique?
  • En plus d’être une défense raisonnée du christianisme (ce qui est tout à fait correct), l’apologétique doit-elle être une défense éthique de la foi chrétienne?
  • Est-il même possible de défendre le christianisme de façon éthique?
  • À l’inverse, est-il légitime de dire que des implications apologétiques découlent de l’éthique?
  • Une éthique chrétienne peut-elle et doit-elle faire œuvre apologétique?

Nous répondons par l’affirmative à toutes ces questions. Nous croyons en effet que l’apologétique et l’éthique sont inséparables. Nous examinerons d’abord le rôle que joue l’amour, fondement de l’éthique chrétienne, dans la démarche apologétique. Nous considérerons ensuite la vie de l’apologète comme critère de vérification. Nous aborderons également la question de la place que tient la doctrine biblique dans la défense de la foi chrétienne. Viendra enfin une section qui expliquera comment l’apologétique est l’affaire de tous les chrétiens.

Amour et apologétique

Selon nous, le chrétien doit défendre la foi qu’il professe non seulement en faisant la démonstration intellectuelle que sa foi repose sur de solides arguments, mais également en menant une vie sainte pour démontrer la véracité de cette foi. Une des caractéristiques d’une vie sainte, c’est l’amour pour Dieu et le prochain (1 Jean 2.9-11). Comme le fait remarquer C. Spicq, la dilection fraternelle (dilection: amour spirituel et pur) est au cœur de la morale chrétienne:

L’institution chrétienne se résume en deux articles principaux, chacun récapitulant la foi et la morale: croire au Christ (…) et manifester de la dilection fraternelle[1].

Mais l’amour dont il est question dans le Nouveau Testament ne se distingue pas uniquement par la morale qu’il récapitule. Il dévoile également une facette apologétique : il sert de tremplin à la proclamation de la foi. Même Jésus a insisté sur l’implication apologétique de l’amour, lorsqu’il a fait l’éloge de l’amour fraternel comme outil de persuasion:

C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres (Jean 13.35)[2].

L’amour chrétien sert donc la proclamation du message évangélique et, par ricochet, sa défense. Au sens de la Bible, aimer, c’est « apologiser »!

Curieusement, certains apologètes redoutent que cette invitation à l’amour fraternel comme outil de persuasion les contraigne à renoncer à leur arsenal d’arguments rationnels et à n’avoir d’autre choix que de défendre la foi en sortant de leur fourreau « l’épée de bois » qu’est leur vie sanctifiée. Il se trouve en effet certaines personnes qui dénoncent toute forme de défense rationnelle de la foi, ce qui explique l’origine de cette crainte qu’il arrive à des apologètes d’exprimer. Cependant, une telle crainte donne la fâcheuse impression qu’une vie sainte n’a que peu ou très peu de poids dans la balance des preuves en faveur du christianisme et qu’elle ne peut donc pas contribuer à la tâche apologétique!

Soyons cependant assurés de ceci: l’amour que Jésus réclame des siens ne s’oppose pas à la défense rationnelle de la foi. Bien au contraire, cet amour trace le chemin qui mène à l’arène de la lutte apologétique. En effet, l’apologète doit être animé d’un amour similaire à celui qui a jadis inspiré Dieu à lutter contre Jacob, allant même jusqu’à lui infliger une blessure, afin de mieux le rallier à sa cause (Genèse 32.25-33). Un tel amour, certes marqué par la lutte, est pourtant d’une tendresse inouïe, puisqu’il est entièrement mû par une affection sincère et désintéressée; il s’agit d’un amour dont l’intention n’est rien d’autre que le salut de celui qui bénéficie de cet amour (au v. 30, alors qu’il attribut un nom à l’endroit où il a livré un combat contre Dieu, Jacob s’écrira: « J’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée »). C’est un amour qui s’efforce de gagner l’autre et non de triompher de lui, qui s’intéresse à l’autre au lieu de lui opposer une défense opiniâtre.

L’amour dont parle Jésus n’est donc pas un amour qui nous tient éloignés des « champs de bataille ». Ce n’est pas un amour qui commande que l’on se retire dès le moment où il faut débattre de la foi. Et ce n’est certainement pas un amour qui interdit au croyant de faire usage d’arguments rationnels pour défendre la foi et tenter de convaincre les adversaires. Cet amour, celui-là même qui fonde l’éthique chrétienne, a des visées apologétiques: c’est un amour qui peut convaincre les hommes à se décider pour l’Évangile. En revanche, il s’agit d’un amour dans lequel la discipline apologétique doit faire pénétrer profondément ses racines. En effet, s’il entend gagner le cœur de ses adversaires, l’apologète doit faire preuve de cet amour et leur manifester toute la douceur dont un tel amour est capable. Il doit les gagner en faisant d’abord la démonstration communautaire de cet amour persuasif qui unit les croyants. Mais il faut aussi qu’il conquière leur cœur en leur témoignant un même amour, comme Paul et Pierre exhortent les croyants à le faire:

Il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité (2 Timothée 2.25).

Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous (1 Pierre 3.15).

Celui qui porte le message

John Frame, apologète présuppositionaliste, dit ceci :

Pour déterminer si quelqu’un connaît Dieu, nous ne nous contentons pas de lui donner un examen écrit, nous examinons sa vie[3].

C’est affirmation est fondamentale: elle met en évidence l’implication éthique de l’apologétique. Nous sommes confrontés ici à un fait incontestable : les non-croyants examinent la vie de ceux et celles qui prêchent l’Évangile. Mais cette affirmation suscite également une question: comment examine-t-on la vie d’un chrétien? Comment savoir si le chrétien a « passé le test »? Bref, quels sont les critères d’évaluation qui permettent de vérifier que l’Évangile transforme vraiment la vie des croyants? Et s’il en existe, où les trouve-t-on? Notre conviction est que non seulement ces critères d’évaluation existent, mais aussi qu’ils se trouvent dans l’Écriture. Il s’agit de critères que le croyant et l’incroyant peuvent connaître au moyen de la prédication de l’Évangile. Examinons plus en détail ce point.

L’annonce aux pécheurs du jugement de Dieu, accompagnée du message de la grâce qui leur est offerte en Jésus-Christ, les place devant toute la turpitude de leurs fautes. Mais du coup, cette annonce impose aussi un standard moral que le croyant est tenu de respecter, dans sa communauté de foi et devant les pécheurs auxquels il annonce l’Évangile. En effet, si le croyant est lui-même esclave du péché, de quel droit peut-il prêcher au monde la délivrance du péché? Une telle prédication soulèverait à coup sûr de sérieux doutes quant à l’efficacité du message de délivrance proclamé. Car l’Évangile est un message de délivrance. Lorsque le pécheur reçoit ce message par la foi, il se voit libérer de la puissance du péché, de sorte qu’il peut se mettre humblement et entièrement au service de son créateur. Il est désormais un croyant. Ce nouveau statut s’accompagne cependant de fonctions que le croyant ne peut passer sous silence: il est un héraut de la foi, un ambassadeur pour Dieu, comme le dira l’apôtre Paul (2 Corinthiens 5.20). Le chrétien vit dans ce monde pour y proclamer un message de pardon et de délivrance. La question urgente est donc la suivante: le chrétien est-il lui-même la preuve vivante que l’Évangile qu’il annonce libère véritablement le pécheur des chaînes qui le lient au péché? Démontre-t-il, par un comportement empreint de charité chrétienne et de piété, l’efficacité libératrice de la vérité qu’il proclame? Bref, vit-il ce qu’il prêche[4]?

À la défense de la doctrine biblique

Le chrétien vit-il ce qu’il prêche? Cette question ouvre l’horizon de ce que nous entendons par les implications éthiques de l’apologétique. Elle signifie que le chrétien doit vivre sa vie en conformité avec l’éthique chrétienne qui découle de la doctrine biblique dont il fait l’apologie. Car selon l’apologétique présuppositionaliste, c’est la doctrine biblique qui doit être défendue[5]. Or la doctrine (la théologie) ne se défend pas uniquement sur la base de preuves ou de faits censés être à la disposition tant de l’incroyant que du croyant. Celle-ci se défend également sur le plan de l’éthique. Ce n’est pas par accident que l’apôtre Paul parle de « la doctrine conforme à la piété » , exhortant du même coup Timothée à vivre conformément à cette doctrine (1 Timothée 6.3). En plus de l’exhorter à veiller sur son enseignement (1 Timothée 4.13-16), il lui enjoint de poursuivre les vertus les plus nobles tels la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience et la douceur (1 Timothée 6.11). Paul lui demande également de pratiquer ce qu’il a entendu et vu de lui : « Retiens dans la foi et dans l’amour qui est en Jésus-Christ, le modèle des saines paroles que tu as reçues de moi. » (2 Timothée 1.13) Et il ajoute : « Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme qui a fait ses preuves, un ouvrier qui n’a pas à rougir et qui dispense avec droiture la parole de la vérité. » (2 Timothée 2.15) En un mot, la vie de Timothée doit traduire l’enseignement qu’il prodigue aussi bien aux croyants qu’aux non-croyants. Sa vie doit être une apologie de la doctrine biblique qu’il enseigne! On le voit, la doctrine biblique, l’éthique et l’apologétique sont comme trois sœurs inséparables; l’action de l’une mobilise les deux autres.

Puisque l’apologétique puise sa source dans la doctrine biblique, il s’ensuit que le croyant, chaque fois qu’il marche en conformité avec cette doctrine, pose une action éthique qui devient à son tour une implication apologétique. Autrement dit, ce n’est pas seulement en parole que l’apologète peut défendre la doctrine biblique, mais aussi par son témoignage de vie. La doctrine biblique que l’apologète entend défendre n’est aucunement déconnectée d’une action engagée et d’une ligne de conduite morale. Bien au contraire, cette doctrine enseigne aux hommes qu’ils doivent en tout temps vouer une obéissance entière et inconditionnelle au Dieu de la Bible. Cet enseignement est très concret et s’incarne dans la vie quotidienne des croyants. Pour cette raison, la foi chrétienne ne se défend pas uniquement sur la base de la raison. On la défend également lorsque notre cœur bat au rythme de l’Évangile. Le christianisme affirme que Dieu agit puissamment en l’homme en transformant progressivement (et parfois abruptement) ce dernier à l’image de son Fils. Serait-il légitime que des chrétiens évoquent cette puissance transformatrice de Dieu lorsqu’ils prêchent l’Évangile aux pécheurs alors que ces derniers ne parviennent même pas à en discerner l’efficacité dans la vie de ces chrétiens? Qui ajouterait foi à une telle « bonne nouvelle » et à un tel message de liberté ? Ne dirait-on pas, à juste titre d’ailleurs, qu’il s’agit d’un message creux, sans âme ni substance?

Une apologétique à la disposition de tous les chrétiens

Certains croyants s’imaginent que l’éthique est l’affaire de tous les croyants, alors que la tâche apologétique revient aux spécialistes, notamment aux évangélistes et aux théologiens. Rien n’est plus faux. Tous les croyants peuvent se consacrer à la tâche apologétique. Certains, il est vrai, se débrouillent mieux que d’autres dans le maniement des arguments rationnels en faveur de la foi chrétienne. Mais un fait demeure: tous les chrétiens peuvent manifester par leur conduite que l’Évangile de Jésus-Christ rend vraiment l’homme libre à l’égard de la puissance du péché. Tous ne sont pas des apologètes au sens restreint du terme; tous les chrétiens possèdent cependant dans leur arsenal apologétique une arme efficace dont le nom est sainteté. Un incroyant refusera peut-être d’accorder crédit à la foi chrétienne parce que le christianisme ne le convainc guère sur le plan intellectuel. Par contre, si on lui présente le témoignage d’une vie chrétienne sainte et irréprochable, il éprouvera sans doute un peu plus de difficulté à trouver à redire de la foi chrétienne. Cela pourrait même semer la confusion dans son esprit (Tite 2.6-8), voire le mener à la foi. En reconnaissant que l’apologétique est avant tout une défense éthique du christianisme, cette discipline devient du coup l’affaire de tous ceux et celles qui font profession de vivre pour Christ.

Il est vrai que certaines attaques dirigées contre le christianisme sont de nature exégétique et doctrinale. Dans de pareils cas, les spécialistes bibliques sont certainement plus aptes à défendre rationnellement la doctrine biblique. C’est pourquoi Paul recommandera à Tite d’établir des anciens qui s’attacheront « à la parole authentique telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de convaincre les contradicteurs » (Tite 1.9). Il est cependant important de faire remarquer que Paul ordonne à Tite de choisir parmi les frères des hommes qui sont irréprochables (Tite 1.6). Il exhortera même Timothée à élire à la charge d’évêque ceux qui reçoivent un bon témoignage de ceux du dehors (1 Timothée 3.7). La saine doctrine est d’une importance capitale, on ne saurait le nier. Et cela est d’autant plus vrai lorsque l’on considère le zèle et la fermeté avec lesquels les ministres de Dieu doivent être en mesure de la défendre. Mais cette défense doctrinale de la foi doit, selon le Nouveau Testament, reposer entièrement sur un fondement éthique, c’est-à-dire sur le témoignage d’une vie pieuse et irréprochable[6].

CONCLUSION

Comme nous l’avons établi dans le présent article, l’apologétique est l’affaire de tous les chrétiens. Cela est vrai non seulement parce que l’éthique a des implications apologétiques, mais aussi parce que l’apologétique repose sur un fondement éthique. D’ailleurs, ces deux disciplines sont si étroitement liées, qu’il est difficile de dire laquelle des deux précède l’autre. En réalité, on ne peut déterminer laquelle sert de préalable à l’autre. Ce qui nous fait dire que l’apologétique n’est pas sans l’éthique et que l’apologétique n’est pas sans l’éthique. Et toutes deux, bien entendu, ont pour fondement la doctrine biblique (la théologie).

Lorsque le croyant prend conscience de l’importance que sa vie revêt dans la défense de la foi chrétienne, il devient plus attentif à la façon dont il se conduit. S’il est un apologète aguerri, il aura sans doute l’impression d’ajouter à son arsenal apologétique un nouveau fer de lance, à savoir la sainteté. Quant au croyant qui n’ose pas s’aventurer dans une défense plus rationnelle de la foi, il se réjouira à l’idée que sa vie peut efficacement contribuer à la défense de la foi chrétienne.

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[1] C. SPICQ, Théologie morale du Nouveau Testament, Tome II, Paris, J. Gabalda et Cie Éditeurs, 1965, p. 509.

[2] Lorsqu’il commente ce passage, Carson ne passe pas à côté du caractère apologétique du commandement nouveau (l’amour) dont parle Jésus: « Le commandement nouveau (…) est aussi un privilège qui, bien vécu, proclame le vrai Dieu face au monde qui observe. »; D. A. CARSON, Évangile selon Jean, Trois-Rivières, Éditions Impact, 2011, p. 635.
[3] John M. FRAME, The Doctrine of the Knowledge of God, Phillipsburg, Presbyterian and Reformed Publishing Co., 1987, p. 44. « To determine if someone knows God, we do not merely give him a written exam; we examine his life. »
[4] Bien entendu, nous ne pensons pas que les chrétiens doivent d’abord atteindre la perfection avant de pouvoir défendre et démontrer l’authenticité du christianisme sur la base d’une éthique chrétienne. Cela est d’ailleurs impossible tant et aussi longtemps que notre habitat sera ce corps mortel. Cependant, notre approche souligne fortement la responsabilité morale du croyant devant ses semblables. Sa vie est le reflet de ses croyances.
[5] Cette approche apologétique s’inscrit d’ailleurs dans la notion van tillienne de cohérence que nous avons abordée dans la première partie de cet article.
[6] Les théologiens et les apologètes sont donc également tenus de vivre pieusement, surtout s’ils veulent défendre la saine doctrine.

LES BRANCHES DE L’APOLOGÉTIQUE CHRÉTIENNE : UN SURVOL

Comme les autres écrivains de cette série ont fait remarquer, l’apologétique chrétien n’est autrement que la présentation des raisons pour croire les déclarations de la Christianisme. L’apologétique est la tentative, systématique, de donner un répons à celui qui demande la raison pour l’espérance qui est en nous.[1] À chaque fois qu’on cherche à donner ce répons, que ce soit par un témoignage personnel de comment Dieu aurait changé nos vies, ou que ce soit en présentant des preuves pour l’existence de Dieu ou pour la crédibilité de la Bible, on est en train de faire l’apologétique. Déjà, dans ces trois exemples d’un apologétique, nous voyons qu’il y a des différents types de réponse qui peuvent être donnés. De plus, on peut aussi voir que ces différentes réponses se relient à des types de connaissance différents. Dans ce bref article de blogue j’aimerais présenter un survol des différents domaines de l’apologétique, et comment chaque personne peut faire l’apologétique chrétien d’une manière ou d’un autre.

La Christianisme affirme la vérité d’un grand nombre de propositions. Pour être Chrétien on doit non seulement avoir la foi en Jésus-Christ, pour la justification devant Dieu, et le salut de la colère de Dieu, mais, en plus, pour être capable de faire ceci, on doit, au moins, croire, et si possible, savoir, que ces affirmations sont vraies. Certaines des déclarations de la Christianisme ne peuvent pas être connues et doivent être acceptées par la foi, par exemple, que Jésus est né d’une vierge, que Jésus est Dieu, que Dieu est trois personnes en une nature, etc. D’autres déclarations de la Christianisme peuvent être soit démontrer fausse ou démontrer vrai, par exemple, que Jésus est un véritable personnage historique, que Dieu existe, que Dieu est éternelle, immuable, parfait, etc. L’apologétique Chrétien est capable de défendre la vérité de ces dernières, et présenter des arguments qui démontrent que c’est raisonnable de croire les propositions qui sont sujettes de foi seule (même si on ne peut pas démontrer qu’ils sont vrais sans aucun doute). L’apologétique chrétien a aussi un rôle à jouer pour démontrer l’erreur des autres religions, des fausses philosophies, et des pensées qui vient en contre des déclarations de la Christianisme. Regardons les différents domaines de l’apologétique Chrétien, et comment ils avancent une défense de la foi chrétienne.

L’apologétique Chrétien peut être divisé dans les catégories suivantes : existentielle ou culturelle, scientifique, philosophique, historique, archéologique, théologique, et biblique.

Un apologétique existentiel ou culturel est une défense de la foi chrétienne à partir de l’expérience de l’existence humaine. Techniquement ce type d’apologétique pourrait tomber sous le domaine de l’apologétique philosophique, mais c’est assez important qu’il mérite être mentionné à part. Dans ce domaine d’apologétique on fait appelle à comment l’homme est dans sa vie, et comment sa façon d’être démontre la vérité de la Christianisme. On peut présenter des témoignages personnels pour démontrer comme la Christianisme à changer nos vies. On démontre que ce que la Bible enseigne au sujet de l’expérience humaine est vrai, c’est-à-dire, l’homme est pécheur et dépravé ; l’homme ne semble pas être capable de se sortir de son propre trou toute seul ; l’homme sans Dieu perdre le sens de la vie et tends vers le nihilisme ; l’homme, par sa façon d’être et sa façon de parler, démontre qu’il recherche un être transcendant, etc. Deux apologistes qui sont connues pour un apologétique existentielles ou culturelles sont Francis Schaeffer et Ravi Zacharias.[2]

Un apologétique scientifique présente une défense de la foi à partir des différents domaines des sciences naturelles. Un apologétique scientifique peut défendre le christianisme de plusieurs manières. On peut utiliser la science pour démontrer que les déclarations des autres religions et philosophies sont en erreur, par exemple, plusieurs domaines de la science peuvent se rallier pour essayer de démontrer que l’universel aurait, nécessairement, un début ; que le matérialisme philosophique n’est pas capable d’expliquer plusieurs phénomènes importants des êtres vivants ; que certaines déclarations des autres religions sont impossibles, scientifiquement ; etc. On peut aussi utiliser la science pour démontrer la vérité des déclarations bibliques qui touchent à la science. Par exemple, la zoologie peut certaine des déclarations en Job 38-41 ; la géographie peut examiner les déclarations géographiques de la Bible pour démontrer qu’ils sont exacts ; la médecine peut examiner certains récits bibliques, comme la mort de Jésus sur la croix, pour démontrer que ce que la Bible dit est exact ; la physique peut considérer les miracles et leur possibilité, ainsi que des questions au sujet de Dieu et sa relation avec le temps, ainsi qu’avec les âmes, etc. ; la psychologie peut défendre la perspective biblique de la nature humaine comme étant un être spirituelle ;[3] et la biologie végétale peut considérer les affirmations bibliques qui mentionnent les plantes pour démontrer qu’il n’y a pas d’erreur. Il y a plusieurs scientifiques qui ont examiné les récits de la Bible pour les défendre, ou qui démontrent l’erreur des croyances autres que la Christianisme, comme Stanley L. Jaki,[4] Francis S. Collins,[5] John Polkinghorne,[6] Del Ratzsch,[7] Robert Jastrow,[8] et Michael J. Behe.[9]

Un apologétique philosophique présente une défense de la Christianisme à partir des domaines de la philosophie. Un des premières personnes de présentées un apologétique philosophique était l’apôtre Paul, dans sa prédication aux philosophes à l’aréopage,[10] dans son enseignement à Lystre,[11] et dans son épître aux Romains.[12] La philosophie, par définition, n’est autrement que la recherche active de la vérité entamée par une personne qui est prête à suivre la vérité là où elle l’amène. Le mot philosophie peut, aussi, faire référence aux principes qu’une personne accepte concernant la vie, la réalité, son identité, et son but, mais ceci n’est qu’un deuxième sens du mot. Un apologétique philosophique peut défendre la Christianisme en démontrant que les objets de foi (l’incarnation de Jésus, la trinité, etc.) ne sont pas incohérents, même si on ne peut pas démonter qu’ils sont vrais, ou les comprendre comme il faut. La philosophie peut aussi présenter des arguments pour démontre, par exemple, que Dieu existe ;  que Dieu est éternel, immuable, parfait, bon, tout connaissant, tout-puissant, transcendant et immanente à sa création ; que l’être humain est un être composé de matière et d’esprit ; qu’il y a des normes morales qui doivent être respectées ; que le fait qu’il y a le mal dans le monde ne démontre pas que Dieu n’existe pas ; etc. La philosophie aide à mieux comprendre la parole de Dieu en donnant à l’interprète l’outil de la logique qui le permettre de mieux analyser les paroles écrites de la Bible. L’apologétique philosophique fait aussi un apologétique en démontrant que les autres religions, visions du monde, fausses philosophies, etc. sont en erreur, incohérente, ou contradictoire en soi. Aussi, la philosophie peut aider la théologienne à mieux formuler les doctrines chrétiennes. Ceci n’est qu’une liste incomplète de comment la philosophie apologétique défend, rends fort, et protège les doctrines chrétiennes. Il y a de plus en plus de philosophes chrétiens qui utilisent la philosophie pour défendre la foi chrétienne. Ce qui est souvent oublié est que même des grands théologiens comme Augustine, Jean Calvin, Thomas d’Aquin, Anselm, les théologiens Cappadocians, etc., utilisé la philosophie pour bâtir et défendre les doctrines principales de la foi chrétienne. Voilà quelques philosophes chrétiens qui ont offert un apologétique philosophique dans le 20e et présent siècle : William Lane Craig,[13] Paul Copan,[14] Norman Geisler,[15] C. S. Lewis,[16] John Warwick Montgomery,[17] et Alvin Plantinga.[18]

Un apologétique historique cherche à démontrer la crédibilité des affirmations historiques de la Christianisme. Un des premières personnes de présentées un apologétique historique, dans l’histoire de la Christianisme était l’apôtre Pierre, lors de la première prédication chrétienne sur le jour de Pentecôte.[19] On pourrait aussi mentionner Luc, l’apôtre Jean, et l’apôtre Paul qui ont aussi fait l’apologétique historique.[20] Par exemple, la Christianisme affirme qu’il y avait un homme – Jésus – qui a vécu au début de notre ère, qu’il est mort autour de l’an 30, et qu’il est ressuscité de la mort 3 jours après. Le christianisme affirme que tous les événements, que l’Ancien Testament affirme sont réellement arrivés dans l’histoire, ont vraiment eu lieu, comme, par exemple, le déluge, les voyages d’Abraham, la captivité d’Israël en Égypte et leur exode d’Égypte, le royaume de David et de Salomon. Le christianisme affirme, aussi, que les voyages de Paul ont eu lieu, que les expériences qu’on mentionne dans les actes des apôtres ont vraiment eu lieu, etc. Ce sont toutes des affirmations historiques qui peuvent être étudiées et démontrer par les historiens. Lorsqu’on affirme que ces événements historiques ont vraiment eux lieu, et qu’on cherche à le prouver par les recherches historiques, on fait l’apologétique historique. Il y a plusieurs érudits qui font l’apologétique historique, comme, N. T. Wright,[21] A. N. Sherwin-White,[22] Edwin M. Yamauchi,[23] K. A. Kitchen,[24] Ronald Nash,[25] Ben Witherington III,[26] Michael Grant,[27] Gary Habermas,[28] J. Gresham Machen,[29] et Richard Bauckham.[30]

Un apologétique archéologique est une branche de l’apologétique historique qui cherche à démontrer, par l’archéologie, que la Bible est crédible. Les archéologues défendent la Bible en démontrant, premièrement, qu’aucune découverte archéologique n’a jamais démontré une erreur dans les affirmations biblique, et, deuxièmement, que les découvertes archéologiques viennent démontrer la crédibilité de la Bible. Les archéologues regardent les affirmations bibliques concernant les lieux historiques (par exemple, les villes, les temples, les autels, les lieux des nations qui sont mentionnés dans la Bible), les coutumes culturelles (par exemple, les habitations, les manières de cuisiner, les occupations des peuples mentionnés, les titres des dirigeants des pays), les grands événements mentionnés (comme les guerres, les voyages, etc.), etc. L’archéologie réussie à non seulement défendre les affirmations de la Bible, mais a aussi aidé à la bonne interprétation de la parole de Dieu (par exemple, de comprendre comment un berger dans le temps de Jésus travailler peut nous aider à comprendre les exemples ou paraboles dans lequel un berger est le sujet). Il y a une multitude d’archéologues qui ont défendu la Christianisme, comme, K. A. Kitchen,[31] Edwin Yamauchi,[32] C. H. Irwin,[33] Kathleen Kenyon,[34] E. M. Blaiklock,[35] William M. Ramsay,[36] et Colin Hemer.[37]

Un apologétique théologique est la défense de véritables doctrines chrétiennes contre les faux docteurs. Le premier apologète de présenter un apologétique théologique était l’apôtre Paul, qui, dans quasiment toutes ses lettres aux églises, défend la vérité chrétienne contre ceux qui voudrait le tordre. Noté par exemple son affirmation en Galates 1, « Nous l’avons dit précédemment, et je le répète maintenant : si quelqu’un vous annonce un évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! »[38] Il doit y avoir un apologétique chrétien pour chaque branche de la théologie, et, en réalité, nous voyons les théologiens qui travaillent fort pour défendre les doctrines comme la divinité de Jésus, la justification par la foi seule en Jésus-Christ seul, la doctrine de la trinité,[39] l’inspiration de la parole de Dieu, etc. C’est ceci le type d’apologétique le plus fait par les grands penseurs chrétiens. Quasiment tous les théologiens de l’église, dès début jusqu’aujourd’hui ont fait l’apologétique théologique, y compris, Athanase,[40] Augustin,[41] Jean Chrysostome,[42] Thomas d’Aquin,[43] Jean Calvin, Martin Luther, Charles Hodge, B. B. Warfield,[44] etc. Nous pourrions aussi donner des exemples d’apologètes théologiques contemporains, en nommant, Norman Geisler,[45] R. C. Sproul,[46] William Lane Craig,[47] Robert M. Bowman,[48] John Piper,[49] N. T. Wright.[50]

Finalement, il y a l’apologétique biblique qui cherche à défendre la Bible elle-même. Sous cette catégorie on retrouve ceux qui analyse les manuscrits en rapport avec les éléments matériels des manuscrits (le nombre de manuscrits, la corruption ou préservation des manuscrits, les langages utilisés pour les écrire et copiés, etc.), et avec les éléments textuels des manuscrits (c’est-à-dire, la composition de chaque livre, le temps de rédaction, la cohérence intérieure de chaque texte, etc.) pour démontrer qu’il n’y a pas d’erreur ni contradiction dans la Bible ; pour démontrer que les manuscrits sont réellement écrits par ceux à qui on attribue les manuscrits ; pour démontrer que chaque livre du canon devrait être dans le canon ; et, en général, pour démontrer que la Bible aux complètes est digne de confiance et démontre une cohérence incontestable. On retrouve aussi l’exégèse des textes qui cherche à expliquer et défendre la bonne interprétation des textes bibliques. Toutes ceux qui, en faisant l’interprétation de la Bible, propose une interprétation d’un groupe de versets, et qui défendre cette interprétation (si leur interprétation donne le vrai sens du texte) est en train de faire l’apologétique biblique. Quasiment tous les chrétiens qui ont essayé de lire et expliquer la Bible ont engagé dans ce domaine d’apologétique (si tu lis un verset, et donne une raison pour croire qu’il devrait être interprété d’une certaine façon, alors tu as fait l’apologétique biblique), mais on pourrait nommer quelques apologètes bibliques renommés comme Bruce Metzger,[51] F. F. Bruce,[52] David Alan Black,[53] et D. A. Carson.[54]

Dans cet article nous n’avons même pas grafigné la surface des domaines de l’apologétique chrétienne. Le but de cet article est de démontrer qu’il y a plusieurs moyens de donner une réponse de l’espérance que nous avons, et qu’à chaque fois qu’on donne des raisons pour croire une des multiples vérités de la Christianisme on est en train d’offrir une « apologie » – une défense – de la foi chrétienne. Les sciences de nature, les domaines de la philosophie, l’expérience humaine, et les domaines de l’histoire, l’analyse des textes et manuscrits, et l’archéologie peuvent offrir des éléments importants qui, ensemble, présentent une multitude de bonnes raisons pour croire la parole de Dieu. Le défi qui est devant chaque chrétien est de chercher, à la mesure qu’on est capable, d’offrir des raisons à chaque personne qui demande au sujet de l’espérance qui est en nous.[55] Ceci devrait, aussi, encourager les chrétiennes qui sont en train de poursuivre des études post-Cégep (ou secondaire) de rechercher l’excellence dans leurs domaines de recherche, et d’utilisé leurs domaines de recherche pour défendre la Christianisme.

 


[1]1 Pie. 3 :15.

[2]On ne veut pas dire, par ceci, qu’ils ne font pas l’apologétique d’autres manières. Cf. Francis Schaeffer, Démission de la raison, trad. Pierre Berthoud, 5e éd. (Genève : Maison de la Bible, 1993). Francis Schaeffer, Dieu : Illusion ou réalité? (Aix en Provence : Éditions Kerygma, 1989). Ravi Zacharia, L’homme peut-il vivre sans Dieu?, trad. Antoine Doriath (Marne-La-Vallée Cedex 2, France : Éditions Farel, 1997).

[3]Cf. Malcom Jeeves, Minds, Brains, Souls and Gods: A Conversation on Faith, psychology and neuroscience (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2013). Mario Beauregard & Denyse O’Leary, The Spiritual Brain: A Neuroscientist’s Case for the Existence of the Soul (New York: Harperone, 2008). Ce livre est écrit par un Québécois qui enseigne, présentement, en Arizona.

 [4]Stanley L. Jaki, Miracles and Physics, 2e éd. (Front Royal, VA: Christendom Press, 1999). Cf. Frank J. Tipler, The Physics of Immortality: Modern Cosmology, God and the Resurrection of the Dead (New York: Doubleday, 1994).

 [5]Francis S. Collins, The Language of God: A Scientist presents Evidence for Belief (New York: Free Press, 2006). Ce livre défend la Christianisme à partir de l’ADN.

 [6]John Polkinghorne, The Way the World is: The Christian perspective of a scientist (Louisville: Westminster John Knox Press, 2007).

 [7]Del Ratzsch, Science & Its Limits: The Natural Sciences in Christian perspective (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2000).

 [8]Robert Jastrow, God and the Astronomers (New York : W. W. Norton & Company, 1978).

 [9]Michael J. Behe, Darwin’s Black Box: The Biochemical Challenge to Evolution (New York: Free Press, 2003).

 [10]Actes 17 :16-34.

 [11]Actes 14 :15-18.

 [12]Rom. 1 :19-20, 2 :14-15.

[13]William Lane Craig, Foi Raisonnable : Vérité chrétienne et apologétique, trad. Christiane Pagot et Gérald Pech (Villefranche d’Albigeouis, France : Les éditions La Lumière, 2012).

[14]Paul Copan & William Lane Craig, eds., Come Let Us Reason: New Essays in Christian Apologetics (Nashville, TN: B&H Academic, 2012).

 [15]Norman L. Geisler, Christian Apologetics (1976; repr., Grand Rapids, MI : Baker Book House, 2007). Norman Geisler & Peter Bocchino, Unshakable Foundations: Contemporary Answers to Crucial Questions About the Christian Faith (Minneapolis: Bethany House, 2000).

 [16]C. S. Lewis, Les Fondements du Christianisme, trad. Aimé Viala (1979; repr., Valence Cedex, France : Éditions de la Ligure pour la Lecture de la Bible, 2007).

 [17]John Warwick Montgomery, ed., Christianity for the Tough Minded: Essays Written by a Group of young scholars who are totally convinced that a spiritual commitment is intellectually defensible (Minneapolis: Bethany Fellowship, 1973).

 [18]Alvin Plantinga, Warranted Christian Belief (Oxford: Oxford University Press, 2000). Alvin Plantinga, God, Freedom, and Evil (Grand Rapids, MI: Wm. B. Eerdmans Publishing, 1977).

 [19]Actes 2:14-36.

 [20]Luc 1:1-4, Jn. 20: 30-31, 1 Jn. 1:1-4, 1 Cor. 15:1-8.

 [21]N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God (Minneapolis: Fortress Press, 2003).

 [22]A. N. Sherwin-White, Roman Society and Roman Law in the New Testament (1963; repr., Oxford : Oxford University Press, 2000).

 [23]Edwin M. Yamauchi, Persia and the Bible (Grand Rapids, MI: Baker Book House, 1990).

 [24]K. A. Kitchen, Ancient Orient and Old Testament (1966; repr., Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1975).

 [25]Ronald H. Nash, The Gospel and the Greeks: Did the New Testament Borrow from Pagan Thought?, 2nd ed. (Phillipsburg, NJ: P&R Publishing, 2003).

 [26]Ben Witherington III, The Jesus Quest: The Third Search for the Jew of Nazareth, 2nd ed. (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1997).

 [27]Michael Grant, Jesus: An Historian’s Review of the Gospels (New York: Charles Scribner’s Sons, 1977).

 [28]Gary R. Habermas, The Historical Jesus: Ancient Evidence for the Life of Christ (1996; repr., Joplin, Missouri : College Press Publishing Co., 2008). Gary R. Habermas & Kenneth E. Stevenson, Verdict on the Shroud: Evidence for the Death and Resurrection of Jesus Christ (Ann Arbor, MI: Servant Books, 1981).

 [29]J. Gresham Machen, The Origin of Paul’s Religion: A Classic Defense of Supernatural Christianity (1923; repr., Birmingham, Alabama: Solid Ground Christian Books, 2006). J. Gresham Machen était professeur à Princeton avant d’aider dans la fondation de Westminster Theologial Seminary.

 [30]Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels as Eyewitness Testimony (Grand Rapids, MI : Wm. B. Eerdmans Publishing, 2006).

 [31]K. A. Kitchen, The Bible in its World: The Bible & Archaeology Today (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 1977).

 [32]Edwin Yamauchi, The Stones and The Scriptures (Philadelphia, PA: J. B. Lippincott Co, 1972).

 [33]C. H. Irwin, The Bible, The Scholar and the Spade: A Summary of the Results of Modern Excavation and Discovery (London: The Religious Tract Society, 1932).

 [34]Kathleen Kenyon, Archaeology in the Holy Land, 3rd ed. (London: Ernest Benn Limited, 1970).

 [35]E. M. Blaiklock, The Archaeology of the New Testament (1970; repr., Grand Rapids, IL : Zondervan Publishing House, 1977).

 [36]William M. Ramsay, St. Paul The Traveler and Roman Citizen, 15th ed., ed. Mark Wilson (Grand Rapids, MI: Kregel Publications, 2001).

 [37]Colin J. Hemer, The Book of Acts in the Setting of Hellenistic History, ed. Conrad H. Gempf (Winona Lake, IN: Eisenbrauns, 1990).

 [38]Gal. 1 :9.

 [39]James R. White, The Forgotten Trinity: Recovering the Heart of Christian Belief (Minneapolis: Bethany House, 1998).

 [40]Athanase, Contre ceux qui juge de la vérité par la seule autorité de la multitude, trad. M. le roi abbé de Hautefontaine (MDCXXX).

 

[41]Augustine, De Trinitate.

[42]Jean Chrysostome, Le Christ est Dieu, en Les œuvres complètes de S. Jean Chrysostome, trad. L’abbé J. Bareille (Paris : Librairie de Louis Vivès, 1865), 1 :478-499.

 [43]Thomas d’Aquin, Summa Contra Gentiles.

 [44]B. B. Warfield, The Inspiration and Authority of the Bible, ed. Samuel G. Craig (Phillipsburg, NJ: P&R Publishing, 1979).

[45]Norman L. Geisler, éd., Inerrancy (1980; repr., Grand Rapids, MI : Zondervan, 1982).

[46]R. C. Sproul, Scripture Alone: The Evangelical Doctrine (Phillipsburg, NJ : P&R Publishing, 2005).

 [47]William Lane Craig, The Only Wise God: The Compatibility of Divine Foreknowledge and Human Freedom (1987; repr., Eugene, OR : Wipf & Stock, 2000). William Lane Craig, Time and Eternity: Exploring God’s Relationship to Time (Wheaton, IL: Crossway, 2001).

 [48]Robert M. Bowman, Jr. & J. Ed Komoszewski, Putting Jesus in His Place: The Case for the Deity of Christ (Grand Rapids, MI: Kregel, 2007).

 [49]John Piper, The Future of Justification: A Response to N. T. Wright (Wheaton, IL: Crossway, 2007).

 [50]N. T. Wright, Justification: God’s Plan & Paul’s Vision (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2009).

 [51]Bruce Manning Metzger, The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption and Restoration (Oxford: Oxford University Press, 1964). Bruce M. Metzger, The New Testament: Its Background, Growth, & Content, 3rd ed. (Nashville, TN: Abingdon Press, 2003). Bruce M. Metzger, The Canon of the New Testament: Its Origin, Development, and Significance (Oxford: Clarendon Press, 1997).

 [52]F. F. Bruce, Les documents du Nouveau Testament : Peut-on s’y fier?, trad. Marie-Anne Chevreau (Trois-Rivières, QC : Publications Chrétiennes, 2008). F. F. Bruce, The Canon of Scripture (Downers Grove, IL : InterVarsity Press, 1988).

 [53]David Alan Black, New Testament Textual Criticism: A Concise Guide (1994; repr., Grand Rapids, MI : Baker Book House, 1996).

 [54]D. A. Carson, Exegetical Fallacies, 2nd ed. (1996; repr., Grand Rapids, MI: Baker Book House, 2007).

[55]1 Pie. 3 :15.

Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique

INTRODUCTION

Dans un article publié sur le présent blogue, Jean-Luc Lefebvre, notre collègue apologète, souligne l’importance d’une défense de la foi qui repose non seulement sur des arguments rationnels, mais aussi sur la vie exemplaire de l’apologète. Cette conception de l’apologétique tombe sous le sens : si l’un des souhaits de l’apologète est de voir des gens suivre Jésus et « vivre une vie qui reflète l’être qu’il est »[1], il est tout à fait raisonnable de s’attendre à ce que l’apologète incarne ce même idéal dans sa vie.

Dans le jargon théologique, on exprimerait cette même notion de la façon suivante : l’apologétique et l’éthique doivent s’allier pour défendre la foi chrétienne. Ce qui signifie que l’apologétique chrétienne doit intégrer l’éthique chrétienne[2]. Mais aussi que l’éthique a des implications apologétiques, cette éthique étant en effet une actualisation du message évangélique et, de cette façon, une défense de la foi chrétienne.

Le présent article a pour but de montrer la manière dont l’apologétique et l’éthique s’unissent pour faire triompher la foi chrétienne. Il est vrai que l’apologétique chrétienne compte plus d’une école de pensée. Notre conviction, cependant, c’est que l’apologétique et l’éthique devraient en tout temps unir leurs forces dans la défense de la foi, peu importe le point de vue particulier de l’apologète. Toutefois, nous croyons que l’apologétique présuppositionaliste élaborée par Cornelius Van Til est le système qui réussit le mieux à mettre en évidence la réalité de ce lien[3]. Pour cette raison, nous étudierons ce système apologétique dans la première partie de cet article. La deuxième partie, qui sera publiée ultérieurement, portera sur les implications éthiques de l’apologétique et sur les implications apologétiques de l’éthique.

L’apologétique selon Cornelius Van Til

1) La nécessité des présuppositions
Selon le présuppositionalisme, il faut parvenir à intégrer en un seul système ce que les philosophes ont l’habitude d’appeler la subjectivité, c’est-à-dire les opinions et les croyances d’une personne, et l’objectivité, c’est-à-dire tout ce qui est extérieur à l’homme. Cette intégration n’est possible que lorsque l’homme reconnaît les « lunettes » à travers lesquelles il voit le monde et à l’aide desquelles il l’interprète. Selon Van Til, la soi-disant neutralité des philosophes et des scientifiques est une impossibilité. Personne n’est totalement dépourvu de présuppositions; tous les hommes observent et interprètent le monde à partir de leurs présuppositions. Il s’agit alors d’identifier « la présupposition absolue de départ ».

2) L’Écriture, le point de départ
« La révélation dans l’Écriture doit être notre point de départ », disait Van Til[4]. Si l’homme veut comprendre la réalité et formuler une vision cohérente et correcte de celle-ci, il doit se soumettre totalement à l’Écriture et s’en servir pour interpréter le monde. Mais l’Écriture doit aussi être le point de référence final (ou l’autorité finale) qui permet non seulement de rendre les faits et les lois de la création intelligibles, mais aussi de trancher le débat chaque fois qu’une question litigieuse est soulevée. La révélation générale (Dieu qui se révèle dans la nature) doit donc constamment être interprétée à l’aide de la révélation spéciale (Dieu qui se révèle dans la Bible). Ces deux révélations, générale et spéciale, sont indissociables. Selon Van Til, elles forment une union organique. Bien entendu, Van Til prendra bien soin de mettre en évidence la suprématie de l’Écriture sur la révélation générale. Raymond Perron résume ainsi la pensée van tillienne sur ce point :

Voyons maintenant comment Van Til, tout en affirmant l’union organique des révélations générale et spéciale, fait ressortir la primauté de l’Écriture. Si l’Écriture demeure inintelligible sans les faits qu’elle interprète, il est aussi vrai que ces mêmes faits demeurent muets sans l’interprétation de la Parole de Dieu parlée ou écrite[5].

3) Raisonner par présupposition
Les deux points mentionnés ci-dessus, à savoir le fait qu’aucun homme n’est dépourvu de présuppositions ainsi que la question de l’autorité de l’Écriture, nous aideront à comprendre la notion de cohérence dans la pensée van tillienne.

Selon Van Til, le théologien ne doit en aucun cas séparer l’apologétique de la théologie systématique. S’il les sépare, son apologétique court le risque de démentir sa théologie. En effet, lorsque ces deux disciplines fonctionnent comme des systèmes parallèles sans branches transversales de communication, l’apologétique a tendance à affaiblir la portée de certaines doctrines bibliques capitales comme la dépravation totale, les effets noétiques de la chute (de noèse, acte par lequel la pensée porte sur un objet) et la nécessité de la régénération pour le renouvellement de l’intelligence. Or ces doctrines, croit Van Til, doivent figurées au cœur de l’apologétique, non dans ses alentours. Considérons un instant l’analyse de M. Perron sur cette particularité van tillienne :

Dans l’esprit de Van Til, en effet, l’apologétique ne peut se démarquer de la théologie systématique; il est impossible, sous peine d’incohérence, de séparer la méthodologie de défense de la défense elle-même. La méthode employée déterminera la défense et la défense, en retour, déterminera la doctrine[6].

Pourtant, certaines traditions apologétiques soutiennent que c’est l’apologétique qui pose les fondements théoriques de la théologie. Van Til, pour sa part, croit que c’est l’inverse qui doit se produire : une apologétique cohérente et conforme à l’Écriture naît et provient de la théologie elle-même.

Selon Van Til, il n’existe que deux théories de la connaissance : l’une ayant Dieu comme autorité ultime, l’autre l’homme. Bien évidemment, Van Til se range dans le camp de la première. Or affirmer que Dieu est l’autorité ultime en matière de connaissance, c’est reconnaître du même souffle que le non-croyant, dont la raison prétendument autonome se dresse indubitablement contre la volonté divine, ne peut prétendre à l’objectivité. C’est aussi admettre que le non-croyant, dont les présuppositions s’opposent à celles qu’offre l’enseignement biblique, ne peut parvenir à la connaissance de la vérité de lui-même. Cette affirmation est lourde de signification. D’abord, elle signifie que le théologien et le non-croyant ne parviendront jamais à se rencontrer sur un terrain commun et neutre, malgré tous les efforts déployés pour y parvenir. Un tel terrain n’existe tout simplement pas. Elle veut également dire que le non-croyant, parce qu’il est incapable de comprendre correctement le sens de la révélation générale, n’a pas non plus la capacité de découvrir la vérité évangélique en scrutant des « faits » non interprétés par l’Écriture. Ces faits parlent sans doute en faveur du Dieu dont il est question dans l’Écriture. La Bible affirme même que la nature entière révèle le Dieu qui est à l’origine de tout ce qui existe (Ro 1.20). Pourtant, le non-croyant ne peut connaître Dieu ni même l’appréhender en empruntant l’avenue d’un savoir rationnel soi-disant neutre et objectif. Pour conduire le non-croyant à connaître Dieu et acquérir une notion plus précise de la réalité, l’apologète doit plutôt l’inviter à raisonner par présupposition. Et raisonner de cette façon, explique Perron, consiste « à présenter les vérités de l’Écriture sur la seule base de l’Écriture en démontrant qu’il n’existe aucune autre avenue de possibilité de connaissance »[7]. Bref, l’apologète doit convier le non-croyant à se tenir avec lui sur le terrain des présuppositions bibliques et amorcer avec lui une réflexion dont les paramètres sont entièrement définis par ces mêmes présuppositions.

Effets noétiques de la chute et connaissance innée

L’apologétique présuppositionaliste souligne avec force deux notions essentielles à tout discours apologétique. Premièrement, elle insiste sur les effets noétiques de la chute. Deuxièmement, elle considère à sa juste valeur ce que Van Til avait coutume d’appeler la connaissance innée de Dieu, que tous les hommes possèdent de facto. Considérons quelques instants ces deux notions et tentons de déterminer la façon dont elles concernent notre sujet.

1) Les effets noétiques de la chute
Fidèle à l’Écriture, l’apologétique présuppositionaliste affirme que le non-croyant ne peut apprécier le bien-fondé du christianisme en s’appuyant uniquement sur sa raison. Le témoignage biblique insiste en effet sur le fait que l’homme est incapable de connaître Dieu à l’aide de sa raison seule; il enseigne que les facultés cognitives de l’homme sont obscurcies par le péché et que, pour cette raison, l’homme est totalement incapable d’acquérir une représentation juste du Dieu créateur et de sa création (Ro 3.10-11)[8]. Ce témoignage de l’Écriture est sérieux et doit être estimé à sa juste valeur. C’est ce témoignage qui a conduit Van Til à reconnaitre et affirmer que « l’homme, en vertu de sa nature pécheresse, hait la révélation de Dieu »[9]. Depuis la chute, les hommes utilisent leur raison non pour chercher Dieu et l’adorer, mais, comme le dit Paul, pour s’accuser ou s’excuser tour à tour (Rm 2.15).

La question des effets noétiques de la chute permet d’établir un premier rapprochement entre l’apologétique et l’éthique. Perron articule très bien ce rapprochement :

Le problème est donc d’ordre éthique, et non d’ordre intellectuel. C’est en raison d’une rébellion volontaire que l’homme pécheur se refuse et conséquemment ne peut recevoir la révélation de Dieu. La faute est entièrement attribuable au pécheur et non à quelque faute de la révélation[10].

L’apologète doit donc ne jamais perdre de vue que ses interlocuteurs rejettent Dieu en raison de leur cœur mauvais, et non parce que leur intelligence souffrirait d’une quelconque défaillance biologique.

2) La connaissance innée

Van Til affirme que l’homme naturel possède une vraie connaissance de Dieu. Mais attention ! Omettre de souligner le caractère indissociable de la connaissance de Dieu et de celle de l’homme, c’est déformer la pensée de Van Til. Celui-ci croyait certes en la possibilité d’une connaissance de Dieu. Cependant, il soutenait tout aussi fermement, dans la foulée de Calvin, que l’homme ne peut parvenir à une perception juste de lui-même sans acquérir une conception correcte de Dieu. Autrement dit, l’existence de l’homme ne peut être considérée indépendamment de celle de Dieu. L’homme est une créature de Dieu et son existence dépend entièrement de son créateur. Mais qu’en est-il de sa connaissance de Dieu ? Est-elle conforme à ce que Dieu sait de lui-même et de sa création ? S’il fallait répondre par la négative à cette question, et il s’agit hélas de la seule réponse acceptable, cela signifierait que l’homme n’a aucune connaissance correcte ni de Dieu ni de lui-même. Comment alors comprendre la notion van tillienne de connaissance innée ? Comment une connaissance peut-elle être à la fois innée et demeurer embrouillée ? C’est grâce à la notion d’alliance que Van Til entend résoudre ce dilemme.

Selon Van Til, l’homme est une créature d’alliance. Dieu a en effet conclu une alliance avec sa créature, et tous les deux, le créateur et la créature, sont des partenaires dans cette alliance. En raison de cette alliance, l’homme est continuellement confronté à Dieu[11]. Il ne peut s’échapper de Dieu, malgré tous ses efforts pour y parvenir. Quant à Dieu, il s’est engagé à ne jamais mettre fin à cette alliance. Dans le domaine de la connaissance, cela signifie ce qui suit :

En tant que créature d’alliance, chacun des faits et des gestes de l’homme, constitue une réaction morale ou éthique à sa connaissance de Dieu. C’est contre cette connaissance qu’Adam et toute la race humaine en lui et après lui ont péché[12].

L’homme a donc une connaissance de Dieu: quelque part en lui, au plus profond de lui-même, il sait que Dieu existe. Sinon, il ne déploierait pas tant d’efforts pour tenter de prouver le contraire ni ne dévierait cette connaissance dans l’injuste en idolâtrant la créature plutôt que d’adorer le créateur. Perron explique ce point :

Le péché est ce qu’il est précisément du fait qu’il représente une réaction éthique négative à l’inéluctable présence de Dieu. Le péché n’est pas dû à quelque déficience de l’être, à quelque proximité du non-être ou à quelque carence de grâce surnaturelle; c’est un rejet direct de la volonté de Dieu connue. Le pécheur est un pécheur en vertu de la suppression de la révélation de Dieu en lui. Alors seulement peut-on maintenir la doctrine protestante du péché comme une aliénation éthique plutôt qu’un défaut physique. Alors seulement peut-on maintenir le caractère éthique du christianisme plutôt que de percevoir ce dernier comme un moyen par lequel les hommes s’élèvent dans l’échelle des êtres[13].

La notion de connaissance innée permet donc de jeter un deuxième pont entre l’apologétique et l’éthique. Elle montre en effet que le refus de l’homme de connaître Dieu est fondamentalement de nature éthique. L’apologète doit tenir compte de ce fait lorsqu’il s’adresse à des non-croyants.

***

Les deux notions que nous venons d’esquisser, à savoir les effets noétiques de la chute et la connaissance innée, nous ont conduits à une seule conclusion possible: tout refus du christianisme est fondamentalement de nature éthique. Il s’agit d’une opposition à Dieu le créateur et d’une rébellion contre lui. Les hommes ne rejettent pas la foi biblique parce que le christianisme ne parvient pas à satisfaire leur intelligence (même si c’est souvent ce qu’ils prétendent). Il ne la rejette pas non plus en raison d’un manque de preuves en sa faveur (même si c’est ce qu’ils affirment). Si le christianisme déplaît aux hommes, c’est parce qu’il exige d’eux une repentance (tant sur le plan de la pensée que celui de l’action) et une obéissance qu’ils ne sont pas prêts à accorder à Dieu. La raison fondamentale de ce refus est de nature éthique. Tout le reste n’est que prétexte.

Dans la deuxième partie de notre article, nous verrons ce que les rapprochements que nous avons établis entre l’apologétique et l’éthique signifient pour notre sujet, qui, rappelons-le, consiste à voir ce que sont les implications éthiques de l’apologétique et les implications apologétiques de l’éthique.

__________________________________________________

[1] Jean-Luc Lefebvre, Vivre la réponse que l’on donne!
[2] Pour les chrétiens, il s’agit d’une éthique révélée, donc biblique, et non d’une éthique naturelle que les hommes seraient à même de découvrir en observant le monde. Cette éthique contient les ordonnances morales enseignées par Jésus-Christ et les prescriptions relatives à la vie du croyant révélées dans le Nouveau Testament.
[3] Cornelius Van Til (1895-1987), théologien réformé, fut professeur d’apologétique au Westminster Theological Seminary à Philadelphie.
[4] Raymond PERRON, Plaidoyer pour la foi chrétienne, Québec, Publications de la FTÉ, 1996, p. 142.
[5] Ibid., p. 141.
[6] Ibid, p. 19.
[7] Ibid., p. 178.
[8] Le cerveau de l’homme n’est pas dysfonctionnel. La notion d’effets noétiques de la chute n’affirme pas une telle chose.
[9] Ibid., p. 138.
[10] Ibid., p. 155.
[11] « Comme tel, il est confronté à Dieu; il est interpellé par Dieu. Il existe dans une relation d’interaction d’alliance. Il est un être d’alliance… Rien ne peut empêcher son être d’être confronté “à celui auquel nous avons affaire”. », PERRON, op.cit., p. 117.
[12] Ibid., p. 125.
[13] Ibid.

Quelques pensées critiques sur les méthodologies d’apologétique Chrétienne (et leurs conflits souvent mal placés)

Sproul_Bahnsen

Comme devraient démontrer les quelques autres articles écrits dans cette série, il existe, parmi les apologètes chrétiens, des partisans de différentes ‘méthodes’ apologétiques. Ces dernières ne sont pas toujours faciles à classer ou à différentier, cependant elles se distinguent toutes d’une manière ou d’une autre.  Je propose dans cet article de survoler les trois familles principales de ces soi-disant ‘méthodes’ apologétiques, de brièvement établir leurs enseignements, et d’évaluer la nature de leurs conflits. La thèse principale que je souhaite établir consiste des propositions suivantes : 1. Ces méthodologies proposent toutes des arguments valides et robustes en faveur du Christianisme, et 2. Les arguments proposés pour infirmer l’une ou autre de ces méthodologies sont invalides.

Le premier point ne peut guère être développé en détail, puisqu’il nécessiterait la défense on ne peut plus longue de tous les arguments essentiels en faveur du Christianisme.

Rien que cela! Ces derniers pourraient remplir, et clairement ont rempli des centaines de livres. Je me contenterai donc de référer le lecteur soit à d’autres articles de cette série en français sur l’apologétique, soit à la littérature volumineuse (bien que souvent anglo-saxonne) portant sur chacun des arguments que je mentionnerai. Leur défense n’est pas un domaine dans lequel je puis ajouter de nombreuses pensées originales ; en revanche, cette deuxième thèse, l’affirmation que leurs différences et conflits sont injustifiés, est à la fois originale et importante ; d’où la motivation derrière cet article.

Les trois méthodes d’apologétique principales faisant l’objet de notre étude sont : 1-l’apologétique évidentialiste, 2-l’apologétique classique, et 3-l’apologétique présuppositionnelle (d’autres variantes existent, mais leurs différences résident dans le nuancement de la théorique plutôt que dans sa substance).

Commençons donc le survol de leurs affirmations, en commençant par l’apologétique évidentialiste. Le terme ‘évidentialiste’ provient du mot anglais ‘evidential’, qui prend un sens plus large, englobant l’idée de ‘preuve’ ou ‘attestation’. Un apologète ‘évidentiel’, donc, est un apologète dont les arguments consistent à établir les preuves, plus particulièrement les preuves historiques, d’une des vérités les plus centrales de la foi chrétienne : la mort et résurrection de Jésus de Nazareth. Sur la scène contemporaine, Gary Habermas, Michael Licona, ou Josh McDowell pourraient être identifiés comme tels. Un apologète ‘évidentialiste’ avance des données historiques supportant fortement l’hypothèse de la mort et résurrection de Jésus. Essentiellement, ils argumentent comme suit ; ils partent d’un ensemble de faits ‘minimalistes’ qui peuvent être établis avec un haut niveau de certitude historique au sujet de la personne de Jésus de Nazareth, creusant dans les meilleures sources historiques le concernant et défendant leur fiabilité selon les critères standards d’analyse historique, qui sont également applicables à n’importe quelle autre figure historique. Les critères d’analyse historique sont ceux-ci (liste non exhaustive): attestation ancienne (c’est à dire attestation remontant à une durée courte après les événements relatés), attestation multiple (plusieurs sources indépendantes offrent une même information), critère d’embarras (si la source historique affirme une vérité embarrassante pour son auteur, il est plus probable que ce soit la vérité), etc. Dans ce contexte, les documents du Nouveau Testament, tout particulièrement les quatre évangiles sont souvent au centre de la discussion, mais ils ne sont pas traités par l’apologète évidentialiste comme étant divins, inspirés, ou infaillibles a priori. Ils sont pris de manière minimale pour ce qu’ils sont : des documents historiques anciens, offrant un acompte de la vie de Jésus de Nazareth. Leur fiabilité est donc passée à la loupe des critères ci-dessus comme tout autre document historique, et l’apologète évidentialiste construit un plaidoyer en faveur des faits historiques entourant la mort et résurrection de Jésus : la crucifixion de Jésus sous autorité romaine, son enterrement dans une tombe par Joseph d’Arimathée (un membre du Sanhédrin juif), la découverte de son tombeau vide le dimanche matin suivant par un groupe de femmes adeptes, le fait que ses disciples aient eu des expériences d’apparitions post-mortem de Jésus (que ces expériences soient véridiques ou expliquées par des hallucinations ou autres), et l’origine de la foi des disciples en la résurrection corporelle de Jésus (une croyance intrigante par le fait qu’elle ne soit pas du tout juive, et qu’elle ait mené ces disciples à être persécutés pour sa prédication envers et contre toute opposition). Tous ces faits historiques sont fiables et passent avec succès le test des critères d’historicité. Une fois que ces faits historiques sont établis, l’apologète évidentialiste demande : « quelle est donc la meilleure explication de ces faits historiques ? » Quelle hypothèse explique le mieux tous ces faits historiques ? Un ensemble d’explications possibles est considéré : « Jésus n’était pas vraiment mort quand on l’a descendu de la croix », ou « les disciples ont volé sa dépouille une fois dans la tombe », ou « les disciples ont halluciné leurs visions post-mortem de Jésus », etc. Chacune de ces hypothèses est alors évaluée à la lumière des critères standards d’évaluation d’hypothèses historiques. Ces critères incluent les suivants : largesse du domaine d’explication (il est préférable d’avoir une hypothèse qui explique un maximum des faits à expliquer), puissance explicative (l’historien favorise une hypothèse qui, si elle est vraie, rend les faits à expliquer très probables : elle explique bien les faits), plausibilité, ne pas être ad hoc, etc.

Il est ensuite conclu que la meilleure explication des faits historique est celle que les disciples de Jésus ont donnée depuis le début : « Dieu a relevé Jésus des morts ». Ceci conclut ce qu’est l’apologétique évidentialiste.

L’apologète dit ‘classique’, quant à lui reprend cette argumentation ‘evidentialiste’, et l’affirme entièrement ! Mais il offre également des arguments plus génériques, cherchant à établir l’existence de Dieu comme créateur de l’univers et fondation de valeurs morales objectives. Sur la scène contemporaine, des apologètes classiques seraient William Lane Craig ou R.C. Sproul. Leurs arguments principaux pour l’existence de Dieu sont les suivants :

1- L’argument cosmologique leibnizien

Cet argument consiste à dire que l’univers, étant contingent, requiert une explication de son existence, et que par la nature de la situation, cette explication ne peut être que Dieu :

Prémisse 1 – Toute chose qui existe a une explication de son existence, trouvée soit dans la nécessité de son être, ou dans une cause externe

Prémisse 2 – Si l’univers a une explication de son existence, alors cette explication est Dieu

Prémisse 3 – L’univers existe

Conclusion : L’explication de l’univers est Dieu, qui donc existe.

Je laisse la défense de chaque prémisse aux apologètes classiques dans la littérature.

 

2-L’argument cosmologique de Kalaam

Cet argument, similaire, propose que l’univers doit avoir une cause externe, en vertu du fait qu’il a eu un commencement ; qu’il n’est pas éternel dans le passé.

Prémisse 1 – Toute chose dont l’existence admet un commencement requiert une cause

Prémisse 2 – L’univers admet un commencement

Conclusion : L’univers a une cause

Et par une analyse conceptuelle de ce qu’être la cause de l’univers signifie, l’apologète conclut qu’il existe une cause hors de l’espace, hors du temps, immuable, immatériel, incroyablement puissante et personnelle ; qui a causé l’existence de l’univers. Cet argument établit l’existence d’un créateur personnel de l’univers.

 

3-L’argument téléologique

Cet argument presse l’existence d’un dessein intelligent à la base de l’accord fin des conditions initiales de l’univers, pour l’existence de la vie intelligente. Laissant entièrement de côté la question de l’évolution ou celle de savoir si le Darwinisme est suffisant pour expliquer la diversité biologique et l’apparence de dessein, cet argument se concentre sur les conditions initiales de l’univers, remarquant que certains constantes (la gravité, les forces nucléaires, la constante cosmologique), ainsi que certaines quantités (le niveau initial d’entropie, le rapport entre matière et antimatière) sont incroyablement ajustées pour tomber dans la fourchette astronomiquement maigre de valeurs qui permettraient l’existence de la vie, n’importe ou dans l’univers. Ce fait remarquable requiert fortement une explication, et produit l’argument suivant :

Prémisse 1 – L’accord fin des conditions initiales de l’univers est dû soit à une nécessité physique, soit à la chance, soit à un dessein intelligent.

Prémisse 2 – L’accord fin des conditions initiales de l’univers n’est dû ni à une nécessité physique, ni à la chance

Conclusion : L’accord fin des conditions initiales de l’univers est dû à un dessein intelligent, un designer de l’univers.

 

4-L’argument moral

Cet argument propose que l’existence de valeurs morales objectives pointe vers l’existence d’un Dieu.

Prémisse 1 – Si Dieu n’existe pas, alors il n’existe pas de valeurs morales objectives

Prémisse 2 – Mais en fait, il existe au moins certaines valeurs morales objectives (véridiques indépendamment des individus ou cultures)

Conclusion : Dieu existe

 

Encore une fois, je laisse la défense des différentes prémisses aux apologètes classiques, dont la littérature abonde. Il existe également d’autres arguments classiques intéressants, tels que l’argument ontologique (défendu par Alvin Plantinga), mais les arguments principaux sont listés ci-dessus. De ces arguments pour le théisme, l’apologète classique utilise ensuite les arguments historiques pour la fiabilité des documents bibliques et la résurrection de Jésus de Nazareth, afin d’affirmer non pas simplement du théisme, mais bel et bien le Christianisme.

Enfin, l’apologète dit ‘présuppositionnaliste’ prend une approche qu’il veut très différente. Sur la scène (relativement) contemporaine, des apologètes préssuppositionels sont Cornelius VanTil, Greg Bahnsen, K.Scott Oliphint, Douglas Wilson, ou James R. White. L’apologète présuppositionnel affirme que les arguments classiques sont basés sur une présupposition erronée, que le non-croyant et le croyant partagent une plateforme neutre à partir de laquelle ils peuvent raisonner sans examiner leurs présuppositions. L’apologète ‘présuppositionnel’ est en général réformé théologiquement, affirme une vue forte du péché originel et de la ‘dépravation totale’ de l’homme avant sa conversion et propose que le débat n’ait pas lieu en territoire neutre, mais que chacun mette ses ‘présuppositions’ sur la table. L’apologète ‘présuppositionnel’ ‘présuppose’ que la Bible est vraie et qu’elle est la parole de Dieu et il affirme que, sans cette présupposition, il devient incohérent pour le non-croyant d’affirmer l’existence même de toute signification, ou communication, si bien que si le non-croyant, ne serait-ce qu’en engageant le croyant en débat, il prouve que Dieu existe. En effet, s’il est nécessaire de croire au Dieu du chrétien pour affirmer de façon cohérente que des phrases ont un sens ou que les lois de la logique ont autorité (des valeurs morales sont aussi parfois listées ici), le simple fait de les employer pour réfuter l’existence de Dieu démontre que le non-croyant épouse malgré lui l’existence de ce Dieu : il ‘emprunte’ des munitions de la vision du monde chrétien, afin de la démolir. Ces contestations sont souvent appelées ‘l’argument transcendantal’ pour l’existence de Dieu, et se trouvent au centre de l’arsenal de l’apologète ‘présuppositionnel’.

Voilà donc pour un survol de ces trois méthodes apologétiques. Pour notre évaluation, ne compliquons pas la question inutilement en discutant l’apologétique évidentialiste ; puisque toutes ses prétentions sont contenues dans l’apologétique classique, réduisons notre discussion à l’apologétique classique et l’apologétique présuppositionelle. Quelles sont donc leurs forces et quelles sont les critiques offertes par les apologètes de l’une ou l’autre de ces deux écoles ?

Tout d’abord, leurs forces : c’est bien simple, je suis d’avis que la totalité des arguments ci-dessus sont valides et peuvent être utilisés pour prouver que le christianisme est rationnel et vrai.  Aucun de ces arguments ne contredit les autres, et pour cette raison, ils se retrouvent tous dans mon arsenal d’apologétique. Alors, si ces arguments sont cohérents et peuvent, comme je le prétends cohabiter en paix dans une même armée, pourquoi y a-t-il une division et même une controverse intense entre apologètes classiques et présuppositionnels ? Voici les arguments que ces premiers offrent à ces derniers.

Tout d’abord, l’argument offert par les apologètes classiques contre l’apologétique présuppositionnelle. L’objection est bien simple : les apologètes classiques reprochent aux apologètes présuppositionnels de raisonner de manière circulaire. Un argument circulaire est invalide, comme tout le monde le sait, et donc si l’on présuppose les vérités bibliques afin d’établir les vérités bibliques (telle que l’existence de Dieu), le non-croyant est logiquement en position de réfuter l’argument comme étant circulaire, commettant le sophisme ‘petitio principii’.

Le problème avec cet argument, c’est qu’il démontre une incompréhension de l’apologétique présuppositionnelle. En aucun cas l’argument transcendant ne commet la faute de raisonner circulairement. L’incompréhension vient du fait que le mot ‘présupposition’ est utilisé de manière équivoque. L’apologète présuppositionnel utilise le terme ‘présupposition’ comme synonyme de ‘croyance’ ou ‘engagement’, non pas de ‘prémisse’ telle une prémisse d’argument non examinée. Au contraire, les apologètes présuppositionnels insistent fortement sur le besoin « d’examiner ses présuppositions », affirmant bien souvent que le non-croyant lui-même faillit à la tâche d’examiner ses présuppositions de l’athéisme et raisonne donc de façon circulaire dans son rejet du Christianisme.

L’accusation de sophisme et raisonnement circulaire est donc invalide et il n’y a aucune raison de rejeter l’argument transcendantal, qui, je crois, démontre de façon valide que les lois de la logique, l’existence de signification et de valeurs morales objectives requièrent l’existence de Dieu. Ainsi, cela devrait pousser le non-croyant à rejeter sa vue du monde et à considérer le christianisme, dans lequel Dieu est rationnel, source de la logique, du sens et des valeurs morales.   Cela devrait également inviter le non-croyant à considérer le fait que ce même Dieu s’est révélé dans la Bible et en la personne de Jésus Christ.

Toutefois, les apologètes présuppositionnels aussi proposent plusieurs arguments s’opposant à l’apologétique classique. Cependant, comme il va être démontré, ces arguments sont invalides.

Tout d’abord, certains proposent l’objection que les arguments classiques n’établissent qu’un théisme générique, mais pas le théisme chrétien. Et comme le salut éternel n’est reçu que par une foi en Jésus et non pas en un Dieu générique, ces arguments ne servent pas à faire des chrétiens. Mais cet argument n’est pas pour le moins convaincant. Oui, l’évangile est au centre de l’évangélisation et il est absolument nécessaire d’avoir foi en Jésus ; toutefois, cela ne rend pas inutiles les arguments en faveur de l’existence de Dieu : ils réfutent l’athéisme ! Dans une culture aussi séculière que la nôtre, il est particulièrement efficace de démontrer que l’athéisme est faux. Une fois que cette thèse sera établie, il sera bien temps de comparer les religions monothéistes et faire l’apologie du Christianisme. En l’occurrence, les apologètes classiques au contraire vont plus loin qu’un théisme générique, du moment qu’ils établissent la fiabilité de la résurrection de Jésus : cela constitue une raison de croire en le Dieu de Jésus, et laisse la porte ouverte à ce que la Bible soit aussi inspirée et ait autorité, même si elle n’est pas initialement utilisée comme telle dans notre argumentation.

Parfois, l’argument est même pire, il est affirmé que le Dieu des arguments classiques (cosmologique, moral, etc..) est incompatible avec le Dieu du Christianisme. Cette affirmation est sans mérite. Absolument aucune des propriétés du créateur établi par ces arguments ne contredit la vision chrétienne.

Enfin, et de manière plus dévastatrice, cet argument se réfute lui même, puisque la faute en question (si faute il y a) est également commise par l’argument transcendantal ! Comme exprimé ci-dessus, l’argument transcendantal fournit l’existence d’une âme transcendante qui ancre la rationalité du monde et les lois de la logique ainsi que les valeurs morales, mais il ne s’ensuit pas du tout (du moins pas sans arguments supplémentaires) que cette âme transcendante, ce ‘Dieu’, s’est aussi révélé en Jésus ou a inspiré la Bible. Pour cela, d’autres arguments (d’apologètes classiques !) sont nécessaires. Si l’apologète présuppositionnel ajoute à ses conclusions que la Bible est vraie et inspirée, alors là et seulement là, il commet en effet le sophisme du raisonnement circulaire, car ces conclusions ne sont pas supportées par l’argument transcendantal.

Une autre critique consiste à dire que l’apologétique classique est basée sur une vision erronée de l’homme déchu et un jugement trop optimiste de ses capacités à raisonner au sujet de Dieu. Les arguments logiques (avec prémisses et conclusions) employés par l’apologète classique sont dits être inefficaces, tant que le non-croyant n’est pas confronté à sa nature pécheresse, son besoin de salut et la nécessité du Dieu de la Bible (dont le non-croyant emprunte la croyance des lois de la logique, etc.).

L’apologète présuppositionnel au contraire affirme une vue réformée (dite ‘Calviniste’) de l’homme déchu, et affirme que toute conversion n’est que l’œuvre du Saint-Esprit souverain qui appelle le non-croyant de manière irrésistible dans le royaume de Dieu, ravive ses capacités intellectuelles, et fait de lui un croyant. Ces affirmations sont parfois avancées avec le slogan « la Théologie détermine la méthodologie d’apologétique ». Toutes ces affirmations théologiques sont parfaitement disponibles pour un apologète classique, affirmant que la conversion est entièrement l’œuvre de l’Esprit Saint, utilisant les arguments classiques tout comme il utiliserait l’argument transcendantal. Je suis moi même un ardent défenseur des arguments classiques, et avocat passionné de la théologie réformée. J’ai ma ‘carte du parti’ Calviniste en bonne et due forme, et affirme joyeusement avec Douglas Wilson que je me réveille tous les matins, et me dis « ah, encore une journée de Calvinisme ! » Mon anthropologie est donc des plus réformées, et elle n’exclut la validité ou l’utilité d’aucun des arguments ci-dessus.

Enfin, les apologètes présuppositionnels se plaignent que les arguments classiques n’établissent pas le ‘savoir’ de l’existence de Dieu, mais uniquement sa ‘haute probabilité’. Les arguments listés ci-dessus sont ‘déductifs’, avec des prémisses et une conclusion, et lorsqu’on considère un tel argument déductif, si les prémisses sont vraies, alors avec certitude la conclusion s’ensuit, mais la certitude de la conclusion n’est qu’aussi grande que la certitude de ses prémisses. Et donc, un argument déductif de la sorte n’établit pas vraiment de certitude absolue, le savoir de la vérité du Christianisme.

Or, l’apologète présuppositionnel argumente, la Bible ne nous dit pas de croire en la haute plausibilité de l’existence de Dieu, mais au contraire, affirme que nous avons tous le ‘savoir’ que Dieu existe, et c’est ce ‘savoir’ que l’apologète affirme comme partie intégrale de ses ‘présuppositions’, ou engagements théologiques.

Le problème de cet argument, c’est qu’il ne comprend pas la fonction d’un argument logique, et par ailleurs suppose une conception erronée de ce qu’est le savoir. Comme de nombreux philosophes l’ont démontré dans le domaine de l’épistémologie (la science de comment on sait ce que l’on sait), la certitude absolue n’est pas du tout nécessaire pour le ‘savoir’. Il y a un grand nombre de connaissances que l’on a, de manière justifiée, sans avoir certitude absolue. À vrai dire, il y a même excessivement peu de connaissances qui soient réellement absolument certaines. Les arguments ci-dessus ont donc pour rôle de montrer qu’étant donné des prémisses très plausibles, l’existence de Dieu s’ensuit très plausiblement, et donc peuvent très bien justifier le ‘savoir’ de l’existence de Dieu.

Une fois de plus, l’argument en question se trouve être auto-réfutant. Pourquoi ? Parce que l’argument transcendantal lui aussi a une structure logique, exprimable exactement dans le même format rigoureux que les arguments classiques listés précédemment. Il serait ainsi :

Prémisse 1 – Si Dieu n’existe pas, alors il ne peut y avoir de signification objective, de lois de la logique, ou de valeurs morales objectives

Prémisse 2 – Il existe des significations objectives, des lois de la logique (comme présupposées par cet argument !), et des valeurs morales objectives

Conclusion : Dieu existe

Comme je l’ai affirmé précédemment, je suis convaincu que cet argument est valide, efficace et convaincant. Mais sa structure logique n’est pas conceptuellement différente des arguments de l’apologète classique. Sa composante morale est même strictement identique à l’argument moral de l’apologète classique ! N’employons donc pas un double standard à deux poids deux mesures. Il n’y a rien de critiquable dans l’emploi d’un argument déductif utilisant des prémisses plausibles, bien que pas indubitable. Le savoir justifié ne requiert pas une certitude absolue.

Toutes ces critiques sont donc invalides, tant d’un côté que de l’autre. Les apologètes classiques critiquant l’apologétique présuppositionnelle comprennent mal la façon dont les termes sont définis par ces derniers (particulièrement le mot ‘présupposition’), et les apologètes présuppositionnels critiquant l’apologétique classique comprennent mal la place logique que jouent les arguments dans la justification du savoir.

De notre analyse, quelles conclusions peut-on donc tirer ? Il s’ensuit une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que les critiques ci-dessus sont invalides et donc la totalité des arguments et méthodologies apologétiques discutées précédemment sont valides. Cela veut dire que tous les arguments classiques et l’argument transcendantal devraient faire partie de l’arsenal de l’apologète chrétien.

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La mauvaise nouvelle, c’est que ces critiques invalides soient encore défendues dans la littérature, par des érudits, dont c’est ironiquement le métier de savoir reconnaître un argument invalide quand ils en voient un. Si ma critique présente est trouvée convaincante, j’invite les apologètes (professionnels ou amateurs) intéressés par la question des méthodologies apologétiques, à abandonner les critiques ci-dessus, et à joindre leurs forces (et leurs arguments), pour ensemble établir la rationalité et la vérité du Christianisme, « étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous ». (1 Pierre 3 :15)

Vivre la réponse que l’on donne!

« L’apologétique a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme chrétien à la lumière des objections soulevées contre elle et d’offrir des évidences positives en sa faveur. »[1]

Le premier article « Qu’est-ce que l’apologétique? » avait comme objectif de faire une présentation de l’apologétique : définition et fonctions. Dans cet article, j’avais lancé volontairement une réflexion sans la développer :

« Pour ne pas être simpliste, faisons un pas de plus. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Et c’est exactement ce mandat qu’a l’apologétique. »[2]

Le présent article cherche à faire le pont entre les fonctions de l’apologétique et la vie de l’apologiste. C’est-à-dire, que l’appel de Jésus n’est pas de trouver et de donner les meilleurs arguments du monde et de convaincre par la seule raison ou par la force. Mais plutôt, c’est la convergence de l’argumentation et l’incarnation de la réalité de l’évangile.

Un exemple vivant!

Un jour, j’étais assied dans un salon avec quelques personnes qui ne croyaient pas en Dieu, ni l’évangile et qui doutaient même de Jésus. Dans toute ma « délicatesse », j’apportais argument sur argument avec vigueur. J’ai démoli littéralement les raisonnements qui s’élevaient contre Dieu et Jésus. Et comme un coup de pelle en pleine figure, après un bon moment de discussion, il y a une personne qui m’a dit, et je me souviendrai toujours : « Tu me fais peur. Car je ne sens pas que tu m’aimesJ’aime mieux discuter avec quelqu’un d’autre. »

À ce moment, j’ai réalisé que tous mes arguments élevaient un mur, au lieu de le détruire. Le plus sage pour moi dans cette discussion, après réflexion… garder silence. Je suis convaincu que l’obstacle majeur à la réception de l’évangile dans notre société, et notre entourage n’est pas l’habileté à donner des réponses, mais plutôt, l’échec dans notre propre vie à incarner le message que nous voulons communiquer. Être pertinent selon le contexte[3], ce n’est pas seulement vivre d’une manière conforme à ce que nous proclamons, mais ce n’est jamais moins que cela.

Qu’est-ce que l’évangile?

Si nous sommes appelés à défendre et à présenter l’évangile, il convient de se poser la question : « Qu’est-ce que l’évangile? » Le terme « évangile » signifie tout simplement « bonne nouvelle ». C’est un message concernant l’événement qui nous sauve d’un grand péril. L’apôtre Paul nous rappelle ce qu’est l’évangile en 1 Corinthiens 15.1-8 :

« Je vous rappelle, frère, l’évangile que je vous ai annoncé […] et par lequel vous êtes sauvés […] Christ est mort pour nos péchés, selon les écritures; il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour selon les écritures et il a été vu […] »[4]

L’évangile concerne un événement historique. La vie, la mort, l’ensevelissement et la résurrection de Jésus. Mais c’est aussi le message de ce que cet événement accomplit. Cela inclut le transfert de ces accomplissements à une personne particulière.

***À ce point, je dois faire une remarque : L’apologétique vise parfois à répondre à des questions particulières qui à première vue ne semblent pas concernées par l’évangile. Par exemple dans une théologie naturelle qui cherche à présenter des évidences du théisme. La question ne concerne pas nécessairement Jésus et la résurrection. Elle concerne l’existence de Dieu. Quand même, l’évangile demeure l’arrière-plan sur lequel l’apologétique travaille. Autrement dit, chaque élément devrait construire ultimement, souvent par cumul, à exposer l’évangile. La raison pour cela est celle-ci :

Le christianisme n’est pas fondé seulement sur l’affirmation de l’existence de Dieu. Mais sur l’affirmation supplémentaire que Dieu s’est révélé en la personne de Jésus.

Point de départ

L’évangélique Irlandais Gypsy Smith un jour a dit : « Il y a cinq évangiles. Matthieu, Marc, Luc, Jean et le chrétien, et certaines personnes ne liront jamais les quatre premiers. »[5] Autrement dit, l’évangile est vu avant d’être entendu. De façon générale, on regarde à 1 Pierre 3.15 pour définir en terme biblique l’apologétique :

« Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur; soyez toujours prêts à vous défendre (apologia) contre quiconque vous demande l’espérance qui est en vous : mais faites-le avec douceur et crainte. »

Le terme « apologia » dans l’original y apparaît et l’on y voit donc la tâche de défendre notre espérance. Ce qui n’est pas faux. Il faut premièrement noter qu’avant même de donner une réponse, celui qui va la donner est appelé à certains prérequis. Pierre met en relief un équilibre qui n’est pas facilement conservé dans la pratique, à savoir la qualité de vie et la clarté de la réponse. Mais regardons de plus près ce passage, car Pierre dit beaucoup plus que cela.

1)      Une qualité de vie

La première question que l’on doit se poser c’est : est-ce que Dieu a agi premièrement dans ma vie? Dans les faits, que tu sois musulman, hindou, bouddhiste, athée, ou autre, chacune de ces croyances va élever ses propres standards de qualité de vie spirituelle ou intellectuelle. En ce qui concerne le christianisme, l’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est, et dans le contexte du passage en question, cela peut aller jusqu’à la persécution (1 Pi 3.9-14). « Sanctifiez dans vos cœurs Christ (Jésus) le Seigneur »! Cela demande donc une transformation radicale. Rien de moins que la Seigneurie de Jésus sur notre vie.

Les premiers effets de venir à connaître Jésus-Christ sont les désirs et la poursuite de Jésus lui-même. L’idée de « sanctifier Christ », dans ce contexte, c’est que l’on doit regarder Jésus-Christ comme de la plus haute importance. La valeur que l’on accorde à Jésus est essentielle. On peut dire que nous vivons ou nous mourrons à cause du caractère unique de Jésus. La foi chrétienne tient ferme ou s’écroule avec le caractère unique de Jésus-Christ!

L’apologiste sera vraiment efficace quand il aura une vie conséquente au message qu’il proclame. La valeur de Jésus est une partie essentielle du message, mais ce n’est pas le seul message. L’évangile s’intéresse à toi et ta transformation à l’image de Jésus. Jésus lui-même se dresse comme un modèle à imiter. Et plusieurs personnes devraient considérer les pensées du puritain Richard Baxter :

« Il s’agit d’une erreur manifeste de certains « pasteurs », qui font une telle disproportion entre leur prédication et leur vie; ils étudient fort pour prêcher avec exactitude, et étudie peu ou pas du tout à vivre avec exactitude. »[6]

Malgré le fait qu’il parle à des pasteurs, le conseil il me semble s’applique à tous, même à ceux qui ne croient pas au christianisme.

2)      Une clarté de réponse

L’apologiste a comme mandat de donner des réponses claires et intelligibles aux questions et objections concernant le christianisme. Pierre nous appelle à être prêts à défendre. Mais le texte n’arrête pas là. « Contre quiconque demande ». Cela suggère qu’il y a une grande variété de personnes qui peuvent faire des objections ou poser des questions. Pierre invite donc à être prêt. Autrement dit, l’étude est utile dans le développement de la vie chrétienne et aussi à la présentation de l’évangile. Une étude balancée entre le message proclamé et la vie de celui qui proclame est nécessaire.

Le christianisme ne néglige pas l’intelligence. C’est un outil puissant! Négliger l’intelligence a des conséquences désastreuses. La défense du christianisme est un acte conscient et réfléchi.

Exposé une philosophie, croyance ou une découverte scientifique demande de l’habileté. Randy Newman amène un point intéressant sur ces questions. Il parle de trois habiletés dans la communication du christianisme. Voici ce qu’il dit :

« La première et la plus basique impliquent : déclarer l’évangile. Cela inclut l’habileté de clarifier et d’exprimer de façon concise le message du salut. […] Déclarer l’évangile inclus aussi le partage de ta propre histoire. […] La deuxième
habileté d’évangélisation est l’habileté à défendre l’évangile. Anticiper les questions communes […] planifier comment délivrer les informations dans des termes logiques … 1 Pi 3.15. La troisième habileté est appelée : le dialogue. »[7]

Remarquez que tout ce que nous avons dit jusqu’ici est dans ce petit paragraphe :

1) Exposer un message à travers une vie transformer par ce même message.

2) Étudier et planifier la communication et enfin

3) Entrer en communication, en dialogue.

Dans mon histoire plus haute, j’avais perdu de vue que c’était un dialogue. L’objectif n’est pas de pointer le doigt sur tous nos échecs. Mais plutôt de mettre le doigt sur la nécessité de considérer nos contemporains et d’analyser notre propre cœur. Cela demande un amour pour la (les) personne(s) à qui nous discutons, et aussi une capacité à écouter. Étudier et écouter des questions et des objections nous permet de comprendre mieux nos contemporains. Ce n’est pas seulement de comprendre une opinion, mais bien les aspirations, les espoirs et les désirs qui motivent toutes personnes qui posent une question. En fin de compte, nous voulons présenter un message rempli d’espoir qui s’applique dans la vie réelle de ceux-ci.

Il faut noter que chez Pierre, le contenu que l’on doit défendre c’est « l’espérance qui est en nous. » L’espérance est ce qui nous contrôle. Après la Seconde Guerre mondiale, combien de fois avons-nous entendu quelqu’un demander aux survivants : « Qu’est-ce qui t’a permis de rester en vie? » L’espoir! Et l’une des pires cruautés, c’est la destruction de l’espérance. Même les personnes qui ne croient pas en Dieu approuvent ce fait.

Bertrand Russell (1872-1970), célèbre philosophe athée, quand il avait environ 90 ans en Angleterre, on là interviewé. On lui a posé la question : « Qu’est-ce que vous avez à préserver à cet âge de ta vie? Qu’est-ce qui te soutient? » Il a répondu : « Je n’ai rien pour me soutenir que le désespoir. » Il comprenait la signification de la mort de Dieu.

La raison pour laquelle le chrétien a une espérance, c’est l’évangile. C’est ce qui devrait nous contrôler et c’est que nous devrions vouloir communiquer. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Il y a un lien nécessaire entre notre attitude et ce qui est communiqué. L’expérience confirme cela. L’apologétique doit être en mesure de montrer sur le plan de l’intelligence que le christianisme est vrai et aussi de manifester visiblement qu’il ne s’agit pas d’une théorie[8].

Je vous laisse sur les paroles de Carl Henry :

Carl Henry a dit : « Comment un homme peut-il être arrogant quand il se tient devant la croix? »[9] La croix est la mesure de notre apologétique dans son contenu et dans la manière de présenter.

 

 


[1] Craig William L., and Moreland J.P., Philosophical foundations for a Christian Worldview, IVP Academic, interVarsity Press, 2003, p.14.

[2] Blogue : Jean-Luc Lefebvre, http://www.associationaxiome.com/quest-ce-que-lapologetique/

[3] Expression référant au premier article : « L’apologétique veut et doit faire face aux questions de notre temps de manière à rejoindre celui qui pose des questions et cela de façon pertinente selon le contexte. »

[4] Par souci d’économie, j’ai gardé l’essentiel du passage : Voici le passage au complet 1 Corinthiens 15.1-8 :

« 1Je vous rappelle, frères, l’Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, 2et par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous le retenez dans les termes où je vous l’ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain.

3Je vous ai transmis, avant tout, ce que j’avais aussi reçu : Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; 4il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, 5et il a été vu par Céphas, puis par les douze. 6Ensuite, il a été vu par plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont décédés. 7Ensuite, il a été vu par Jacques, puis par tous les apôtres. 8Après eux tous, il s’est fait voir à moi comme à l’avorton. »

 

[5] Zacharias, Ravi, The Church’s role in apologetics and the development of the mind, in Zacharias, Ravi et Coll., Beyond Opinion: Living the faith we defend, Thomas Nelson, Nashville, 2007, p.304.

[6] Baxter, Richard, The reformed pastor, The banner of truth trust, Edinburgh, 2007, p.63-64.

[7] Randy Newman, Questioning evangelism: Engaging people’s hearts the way Jesus did, Kregel, 2004, p.14-15.

[8] Schaeffer, Francis A., Dieu illusion ou réalité? Édition Kerygma, Aix-en-Provence, 1968, p.131.

[9] SEMBEQ, 2012, cité par D.A. Carson dans le cours théologie de l’église.

Qu’est-ce que l’apologétique?

J’aime l’énoncé de mission de Ravi Zacharias international ministries : « Aider le penseur à croire et le croyant à penser. » Cela rend bien l’idée de l’apologétique. Les apologistes sont réputés pour être des philosophes et/ou scientifiques, penseurs et croyants. Il faut admettre que ce terme n’est pas très bien connu dans la francophonie et même à l’intérieur de l’église chrétienne. Officiellement, voici une définition communément acceptée de ce qu’est l’apologétique :

« L’apologétique a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme chrétien à la lumière des objections soulevées contre elle et d’offrir des évidences positives en sa faveur. »[1]

Cette définition est forte utile, car elle met en lumière deux tâches essentielles de cette discipline, soit recevoir les objections et y répondre, ainsi qu’offrir des évidences qui soutiennent le christianisme.

Pour ne pas être simpliste, faisons un pas de plus. L’appel ultime à suivre Jésus-Christ est de vivre une vie qui reflète qui il est. Et c’est exactement ce mandat[2] qu’a l’apologétique. Ce domaine a comme mandat de faire face à des questions réelles, de personnes réelles, dans la vie réelle. Autrement dit, l’apologétique veut et doit faire face aux questions de notre temps de manière à rejoindre celui qui pose des questions et cela de façon pertinente selon le contexte. Regardons les deux tâches principales de l’apologétique :

                « L’apologétique a pour mission de donner une défense raisonnée du théisme chrétien à la lumière des objections soulevées contre elle […]»

Malgré que l’on demande la tolérance, il faut admettre que « nous vivons à une époque où les critiques ont perdu toute délicatesse et de décorum dans un débat. »[3] Heureusement, ce n’est pas le cas de tout le monde, mais il reste que l’apologiste se retrouve souvent devant une audience hostile au christianisme. Le christianisme n’est plus le paradigme dominant dans bien des sociétés. Et c’est le cas au Québec. Il fait face à des objections et des attaques où la croyance en Dieu est rejetée par plusieurs. D’un autre côté, il y en a d’autres qui rejettent l’existence du Dieu chrétien pour adhérer à la croyance en d’autres dieux. Les objections peuvent provenir de philosophes Athées, de bouddhistes, de mormons, hindous, féministes et bien d’autres. On ne compte même pas les différentes philosophies, ou mêmes approches psychologiques qui rejettent le christianisme.

Dans tous les cas, l’apologiste a comme mission de donner une réponse raisonnée de cette croyance qu’il a et il doit le faire de façon pertinente. Mais avant d’aller plus loin, il convient de définir de la méthode par laquelle l’apologiste va fournir une réponse pertinente et raisonnée du théisme chrétien. En fait, la question est celle-ci : « Comment savoir qu’une chose est vraie? » Il me semble que les paroles de Ravi Zacharias peuvent nous éclairer :

« À mon avis, tout système ou toute affirmation qui se réclame de la vérité doit satisfaire à trois conditions comme préliminaires à tout examen approfondi. Ces trois tests sont (1) la cohérence logique (2) la justification empirique et (3) le bien-fondé expérimental. »[4]

Ces trois tests peuvent servir de base pour détecter la validité d’une théorie ou d’une croyance, d’une philosophie ou encore une religion. Il ne suffit pas de croire qu’une chose soit vraie pour qu’elle le soit. Elle doit correspondre à la réalité. Zacharias continue pour éclairer ces examens :

« Leurs déclarations présentent-elles une cohérence logique? Existe-t-il un domaine concret dans lequel les affirmations de cette vérité peuvent être vérifiées? Sont-elles pertinentes, autrement dit, s’appliquent-elles valablement dans ma vie? »[5]

Examiner si elle est vraie et si elle peut être confirmée. Par la logique, la science et les domaines qui confirment qu’une chose correspond à la réalité, voilà un des volets de l’apologétique. Nous élevons souvent beaucoup plus la science que la logique. Mais la science sans logique peut-être une folie. Voici une illustration classique pour illustrer l’importance de la logique et de la loi de non-contradiction :

Imaginons un scientifique et un prédicateur qui discute ensemble sur la vérité absolue[6]:

—           Le scientifique lui dit : la vérité absolue n’existe pas.

—           Le prédicateur lui dit : en es-tu absolument certain

—           Le scientifique : absolument

—           Le prédicateur : Donc tu me dis qu’il est absolument certains que rien n’est          absolument vrai.

De bon gré ou non, les scientifiques font des affirmations philosophiques. Malheureusement, on sépare trop souvent ces deux domaines. À titre d’exemple, écouter ce que Stephen Hawking, le célèbre mathématicien et physicien a dit dans son récent livre :

« Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. »[7]

Malgré tout, il fait de la philosophie tout au long de son livre et il conclut dans les dernières lignes de son livre que les « considérations abstraites de logique » ont débouché sur une théorie qui décrit le vaste univers[8]. On ne se sort pas du test de la cohérence logique. Dans ce sens, l’apologétique cherche à donner une défense du christianisme face aux objections qui sont soulevées de toutes parts en évaluant les objections et en y répondant.

« L’apologétique a pour mission […] d’offrir des évidences positives en sa faveur. » 

L’apologétique n’a pas comme seule fonction de regarder si un argument est vrai ou faux. Il a aussi comme mandat de présenter des évidences qui supportent la vérité du christianisme. Le concept biblique de vérité est en relation avec la fidélité objective à la réalité révélé à travers la création. Autrement dit, nous croyons que ce que la bible dit est vérifiable dans la nature.

Comme nous avons vu, il y a un volet défensif à l’apologétique, mais ici il s’agit d’un volet beaucoup plus offensif. C’est la présentation du christianisme et de ses vérités. Cette offensive tend à se diviser en deux catégories : la théologie naturelle et les évidences chrétiennes[9].

La théologie naturelle cherche à donner des arguments et des évidences qui supportent le théisme, mais cela indépendamment de la révélation de Dieu dans la bible. La deuxième approche cherche à présenter, défendre et soutenir le contenu de la bible.

Voilà une brève présentation de ce que c’est l’apologétique. En sommes, pour l’incroyant elle l’aide à penser sur ses propres présuppositions, questionnements et objections à l’égard du christianisme ou du théisme. Elle présente une défense et à la fois une présentation raisonnée selon le contexte individuel et culturel. Et enfin, pour le croyant elle fortifie les croyances et aide à la maturité spirituelle et intellectuelle. Ces bibittes bizarres que sont les apologistes nous relèvent un défi et ils ont comme objectif de nous faire passer d’une opinion, à une conviction. Ils aident effectivement les penseurs à croire, et les croyants à penser.

 

 


[1] Craig William L., and Moreland J.P., Philosophical foundations for a Christian Worldview, IVP Academic, interVarsity Press, 2003, p.14.

[2] Malheureusement, nous réduisons trop souvent cette tâche à des élites intellectuelles et nos églises se privent elles-mêmes d’une source de bénédictions.

[3] Craig William L., Contending with Christianity’s critics, answering New Atheists & other objectors, B&H Academic, 2009, p.vii.

[4] Zacharias Ravi, L’homme peut-il vivre sans Dieu? Éd. Farel, 1994, p.139.

[5] Zacharias, ibid., p.140.

[6] Ou vérité universelle.

[7] Hawking Stephen et Mlodinow Leonard, Y a-t-il un grand architecte dans l’univers? Dieu et la science, éd. Odile Jacob sciences, 2010, p.11.

[8] Hawking, ibid., p.220.

[9] Craig William L., Reasonable Faith, Christian Truth and apologetics, 3e ed., Crossway, 2008, p.23-24.

Comment Dieu transforme un athée Français en théologien Chrétien – L’histoire de ma conversion

(English version/Version anglaise: http://bit.ly/1c7V0jc )

 

Récemment, un certain nombre de personnes ont été intriguées de rencontrer un théologien français, et m’ont demandé de leur raconter mon histoire, celle d’un athée français devenu un universitaire chrétien. Même les théologiens et apologistes que j’ai rencontrés à la conférence de l’Evangelical Theological Society à Baltimore (où par la grâce de Dieu je présentais mon premier article académique), avaient l’air (de manière compréhensible) d’être plus intéressés par ma conversion que par mon article de théologie ! En conséquence, il m’a semblé pertinent d’avoir une version écrite de la manière dont Dieu s’est invité dans ma vie pour pouvoir la partager avec ceux qui me la demandent.

De l’athéisme religieux à l’athéisme séculier

J’ai grandi dans une famille merveilleusement chaleureuse, en France, dans la région Parisienne. J’étais le second de trois enfants. Nous étions catholiques romains de nom, et allions à la messe régulièrement, mais c’était plus par tradition, voire peut-être par superstition, que par réelle conviction. Pour ma part, je ne croyais certainement pas que ces croyances étaient vraies, et je n’avais pas non plus l’impression que les gens autour de moi prenaient la chose sérieusement, bien que ce soit une partie importante de leur vie. Quand que je fus assez grand ( 13 ans environ) pour expliquer à mes parents que je n’y trouvais aucun intérêt, j’arrêtai d’aller à la messe le dimanche, et ma vie d’athée continua de la même manière. Mes croyances et mes valeurs fondamentalement athées restèrent, et tout ce qui change fut le fait que je n’étais plus obligé le dimanche matin de répéter des rituels religieux et des récitations qui n’avaient aucun sens pour moi. Pendant ce temps, je grandis et devint un jeune adulte plutôt heureux. Mon père était un mathématicien et informaticien, et ma mère se dévouait de façon ‘religieuse’ au bien être et à l’éducation de ses enfants, ce dont je bénéficiai infiniment. Cela me permit d’obtenir d’excellents résultats à l’école, d’apprendre le piano, et de m’engager dans toutes sortes de sports. Je finis par étudier les maths, la physique et sciences de l’ingénieur en prépa et dans une grande école. J’obtins mon diplôme d’ingénieur, et acceptai une offre pour travailler dans une grande banque d’investissement. Mon apprentissage du piano m’amena à jouer dans un groupe de rock amateur; sur le plan sportif, après avoir atteint 1m94, je finis par jouer au volleyball en ligue nationale, voyageant à travers le pays tous les weekends.

Une partie importante des idéaux athées d’un jeune homme en France consistait également à réussir dans les conquêtes féminines, un domaine dans lequel je commençais à avoir suffisamment de succès pour satisfaire les standards graveleux du vestiaire de volley. Tout considéré, j’étais heureux et satisfait de ma vie, et dans ma culture particulièrement séculière, les chances que j’entende un jour  l’Évangile (et que j’y croie), étaient particulièrement maigres.

Cela arriva ainsi.

L’improbable auto-stop

J’avais environ 24 ans quand mon frère et moi avons traversé le globe pour aller en vacances sur l’île de Saint Martin, dans les Caraïbes. Météo tropicale, plages de sable blanc, eau turquoise, et un match de beach-volley par ci par là, que demander de plus ? Un jour, après avoir passé l’après midi sur une plage distante, et pour la toute première fois de ma vie, nous décidâmes de rentrer en stop à la maison. En quelques minutes seulement, une voiture s’arrêta pour nous. A son bord, deux touristes américaines (une de Miami et l’autre de New York), s’étaient arrêtées pour nous demander le chemin de leur hôtel, s’étant perdues en route depuis l’aéroport (la plage était à des lieues de leur hôtel, et de l’aéroport !)  « Par hasard », leur hôtel se trouvait juste à côté de notre maison : nous montâmes alors à bord, et commençâmes à discuter. Elles étaient très attirantes et nous commençâmes immédiatement à flirter, espérant les revoir pendant leur séjour sur l’île. Ce fut le cas. Celle qui retint mon attention habitait  New York, et mentionna qu’elle croyait en Dieu (un suicide intellectuel selon moi), mais pire que tout, en conséquence de sa croyance, elle avait la conviction que le sexe n’avait de place que dans le cadre du mariage (conviction encore plus problématique que le théisme, si c’était possible). Néanmoins, nous sommes sortis ensemble (mais ce n’est pas elle que j’ai épousée !).

Les vacances se terminèrent, elle s’envola vers New York, je m’envolai vers Paris, et nous nous trouvâmes ainsi dans une relation problématique.

L’expérience de prière d’un incrédule

Ses croyances religieuses étaient clairement un problème entre nous, et mon nouveau but dans la vie devint essentiellement de lui expliquer que ces sornettes étaient indéfendables, pour que nous puissions reléguer toutes ces absurdités aux oubliettes, et être ensemble sans que ses idées fausses s’interposent.

Alors je commençai à réfléchir : quelle bonne raison y avait il de penser que Dieu existe, et quelle bonne raison y avait-il au contraire, de penser que l’athéisme était vrai ?

Ce pas était important pour moi, parce que ma propre incrédulité reposait confortablement sur le fait que les gens (intelligents) autour de moi ne croyaient pas en Dieu non plus. Mais c’était plus une présupposition raisonnable, que la conclusion d’un argument solide. Alors j’ai commencé à prendre la question au sérieux, pour l’évaluer objectivement. Mais bien sûr, pour réfuter le christianisme, il fallait d’abord savoir exactement ce qu’il affirmait. J’ai alors attrapé une Bible pour tirer cela au clair. Et en même temps, comme je suis un scientifique, je me suis dit que je pouvais tenter au moins une expérience pour réfuter l’hypothèse que Dieu existe : je pensai « Si la moindre de ces croyances est vraie, alors Dieu existe, et je présume qu’il est particulièrement intéressé par mon projet ». Alors je commençai à prier sans y croire : « S’il y a un Dieu, alors je suis là, je considère toutes ces questions, alors vas-y, n’hésite pas à te révéler à moi. Je suis ouvert ». Je ne l’étais pas du tout, certes, mais je me suis dit que ça ne devrait pas arrêter Dieu s’il existait.

Alors je commençai à lire les Évangiles, sur ce Jésus de Nazareth. Je ne m’attendais pas à ce que j’ai trouvé. Je fus impressionné par l’autorité des enseignements de cet homme. Certainement, il n’y avait pas vraiment de place en moi pour tous ses discours sur Dieu, mais j’étais assez impressionné par l’aisance avec laquelle il conversait, et par la sagesse de certaines de ses répliques. Je pouvais dire ce que je voulais, cet homme savait ce qu’il faisait, il parlait avec une autorité certaine, et ça me rendit mal à l’aise. En outre, même en tant qu’athée, je savais que la personne de Jésus de Nazareth n’était pas mythologique; il semblait clair qu’il était tout au moins une personne historique qui arpenta les chemins de la Palestine au Ier siècle, et apparemment son histoire fut assez convaincante pour que ses adeptes d’alors en soient convaincus, et même soient persécutés pour avoir prêché sa mort et sa résurrection. Ces considérations rendirent difficile de laisser tomber le sujet, et je savais qu’il me faudrait avoir un discours cohérent sur la personne de Jésus. Mais tout cela était bien loin de changer mon opinion ou mes habitudes de vie. Tous mes weekends étaient pris, à voyager à travers le pays pour disputer mes matchs de volley, donc je ne pouvais assister à un culte

Les dimanches rendus disponibles

Cette barrière ne résista pas longtemps. Une ou deux semaines après avoir commencé mes investigations du christianisme et prié, incrédule, mon épaule commença à me faire mal et s’enflammait après dix minutes de chaque entraînement de volley. Avec cette épaule enflammée, je ne pouvais tout bonnement plus attaquer. Le docteur ne trouva aucun problème, les efforts du kiné n’y changèrent rien, et je me suis vu dire : « Ton épaule a probablement juste besoin de repos. Tu dois arrêter le volley pour quelques semaines. » Ainsi, contre mon gré, je me suis retrouvé exclu des terrains de volleyball pour un certain temps.

Et puisque j’avais entrepris d’investiguer le « christianisme », je décidai d’aller dans une église, pour voir ce que ces « chrétiens » font quand ils se réunissent. La jeune femme que j’avais rencontrée à Saint Martin, m’ayant rendu visite en France, avait obtenu les nom et adresse d’une église évangélique de Paris au cas où elle aurait voulu s’y rendre pendant son séjour. Elle n’y alla pas elle-même, mais l’adresse resta sur le bureau de mon ordinateur. Alors je pris ma voiture et me rendis là-bas en ce premier dimanche sans volley. Franchement, j’y allai comme on irait au zoo, pour voir des animaux exotiques dont on avait lu l’existence dans des livres, mais que l’on n’avait jamais vus. La seule différence, c’est qu’au zoo il y a des barreaux pour vous séparer des bêtes. Et pas à l’église. Alors l’expérience me mit particulièrement mal-à-l’aise. Je me rappelle  avoir pensé que si un membre de ma famille ou mes amis pouvaient me voir dans ce bâtiment (une église !) je serais mort de honte. Je trouvai assez troublant que ces gens avaient vraiment l’air de croire ce qu’ils pratiquaient, et croyaient sincèrement que leurs prières étaient entendues par Dieu. Je trouvai ça bizarre. Je m’assis tout seul, et écoutai le pasteur, en pensant toujours essentiellement à la honte que j’éprouverais si quiconque me voyait là.

Saisi à la gorge… littéralement

Je ne me rappelle pas d’un seul mot prêché par le pasteur ce matin- là. Il finit son sermon, et je me dis « j’en ai assez entendu, j’ai vu ce que je voulais voir, maintenant il est temps de m’enfuir ». Je sautai debout, et commençai à marcher rapidement le long de l’allée vers la grande porte de sortie à l’arrière de l’église, en faisant très attention de ne pas croiser le regard de quiconque, pour ne pas avoir à me présenter à ces gens.

J’atteignis la porte de sortie, je l’ouvrai, et j’avais un pied dehors, quand soudain je fus arrêté dans ma lancée par une forte vague de frissons dans le buste, remontant rapidement de mon ventre jusqu’à ma gorge. Je m’arrêtai brutalement, coincé sur le pas de la porte, avec la chair de poule, et entendis ma voix intérieure me dire : « C’est ridicule, il faut que je comprenne ». Alors je reposai mon pied à l’intérieur, refermai la porte devant moi, fis demi-tour, et allai tout droit jusqu’au pasteur. « Alors, vous croyez en Dieu, hein ? » -oui, me répondit- il avec un sourire. « Alors comment ça marche ? » je demandai. « On peut en parler », dit- il. Et quand tout le monde fut parti, nous allâmes dans son bureau. Il pria pour moi brièvement, ce qui évidemment me rendit un peu mal-à-l’aise, mais au moins sa cohérence était rassurante : il y croyait vraiment. Et nous commençâmes à discuter.

De nombreuses interrogations, et une question récurrente

Nous discutâmes pendant des heures sans épuiser de loin toutes mes questions. Alors au cours des quelques semaines suivantes, je lui rendis visite. Je lui posais de nombreuses questions, auxquelles il fournissait des réponses bibliques. Devant moi se trouvait cet homme, visiblement bien éduqué, qui croyait toutes ces choses inconcevables sur Dieu et Jésus, et je commençais à me demander si finalement tout cela ne pouvait pas être vrai. Il n’avança pas nécessairement d’arguments d’apologétique (la France n’a pas de philosophes tels que William Lane Craig ou Alvin Plantinga pour offrir une critique rationnelle dévastatrice de l’athéisme et du naturalisme), mais au moins ses réponses étaient cohérentes, et c’était déjà impressionnant en soi. Il me donna un guide d’étude qu’il avait écrit, et qui expliquait les fondements de base du christianisme, en posant une question, et donnant la référence biblique pour aller chercher la réponse. J’épluchai tout ce guide à la maison, et écrivis minutieusement sur des pages et des pages mes notes personnelles et les questions à poser lors de notre prochaine rencontre. Un bon nombre de croyances chrétiennes commençait à avoir du sens pour moi, mais l’une d’entre elles revenait toujours et je l’écrivais sur chaque page : « pourquoi Jésus dut-il mourir ? »

Rejeter la lumière parce que ses oeuvres sont mauvaises (Jean 3)

La réponse vint bientôt, mais pas comme je l’espérais. Á ce moment, je pensais qu’il était possible que tout ceci soit vrai, mais si c’était le cas, le sol s’écroulerait sous mes pieds, et Dieu devrait m’attraper. Mes tentatives de prières s’étaient changées en « Dieu, si tu es là, il va falloir que tu le rendes évident pour moi » et je commençai à espérer qu’il ouvrirait les cieux, enverrait la lumière, et dirait « bienvenue, mon fils ! » Ce qu’il fit fut moins spectaculaire, mais bien plus brutal : il réactiva ma conscience. Ce fut tout sauf une expérience agréable. Soudainement, je réalisai une vérité, que je voulais supprimer à tout prix. Quand j’avais commencé mon enquête, j’avais commis  une action particulièrement sinistre, même jugée par mes standards athées. Il n’est pas nécessaire de fournir ici les détails sordides, mais c’était extrêmement vicieux, et j’avais dû couvrir cette action par des montagnes de mensonges. Et bien que j’aie su exactement ce que j’avais fait, je l’avais réprimé et caché intérieurement, comme si ça n’était jamais arrivé. Et Dieu fit briller la lumière, et me ramena ce fait en pleine figure, et je vis enfin cet acte pour ce qu’il était. Je fus foudroyé par la culpabilité, physiquement accablé par une douleur dans la poitrine, et dégoûté à l’idée de cette faute que j’avais commise, et de tous les mensonges que j’avais employés pour me couvrir. Je ne pouvais plus faire machine arrière. Je l’avais commise, et je ne pouvais rien faire pour changer cet état de chose.

Je me souviens encore comment, dans mon appartement près de Paris, l’ampoule s’alluma : et l’expression prit tout son sens, « Voilà » pourquoi Jésus avait dû mourir : Lui qui ne connaissait pas le péché devint le péché pour nous, afin que nous devenions en lui la justice de Dieu (2 Corinthiens 5 :21). Il prit sur lui la pénalité que je méritais, de telle sorte que dans la justice de Dieu, mes péchés soient pardonnés gratuitement, par sa grâce et non pas par mes bonnes œuvres ou rituels religieux. Il est mort pour que je puisse vivre. J’acceptai alors tout : je plaçai ma confiance en Jésus, et lui demandai de ma pardonner, selon les promesses du Nouveau Testament.

Si le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres (Jean 8)

Dès lors que le pas fut franchi, les sentiments de culpabilité s’envolèrent. Je vécu une sorte de renouveau spirituel : la culpabilité était partie, et je reçus la liberté et le pardon que Jésus promettait. Je continuai de lire la Bible avec une passion grandissante, et toute mon histoire commençait à avoir du sens, et à démontrer une fin : j’avais fait l’expérience du Dieu vivant, qui s’était révélé à moi en la personne de Jésus Christ, qui selon l’Évangile, mourut pour payer le prix de mon péché, afin que je sois sauvé par la foi seule, en Jésus seul, et non pas par les œuvres de la loi. J’étais conquis.

Soyez prêts à offrir une défense  (1 Pierre 3 :15)

Après tout cela, je crus que c’était la volonté de Dieu que j’épouse la jeune femme que j’avais rencontrée, alors je cherchai un emploi à New York. Là encore, de manière providentielle, ma formation d’ingénieur dans la finance était particulièrement adaptée à la tâche, et j’obtins un emploi à Wall Street. Alors je fisun pas de foi, et, pour déménager à New York, je laissai tout derrière moi: ma famille, mes amis, mon travail, mon groupe de musique, et mon équipe de volley (il se trouve que je n’aurais de toutes manières pas pu continuer le volleyball parce que le muscle en charge de la rotation de l’épaule s’était atrophié. J’en ai gardé un trou visible à l’arrière de mon omoplate, et je ne peux plus jouer au volley). Quelques mois après mon arrivée à New York, il devint évident que cette femme n’était pas la bonne personne pour moi ; notre relation était misérable, et par la grâce de Dieu, nous finîmes par nous séparer au lieu de nous marier. Je me retrouvai donc seul à New York, avec tout ce temps disponible, sans aucun engagement social  dans la confusion et me demandant quel but Dieu poursuivait pour m’avoir ainsi déraciné. Je devins rapidement anxieux d’expliquer à ma famille et à mes amis (toujours athées), pourquoi je n’avais pas perdu la tête : pourquoi je pensais que le christianisme était vraiment vrai. Alors je me plongeai dans des livres, et commençai à commander tous les DVD que je pouvais trouver : des leçons, des débats formels, les arguments pour l’existence de Dieu, les arguments athées et leurs réponses, la fiabilité des Écritures bibliques, et toute la panoplie de l’apologétique chrétienne : théologie, histoire, philosophie analytique, et au final, tout ce qui touchait de près ou de loin à ma foi nouvellement trouvée. Au cours des quelques mois suivants, je passais tout mon temps libre en dehors du bureau (toutes les soirées de semaine et tous les week-ends) à me plonger dans ce matériel, absorbant toutes ces informations, et en appréciant chaque seconde. C’est d’autant plus ironique qu’avant ma conversion, je ne supportais pas les livres, et n’en avais jamais lu. Maintenant, je ne pouvais plus m’arrêter.

Après quelques mois à ce régime, je pensais « si je dois dépenser tout mon temps et mon argent à étudier ces choses, autant en obtenir un diplôme ! »

Alors je m’inscrivis à l’université, en séminaire théologique à New York, pour obtenir un Masters en études du Nouveau Testament. Au début je n’étais pas sûr de savoir si j’allais m’en tirer comme il faut, étant donné que je n’étais encore qu’un athée fraîchement converti, mais il se trouva que mon régime radical m’avait équipé d’une manière que d’autres, chrétiens toute leur vie, expérimentent rarement, parce que l’apologétique n’est pas vraiment dans leur ligne de mire. Alors j’excellai à l’université, et commençai à voir à nouveau le plan excitant de Dieu se dévoiler pour ma vie.

Peu après, dans la providence merveilleuse de Dieu, je rencontrai enfin une femme américaine qui cette fois était faite pour moi, et nous nous sommes mariés, et avons fondé une famille.Après avoir obtenu mon Masters, je finis par faire de la recherche en doctorat en théologie systématique et philosophique, sous la supervision d’un théologien très respecté, développant ainsi mon expertise dans la matière, et devenant peu à peu un universitaire chrétien et un apologète.

Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1 Corinthiens 4)

Voilà comment Dieu s’occupe d’ un athée français qui hait la religion, et en fait un théologien chrétien et apologète. Un bon nombre de commentaires pourraient être ajoutés, mais une chose est très importante : je n’ai jamais provoqué le moindre de ces changements. Je n’avais aucun intérêt en Dieu, je ne le cherchais pas, et je ne voulais pas de Lui. Il m’a tendu la main, m’a aimé alors que j’étais encore un pécheur, a démoli mes défenses, et a décidé de déverser sur moi sa grâce imméritée, afin que son Fils soit glorifié, et que de mon péché, je sois sauvé par la grâce, à travers la foi, et non pas par les œuvres ; c’est le don de Dieu, de telle sorte que personne ne puisse se vanter (Eph. 2 :8-9).

C’est l’Évangile, et c’est une bonne nouvelle qu’il vaut la peine de croire.

 

Guillaume Bignon,

Vous pouvez garder ma trace sur twitter, @theoloGUI, où mes brèves pensées théologiques et philosophiques y sont postées majoritairement en Anglais ; parfois en Français)

L’Apologétique: sa nature, ses méthodes et son but

Qu’est-ce que l’apologétique chrétienne? Pourquoi l’apologétique chrétienne? Comment faire de l’apologétique chrétienne? Plusieurs membres de l’Association Axiome, par le biais d’une série d’articles sur le sujet, désirent offrir des éléments de réponses à ces questions et d’autres encore. Cette série d’articles, qui s’échelonnera du 10 février au 7 avril et qui verra paraître un article chaque semaine, s’intitule L’apologétique : sa nature, ses méthodes et son but. Voici les thèmes qui seront abordés :

9 février – Jean-Luc Lefebvre – Qu’est-ce que l’apologétique ?
16 février – Jean-Luc Lefebvre – Vivre la réponse que l’on donne!
24 février – Benoît Côté – Les visions du monde : Partie 1
3 mars – Benoît Côté – Les visions du monde : Partie 2
10 mars – Guillaume Bignon – Quelques pensées critiques sur les méthodologies d’apologétique chrétienne (et leurs conflits souvent mal placés)
19 mars – Daniel Audette – Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique: Partie 1
10 Avril – David Haines – Les branches de l’apologétique chrétienne : un survol
1 Mai – Daniel Audette – Quand l’apologétique ne peut se passer de l’éthique: Partie 2